‹ Le circulation et le poulsChapitre 476 sur 669 · ORGANE DE LA VUE · texte numérisé non relu

ORGANE DE LA VUE

On peut, chez certaines personnes âgées ou amaigries, aper^ . sevoir le pouls de l'artère radiale, celui des carotides ou des temporales, dont on distingue en outre le mouvement de transla^ f.iontrès évident.

On peut encore percevoir souvent les hsiitemenis épigastriques^ eux d'un anévrysme saillant, d'une tumeur érectile, ou des houreons charnus dans les suppurations osseuses.

Ces distinctions ont une certaine importance, et le sphygmo-^ graphe n'est qu'un moyen plus parfait d'utiliser le sens de la rae en fixant l'expression du pouls.

Pouls auriculaire. — Chez les personnes affectées à'olor- "hée chronique, si l'on fait incliner la tête, et que l'on remplisse

' Blot. Méûi. de la soc. de biolog.

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l'oreille externe -avec de l'eau, on voit cette eau monter et descendre, animée de pulsations isochrones à celles du pouls.

On peut être sûr alors que la membrane du tympan est largement ouverte et que V oreille moyenne est tapissée de bourgeons char' nus en suppuration.

Ces bourgeons très riches en vaisseaux capillaires, par l'addition de tous leurs battem-ents microscopiques, produisent ce pouls apparent qui sert ainsi d'élément pour le diagnostic et le pronostic.

C'est un pouls de totalité.

Pouls laryngé. — Uanévrysme de la crosse aortique produit également dans la cavité laryngienne une série d'expansions et de resserrements qu'on peut apercevoir, en explorant au laryngoscope les cordes vocales. Ce signe devient précieux à connaître, car il est parfois le seul, alors que la tumeur anévrysmale n'est encore apparente nulle part.

Pouls oculaire. — La vue est en réalité le tact de la lumière. Partout où elle peut arriver, elle touche pour ainsi dire les objets. En nous faisant pénétrer dans les profondeurs de l'œil, le précieux instrument de Helmoltz nous donne l'admirable spectacle de la circulation intime des membranes profondes de l'œil, depuis le point où l'artère centrale de la rétine débouche avec les veines, du centre du nerf optique, jusqu'aux ramifications les plus ténues de ses branches secondaires. Circulation double, artérielle et veineuse, l'une et l'autre sont également visibles. Quant aux capillaires de la rétine, on ne peut les voir à l'état normal pour deux raisons :

1° Parce que la translucidité de la rétine ne les laisse pas se détacher sur un fond bien net.

2° Parce que les vasa vorticosa de la choroïde apparaissent aussi à travers la rétine et que leur nombre extrême, leur volume^ qui est le double de celui des capillaires rétiniens, empêche complètement la distinction de ceux-ci.

Circnlatiou normale de l'œil. — Lorsqu'on explore le fond de l'œil, chez l'homme sain, l'artère centrale delà rétine ne montre aucun battement : elle jouit d'une circulation uniforme, continue et sans secousse apparente, même au grossissement de l'ophthalmoscope; on distingue une dilatation modérée de l'artère, dont la couleur rose tranche nettement sur la couleur foncée des veines et dont le volume est toujours un peu

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moindre. Cela tient à ce que les tensions intrà-oculaire et intrà-vasculaire se font un équilibre, pour ainsi dire mathématique^même avec la différence que produit la diastole du cœur.

Cette circulation indique l'état normal de l'œil. Mais il faut une grande habitude pour en juger sainement, car les mouvements, la marche, l'émotion, l'usage des instruments employés pour l'examen congestionnent facilement le vaisseau; souvent aussi, chez un sujet bien portant, les deux artères n'ont pas le même volume, la même apparence aux deux yeux : bien apprécier ces nuances délicates constitue Vart médical.

Quand la circulatiou uniforme aug^mente sans être accompagnée de pulsations, c'eslïk^pérémie de la rétine ou du nerf optique. Cette hypérémie peut être compatible avec l'état physiologique ; le vaisseau est simplement augmenté de volume. On l'observe fréquemment chez les ouvriers exerçant des professions où la face est exposée à de hautes températures, serruriers, forgerons, fondeurs; chez les hommes d'étude, qui veillent et travaillent le soir. Cette hypérémie modérée ne donne lieu qu'à des symptômes subjectifs légers d'ordinaire, mais assez pénibles parfois, pour entraver les études des collégiens et les arrêter dans leur carrière.

. Lorsque la dilatation hypérémique est considérable, elle s'accompagne toujours de troubles de la vue et à^amblyopie plus ou moins grave, par suite de la compression des éléments nerveux de la rétine.

Poals rétinien pliyisiologiqne. — Lepouls rétinien pulsatif indique d'une manière très générale une pression plus grande exercée sur Vœil ou dans l'œil.

On obtient pkysiologiquement lepouls rétinien : en comprimant le globe de l'œil avec le doigt, sur son côté externe; cette compression suffit pour amener d'abord la turgescence des veines, puis la parésie du système nerveux vaso-moteur ; des battements se manifestent alors dans les veines^ puis dans Vartère, battements isochrones au pouls ; la circulation qui augmente de force, devient ainsi compensatrice de la pression nouvelle exercée sur l'œil, dont le résultai, sans cette compensation, serait d'amener V anémie de la rétine. Dès que la pression cesse^ les pulsations disparaissent.

Il importe de savoir que ces pulsations n'occupent pas tout le fond de l'œil, mais se bornent, dans la majorité des cas^ aux

limites de la papille. Suivant Jacobi, cela tient à ce que la papille est moins résistante que le reste du fond de l'œil. Les vaisseaux, en arrivant sur les limites de la papille, rencontrent un rebord plus dense, qui fait obstacle à la circulation du sang. De là, ce phénomène de pulsation, limité à la région papillaire.

Le battement physiologique peut être encore observé dans deux cas :

1° Ou bien ce sont simplement des mouvements communiqués par les pulsations physiologiques des veines voisines, etdansces cas les battements artériels succèdent à ceux des veines, c'est une pulsation par influence, communiquée de la veine k V artère.

2" Ou bien le tronc principal artériel fournit des rameaux qui s'écartent presque à angle droit au niveau de la bifurcation.

La résistance étant augmentée dans ces points, le pouls artériel apparaît physiologiquement.

Pouls rétinien pathologique. — Le pouls rétinien pathologique est dù également à des tensions variables.

Ces variations de tension peuvent survenir par deux mécanismes différents, très bien définis par Otto Becker *, car il y a deux facteurs : Vœil et les vaisseaux.

Tantôt c'est la tension intrà-oculaire qui augmente dans des proportions considérables [glaucome]. Dès lors les artères rétiniennes dont la tension n'a pas augmenté, seront déprimées et laisseront constater des variations de calibre à chaque pulsation, par suite de la parésie de leurs nerfs constricteurs.

Tantôt la tension intrà-oculaire reste physiologique, mais c'est la tension intrà-vasculaire qui diminue la première dans une proportion considérable, comme il arrive dans Vinsuffisance aortique. Alors les artères rétiniennes aplaties, exsangues et déprimées pendant la diastole, reprennent leur volume normal et leur couleur pendant la systole cardiaque. Aussi, l'ophthalmoscope nous montre encore le pouls artériel rétinien pulsatif.

Pouls lumineux de l'œil ou scotome scintillant. ^

Quand, par une variation brusque danslapressiondel'artère centrale de la rétine, célle-ci se dilate et prend des fonctions pulsatives, chaque pulsation transmet cette compi'ession intermittenté

' Becker {Otto). Sur les mouvéments du sang visibles dans la rétine humdinè: Arch. fûrophth"". t. XVIII, part. p. 266.

à certaines fibres rétiniennes, qui, réunies en faisceau, se rendent directement à la tache jaune, en passant par dessus l'artère centrale de la rétine ou l'une de ses branches.

Cette compression momentanée d'un faisceau nerveux suffit pour modifier la vue et produire des nuages lumineux, qui brillent et disparaissent alternativement, suivant la cadence du pouls radial. C'est ce trouble visuel qu'on nomme scotome scintillant On pourrait aussi bien l'appeler j»o^l5Z5 lumineuxde l'œil.

Diag;nose : — 1° Il suffit, surtout chez les adultes, d'une course un peu rapide pour produire momentanément le scotome scintillant. — 2° Mais ce pouls peut aussi devenir pathologique, car on l'observe chez les individus atteints de maladies du cœur, surtout insuffisance aortique. — 3° Si le scotome scintillant apparaît tout à coup, chez un homme en bonne santé, s'il est très fort et très brillant, limité à un œil, disparaissant parfois sous une faible influence, comme le passage de l'air confiné à l'air frais, ou en penchant la tête en position déclive, il devient l'indice et le prodrome d'une migraine intense ^, ainsi que Piorry l'a observé le premier.

Otto Becker en attribue la cause à l'obstacle éprouvé par le sang quand il vient heurter l'éperon de bifurcation de l'artère centrale, qui se divise à angle droit ; ce savant ophthalmologisle dit avoir observé le même phénomène dans les mêmes circonstances sur les artères mésentériques de la grenouille.

Pulsations des artères cHiaires courtes. — L'artère i centrale de la rétine n'est pas la seule qui puisse donner des pul- I sations rhythmiques.

Si l'on fixe des yeux un point déterminé sur une surface uniformément éclairée, et si l'on exerce en même temps une certaine [ pression sur la paupière, et par là sur l'œil, on voit apparaître [ d'abord une tache ronde et brunâtre au point de fixation ; puis, en dedans de ce point, une deuxième tache, animée de véritables pulsations comme la radiale. Ces ombres animées de pulsations j sont séparées, à chaque diastole, par des intervalles clairs. Et ! comme ces pulsations entoptiques se montrent dans la région de ' la macula, il faut en conclure avec Reich ^ qu'elles sont produites

' Jacobi. Sur les phénom. pulsatifs normaux du fond de l'œil chez l'homme. Centralbl. 1875, p. 19.

■ Michel. J. de ph. 187S. p. 529.

' Reich. Sur quelques phénom. subjectifs qui s'observent quand la press. intràoculaire augmente, Klinische monatsbiaetter fur augenheilkun e, t. XII, p. 238.

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par les pulsations des vaisseaux choroidiens. Et c'est précisément en ce point que les calculs précis de Lebert placent la pénétration des artères ciliaires courtes postérieures dans le globe oculaire.

Le phénomène pulsatif est donc produit par une compression partielle de la rétine plus formelle au niveau des points où les troncs de ces artères pénètrent dans l'œil.

Pulsation des veines rétiniennes. — Il est des cas où non seulement les artères, mais les veines elles-mêmes de la rétine laissent percevoir des battements. On les distingue à leur couleur plus foncée, parfois même c'est la veine qui transmet son mouvement à l'artère.

Anémie absolue de l'artère centrale. — Lorsque le miroir de Helmoltz montre l'artère centrale absolument vide de sang, tout en ayant conservé son volume ordinaire, c'est un si^ne de mort.

Quand il n'y a que syncope, VdxihvQ, ainsi que j'ai pu l'observer par moi-même, n'est jamais complètement vide ni décolorée.

Pneumatosc des veines rétiniennes. - Quand les veines rétiniennes laissent apercevoir à l'ophthalmoscope des globules d'air ïmmoh'ûe à travers la colonne sanguine, c'est un signe absolu de mort. On doit au docteur bouchut la connaissance de ce signe important ; il permet de juger de l'arrêt total de la circulation, en même temps qu'il indique une décomposition commençante.

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