COURBE RESPIRATOIRE
Nulle part le pouls respiratoire ne se fait ressentir avec plus de force qu'au cerveau. Toute la ligne d'ensemble oscille avec une précision remarquable, et, suivant que l'acte respiratoire fonctionne plus ou moins rapide, les ondulations correspondantes se reflètent avec leurs moindres nuances.
Les sinus veineux expriment également ces caractères avec une fidélité remarquable. Les tracés obtenus, même quand la respiration est normale et peu pi-ofonde, présentent des oscillations évidentes.
Pendant le sommeil profond^ avec ronflement, il se
produit une augmentation très considérable dans la hauteur des pulsations cérébrales : les oscillations respiratoires deviennent beaucoup plus prononcées.
Fontanelle. Enfant de 8 mois. — Courbe respiratoire.
3° COURBE FONCTIONNELLE DU POULS CÉRIEBRAL. — CONDITIONS PHYSIOLOGIQUES DE LA PENSÉE.
La circulation cérébrale éprouve encore un troisième genre de mouvements étudiés par Mosso et Giacomini sous le nom à''ondulations et que nous désignerons sous le nom de courbe fonctionnelle cérébrale ; ce sont ceux que subit le sang contenu dans un organe entier, sous l'influence d'un acte physiologique.
Le premier mémoire des deux savants italiens sur les mouvements du cerveau donne une idée de l'importance que peut acquérir cette séméiotique nouvelle. Yoici à quelle occasion leur travail fut entrepris ; on y verra qu'ils n'ont point laissé échapper Voccasio pr(sceps, dont parle le vieillard de Cos au début de ses aphorismes.
En 1876, MM. BiACOMiNl et liiiOSSO présentèrent à l'Académie des sciences de Paris la photographie d'une femme de trente-sept ans, qui, à la suite d'une affection syphilitique des parois crâniennes, avait perdu une grande partie de l'os frontal et des deux
pariétaux. Pour étudier les mouvements du cerveau par la méthode graphique, on adapta sur l'ouverture du crâne un tambour explorateur, mis en communication avec un tambour à levier par le moyen d'un tuyau de caoutchouc.
Les recherches furent commencées au mois de janvier 1876. Les tracés prouvèrent qu'il y a dans le cerveau de l'homme, même pendant le repos le plus absolu de V esprit et du corps, trois espèces différentes de mouvements :
1° Des pulsations qui se produisent à chaque contraction du cœur;
2° Des oscillations qui correspondent aux mouvements de la respiration ;
3° Des ondulations qui sont des courbes plus amples dues aux mouvements des vaisseaux pendant Vattention, Vactivité cérébrale, le sommeil et d'autres causes qui^ jusqu'à ce jour, nous sont encore inconnues.
Pour étudier les rapports existant entre les mouvements du cerveau, ceux du cœur, de la respiration, les changements de volume de l'avant-bras, les auteurs adaptèrent trois appareils inscripteurs sur leur malade, savoir : le tambour explorateur à l'ouverture du crâne, le pneumographe, et le pléthysmographe de Mosso pour le thorax et l'avant-bras.
Chaque mouvement du corps, chaque travail intellectuel se réfléchit sur le cerveau, qui subit une modification visible dans son volume et dans la forme de ses pulsations.
A son tour, cette ondulation cérébrale retentit jusqu'aux extrémités du corps, et l'avant-bras, la main d'un homme varie de volume et de dilatation vasculaire, selon que le cerveau est à l'état de repos ou d'action.
De là, le nom de courbe cérébrale fonctionnelle ou courbe de Mosso donné à cette ondulation.
Le docteur BLEY (Eug.) ^ s'est tout spécialement occupé de cette question intéressante, en perfectionnant les expériences de Mosso.
Le travail intellectuel augmente le nombre des battements du cœur, en raison directe de l'intensité de l'attention ; ainsi, l'on
* Gley (Eug.). Essai critique sur les condit. physiol. de la pensée, état du pouls carotidien pendant le travail intellectuel. Arch. de pliysiol, 1881, p. 742, et Thèse Nancv 1881,
observe la dilatation de l'artère carotide et le dicrotisme plus marqué du pouls de cette artère.
A la radiale, les phénomènes sont inverses, sauf le nombre des pulsations qui ne peut changer, mais la radiale est plutôt resserrée et son dicrotisme diminué.
Mais ce qu'il y a de remarquable à noter, c'est que ces phénomènes persistent alors que l'activité cérébrale a cessé. Le pouls reste assez longtemps rapide après le travail, et V insomnie an est d'ordinaire la conséquence.
En résumé : le sang abandonne les organes inférieurs pour affluer au cerveau, et ces variations s'opèrent, non sous l'influence directe du cœur ou de la respiration, mais par celle des nerfs vaso-moteurs et surtout des vaso-dilatateurs.
En 1877, sur un honime de 24 ans, qui avait eu une partie de la voûte crânienne enlevée par un coup de feu, M. OUDIN avec un sphysmoscope à mercure, vérifia l'existence des battements isochrones au pouls et les oscillations respiratoires.
Il vérifia, en outre, que toutes ces oscillations diminuent aussi bien que les pulsations pendant le sommeil chloralique.
Si la colonne mercurielle s'élève à la fin des grandes inspirations, cela est dû à la dilatation forcée du thorax, qui amène la compression subite des sinus veineux extrà-rachidiens qui communiquent avec les veines intrà-rachidiennes, d'où l'ascension du liquide céphalo-rachidien et la tension de la duremère.
Tout dernièrement, François FRANCK, dans de's circonstances absolument semblables, renouvela les observations de Mosso.
Il reconnut aussi trois ordres de mouvements dans le cerveau:
1° Les pulsations correspondant aux battements artériels.
2° Les oscillatious, mouvements plus étendus produits par la respiration.
3° Les ondulations, mouvements de variation lente qui paraissent subordonnés aux contractions rhythmiques des vaisseaux capillaires . Pendant le sommeil, il vit disparaître les oscillations respiratoires à cause du calme de la respiration. Il reconnut, en même temps, une amplitude plus grande des pulsations artérielles, assez difficile à expliquer. En effets cette amplitude ne peut tenir qu'à une tension moindre de la masse encépha-
* OuDiN. Perforât, de la voûte crânienne par coup de feu, expér. sur les batt. du cerveau. Rev. mens, de méd. et chir. Décembre 1877.
lique pendant le sommeil. Il y aurait donc anémie du cerveau, contrairement à l'aphorisme d'Hippocrate.
Mais cette anémie ne peut s'expliquer par un resserrement actif des vaisseaux. Mosso a résolu le problème en montrant avec son appareil, que pendant le sommeil il s'opère une dérivation sanguine vers les parties périphériques, et que la main, par exemple, augmente de volume. Chacun, en effet^ a pu éprouver qu'au moment du lever on se sent la main tellement gonflée, que les doigts se plient avec peine.
Quant aux modifications qui s'opèrent pendant le travail intellectuel, les expériences de François Franck ont constaté, en effet, une élévation remarquable de la courbe des mouvements cérébraux, mais le sujet modifie en même temps son type respiratoire ; il prend la respiration artificielle et incomplète des personnes dont l'attention est fixée et qui retiennent en partie leur souffle. Il en résulte dans la circulation intrà-crânienne un changement de tension dont il faut aussi tenir compte.
Effets fie la ventouse Juuod. — Sous l'influence de cette immense ventouse, qui opère le vide sur la surface de tout un membre, les courbes cérébrales devraient se modifier et annoncer Vanémie; il n'en est rien pourtant, et la courbe n'offre pas d'abaissement marqué ; François Franck, à qui l'on doit cette expérience, n'en conclut pas à la non existence de l'anémie, mais bien au rétablissement de l'équilibre de pression par l'afflux compensateur du liquide sous-arachnoïdien spinal.
Indicatîou tiacrapentiqne. — Nous pouvons en déduire que cet appareil doit être surtout avantageux pour combattre les contestions de la moelle épinière.
li^ffets carcBîacjines et vasculaires de la commotion et de la compression dn cerveau. — A l'aide d'expériences sur les animaux, F. Franck ' a pu étudier également les effets déterminés par le cboc cérébral.
Il se produit, quelques secondes après le choc, un arrêt plus.., ou moins prolongé du cœur et de la respiration.
Du côté opposé à la commotion, le cerveau diminue de volume. Le resserrement réflexe des vaisseaux encéphaliques s'opère et produit Vanémie. Et ce qui le démontre, c'est que l'arrêt du cœur ne survient plus, si l'on a soin de produire d'avance la paralysie vaso-motrice par le curare, le chloroforme ou le chloral. ' Fn.\NCK (Fr.). Soc. de biol. Suorembre 1877.
POULS ORGANIQUE CÉRÉBEAL. 611 Indication tliérapeutiquc. — Il est donc Certain qu'il
existe un rapport entre le choc céréliral, l'arrêt du cœur et l'anémie cérébrale. Le chirurgien doit en conclure que, pour sauver la vie et rétablir les fonctions dans la commotion cérébrale, il faut mettre le blessé dans la position déclive, ou même pratiquer l'inversion jusqu'au retour des battements du cœur, et donner en même temps le chloroforme en inhalations légères ou le curare en injections hypodermiques.
En késumé, le cerveau présente cinq mouvements bien distincts :
1° iPouls artériel de totalité ou d' expansion. 2" Pouls veineux des sinus communiqué par iiifluence. 3° Pouls lymphatique par influence des canaux de Robin et des lacunes de His.
4° Courbe ou oscillation respiratoire.
S" Courbe fonctionnelle de Mosso, ou vaso-motrice.