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que les dessins successifs du disque de carton analysent.
Plateau ne prisait guère une forme donnée par quelques constructeurs à son phénakisticope, forme
Fig. 3. — Fantascope de Plateau. On fait tourner le disque devant un miroir et l’on isole chaque image par la visée à travers la fente correspondante.
réalisée au moyen de deux disques, indépendants, qu’on fait tourner en sens inverse l'un de l'autre. Par les fentes de ce modèle on “aperçoit, par suite d’une trop grande longueur de l'axe, plusieurs dessins du mouvement analysé, alors qu’on en doit voir qu'un. Plateau préférait au double disque le disque unique
(fig. 3) mis en rotation devant un miroir et qu'il nomma /antascope.
Variantes du fantascope. — On a donné des formes très nombreuses à l’appareil de Plateau lui appliquant, dès leur mise en pratique, les perfectionnements et les découvertes successives de l'optique; mais on n'a pu en changer le principe. Horper, dans le dedaleum, dessine les positions successives d’un joueur de bilboquet, par exemple, sur une bande de carton qu'il enferme à l'intérieur d’un cylindre creux mobile autour de son axe et dont le bord supérieur est percé de fentes étroites servant à la visée (fig. 4). Reynaud, dans le praxinoscope (1872), observe les dessins successifs de la bande, mise en rotation et bien éclairée, par réflexion dans les facettes garnies de glaces d’un pe central (fig. 5). Uchatius songea le premier à projeter sur un écran les images mobiles du phénakisticope de Plateau.
C'est en appliquant les appareils de 2 au praxinoscope qu'en 1892 (!)}, Reynaud réalisa le théâtre optique.
La photographie et le fantascope, Muybridge, Marey, Demeny. — Mais voici que la photographie va
(:) Le théâtre optique de Reynaud fut exploité avec quelque succès au Musée Grévin. C'est à Reynaud, mort désabusé et méconnu en 1918 qu'il est juste de rapporter la première. idée de la perforation du film, assurant la progression régulière.
‘ig. 4. — Formes diverses données au phénakisticope ; . dedaleum d’Horper.
s'emparer du praxinoscope, et dès lors les perfectionnements et l'évolution du cinématographe se
Fig. 5. — Formes diverses données au phénakisticope : Pyaxinoscope de Reynaud.
précipitent. Dès 1878, un photographe de San Francisco, Muybridge, applique la photographie instantanée à la stroboscopie. Il prend 40 photographies successives d’un coursier au galop, utilisant des poses
de + de seconde. « L’admirable méthode inaugurée par Muybridge », écrit en 1882 Marey, «et qui consiste à employer la photographie instantanée à l’analyse des mouvements de l’homme et des animaux, laissait encore au physiologiste une tâche difficile ». C’est cette tâche que Marey et ses collaborateurs ont remplie. Les efforts fructueux de cette phalange de chercheurs, au premier rang desquels figure Demeny, créèrent les méthodes chronophotographiques dont l'importante application aux sciences biologiques justifia la création d’un Institut international : l'Institut Marey, dont les services rendus aux sciences naturelles ne se comptent plus. Ce sont la ténacité et l’ingéniosité de ces chercheurs de l'Institut Marey qui aiguillèrent la cinématographie vers ses destinées actuelles. Si le praxinoscope de Plateau est le germe fécond et complet d'où sortit le cinéma, le fusil photographique de Marey et le chronophotographe de Demeny en sont les expressions des premières formes pratiques.
Le seul problème pratique, tout de combinaison mécanique, qui restait à résoudre, non pour créer le cinématographe, mais seulement pour perfectionner le phénakisticope et le transformer en cinématographe, résidait dans la séparation bien nette, lors de l’inscription comme lors de la projection, des phases successives du mouvement. Lors de l'inscription on doit laisser à la bande sensible, momentanément arrêtée, le temps d'enregistrer une image nette et fixe. Si l’on réalise cette fixité, on fournira à la rétine, lors de la projection, une image nette, que la propriété physiologique de persistance des sensations lumineuses
soudera aux images précédente et suivante. J'ai dit la bande sensible; la plaque du photographe poursuivant, à grands pas, ses progrès, s'était muée en effet en bande souple que le kodack a vulgarisée et dont les films cinématographiques réalisent des longueurs de plusieurs centaines de mètres.
Une application correcte de la photographie à la cinématographie réclame l’arrêt de la bande sensible pendant l'instant très court de l'impression comme aussi pendant la projection du positif obtenu,
Le kinétoscope d'Edison. — Avec Muybridge on prenait autant d'objectifs et de plaques photographiques qu'on désirait d'images de l’objet mobile. Avec Marey et avec Edison, revenant en somme à la forme primitive même du phénakisticope de Plateau, on enregistrait, au moyen d’un seul objectif, soit sur une plaque unique (Marey) soit sur une bande mobile (kinétographe d’Edison, 1894), les images animées de mouvement. Edison déroulait la bande d’un mouvement uniforme dans son kinétoscope. Il la démasquait un instant assez court pour qu’elle ne se déplaçât pas sensiblement pendant la durée soit de l'impression, soit de la projection. D'où nécessité de très courtes durées d'impression, partant de films extrêmement sensibles. Les scènes du kinétoscope manquent de profondeur, chaque épreuve étant démasquée un temps trop court.
Dans le kinétoscope d'Edison, un appareil exécute les photographies, enregistre les scènes, c’est Le kinétographe. Une pellicule sensible reçoit des impres-
sions successives sur une surface de 2°m %X 30m, On y fait se succéder les impressions à raison de 46 à la seconde, soit 2750 pendant une minute; du moins ce sont les nombres qu’accusaient, en 1894, M. Edison. La bande de clichés négatifs ainsi obtenus sert à faire une bande de reports positifs qui sera celle soumise à l'observateur dans le kinétoscope. Ces rubans atteignent 15" environ. On remarquera de suite que : 15" ou 1500°" ee peuvent à peine prendre place sur une bande de 15". À raison de 46 épreuves à la seconde, le spectacle de chaque scène offerte par le déroulement de chaque film (employant le mot aujourd’hui consacré) durerait à peine 15 secondes. Nous avons vu fonctionner, en 1894, à l'Exposition de Bordeaux, le kinétoscope et, si nos souvenirs sont exacts, chaque scène durait bien environ 15 à 20 secondes; le déroulement du film dans le kinétoscope devait, par suite, être aussi rapide que l’indiquent les nombres ci-dessus.
C’est Demeny qui, de 1891 à 1894, appliqua l’excentrique à l'arrêt momentané de la bande. La figure 6 montre comment, au cours du mouvement du mécanisme, une came, pendant une partie seulement de sa révolution, tire sur le film qui reste à l’état de bande imparfaitement tendue.
Il est juste de rappeler ici que, dès 1874, Jansen, au moyen de son photo-revolver astronomique prit, sur une plaque sensible mobile, les images du passage de Vénus sur le disque du Soleil.
Demeny, qui fut un des collaborateurs de Marey,
— 750; c'est-à-dire que 750 épreuves
a imaginé, en 1801, un procédé simple: pour arrêter momentanément la bande sensible: La bande se déroule d’une bobine A et s’enroule, sur une bobine B
Cm =.
Û Magasin shkperieur
= Magasir ‘eaferieuñ
Fr
mm mm mm m————— —
Fig. 6 — Perfectionnement pratique important de Demeny : Une cawe produit, par sa rotation, l’arrêt de la bande sensible pendant un court instant et, par là, la séparation bien nette des poses successives.
aidée par deux rangées de perforations latérales qui évitent tout glissement. La seconde bobine B tourne autour d’un axe excentrique. C’est cette excentricité
qui permet l'arrêt momentané. Pendant la rotation,
la traction sur la bande cesse un instant très court au moment où la seconde bobine B se rapproche de la première A. C’est alors qu'on démasque l'objectif, qu'on impressionne le film négatif ou qu'on projette la pellicule.
Depuis ses premiers essais de 1891, Demeny a perfectionné les détails de son dispositif et utilisant des bandes sensibles de 35" que le développement industriel de la cinématographie a produit, il a réalisé un appareil exploité par la maison Gaumont dans lequel, sur des bandes de 35%, 1000 impressions; de 35m X 45Mm chacune, se trouvent enregistrées.
A la vérité, le dispositif de déroulement, basé sur l’'excentricité, n’est pas aussi simple que la description succincte qui précède le fait supposer. Une double rangée Circulaire de crans s’enfoncent dans des perforations latérales du film et assurent son déplacement sans glissement. Une came { {g.6) qui, au cours du mouvement du mécanisme, tire sur la pellicule est animée d'un mouvement excentrique et ne provoque cette traction que pendant une partie de sa révolution. Le film reste donc un instant immobile.
Pour éviter toute fatigue du film, lors des tractions par la came, le mécanisme comporte des organes spéciaux; des roues d'entraînement font dévider à l'avance une partie du film qui reste à l’état de bande imparfaitement tendue.
Le cinématographe de MM. Lumière frères. — La bande du kinétoscope étant animée d’un mouvement continu, 1l faut ne démasquer chaque épreuve qu'un
TURPAIN,— V, 2
Fi
g. 7. — Le cinématographe de MM. Lumière frères (février 1895) fut le premier appareil réversible. Quinze épreuves par seconde (prises d’ailleurs au posé) suffisent et permettent, par la projection à grande dimension d'utiliser l'appareil aux spectacles.
temps très court : un sept millième de seconde environ. Aussi, malgré l'usage d’un objectif très lumineux, les scènes n'ont pas de profondeur. Il faut au moins trente épreuves par seconde pour donner sur la rétine une impression de continuité.
Le cinématographe des frères Lumière { fig.7) ne présente pas ces inconvénients. Quinze épreuves parseconde suffisent et permettent par la projection à grande dimension d'utiliser l'appareil aux spectacles. La bande photographique a 15" de long, 3°" de largeur. Des deux côtés, des trous équidistants sont percés et correspondent à chaque image. La bande emmagasinée sur une bobine dans une boîte au-dessus de. l’appareil de projection en sort pour (descendant verticalement) contourner une gorge, remonter et venir s’enrouler sur une bobine. Un cadre, muni de dents, effectue sous l'influence d’une manivelle qui le commande, un mouvement alternatif de haut en bas. Le cadre ayant ses dents enfoncées dans deux trous de la pellicule descend en l’entraînant, puis reste immobile. Le cadre dégage alors ses dents de la pellicule, remonte ensuite vers le haut pour recommencer un mouvement de descente au cours duquel 1l entrainera à nouveau la pellicule. Le cadre se déplace exactement de l'intervalle des deux trous, lequel intervalle correspond à l'intervalle de deux images. Le mouvement, en arrière ou en avant des dents, ne recommence qu'après l'arrêt complet de la pellicule.
La pellicule reste donc immobile les deux tiers du temps et emploie le dernier tiers à descendre. La projection n’est faite que pendant les périodes de
repos de la pellicule. Chaque quinzième de seconde,
Fig. 8. — Appareil cinématographique de projection ouvert et montrant la boîte-magasin et le placement de la bande. Il faut avoir soin de blairauter les velours pour éviter que les particules solides qu’ils pourraient retenir rayent les pellicules.
une image est substituée à l’autre. Pendant les deux
tiers de ce quinzième de seconde, soit pendant À de seconde, la pellicule fixe projette son image sur l'écran. Le -& de seconde suivant la lumière est masquée et, la pellicule se déplaçant, la vue suivante est substituée à la vue précédente. Cette utilisation de la source de projection pendant les deux tiers du temps permet de ne pas faire appel à un éclairement particulièrement intense. A tà
En 1909, M. de Proszoncki a perfectionné encore l'entraînement du film pour réduire le papillottement dû à l’intermittence de la lumière. Un moteur à air comprimé permet de faire dérouler jusqu'à 150 de bandes et d'obtenir des vues extrêmement stables. La substitution d'une vue à la suivante ne dure que + de seconde, ce qui permet de laisser relativewent longtemps l'image sur l'écran (fig. 8).
La mise au point d'un cinématograbhe pratique, permettant la projection de figures mobiles devant de nombreux Spectateurs. Parts respechves d'Edison, de Demeny et de M. Louis Lumière. — S'il est juste de rapporter à Plateau l’idée première et féconde de l'analyse puis de la synthèse de l’image mobile, d’où dérive le cinématographe, il serait injuste d'oublier le très grand effort d’ingéniosité, de précision, de mise au point parfaite et pratique, qui devait conduire à la forme actuelle, si vivante, du cinématographe. Sous cette forme actuelle, le cinéma allait engendrer une nouvelle industrie aux rouages extrêmement complexes, aux formes des plus diverses, capable de modifier en le perfectionnant l’art du théâtre, et suscep-
tible, par la multiplicité des spectacles, de transformer profondément les mœurs tout en produisant une extraordinaire diffusion de l'instruction.
La photographie a fourni aux inventeurs un moyen
de plus en plus rapide de fixer les images: par les émul- .
sions rendues de plus en plus sensibles, par leurs supports, disques, cylindres, puis enfin bandes ou films de mieux en mieux maniables et permettant de réunir de plus en plus aisément, à la suite les unes des autres, des séries d'images nombreuses d’un objet mobile ou d’une vue aux aspects variés et changeants. Par ces divers perfectionnements la plaque sensible, devenue un long film dont l’émulsion ne réclame que des poses de quelques centièmes de seconde (à l'heure actuelle quelques millièmes même), permettait la mise au point pratique et la généralisation du procédé d'analyse et de synthèse stroboscopique qu'avait étudié et imaginé Plateau.
Aussi, ainsi quil arrive chaque fois qu’un prin: cipe expérimental est nettement établi, l'ère de l’application pratique s’ouvrit.. Quel que soit le domaine d'application d’une découverte scientifique, un fait général se produit toujours et à coup sûr, indiquant la maturité de l'application pratique : l’histoire des sciences en offre de très nombreux et constants exemples : c’est l'apparition de nombreux inventeurs qui aboutissent presque simultanément à la mise en application du fait scientifique à la base.
Ici nous voyons encore un cortège d’inventeurs qui, avec plus ou moins de succès, appliquent la découverte de Plateau. Ce sont : Anschuts, Donisthorpe,
Marey, Leprince, Reynaud, Friese Greene, Evans, Crofts, Varley, Edison, Dickson, Demeny, Louis Lumière, pour ne citer que les principaux. Comme toujours, le départ de ce qui revient à chacun est -assez malaisé à établir, au milieu des brevets dont les dates s’enchevêtrent, dont les revendications s’amplifient, et dont les additions, souvent hâtives sous l’aiguillon de la concurrence, perdent en netteté et sont plus tendancieuses que claires.
Dans le cas qui nous occupe : Le Cinématographe pratique, du dépouillement des très nombreux brevets quise multiplient, à l'envie, de 18090 à 1895 notamment, tant en France qu’à l'étranger, trois inventeurs doivent être retenus et considérés comme ayant contribué, à des degrés divers, à mettre au point l’admirable invention du Cinéma sous la forme pratique où nous en jouissons aujourd hui.
Edison qui, dans son kinétoscope et son kinétographe, apporte la bande légère, assurant la possibilité d'enregistrer, à la suite, sans supports encombrants et lourds, de très nombreuses images successives, et qui devait bientôt se muer en film.
Demeny qui a l'ingéniosité d'introduire la came dans le dispositif de déroulement du film et qui, par là, permet d'arrêter le plus longtemps possible, au cours de chaque prise de vue successive, le film pour la pose de chaque image, et assure la prise d'images nettes, posées, et par suite aisées à projeter dans toutes leurs valeurs. | |
M. Louis Lumière enfin qui, Le premier, rendit pratique la projection cinématographique et transfor-
mant l’appareil à prise de vue de Demeny en appareil réversible, fut sans conteste le premier à envoyer sur l'écran d’une salle une vue cinématographique correctement projetée et donnant à tous les spectateurs l'illusion de la vie.
On a longtemps et longuement discuté sur les revendications applicables dans la mise au point pratique du Cinéma à Demeny et à MM. Lumière frères. À la vérité peu de différences essentielles existent entre le dernier appareil de Demeny : le Chronophotographe à came (qui avait fait suite au « Phonoscope » du même, à disques et cylindres de 1892) et le Cinématographe des frères Lumière.
Cependant le brevet n° 233337 de Demeny du 10 octobre 1893 n'a trait qu'à un appareil à prise de vue, et nullement à projection de ces vues. De même l'addition du 7 juillet 1894, qui ne vise qu’un détail de l'entraînement de la pellicule. L’entraînement de la pellicule est la contribution très importante de Demeny. Elle est bien, même sous la forme actuelle de croix de Malte remplaçant, avec avantage, la came primitive de Demeny, l’œuvre personnelle et propre de cet inventeur. ®
A la vérité, en 1894, le Cinéma pratique est tellement proche, l'application pratique est si viable qu'apparaissent alors des brevets en lesquels le dispositif d'entrainement de la pellicule de Demeny est entièrement démarqué, mais employé pour un autre obiet : la projection de vues successives. Une consultation d'experts reconnut d’ailleurs la contrefaçon, même alors que le dispositif emprunté au brevet Demeny était employé pour un autre objet.
C’est évidemment sous l’aiguillon de cette concurrence que, le 25 mai 1895, Demeny prend une addition, d’ailleurs hâtive, à son brevet primitif, addition dans laquelle il étend son appropriation à là réversibilité de son appareil premier, de manière à le transformer d'unique appareil à prise de vues, en appareil de prise de vues et à projechons, réversible par suite. Et le 15 juin 1896, Deémeny prend un dernier brevet n° 257 257 dont le texte indique bien que son premier appareil n'était pas pratiquement réversible.
Mais déjà, à la date du 25 mai 1805, les essais de MM. Lumière frères sont connus. Dès la fin de 1894, en effet, MM. Lumière qui, depuis l'apparition du kinétoscope d'Edison en France, étudiaient le problème, obtinrent des résultats concluants. Leur brevet date du 13 février 1805, Dès l’automne 1894, des projections d'essais sur bande de papier transparent perforé avaient été montrées à nombre de personnes. Les bandes avaient de 19 à 20m de longueur et permettaient la projection de scènes animées d’une durée appréciable.
Le 22 mars 1893 une présentation en public (Conférence de M. Louis Lumière à la Société d'Encouragement à l'Industrie nationale) eut lieu; on y projeta la « Sortre des ouvriers de l'usine Lumière ».
Au Congrès de l’Union Nationale des Sociétés photographiques de France, le 10 juin 1805, MM. Lumière projetèrent à Lyon, avec leur appareil, diverses scènes : 1° Sortie de l’usine Lumière; 20 La place de la Bourse à Lyon; 3° Leçon de voltige; 4° Les forgerons; 5° Bébé péchant des poissons; 69 Un incendie; 7° L’arroseur arrosé; 89 Le goûter de bébé.
Deux jours après, le 12 juin 1895, on projetait deux bandes faites la veille : l’une représentant M. Jansen, l’astrônome, en conversation avec M. Lagrange, conseiller général du Rhône; l’autre, le débarquement des membres du Congrès d’un bateau-mouche à Neuville-sur-Saône.
L'inventeur de géme et le champ d'investigahons qu'il découvre. — À l’occasion de cette mise en pratique et de cette admirable application des expériences de Plateau par les efforts successifs d'Edison, de Demeny, enfin de M. Louis Lumière et de son frère aboutissant à une perfection suffisante de tous les: détails pour rendre pratique et courante la projecion animée, qu'on nous permette quelques remarques.
C’est avec un sentiment de profonde tristesse pour l'injustice commise qu'on lit dans la plupart des revues scientifiques de 1893-1805, à propos du kinétoscope, en France surtout, le rappel du nom de Marey, parfois celui de Muybridge, mais l’oubli complet de celui de Plateau. On en profite par exemple, pour attribuer à Edison des inventions dont il ne peut réclamer la paternité, telle celle de la lampe à incandescence qui fut créée, préparée et réalisée dès 1858 sous la forme même où Edison la retrouva en 1877, par un ingénieur français, un tourangeau, M. de Changy (!) établi ingénieur des mines en Belgique. Certes toutes
(!) Voir Conférences Scientifiques, Fasc.Il, L’ Éclairage et le chaufjage électrique.
les formes de travail, même les plus modestes, qui sont d’ailleurs toujours les plus indispensables, doivent être considérées et honorées. Si nous voyons aujourd'hui éclore tant de merveilles, c’est qu’à l'éclair divin de l’homme de génie qui crée le champ fécond et nouveau d'investigation, fait suite le patient travail du chercheur qui le cultive et du savant qui l’étudie, l’habile talent de l'ingénieur qui y associe les autres formes de techniques rendues pratiques, le modeste labeur enfin de l’ouvrier consciencieux qui exécute un travail déterminé et fini. Et cependant si notre admiration a un choix à faire, si nous devons synthétiser par un mot, par un nom, la nouvelle conquête faite sur les forces de la nature asservies, n'est-il pas juste de rapporter le nouveau progrès à l'esprit puissant et créateur, qui a dégagé du chaos des phénomènes la forme nouvelle d'énergie enfin dominée et connue, qui a créé l’idée féconde d’un aperçu nouveau. Que serait l’industrie électrique sans Faraday, sans le découvreur (je gallicise à dessein le mot discoverer) de l'induction électrique ? La machine dynamo, âme de cette industrie et bientôt de toute forme d'industrie, ne pouiraït même être soupçonnée. Que l’ingéniosité d’un Gramme soit venue, après celle de Paccinotti et sans la connaître d’ailleurs, tirer du phénomène primordial découvert et complètement étudié par l'illustre Faraday, le merveilleux appareil qu'est la dynamo, d'accord; mais cette ingéniosité de l’ouvrier belge, devenu français, comme celle du savant professeur italien qui précéda Gramme dans sa combinaison, n'aurait
pas même pu s’alimenter sans la découverte géniale de Faraday.
Et de même qu'aurait été la grande poussée industrielle du commencement du xix° siècle, qu’eût été le règne de la vapeur sans le génie de Papin, observant, en rêveur puissant, le couvercle du pot au feu familial aux vibrations désordonnées, sous la poussée de la force inconnue qu’attentif il pressent ? Que voyait-il dans la vapeur élancée en nuages floconneux et légers, ce grand esprit inquiet, à qui sa découverte allait procurer tant de déboires, tant de cruelles douleurs et qui devait mourir désespéré en 1687? Apercevait-il, comme une vision prophétique et quelque peu fantastique, le bateau de la Fulda que les mariniers de Munser, furieux, briseraient ? les automotrices encore hésitantes de Savery et de Newcomen (1705)?1a machine perfectionnée de Watt (1756) ? le « Clermont » de Fulton (1805) ? la « Fusée » (1814) de Stephenson ?
Toute l’ingéniosité, toute la persévérance du mécanicien érudit qu'était Watt, de l'apprenti à l'esprit si intelligemment éveillé que fut George Stephenson, n'auraient pu se donner cours sans l’aliment apporté par le génie de Denis Papin.
Dans la conquête de ce nouveau et double champ d'investigation, la stroboscopie et la cinématographie, le nom de Plateau doit, en toute justice, dominer de haut les noms de tous ceux qui ont utilisé la découverte qu'il a faite d’une manière si désintéressée.
FORMES VULGARISÉES DU CINÉMA : Carnets cinéma-
tographiques.— Aujourd'hui le cinéma a pénétré notre vie sociale à l'instar du téléphone, aussi s'est-il vulgarisé. On se préoccupe de le faire pénétrer au foyer domestique comme le phonographe. Déjà les carnets cinématographiques, folioscope (fig. 9), mutoscope, kinora ( fig.10), réunissent les vues successives surles pages
Fig. 9. — Le folioscope, carnet cinématographique. La: rapide ouverture des pages successives donne l'impression de la danseuse faisant ses pas, du forgeron battant le fer, etc.
d'un petit bloc dont on fait défiler sous l’ongle du pouce la série des pages sans en sauter une, ce qui donne l'illusion du mouvement.
Les Établissements Gaumont ont perfectionné le carnet cinématographique. On en assure l'ouverture complète, continue et sans lacune. L'appareil a été combiné comme un distributeur automatique. L'introduction d’une pièce de 10 centimes détermine la rotation du paquet cylindrique de vues successives. En
même temps une lampe électrique, alimentée par quelques accumulateurs, s'allume, éclaire les sujets qui défilent, puis s'éteint automatiquement, la rotation terminée : c’est le wmutoscobe. M. Gaumont a
Fig. 10. — Le hinoya, dispositif simple assurant le défilé continu et complet des pages d’un carnet cinématographique.
combiné également un appareil relativement peu coûteux qui permet de confectionner soi-même les pages d’un carnet cinématographique.
LA FABRICATION D'UNE BANDE DE CINÉMATOGRAPHE. — Plusieurs maisons fabriquent les bandes de celluloïd sensible. La plus importante est la maison Eastmann Kodack, puis la firme allemande A.G.F.A. (Aktien Gesellschaft Fabrik für Anilin), la maison française Pathé-Cinéma, la maison belge Gevaert.
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La Société Pathé-Cinéma s’est attachée à produire
la pellicule ininflammable, à base d’acétate de cellulose. Cette matière, en dehors de son ininflammabilité, n’a pas les mêmes qualités quelle film de celluloïd.
On s’est préoccupé, dès 1899, d'uniformiser la construction des films cinématographiques de manière