LA SCIENCE DU POULS SE CONSTITUE
ARCHIGÈNE, d'Apamée en Syrie, eut une grande célébrité à Rome au siècle de l'ère chrétienne; il y exerçait la médecine, sous les règnes de Domitien, de Nerva et de Trajan. Son Traité du pouls était le. livre de science où l'on étudiait du temps de Galien ; il fut perdu ; mais le peu qu'on en sait laisse entrevoir, en effet, un observateur sagace et ingénieux.
Archigène reconnut dix espèces de pouls et les basa sur les caractères suivants, que ne pourrait désavouer le meilleur physiologiste de nos jours. 1° La quantité de la diastole ; 2° la qualité du mouvement ; 3" l'intensité de la force ; 4° la quantité du battement ; 5° la durée du repos ; 6° la consistance de l'artère ; 7° Végalité et \ inégalité ; 8° la régularité irrégularité ; 9° la plénitude et la vacuité ; 10° le rythme.
l" SIÈCLE. RUFUS d'ÉPHÈSE. PREMIER TRAITE DU POULS.
RUFUS d'Kphèse'- vécutaprès Archigène sous le règne de Trajan, vers la fin du premier siècle de l'ère chrétienne; sa science ana-
Archigène, De puhibus, lib. unus.
' RuFUs d'Epukse, Suvo^^i; Tit^X (TcpuYtJ.wv, trad. par Daremberg, J- de l'instruct, -publique, avril 1845, Tà°^ 33 et 34.
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tomique dépassait de beaucoup ce qu'on pourrait attendre des temps où il vivait; il distinguait parfaitement, comme nos anatomistes modernes, les nerfs du sentiment et les nerfs du mouvement; il disséquait surtout des singes. Ce fut lui qui découvrit le chiasma des nerfs optiques ; il reconnut le cœur comme cause efficiente du pouls, vérité qui nous paraît bien simple aujourd'hui, mais qui, obscurcie ensuite pendant une longue période, ne triompha que bien des siècles plus tard.
Son Traité c/mjoom/s^ longtemps perdu ou ignoré, futretrouvé et traduit par notre ami le savant professeur X^armi^éry en 1843.
Transportons-nous de dix-sept siècles en arrière, écoutons Rufus professer à Rome, et nous resterons frappés de sa science anatomique.
(.( Il faut étudier, dit-il, avec soin l'art d'interroger le pouls, car autrement il est impossible de traiter convenablement les malades. On dit qu'Egimius, médecin ancien, écrivant sur cette matière, a pris pour titre : Des Palpitations (Trepl T.à\[j.wi), et non des pouls (rapl Qfj^(\xw)). Il ignorait vraisemblablement la différence qui existe entre la palpitation et le pouls, ainsi que nous le démontrerons dans la suite ; mais disons d'abord ce qu'est le pouls. ?>
Qu'est-ce que le pouls ? « ho. pouls est la diastole et la systole du cœur artères, car ces parties sont les seules qui jouissent en nous du mouvement sphygmique; les autres, qui semblent posséder ce mouvement, comme les membranes du cerveau chez les enfants, sont mues parce qu'elles participent au mouvement des artères. »
Comment se produit le pouls? « Le pouls se produit de la manière suivante : Le cœur, après avoir attiré le pneuma (air) du poumon, le reçoit d'abord dans sa cavité gauche; puis, revenant sur lui-même, il le distribue aux artères, remplies par suite de cet affaissement du cœur. »
« Nous aurons donné une définition convenable du pouls en disant : Le pouls est la diastole et la systole du cœur et des artères ; il est composé de diastole et de systole. Les artères et le cœur battent en même temps ; aussi presque tous les médecins pensent-ils que le pouls se produit par la réplétion simultanée du cœur et des artères. Je veux les convaincre d'erreur ; nous constatons que les battements du cœur sont isochrones à ceux des artères, cela est évident ; mais les battements ont lieu pour les artères, quand elles le remplissent et pour le cceur quand il se vide. »