CIRCULATION ET POULS ORGANIQUE DES ORGANES ÉRECTILES
Erection^ turgescence, congestion, sont des termes regardés comme synonymes par beaucoup de médecins ; pourtant il n'en est rien.
Ces états divers ont certains points de ressemblance : par exemple, V arrêt plus considérable du sang sur un point donné de l'arbre circulatoire, — \ augmentation momentanée de la capacité des réservoirs, — une tension vasculaire plus grande.
Mais tandis que la targescence et la congestiou peuvent s'opérer dans tous les organes, qu'elles n'occupent que les vaisseaux ordinaires et constituent un état pathologique, l'érectlou n'a lieu que dans les organes de la copulation et leurs accessoires, et se trouve mise enjeu, non par une simple diminution de tension vaso-motrice, mais par une disposition anatomique spéciale, qui constitue les appareils spongieux ou érectiles.
KOBELT ', TRAÉR ^ et ROUGET ^ ont bien étudié ces tissus. Rouget surtout a élucidé bien des points difficiles.
Kobelt admettait un cœur génital, donnant ce nom aux muscles constricteurs, qui jouent^ dit-il, le rôle de cœur veineux accessoire, poussant et retenant le sang veineux dans les plexus caverneux et spongieux.
D'après Rouget, tout organe érectile est en réalité uii organe muisculairc, dans lequel le sang apporté par les artères peut être temporairement retenu dans les capillaires ou les veines, transformées en sinus caverneux, en plexus rétif ormes.
Ainsi chez l'homme le corps caverneux peut être considéré comme un tube Hhreux dont l'intérieur est traversé par des cordes musculaires tendues \trahécules\ d'une paroi à l'autre. Et cette trame est remplie par des artères et des veines à réseaux très multiples. L'érection est due à l'élargissement des aréoleis
' Kobelt. Bie mânnlichen Und Weiblichen Wollust orgari's. — Freiburg, 1844.
* Tra'éh (James). Sur l'arrangement des veines de l'ovaire. Ballet, de la Société anat. 1857; p. 43.
* Rouget. Rec/i. sur les organes irectiles de la femme. J. de physiol. t. I. 1858, p. 735.
du corps caverneux extrêmement dilatées par le sang qui ne peut s'échapper. La cause immédiate de l'érection est donc un obstacle temporaire à la sortie du sang par les veines. Quel est cet obstacle ?
Il consiste dans la contraction des faisceaux mufscn-
laircs, qui en sont partie intégrante et qui agissent comme des sphincters.
Mais comment cette contraction des trabécules, qui, lorsqu'elle se manifeste sous l'influence du froid, chasse le sang des corps caverneux et diminue le volume de la verge, peut-elle produire un effet diamétralement opposé pendant l'érection physiologique, à savoir : la rétention du sang dans les sinus, et l'augmentation du volume de l'organe ? C'est que la contraction, au lieu d'être simultanée dans tout Tappareil, comme celle que produit le froide débute par la base de l'organe, grâce aux muscles constricteurs [cœur génital de KobeW] , dont l'action vient s'ajouter à celle des trabécules.
Cette contraction se transmet ensuite de proche en proche, et retient la plus grande partie du sang qui a rempli l'organe. Ainsi, chez l'homme, c'est à la région des vésicules séminales, dont la distension est la cause première de l'érection naturelle, que débute le spasme qui se développe dans l'appareil musculaire du sinus uro-génital [fibres musculaires de la prostate], dans celui de la portion membraneuse de l'urèthre [muscles de Wilson], etc. L'obstacle apporté au cours du sang dans les veines du plexus de Santorini dilate aussitôt le corps caverneux, jusqu'à ce que^ le spasme génital étant éteint, la tension du sang l'emporte sur la contraction musculaire ; le sang alors est chassé, des vaisseaux et la verge revient à ses dimensions naturelles.
Ainsi, d'une part, dans les organes érectiles, les faisceaux musculaires embrassent dans les mailles de leur réseau les canaux de retour du sang; d'autre part, les dimensions et Ig.^ nombre des canaux vasculaires sont tels que ceux-ci constituent plus de la moitié du volume total de l'organe ; de là turgescence, augmentation de volume. C'est surtout au développement, énorme des capillaires de distribution et des veines de retour que sont dus les plexus réti/ormes, et ces sinus largement anastomosés dont se compose l'organe érectile.
On connaît, depuis J. Millier, la marche particulière des artères ^672cmes dans le pénis; mais, outre cet enroulement spi-
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roidej Rouget a démontré qu'on voit à chaque instant, au lieu de la division] dichotomique artérielle, des bouquets de ramuscules se détacher du tronc principal, au nombre de 10 à 15, et se subdiviser en réseaux admirables.
Il reconnut en outre que cette disposition érectile s'étend à un plus grand nombre d'organes qu'on ne le pensait.
Chez Vhomme, elle comprend la portion membraneuse de l'urèthre, l'épaisseur de la prostate, autour des vésicules séminales, l'épididyme et le testicule.
Chez la femme, on la rencontre au niveau du bile de l'ovaire, où se trouve annexé un bulbe érectile : dans le parenchyme même de cet organe, dans les trompes et les ligaments larges, et surtout dans le corps de l'utérus, qui offre la structure d'un corps spongieux.
Dans tous ces organes, Rouget décrivit les deux éléments fondamentaux et entrelacés des organes érectiles ; riches plexus^ sinus veineux j avec trabécules musculaires les enserrant dans leurs mailles contractiles. Le système artériel utérin [artère utéroovarienne] envoie peu de branches le long du col, mais au voisinage des trompes il émet 12 à 18 bouquets d'artères spiroïdes à rameaux nombreux, et si l'on ouvre les sinus veineux utérins, on trouve que les spirales artérielles compriment et repoussent \eViV?, parois à V intérieur. Il en est de même des artères kélicines par rapport aux aréoles du corps caverneux.
Or cette disposition est parfaitement en rapport avec la nouvelle fonction circulatoire veineuse que nous avons découverte et que nous avons nommée circulation par influence.
En effet le système veineux de l'ovaire de l'utérus et celui des corps caverneux sont formés de canaux si nombreux, si fréquemment anastomosés, de plexus si considérables^ enfin d'un tissu érectile si étendu, que chacun de ces appareils, séparément injecté, représente en quelque sorte le moule de l'organe. Les veines en outre, unies au corps de l'organe par un tissu connectif rare et ferme, sont presque sans contractilité.
En dételles circonstances, on conçoit que le courant veineux, . n'ayant qu'une faible impulsion, et brisé à chaque angle de rencontre par le courant voisin, ne pourrait sorlir de ce labyrinthe p.vÇ)t circuler librement, s'il ne recevait, outre la vis à tergo de la circulation générale, une impulsion plus immédiate et plus vive de la part des artères, qui, refoulant leurs parois et les
dilatant tour à tour, y font circuler le sang par influence : aspirationipour le faire affluer, refoulement pour le iaire progresser.
C'est surtout dans l'épaisseur des organes parenchymateux que cette alliance des artères et des veines est nécessaire, pour accélérer et compléter la circulation, qui sans cela resterait languissante.