RAPPORTS AVEC LE TISSU CONNECTIF
anneaux, puissamment insérées sur des crêtes osseuses ou des aponévroses, agissent en sens contraire; elles élargissent les anneaux au lieu de les resserrer, lorsqu'ils viennent à se contracter eux-mêmes.
Rapports osseux et articulaires. — Les artères suivent presque toujours le grand axe des régions où elles cheminent, mais elles ont une tendance absolue à se porter vers les parties profondes et vers les courbures de moindre circonférence : ainsi les voit-on décrire peu à peu une spirale autour des os pour se porter d'avant en arrière (exemple : artère Crurale et Fémur) et se diriger ainsi du coté de la flexion, qui se trouve en avant pour la hanche, en arrière pour le genou. Cette disposition a pour but d'éviter au vaisseau des tiraillements dangereux.
Les troncs artériels sont toujours rapprochés des os, qui leur offrent appui et protection. L'Aorte suit la colonne vertébrale, les intercostales le bord des côtes; il en est même qui sontlogées dans un canal osseux^ comme les Vertébrales. Le chirurgien peut utiliser souvent cette disposition pour arrêter les hémorragies. Il comprime VlUaque contre le bassin, — la Crurale contre la branche horizontale du pubis, — Y Axillaire sur la première côte, et BAUDELOCQUE a bien mérité de la science, en démontrant que Xhémorragie foudroyante post partum pouvait être arrêtée instantanément en comprimant \ Aorte avec le poing ou une serviette contre la colonne vertébrale, k travers les parois abdominales.
Rapports avec la peau. — Il n'existe sous la peau que des troncs artériels de deuxième ordre , mais qui no sont pas sans importance : les artères temporales, faciales, occipitales, les collatérales des doigts, la radiale au niveau de l'apophyse styloïde du radius. C'est dans ces points que le médecin va rechercher les battements du pouls. Les deux sièges d'élection sont la Temporale et la Radiale au poignet : comprimée entre la peau et des surfaces osseuses, l'artère donne alors des renseignements plus certains.
Rapports avec le tissu connbctif. Les artères sont généralement entourées d'une gaîne de tissu cellulaire, qui les protège et les maintient unies aux organes voisins. Ce tissu^ lâche à l'extérieur, est très ferme entre les artères, les veines et les nerfs. Aussi, tandis que le chirurgien pénètre facilement dans lagaîne vasculaire en écartant les muscles et les aponévroses, il ne peut souvent qu'avec peine séparer l'artère du nerf et surtout de la
ANASTOMOSES ARTÉEIELLES. 287
veine conjointe. Mais lorsqu'un phlegmon diffus envahit une région, il pénètre dans la gaine vasculaire comme dans un canal tout fait, puis se propage avec une rapidité parfois effrayante d'une. extrémité à l'autre. C'est aussi par les gaines des petits vaisseaux qui pénètrent transversalement les plans aponévrotiques ou même osseux, que l'on voit dos abcès superficiels se doubler d'abcès profonds ; ou d'autres qui, de profonds, deviennent superficiels. Ainsi les a(5<?(?s du cuir chevelu compliquent parfois de décollement et suppuration sous la dure-mère ; de même Yempyème s'accompagne souvent d'un œdème de la paroi correspondante du thorax. On voit des épanchements sanguins, parcourant souvent de vastes espaces le long des games vasculaires avant d'arriver à un point d'arrêt ; Y ecchymose du thorax permet de diagnostiquer un êpanchement sanguin correspondant de la. plèvre.
Enfin j'ai démontré le premier en 1851, dans un travail sur l'emphysème par rupture du poumon ^ , que dans ce cas l'air luimême pouvait se transporter à de grandes distances le long des gaines vasculaires du poumon d'abord, puis, à travers le thorax et le cou, arriver jusqu'aux joues et sous la peau de la poitrine, où il forme des tumeurs saillantes et crépitantes.
Ainsi, les vaisseaux sanguins sont des conducteurs universels, et, tandis qu'ils font progresser dans leur intérieur le liquide nourricier, ils laissent circuler autour d'eux les liquides pathologiques qui suivent ces fils conducteurs.
Anastomosés aetékielles. — On appelle anastomose toute communication des artères entre elles (àvà avec, uxoixa bouché). Ces anastomoses sont de forme variée :
1° En arcade ou par iuosculatiou (artères plantaires et palmaires).
2" Augulaircs ou par convergence (artères vertébrales, à leur entrée dans le crâne).
3" Transverses ou par commuuicatiou (cérébrales antérieures et postérieures).
4° En cercle, ellipse, polyg^oue ou circouféreutielles [jènanneau dans Viris, — en losange au bord libre de Vintestin, — en quadrilatère aux deux faces de V estomac, — en polygone à la base àvicerveau). Ce dernier mode est le plus fréquent, le système
' OzANAM (Ch.). De la rupture du poumon et de Vemphijsème général qui lui succède. Paris, 1851. Br. in-S" avec planche.
288 APPLICATION THÉEAPEUTIQUE.
capillaire ofTiant de toutes parts un réseau à mailles innombrables.
Les anastomoses ont pour but d'assurer le cours du sang en établissant des voies collatérales, qui rétablissent la circulation dans les moindres organes, alors même que le tronc principal viendrait à s'oblitérer. Elles permettent au chirurgien, en cas d'anévrysme, d'opérer la ligature au lieu d'amputer le membre, sans craindre la gangrène.
Les artères anastomotiques offrent ce caractère particulier, qu'elles occupent, surtout au voisinage des articulations, le côté de Vextension ou face extérieure^ tandis que l'artère principale est toujours à face interne ou côté de la flexion.
Application tliérapeutiqne. — La connaissance des anastomoses donne souvent la raison de certains faits morbides ou thérapeutiques; ainsi la membrane pituitaire, par la Nasale antérieure, emprunte des artères à l'Ophthalmique; de là un certain consensus entre les deux sens de la vision et de l'olfaction, qui permet de traiter les ophthalmies et certaines amauroses par les err/dns et les irritants de la pituitaire.
Les artères cérébrales offrent les plus belles anastomoses dans l'hexagone de Willis.Mais, après avoir ainsi assuré la nutrition parfaite de l'organe, elles changent complètement de forme, et les Cérébrales antérieures se divisent en trois branches, dont les nombreuses artérioles, pour la plupart, ne s'anastomosent pas entre elles, mais se distribuent chacune à un territoire particulier indépendant, à la nutrition duquel elle préside, d'où la possibilité de faire pour le cerveau l'étude fructueuse des circulations locales.
A la face, les anastomoses sont innombrables et d'autant plus riches, que l'on se rapproche plus de la ligne médiane ; c'est le contraire de ce qui arrive à la ligne blanche abdominale. Cette vascularité extrême explique comment V autoplastie appliquée à la réparation de la face réussit presque toujours. Elle nous montre aussi pourquoi les hémorrhagies des artères un peu volumineuses de cette région exigent une ligature des deux extrémités coupées, le sang revenant par les anastomoses, et pourquoi il est si difficile de guérir les tumeurs érectiles des joues ou des lèvres. Enfin comment il faut, pour guérir Vanévrysme de l'artère Ophthalmique, lier non point seulement la Carotide interne, mais bien la Carotide primitive.
Terminaison des artères. — Après s'êlre multipliés à l'infini, les derniers ramuscules artériels viennent se terminer à chaque organe d'une manière différente. Ils se dessinent en treillage sur Vintestin grêle, en étoiles sur la surface du rein, en pelotons dans les glomérules de cet organe, en rayons dans Viris, Qn pinceaux ?>m:\6S papilles \m^u^^Q^, en branches sarmenteuses dans les muscles, en spires dans Vomire et les corps caverneux.
Arrivées à leurs dernières divisions, les artères se confondent dans l'immense réseau des vaisseaux capillaires, dont nous étudierons bientôt la nature et les fonctions.
Anomalies artérielles. — Le plan d'après lequel sont disposées les artères n'est pas tellement fixe qu'il ne puisse être modifié et, suivant la nature de ces modifications, on les divise en anomaliesi (^origine, de direction, volume, de nombî^e de rapports.
Mais, si l'origine et le cours des troncs ou des branches peuvent être modifiés, les divisions terminales sont fixes et se distribuent toujours aux mêmes régions et organes.
Deux causes principales produisent les ajîomalies, suivant le professeur Sappey :
1° La direction faussée par excès ou par défaut.
2° 'SJ inversion do volume simple ou multiple.
Le chirurgien doit connaître toutes ces possibilités et se tenir prêt à parer aux inconvénients qui peuvent en résulter.
Structure des artères. — Les artères ont des parois fermes, élastiques, résistantes, formées de quati-e tuniques ou couches superposées :
1° Tunique externe ou cotliilcuse.
2° Tunique moyenne ou élastlcinc.
3° Tunique interne ou sércwsc.
4° Couche cémcBifcwsc des parois internes.
\° Tiiniqne externe ou adventacc. — Cette COUche varie d'épaisseur suivant le volume des artères. Très forte sur les troncs moyens, elle est est peu épaisse sur l'aorte et s'amincit au point de disparaître sur les artérioles. Elle est formée de libres lamineuses, élastiques entremêlées, à direction longitunale.
Les fibres lamineuses se réunissent en fascicules qui s'envoient des prolongements en réseaux^ au sein desquels les cellules adipeuses viennent se déposer.
Les fibres élastiques ont tendance à se porter à la face interne; elles y sont plus nombreuses et forment un filet à mailles serrées, qui, peu à peu, se confond avec la tunique moyenne.
2" Tunîtiuc moyenue. — Elle est dense, jaunâtre, épaisse ; cette épaisseur, se disposant en sens inverse de celle de la tunique externe, est plus forte aux extrémités originelles et terminales de l'arbre circulatoire qu'à sa partie moyenne. Elle se compose de trois éléments :
Une substance amorphe.
Un tissu élastique.
Des Hbres musculaires lisses et contractiles. Leur ensemble fait la force et la résistance des parois artérielles.
La couche aiuorplic, découverte par GIMBERT *, se présente sous la forme de lamelles fenestrées irrégulières. Elle existe en couche plus ou moins abondante sur toute la longueur du système artériel, et joue, entre les fibres élastiques, le rôle de tissu conjonclif.
La couche élastique est tantôt à l'état de lames, tantôt à l'état de fibres, pour les artères de gros volume ; dans les artères inférieures les fibres dominent.
Les lamelles élastiques se rencontrent seulement dans l'épaisseur de la tunique moyenne. Elles sont percées de trous inégaux qui, augmentant sur les artères les plus petites, transforment ces membranes en réseaux.
Les recherches de Sappey ^ ont fait voir que la première couche est composée de fibres circulaires; elle est assez importante, surtout dans les gros vaisseaux, pour que Fasce ^ de Palerme l'ait regardée comme une quatrième tunique.
La couche interue des fibres élastiques est au contraire à direction longitudinale ; leurs jonctions forment un mince réseau à mailles serrées très adhérent à la tunique interne. — Entre ces deux couches il en existe une moyenne qui les unit. Ces fibres sont circulaires, parfois obliques, et s'entrelacent souvent avec les précédentes.
Les fibres musculaires lisses ont une direction transversale ; leur longueur est de II^- . Elles siègent entre les deux
' Gmibuht. Slriirture des artères. Tljèse. P. 186S, \t. 64.
Sappey. Analom. t. IF, p. S26.
' Fasch (Luigi). lstolof;ia délie arterie e délie vene derjli animaii. 1865, in-S».