AFFECTIONS ABDOMINALES
Choléra. — Le premier phénomène du choléra, comme nous l'avons dit, est Vépaississement du sang, par soustraction du sérum ; il prend l'apparence de gelée de groseille.
Le deuxième est le ralentissement circulatoire qui en résulte, avec refroidissement général du corps.
Le troisième est V hématose incomplète.
Le quatrième est la cyanose; signe d'asj»^ya;ee progressive.
Diagnose. — Une cyanose générale, caractérisée par la pâleur livide de toute la peau, et la couleur bleue ou lie de vin des lèvres, de lalangue, des pieds et des mains, est la caractéristique du choléra confirmé.
Pronostic. — Le choléra bleu a toujours passé pour une forme des plus graves, surtout si la cyanose arrive d'emblée avant les évacuations, indiquant l'arrêt immédiat des fonctions hématosiques.
Indication thérapeutique. — Le ralentissement circulatoire étant dû, en grande partie, à l'anhydrisation du sang, qui fait obstacle à sa progression dans les capillaires après des évacuations alvines trop nombreuses, on trouvera que les injections
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intr à-veineuses à^eau pure ou légèrement additionnée de phosphate de soude, de sel, de sérum ou ammoniaque^ sont parfaitement indiquées, puisqu'elles suppriment un obstacle mécanique. Mais il faut bien savoir qu'une seule injection améliore momentanément, elle ne guérit pas. A chaque fois que Vamélioration faiblit, il faut recommencer les injections, et l'on peut alors avoir le bonheur de guérir, au bout de cinq ou dix injections, des malades qui semblaient voués à une mort prochaine.
C'est faute de connaître ces précautions que l'on a échoué tant de fois, en pratiquant une seule injection.
Les injections de lait paraissent avoir été efficaces entre les mains du docteur Hodder * au Canada. Mais il faut que le lait soit parfaitement écrémé .
Enfin les inspirations oxygène viennent en aide à l'insuffisance de l'hématose, et je crois que l'onpourrait même employer avec avantage en injection l'eau oxygénatée, non irritante, découverte par moi en 1860^, et remise en honneur parM. Boyer, en 1883-85.
Péritonite. — La péritonite se complique de cyanose vers la fin de la maladie. Cela tient à la parésie du diaphragme enflammé qui supprime tout un mode respiratoire indispensable.
Mais il faut aussi tenir compte de l'inflammation qui se propage au plexus solaire et aux branches abdominales du nerf pneumo-gastrique, d'où un retentissement funeste sur les poumons eux-mêmes, sur le cœur et l'hématose.
Aussi le pronostic est-il toujours très grave.
liens, Hernie étranglée. — La liernîe étranglée produit la cyanose, tantôt par la péritonite qui la complique, tantôt par des influences analogues à celles du choléra, car l'abondance et la répétition des vomissements épaississent le sangpar soustraction du sérum, et plus le sang est épais, riche en globules, plus la cyanose apparaît rapidement.
Indication tliérapenticiue. — Les injections d'eau pure ou oxygénatée dans les veines peuvent encore sauver le malade, après que le débridement a rendu aux matières leur
' Hodder. Journ. des connaiss. médic. cliirurg., 1873, p. 574.
- OzANAM (Ch.). Préparation et emploi de Veau oxygénatée en thérapeutique. Acad. des sciences, Paris, dépôt cacheté, le 23 mars 1860, n° 1911. — Id. Note publiée, comptes rendus, 4 novembre 1861.
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libre écoulement. Si l'on n'a pas recours à cette transfusion intrà-veineuse, les malades succombent à l'asphyxie progressive après l'opération, mais non par suite de l'opération elle-même.
Cyanose habituelle. — Elle s'observe dans les maladies organiques du cœur. Parmi les affections cardiaques, les unes ralentissent la circulation du sang^ les autres l'accélèrent ; les premières seules déterminent la cyanose. Cette cyanose peut apparaître sous trois formes : subite, progressive, tardive.
Cyanose subite. — La cyanose subite indique la formation de caillots dans le cœur, ou d'une embolie de l'aorte thoracifiuc ; elle s'accompagne toujours d'une angoisse extrême et d'une mort prompte.
Cyanose progressive. — La cyanose, dont les premiers indices ont débuté pour ainsi dire en même temps qu'une afection du cœur, paraissant d'abord à peine, pour grandir ensuite avec la maladie cardiaque^ indique une affection orgauiciuc du cœur droit.
Hydro-périearditc. — Mais si la cyanose progressive survient avec xm pouls défaillant on paradoxal et tendance constante à la syncope, avec voussure du thorax gauche^ il faut en chercher la cause dans une hydropisie du péricarde.
Cyanose tardive. — Elle peut compliquer les affections chroniques des deux cœurs, mais elle offre dans les deux cas des caractères différents.
La cyanose, qui apparaît à la fin des maladies du cœur {^anche, a pour caractère d'être livî«le plutôt que bleue, et se montre à la face seulement. Elle indique surtout la congestion pulmonaire.
Elle est tardive et peut annoncer encore les progrès ultimes des rétrécissements ou insuffisances de l'aorte ou de l'orifice mitral.
Longtemps, dans ces cas, le cœur lutte pour maintenir l'équilibre des deux circulations veineuse et artérielle ; et l'hypertrohie cardiaque que l'on observe souvent alors, loin d'être une cause de cyanose^ en éloigne de beaucoup le développement et atténue ses effets.
Mais enfin la compensation devient insuffisante, le sang
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accumulé dans les troncs et dans le cœur veineux s'hématose de moins en moins, et la cyanose arrive à la période de cachexie cardiaque.
La cyanose qui accompagne directement les affections du cceur vciucnx, est plus générale, plus lileue, et se propage à tons les tég;nments. Elle apparaît plus vite dans le rétrécissement que dans \ insuffisance tricuspide.
Auévrysme aorticinc. — La cyanose tardive, lorsque l'on ne trouve rien aux orifices cardiaques, doit être rapportée à un anévrysme de l'aorte, qui comprime la veine cave supérieure.
Pronostic. — La cyanose est toujours grave, surtout chez les vieillards^ où elle indique wa.cœur graisseux désormais incapable de suffire à la compensation.
Cyanose gong:énitale. Conditions physiologiques de la cyanose. — Longtemps on avait admis que cette coloration bleue était due à un arrêt de développement du cœur., à la présence d^un 'seul cœur, à la persistance du trou de Botal, ou à Vabsence de cloison interventriculaire, ou bien encore à \di perméabilité du canal artérioso-veineux , états pathologiques permettant le mélange des deux sangs; c'était encore l'opinion de Corvisart et de Gintrac.
Morgagni, le premier, et plus tard Ferrus, remarquèrent que toutes ces conditions existent chez le fœtus aux différentes époques de son développement, sans qu'il soit cyanosé.
Meckel et Oppolzer en Allemagne, proposèrent une autre théorie, celle de l'hématose incomplète, soit parce que le sang arrive avec peine aux poumons, soit que ses hématies altérées perdent la propriété d'absorber l'oxygène et de se débarrasser de l'acide carbonique.
Rokitansky démontra plus tard que l'absence de cloison interventriculaire ou la perméabilité du canal artérioso-veineux, ou même la présence d'un seul ventricule et d'une seule oreillette, n'étaient point des causes suffisantes pour produire la cyanose. Il y avait donc une autre inconnue dans le problème.
Cruveilhier et B.okitansky * la trouvèrent dans le retard de la circulation veineuse, soit par rétrécissement des orifices du cœur, soit par développement incomplet du système artériel et spécialement de l'artère pulmonaire.
* Rokitansky. Ilandbuch der pathoî. anat. Wien. 1844, t. II, p. 511.
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Sous rinfluence de ce retard, il y 3- rupture d'équilibre entre les circulations artérielle et mineuse et la cyanose paraît.
Cette dernière condition, l'arrêt de développement, nous explique pourquoi la cyanoscTpeul survenir non seulement avant la naissance, mais encore à l'époque de la première ou de la deuxième dentition, et même à l'âge de la puberté. Le corps en général, et la circulation en particulier, subissent vers ces périodes des crises évolutives, qui peuvent être partiellement entravées ou régressives. Dans tous ces cas la vénosité du sang imprime à la cyanose une coloration bleue foncée toute particulière, et, loin d'être bornée à la face^ elle est aussi générale que possible.
Qu'arrive-t-il en effet 1
Le sang, trouvant dans les artères des voies d'écoulement insuffisantes, s'accumule de proche en proche dans les veines et les capillaires qu'il dilate. Sa marche devient lente, traversant . moins souvent les poumons ; son hématose reste incomplète et les réseaux veineux dilatés colorent désormais en bleu tout ce que les réseaux artérialisés coloraient en rose.
piaignose. — La Cyanose congénitale doit faire prévoir chez l'enfant un double vice de conformation : l'un qui fait eommuniquer les deux sangs; l'autre qui rétrécit un ou plusieurs points des grands canaux artériels, et presque toujours c'est l'artère pulmonaire.
Sans la deuxième lésion, pas de cyanose possible ; mais sans la première la cyanose ne serait ni si bleue, ni si générale.
DESCRIPTION DU SYNDBOME CYANOSE.
La cyanose diffère dans son expression, suivant qu'elle est passagère ou habituelle.
Cyanose passagère. — Elle vient par accès, à la suite de tout obstacle à la circulation du sang veineux.
La face se gonfle, devient rouge, puis bleue ; cette couleur s'observe d'abord aux lèvres, autour des yeux, au nez, puis aux ongles, aux doigts des pieds et des mains.
Les yeux s'injectent, font saillie et deviennent larmoyants, les paupières s'entr'ouvent, les pupilles se dilatent, ce que Wircàow *
' WmcHOw. Gesammelte abhandlungen, p. 30i.
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explique par Varrêt de la circulation carotidienne et par l'excitation du ganglion.
Les veines jugulaires deviennent saillantes, leur gonflement augmente et diminue avec la respiration. Le cou lui-même se gonfle tout entier, et la peau se couvre d'une sueur froide ; mais à peine la cause a-t-elle cessé d'agir que la cyanose s'efface et disparaît.
Cyanose habituelle. — A tous les signes précédents fortement accusés, il faut ajouter la congestion cyanotique, plus ou moins prononcée, des extrémités et de la langue qui devient violette; puis, comme retentissement sur les organes et les fonctions, on observe un syndrome qui constitue ce que les anciens appelaient : l'état- veineux, — habitas venosns.
La sensibilité au froid, et l'abaissement de la chaleur vitale (34°, 5 constatés par tupper au lieu de 37°); l'état fongueux et scorbutique des gencives, le gonflement des lèvres, du nez et des paupières.
L'hypertrophie en forme de massue des phalangettes aux pieds et aux mains avec convexité des ongles.
Le gonflement de la peau avec tendance œdémateuse, et plus tard anasarque. Le pouls artériel est petit, /aible^ mou, souvent rapide ; il éprouve d'une manière très marquée les courbes respiratoires. (V. Pouls veineux). Le cœur éprouve de fréquentes palpitations, parfois des syncopes. La respiration est accélérée, avec suffocation aux moindres efforts : ce sont bien les signes de Vanoxhémie bulbaire.
Si la cyanose existe dès la naissance, le développement du sujet est tardif, incomplet, la nutrition appauvrie, le tempérament apathique, mou et faible ; le moral chagrin et sans énergie.
Les os restent grêles, les muscles faibles et sans ressorts ; la poitrine demeure étroite, les organes génitaux peu développés, l'économie est sans résistance en cas de maladie, et la vie presque toujours abrégée. ILes hémorrhagieSjV œdème, Vhydropisie, le coma, sont les terminaisons habituelles. C'est par exception que l'on voit les cyanotiques arriver à l'âge d'homme. Tels sont les effets produits par la dyscrasie veineuse.
Cyanose locale. — On l'observe dans Yartérite, la gangrène séniley les engelures.
Artérite. — La cyanose localisée à une partie d'un membre
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est un signe pathognomonique A^artérite; on l'observe le plus souvent à la jambe, vers la fin des fièvres graves, où l'artère crurale éprouve une inflammation soit pariétale, soit oblitérante. La teinte cyanotique est d'autant plus forte qu'on examine une partie plus extrême. Les veines apparaissent
i très gonflées, surtout quand on fait lever les malades.
Gangrène sénile. — On la retrouve diWK. pieds, aux mains
. dans la gangrène sénile commençante., ou le pronostic en est
\ très grave.
! Engelures. — Mais elle s'observe , d'une manière remarquable, chez les enfants qui ont eu beaucoup àJ engelures ; i elle est alors sans danger, mais persiste plusieurs mois malî gré le retour des chaleurs.
CYANOSE TOXIQUE OU MEDICAMENTEUSE.
Les principales substances cyaiiosanteis sont : Aconit, — Aniline, — Arnica, — Arsenic, — Belladone, — Camphre, — Chlorate de potasse, — Coque du Levant, — Cuivre, — acide Cyanhydrique, — Digitale, — Fève Saint-Ignace, — Hellébore blanc, — Igasurine, — Kairine, — nitrate de Potasse, — Noix vomique, — Opium. — acide Oxalique. — Picrotoxine. — Poissons toxiques àn Japon, — protoxyde d'Azote, — Seigle ergoté, — Strychnine, — Sureau, — Venin des serpents.
Les médicaments cyanosants sont peu nombreux, pourtant on peut les diviser en quatre classes d'après la caractéristique des effets qu'ils produisent : 1° les tétanisants, — 2° les paralysants du cœur, — 3° les asphyxiants, — 4° les colorants.
\° Tétanisants. — Ils arrêtent à la fois la respiration eiVhématose; les muscles respiratoires sont contractés, le cœur est en systole.Tois sont : la Coque du Levant, — la Fève Saint-Ignace, — V Igasurine, — la Noix vomique, — la Picrotoxine, — la Strychnine.
2° Paralysants. — Ils agissent en paralysant à moitié le cœur, d'où le ralentissement de la circulation qui devient incomplète et veineuse ; tels sont : Y acide Cyanhydrique, — le Chlorate dépotasse, — le sel de Nilre, — la Nitro-glycerine, — le Nitrite de sodium, — ■ les Sels potassiques en général, — VEther, — le Chloroforme, — le Chloral, h doses extrêmes.
3° ylspliyx.iauts. — Leur action se manifeste sur le sang, en
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le rendant incapable d'hématose, les globules perdant la faculté d'absorber l'oxygène.
Tels sont : les acides Carbonique et Cyankydrique, — la Kairine, • — l'Azote, le Protoxyde d'azote, — les Acide sulfureux et mlfhxj' drique, — V acide Oxalique.
On remarquera que plusieurs des paralysants sont en même temps des asphyxiants.
4° Colorants. — Une quatrième classe agit artificiellement en surchargeant le sang d'une matière colorante étrangère azurée.
Tels sont : la nitro-benzine ou glonoine et le bleu d'aniline, qui produisent la couleur bleue des muqueuses, des ongles, cyanose artificielle importante à connaître pour éviter des erreurs.