HEROPHILE ET LE PRESSOIR, MESURE METRIQUE DU POULS
HÉROPHILE naquit à Chalcédoine en Bithynie, ou à Carthage d'après Galien, vers l'an 344 avant Jésus-Christ. Contemporain d'Aristote, ce savant anatomiste, vivant sous le règne de Ptolémée I" Soter, à Alexandrie d'Egypte, s'exerça, non plus sur des animaux, mais sur des cadavres, humains, et même, dit-on, sur des condamnés vivants, d'où le nom de Lanius, que lui donna Tertullien. Mais une accusation aussi grave doit tomber devant cette erreur anatomique, qu'il croyait les artères vides de sang, ce qui n'arrive qu'en disséquant un mort.
Il étudia spécialement le pouls, reconnut son isockronisme avec les battements du cœur, signala une différence à.' épaisseur , six fois moindre dans les parois veineuses que dans celles des artères et distingua avec clarté les deux ordres de vaisseaux qui relient les poumons au cœur.
Il appela veine artérieuse, le vaisseau qui va du ventricule droit aux poumons, et artère veineuse^ la veine pulmonaire des anatomistes actuels ; reconnaissant ainsi tout à la fois leur différence de structure et leur différence de fonction.
Il faut reconnaître que ces dénominations sont plus justes, plus rationnelles que celles employées par les modernes. Mais Hérophile en donnait une explication fautive, en disant que les tuniques de la veine artérieuse sont épaisses, parce que le sang qu'elle contient est plus subtil que celui destiné aux autres parties et proportionné à la nature rare et légère du poumon. Il lui fallait alors des vaisseaux assez forts pour ne pas laisser échapper ce sang.
Hérophile regardait les oreillettes comme appartenant au cœur et comptait ainsi six oriSces dans cet organe , tandis que les autres anatomistes , considérant les oreillettes comme partie intégrante des vaisseaux , n'admettaient que quatre orifices.
10 IIÉROPHILE.
Il croyait que les artères jouissent du mouvement de diastole et de systole, en vertu d'une force communiquée par le cœur, mais que la diastole était active et la systole un mouvement de retour vers la forme naturelle.
Il ne se prononce pas sur l'origine des veines et déclare ignorer leur "point de départ. Mais, observateur sagace^ il décrit, le premier, ce grand confluent des sinus veineux du cerveau, auquel on a donné depuis le nom de pressoir d'Hérophile.
C'était déjà beaucoup pour la gloire d'un seul homme, pourtant ce n'est pas tout. Ilérophile étudia particulièrement \q pouls. Le souvenir nous en est conservé par Ru/us dans son Synopsis^ par Galien (IIP livre de la connaissance du pouls) et dans un petit traité du pouls, « auctore HÉROPfflLE, )> retrouvé par le savant Daremberg
Hérophile définit le j^ouls : tout mouvement des artères^ commençant avec la vie et ne finissant qu^avec elle. — « A l'aide du pouls^ dit-il, on reconnaît les maladies présentes et l'on peut prévoir les futures. » Hérophile s'occupa beaucoup de la mesure métrique du pouls ; il la désigne sous le nom de rytJme; il comparait la diastole et la systole à deux syllabes ; par conséquent la durée du pouls ne peut dépasser quatre temps, une syllabe ne pouvant être marquée que par une longue et deux brèves.
Hérophile considérait dans le pouls quatre qualités : la grandeur, la rapidité, la force, le rythme. Se basant, comme nous le disions, sur le rythme, soit musical, soit prosodique ou mètre,
11 comparait la diastole artérielle au levé [â'putç], et la systole, au frappé [GÉcït;!, qui pouvaient être, dans la musique des anciens, composés d'un ou de plusieurs instants syllabiques. « Le médecin qui s'occupe du pouls, dit-il, doit être à la fois musicien et géomètre. » Le rythme lui servait encore pour la classification ; il le divisait en pouls :
Eurythmique ou normal ; Pararijthmique ou contre nature ; Ecrythmique ou normal ; Hétérorythmique ou différent.
Hérophile s'était particulièrement occupé de la variation du rythme aux différents âges et nous a laissé quelques-unes de
* Daremberg. Anat. et 2)hysiol. d'Hérophile. — Mev. scient, 1881, 3' série, t. 20, p. 12.
ÉRASISTEATE.
ses appréciations. Il trouvait la systole chez le vieillard cinq fois plus longue que la diastole artérielle. Il regardait au contraire le pouls des nouveau-nés comme un pouls sans mesure^ ou mieux, comme composé de deux mouvements égaux, puisque, à.ii \\,\ai diastole d'une longueur égale à la systole. Il en est de même du pouls des adultes, mais pour eux les deux temps sont moins rapides.
Ce fut lui encore qui donna au pouls saccadé le nom de capricant; c'est celui dans lequel l'artère, interrompue dans son mouvement de diastole, se ramasse sûr elle-même pour l'achever plus grand, plus rapide qu'elle ne l'avait commencé, et qu'il nommait ainsi à cause de sa ressemblance avec le saut des chèvres.
Enfin Hérophile n'admettait pas pouls plein ^ considérant que la capacité artérielle est toujours remplie pour produire le battement.
Le savant commentateur Daremberg fait très justement remarquer l'analogie qui existe entre la théorie rythmique des anciens et l'application que fit l'illustre Laënnec de la musique à la dénomination de l'espèce de chant qui se passe dans les artères, pendant les bruits de souffle. Les travaux d'Hérophile furent continués par deux hérophiléens, Bauhius et Zênon, dont le premier employait de préférence le rythme musical, et l'autre, le rythme métrique.