AN 180. JULIUS POLLUX. — LES DEUX CŒURS
JULIUS POLLUX, grammairien et sophiste célèbre du siècle de Marc-Aurèle, naquit à Naucratis, en Egypte, et vécut à Rome, centre de la civilisation de celte époque. Il y composa son lexique en dix livres, dédié à son ancien élève, l'empereur Commode. Ce lexique est connu sous le nom à' Onomasticon. Le livre II s'occupe de l'homme, c'est un véritable traité d'anatomie; il y est expliqué que le cœur a deux cavités, Vune communiquant avec les artères et Vautre avec les veines. Julius Pollux vivait environ l'an 180 de l'ère chrétienne. Mais sa gloire n'est point arrivée au niveau de celle de Galion.
IV' SIÈCLE, NBMÉSIUS.
INDICATION DE l'eXISTBNCE d'uNE CIRCULATION GENERALE.
NÉMÉSIUS^ philosophe à'JUmèse en Phénicie, vivait sur la lin du IV* siècle. Il se fit chrétien, devint évêque à'Emèse, et composa un livre en grec et en latin^ intitulé: de Naturâ hominis, dans lequel il combat le fatalisme des stoïciens et les erreurs des manichéens ; il y soutient aussi la préexistence des âmes.
lia donné, l'un des premiers, une idée générale de la circulation dans son chapitre 23^ intitulé : de Pulsibus. Ce qu'il en dit est fort remarquable^ d'autant qu'il ne connaissait point les écrits de Galien à Rome^ écrivant en Phénicie^ loin du centre des lumières.
Voici ce passage : ce Le pouls est appelé : mouvement et puissance vitale; le cœur en est le principe, surtout son ventricule gauche appelé spirituel. » [ Intelligence complète du cœur comme cause motrice du sang, j
« Il distribue à toutes les parties du corps, par le moyen des aHères, cette chaleur vitale, qui lui est propre et innée, de même que le foie leur donne la nuirition par le moyen des veines. » [Erreur commune à toute l'antiquité .] « C'est pourquoi, lorsque le cœur est brûlant, tout le corps est brûlant de même; et si le premier est froid, le second le devient aussi, car l'esprit vital est par lui répandu par les artères dans tout le corps.
c( Trois choses se partagent entre elles le corps de l'animal, savoir : les veines, les artères et les nerfs.
NÉMÉSIUS. 25
« Do ces trois sources découlent trois principes chez cet animal. »
« Le cerveau engendre les nerfs , qui sont le principe du mouvement et du sentiment. Le foie donne naissance au sang, dont les veines sont les vaisseaux; et les artères naissent du cosur^ qui est Texorde vital et le vase de la vie.
« Ces trois choses réunies se prêtent un secours mutuel, car la veine nourrit le nerf et l'artère communique à la première la chaleur vitale et naturelle. C'est pourquoi, on ne trouve pas d'artère, où il n'y ait un sang léger [il reconnaît ainsi que les artères sont pleines dhm sang oxygéné, comme nous le dirions aujourd'hui), ni de veine sans un esprit fumeux et vaporeux (acide carbonique d'aujourd'hui). L'artère naît du cœur, et elle en reçoit le mouvement, par une certaine harmonie admirable (eVas^fceYt?, cow^rac^eYïfe').
Mais, sous l'influence d'une force subtile, elle soutire le sang des veines qui lui adhèrent [indication de V hématose et de la communication des deux ordres de vaisseaux), et par des routes inconnues, (les capillaires) elle l'envoie par tout le corps évaporer la nourriture de l'esprit vital.
J'ai tenu à citer ce texte rare et peu connu de la plupart de nos savants modernes ; je l'ai retrouvé dans les notes de mon savant père^ le D' Ozanam, ancien doyen des médecins de l'hôtel-Dieu de Lyon, avec l'indication de sa source^.
A côté des erreurs de l'antiquité, nous reconnaissons déjà dans cette description une bien grande part de vérité ; surtout si l'on remplace, comme nous l'avons fait, les noms anciens par les désignations modernes, et l'on peut dire que , dès lors, la circulation était indiquée, si elle n'était pas démontrée.