LE CŒUR, INNERVATION BULBO-MÉDULLAIRE
complète de l'axe cérébro-spinal peut parfois ne pas entraîner l'arrêt du cœur, et que, si l'on a soin d'entretenir la vie par la respiration artificielle, le cœur reprend ses battements par ses propres forces, alors que tout secours extérieur vient à lui manquer. Flourens ' le vit continuer ses mouvements, plus d'une heure, sur un oiseau ainsi mutilé, en ayant le soin de pratiquer la respiration artificielle. Lallemand'^ apporta de ce fait une nouvelle preuve décisive ; c'est celle des enfants monstrueux qui naissent sans cerveau, sans moelle, et dont le cœur a battu presque jusqu'à terme. D'où vient donc cet antagonisme apparent?
D'où vient cet arrêt subit du cœur observé dans les lésions graves du cerveau et du bulbe, tandis que dans d'autres cas la vie subsiste, le cœur continue de battre?
Weber ^ et Budge n'ont-ils pas démontré que, si l'on dirige le courant électrique * sur la moelle allongée, on paralyse le cœur?
Tout s'explique quand on considère le bulbe 'Comme racine des pneumo- gastriques. En détruisant le bulbe, on arrête l'action des nerfs vagues, et, dès lors, les deux fonctions spéciales dévolues à ces nerfs sont supprimées ; la respiration s'arrête, ainsi que les mouvements du cœur. Si, au contraire, on coupe d'abord les deux pneumo-gastriques, mais que l'on entretienne l'une de leurs deux fonctions spéciales, l'hématose, par la respiration artificielle, l'action stimulante du sang oxygéné, sera encore suffisante pour entretenir la deuxième fonction, l'innervation du cœur, et l'on aura beau mutiler, détruire le bulbe séparé, le cœur continuera de battre.
En interrogeant la toxicologie, nous trouvons dans l'action de la digitale une nouvelle preuve de l'influence du système nerveux cérébro-spinal sur le cœur. En effet, tandis que la digitale ralentit la circulation au bout de peu d'heures de quinze à vingt pulsations, Traube ^ a démontré que si l'on vient à couper les
' Flourkns. Rechercli. sur les propriétés du syst. nerreu.r, 1824, p. 11. - Lallema?)D. Obs. patholoq. propres à éclairer plusieurs points physiolog. Th. P. 1818 et 1823.
' Weber. Circà l'influenza deU'asse cérébro-spinale e del gd sympathico su i movimenti delcuore. Atti délia settima adunaaza di Napoli de' gli scienzati, Italiani. 1845, p. 712.
* Budge. Briefliche mitheilunq ûber die Herzheicecjunq . Miiller's Archiv. 1846, p. 294.
' Traube. Ueher die Wirkungen dnr digitnlis, Canstatt's .Tahreshericlit, 18R3, t. V, p. 121.