INNERVATION DU CŒUR
Innervation du cœur. — La coordination des mouvements du cœur, avec son rliytlime inaltérable, est encore peu connue dans ses causes. L'école ancienne jusqu'à Ilaller ^ l'attribuait à l'innervation cérébrale, d'autres physiologistes à la moelle allongée, aux 'pneumo-gastriques, aux ganglions sympathiques^ d'autres enfin au myocarde lui-même. Examinons, tour à tour, chacune de ces opinions, et voyons si nous pourrons porter quelque lumière dans cette question si difficile,
Le cœur au premier abord paraît insensible. Le contact des corps étrangers n'y fait naître aucune sensation. Ilarvey s'en assura, en palpant le cœur du jeune comte de Montgomerry, mis à nu par suite d'une blessure. En vain on touchait le viscère, le sujet ne reconnaissait le tact que lorsqu'il portait sur la paroi thoracique. O'BRYAN ^ renouvela cette expérience sur un enfant atteint d'ectopie cardiaque. L'irritabilité cardiaque doit donc venir d'une autre source ; suivons pour y arriver la méthode expérimentale.
L Origines cérébrales de l'innervation du cœur. — L'influence de l'encéphale n'est pas immédiatement indispensable aux mouvements du cœur, car LEGALLOIS ^ reconnut expérimentalement que l'ablation du cerveau ou la décapitation n'arrêtent pas les battements du cœur, pourvu qu'on entretienne la vie par la respiration artificielle.
Pourtant les centres cérébraux, chez l'être normalement développé, ne sont point sans influence sur le cœur ; les recherches modernes de ludwib, de cyon, de charpentieb et couty, nous montrent le cerveau comme un organe modérateur cardiaque, dont les centres d'action siègent dans Xécorce grise.
Couty * surtout s'est attaché à démontrer quelle était la fonc-
' Legallois. Œiivre%, t. I, p. 154, édit. Parisot.
^ O'Bryan. Case of partial eclopia. Americ Journ. of ined. science, 1838 t. XXXIII, p. 194.
' Spallanzani. Exper. sur la circulât., p. 3i2.
•* Couty (Louis). Influence de l'encéphale sur les muscles de la vie organique. Archiv. de physiol. 2' série, 1876, p. Tjli.
LE CŒUK, INNERVATION CÉBÉBRALE. 231
tion du cerveau dans l'innervation du cœur. Par des expériences fort ingénieuses faites en arrêtant la circulation dans les différents points de l'encéphale, au moyen d'injections de poudre de lycopode dans les artères, le savant expérimentateur anémie les territoires carotidiens. Aussitôt deux phénomènes se produisent :
A. La tension artérielle augmente, et, si tout l'encéphale a été obstrué, elle double, triple, quintuple même sa valeur initiale.
B. Le cœur se ralentit ainsi que le pouls, avec augmentation de l'amplitude oscillatoire de la colonne du kymographe. Le ralentissement cardiaque est très rapide, il tombe chez l'anima! à 30 et même 10 pulsations.
Le cerveau est doue un organe modérateur cardiaque.
Les nerfs encéphalo-cardiaques seront contenus au cou dans les deux pneumo-gastriques et sortiront de la moelle par la deuxième et troisième paire.
Mais continuons le récit de l'expérience :
Dans une deuxième période, qui survient au bout de cinq à huit minutes la tension baisse de 15 à 9™ HG, chiffre normal, et de là à 1 ou 2™"; le pouls s'accélère.
Dans la troisième période qui survient au bout de trente-cinq à quarante minutes, il y a paralysie de la moelle, la tension est à 0, le sang cesse de circuler par arrêt de nutrition du tissu cardiaque privé de sang.
De son côté, Bochefontaine \ étudiant l'influence de la faradisation sur Vécorce grise du cerveau, a reconnu qu'elle causait une augmentation de pression intr à- artérielle et une diminution de la fréquence du pouls.
Mais, dans les circonstances les plus semblables en apparence, cette excitation peut produire des résultats absolument contraires.
C'est ce qui arrive quand la communication des centres nerveux céphalo-bulbaires, avec le centre respiratoire, par l'intermédiaire du pneumo-gastrique est interrompue.
A sa partie antérieure, on observe alors un eîîet dépresseur, caractérisé par l'affaiblissement de Ja pression et le ralentissement du pouls, sous l'influence de l'excitation du gyrus sig-
' Bochefontaine. Influence de la faradisat. sur l'écorce grise. Arch. de physiol. i876, t. VIII, p. 140,