CIRCULATION ET POULS ORGANIQUE DES GLANDES SALIVAIRES
Le pouls organique des glandes salivaii^es est basé sur le type le plus simple.
En 1845, Claude Bernard* découvrit que le sang veineux de ces organes restait noir tant qu'ils étaient au repos, mais qu'il devenait rouge, sortant avec plus de force, coulant plus abondant et avec un jet saccadé, isochrone au pouls, quand la glande entrait en action.
Il survient donc, dans la glande en fonction, une tension plus grande ; et, pour que le sang y pénètre plus fortement, il faut que la résistance des vaso-constricteurs capillaires soit subitement entravée, ou celle des vaso-dilatateurs augmentée.
Comment s'opèrent ces phénomènes? L'étude du système nerveux nous en donne la clef, nous n'aurons qu'à suivre l'illustre physiologiste français dans sa démonstration, en prenant pour exemple la glande sous-maxillaire.
La glande sous- maxillaire reçoit des éléments nerveux de deux sources distinctes : les uns du nerf facial par la corde du tympan; les autres du grand sympathique par le filet du ganglion cervical supérieur . Les actions de ces deux nerfs sont démontrées essentiellement différentes, quant à la sécrétion et à la circulation.
Etant établi qu'à l'état normal la veine dépendante de la glande donne une certaine quantité de sang noir pourvu que l'organe soit au repos, voici ce qui arrive :
1° Si l'on excite la corde du tympan, on remarque une activité plus grande de la circulation^ selon un mode de pulsation identique à celui que présentent les artères ;
2° Si l'on suspend l'excitation, les choses rentrent dans l'état normal ;
3° Si, au contraire, on agit sur le filet du grand sympathique^
' Bernaud (Claude). Variations de couleur dans le sang veineux, des organes glandulaires, suivant leur- état de fonction ou de re^os, Journ. de physiol. 18S8, t. J, p. 241.
la quantité de sang qui sort de la veine diminue et il devient de plus en plus noir ; à un certain moment même, il n'y a plus d'écoulement.
4° Enfin, si, au lieu d'irriter le grand sympathique et d'augmenter ainsi son action, on vient à le couper ou à le lier^ le sang recommence à couler avec plus d'abondance des veines glandulaires et offre une teinte merveille.
Cette teinte rouge, est-elle due à l'activité plus grande de la circulation qui laisse traverser dans les veines du sang encore hématosé, ou bien vient-elle de ce que la fonction glandulaire épure le sang en \m enlevant certains produits excrémentitiels? La question est encore débattue. La deuxième opinion paraît pourtant plus probable, lorsque l'on considère que ce sang rutilant est presque entièrement privé de fibrine.
Ainsi le nerf, qui rend le sang vongc, est le tympanicolingual; son action est intermittente et en rapport avec la fonction ; il élargit les vaisseaux dont le jet devient saccadé. C'est un vaso-dilatateur, en même temps qu'un nerf fonctionnel.
Le nerf, qui rend le sang noir, est le grand sympathique ; son action est continue; sa fonction consiste à resserrer les vaisseaux; c'est un vaso-constricteur.
Grâce à ces deux ordres de nerfs, les glandes sub-linguales ont Une circulation individuelle, qui, dans ses variations,est indépendante de la circulation générale, quoique restant sous l'influence commune de la pression artérielle et de l'impulsion cardiaque.
Tout ce que nous avons dit s'applique également à la glande parotide.
En résumé, le pouls organique des glandes salivaires offre les caractères suivants î
i° Le pouls artériel est faible pendant le repos; il esifort et dévient téndu pendant \ activité glandulaire.
2° Le pouls -veineux forme un courant faible et continu; pendant le repos, il donne du sang noir.
Au contraire, il reçoit une impulsion semblable à celle des artères pendant la fonction glandulaire et parait isochrone avec le pouls radial, fournissant, pendant cette période, du sang ^ rouge, hématosique eidéfibriné.
Jusqu'à présent, Ton n'a point étudié ni reconnu d'action propre sur la circulation à l'enveloppe et à la trame organique de ces glandes, ces tissus ne paraissent pas contractiles.
CIRCULATION ET POULS ORGANIQUE DU RECTUM ET DES YEINES HÉMORRHOIDAIRES.
Les hémorrhoïdes sont dues à des formations érectiles accidentelles dans le tissu musculo-vasculaire de l'extrémité inférieure du rectum. Toute cette région est pourvue de muscles constricteurs : les uns, disposés comme des diapbragmes à fibres radiées [releveur de Vanus]; les autres, formant des auneaus, [sphincter]. Des vaisseaux nombreux recourbés en anse passent à chaque instant d'une face à l'autre de ces faisceaux musculaires entrecroisés.
Qu'arrive-t-il? C'est que chaque contraction de ces fibres efface le calibre des veines, comme le ferait une ligature; une masse sanguine assez considérable est retenue, refoulée dans ces vaisseaux, les dilate, et peu à peu leurs parois s'hypertrophient. Au début, il n'y aie plus souvent que distension, gonflement des veines, érection momentanée des tumeurs sans écoulement du sang. Puis, la dilatation gagnant graduellement jusqu'aux capillaires de la muqueuse, le spasme qui comprime les troncs veineux, disposés dans l'épaisseur des tuniques musculeuses, deviendra assez fort pour amener la rupture des vaisseaux superficiels, et dès lors l'érection des hémorrhoïdes est régulièrement suivie d'hémorrhagie. Cette hémorrhagie soulage souvent beaucoup en faisant cesser la tension. Là, comme dans les tissus érectiles physiologiques, c'est la tension organique qui est la clef du phénomène ; mais cette tension est ici morbide, et non fonctionnelle, et la dilatation extrême qui survient, souvent accompagnée de petites ruptures irritant les parois vasculaires^ les fait passer à l'état de tumeurs inflammatoires et douloureuses.
Indication titérapeutiquc. — De ces considérations il résulte que l'affection hêmorrhoïdale est moins une disposition diathésique qu'une disposition anatomique exagérée^ et par là devenue morbide; qu'il n'est donc pas dangereux de les guérir, et que pour les guérir le moyen le plus sûr c'est la dilatation anale forcée.
CIRCULATION ORGANIQUE DU RECTUM. 643 Celle-ci agit de deux manières :
1° Tantôt,en décbirant les fibres musculaires, elle fait cesser la tension perpétuelle et l'étranglement, auxquels sont soumises, souvent depuis bien des années, les veines rectales et anococcygiennes ;
2*^ Tantôt il n'y a point de déchirure ; le chirurgien n'éprouve sous le doigt qui opère aucun craquement, mais il pratique l'élongation des muscles, rétîrcment des nerfs, comme on le fait pour le nerf sciatique, dans les névralgies rebelles.
Par cette simple opération, on fait cesser à la fois et la douleur et le spasme qui tenait le sang emprisonné dans ses lacunes. Cette seconde opération, que j'ai souvent exécutée avec succès, m'a été inspirée par la pratique même de la première, en reconnaissant qu'il était inutile, pour obtenir la réussite^ de pousser la dilatation jusqu'à la déchirure.
Dans tous les cas, le soulagement est immédiat, la guérison radicale, et l'étude des pouls organiques, l'examen des circulations locales, nous donne parfaitement raison.
Résumé :
1° Ponls artériel cardiaque.
2° Courbe veineuse de pression musculaire.
3" Tension organique veineuse souvent exagérée.
Tels sont les trois caractères du pouls organique rectal.
4° Les pouls liépatique, diapliragniatique, porte et splénique ont aussi leur retentissement sur ces courbes veineuses. {Pouls composés de Bordeu.)