‹ Le circulation et le poulsChapitre 20 sur 669 · BERENGARIO DÎ CARPI. — LES VALVULES DU CŒUR, LEURS USAGES · texte numérisé non relu

BERENGARIO DÎ CARPI. — LES VALVULES DU CŒUR, LEURS USAGES

Ce fut en Italie que l'on commença de formuler les premiers doutes sur la science de l'antiquité. JACQUES BÉrenger de Carpi, au xvi^ siècle, devint un des premiers restaurateurs de l'anatomie dans la Péninsule; il étudia spécialement les valvules du cœur.

Sans doute, Erasistrate avait, depuis longtemps, signalé leur existence, mais on ignorait leur direction et leurs usages ; il reconnut que les tricuspides s'opposent au passage du sang du ventricule à l'oreillette gauche et que les semi-lunaire?, l'empêchent de refluer soit de l'oreillette dans l'artère pulmonaire, soit de l'aorte dans le ventricule ; il reconnut aussi la non-perforation de la cloison ventriculaire, contrairement à l'opinion si généralement admise jusqu'à lui.

1545. CHARLES BSTIBNNB. — 1547. CAMANO. — 1551. AMATUS LUSI- TANUS. — 1563. EUSTACHI. — 1574. FABRICE d'aCQUAPENDENTE. — DÉCOUVERTE DES VALVULES VEINEUSES.

Vers la même époque, plusieurs savants étudièrent les cavités veineuses et découvrirent des replis en forme de valvules, échelonnées sur leurs parois.

Un savant français, CHARLES ESTIENNE , fut le premier à constater leur existence dans les branches de la veine porte ; il les nommait apophyses et les comparait très justement aux valvules du cœur (1545)

CAMANO de Ferrare, en 1547, les retrouva dans la veine azygos et le Portugais Rodriguez de castello branco, autrement dit AMATUS LUSITANUS (1551), Suivant la coutume des savants de l'époque de prendre un nom latin, constata que le sang ne peut retourner en arrière dans cette veine, car l'air même insufflé dans le vaisseau se trouve complètement arrêté parles valvules'^.

EUSTACHI ^, célèbre médecin de Rome, qui fit tant de belles découvertes en anatomie [le canal thoracique, les glandes surrénales, etc.], découvrit aussi les valvules des veines coronaires et celle de la veine cave supérieure^ qui a depuis gardé le nom de valvule d'Eustachi [1563].

FABRICIUS D'ACQUAPENDENTE *, professeur à Padoue, généralisa ce e étude et reconnut l'existence des valvules dans tout le système veineux [1574J, ainsi que leur fonction, qui est de soutenir le poids du sang dans son ascension vers le cœur.

' EsTiENNE (Ch.), De dissectione partium, corporis humani, libri très, lS4!i. - Amatus LusiTANUs, Curationum medicinalium centurix septem, 1551, cent. 1; cur. 51.

' EusTACHius, Opuscula anatomica, 1563, p. 283.

' II. Fabuicii d'AcqtjApemdente, De venarum ostiolis, Op. omn., p. 150.

C'était un pas immense fait pour l'intelligence de l'acte circulatoire général.

Ce fut à son école que se forma l'illustre Harvey, qui revint ensuite à Londres exercer la médecine au grand hôpital Saint- Bartholomew. Comme nous le verrons bientôt, à ce moment tout se préparait pour la grande découverte de la circulation. Chaque élément avait été étudié, décrit à part, veine, artère, cœur; chaque savant apportait sa pierre à l'édifice; le nom même de circulation allait entrer dans la science médicale sous le patronage de Ccsalpin, pour désigner l'irrigation pulmonaire : mais de grands travaux d'ensemble restaient encore à faire pour atteindre le but.

1514. VÉSALE, — LA CLOISON INTER-VENTRICULAIRE. SAIGNEE DE LA VEINE CUBITALE.

Dans toute cette période, nul savant ne brilla d'un plus vif éclat (iViAndrc VÉSALE, de Bruxelles. Né en 1514, il devint, en 1537, professeur d'anatomie à l'université de Padoue, puis à Bologne et à Pise. Les sept livres de humani corporis fabricâ^ formant un grand in-folio de 824 pages [1555], ont marqué l'une des grandes étapes de la science; ce fut lui qui réfuta victorieusement les erreurs de Galien, recevant avec justice, pour cela, le nom de fondateur de Vanatomie moderne.

Il étudia minutieusement la structure des artères et des veines, reconnaissant dans leur tissu l'existence de trois ordres défibres, longitudinales.^ circulaires Qi obliques.

On possède de lui une dissertation pour démontrer que le foint de côté se guérit en saignant la veine cubitale droite

Mais un de ses principaux mérites sera d'avoir parfaitement décrit la structure du cœur, ses fibres musculaires disposées en tourbillon, les couches externes marchant à contre-sens des couches internes.

Yésale a parfaitement étudié les valvules du cœur, montrant la différence qui existe entre les Valvules veineuses et les artérielles : les premières naissant d'un cercle fibreux; les autres, celles de l'aorte, d'une série de trois demi-cercles, réunis par leurs angles. Ce fut lui qui compara les valvules auriculo-ven-

' Vesalius (A.), Epistola docens venam axillarem dextri mbiii in dolore laterum aecandam. [Basilcœ, 1539, in-4°.l

triculaires gauches à une mitre, d'où le nom de valvules mitrales.

Il démontra aussi que la cloison médiane du cœur, quoique creusée de plusieurs alvéoles, n'était cependant point perforée, ainsi qu'on l'enseignait toujours, sur la foi du médecin de Pergame, et que le sang ne pouvait, dès lors, passer par cette voie d'un ventricule à l'autre.

En lS2i, Berenger de Carpi^ déjà même avant Vésale, commençait à douter du fait, mais n'avait pas osé compléter sa démonstration, par respect pour une doctrine trop universellement acceptée.

Ainsi disparaissait peu à peu la seconde erreur de l'antiquité.

Mais, quoique Vésale ait fait de nombreuses expériences sur le cours du sang dans les artères, il persista à croire, avec les anciens, que le sang était porté du cœur dans tout le corps par l'intermédiaire des veines.

Il était réservé à Harvey de démontrer que c'était par le système artériel que le sang arrivait du centre à la circonférence.

André Vésale, devenu médecin du roi Philippe II, fut condamné par la cour d'Espagne à faire le pèlerinage do la Terre sainte comme expiation d'avoir ouvert le corps d'un homme, dont le cœur fut trouvé encore palpitant ou du moins irritable. Nous savons maintenant que cela peut arriver parfois, plusieurs heures même après la mort réelle, et tout porte à croire que Vésale était innocent de ce malheur, quoiqu'il se fût uajjeu tj^op pressé défaire V autopsie.

Il fut rappelé par le sénat de Venise pour succéder, comme professeur, au célèbre Fallope, qui venait de mourir.

Il se mit en route, mais son navire fit naufrage sur les bords inhospitaliers de l'île de Zante et, n'y trouvant aucun secours, il y mourut de faim et de fatigue vers le 15 octobre 1564, à l'âge de cinquante ans.

Tel fut le sort du plus grand anatomiste de cette époque.

Michel SERVET

Page 1