POULS PETIT DANS LES MALADIES CHRONIQUES
L'asthéuocardie est le partage de toute faiblesse générale ; dès que le sang s'appauvrit, le pouls devient petit et faible, aussi garde-t-il ce caractère dans toutes les cachexies, il se montre proportionnel à l'usure des forces.
€iouttc. — Chez les goutteux, dit le professeur Stockes^ le pouls est souvent pendant les crises.
Fig. 347. — Pouls d'un goutteux de G8 aus, pendant l'accès.
Lorsqu'il reste tel habituellement, en dehors des accès de goutte, il indique une dilatation excentrique du cœur.
Plitlii»$ie. — Le pouls devient petit chez las phthisiques : 1° à cause de l'athrepsie à laquelle ils sont sujets; 2° par suite de l'épuisement que produisent la toux et la lièvre habituelles, l'expectoration purulente, la diarrhée, les sueurs nocturnes ; 3" vers la fin de la maladie, il s'y joint une atrophie musculaire qui envahit le cœur aussi bien que les autres muscles.
Fig. 348. — Jeune fille de 26 ans, phthisie, deuxième degré.
Caucer. — Le cancer agit comme la phthisie ; il amoindrit le pouls avec l'épuisement progressif des forces. Mais son action se fait principalement sentir lorsqu'il attaque l'estomac ou l'intestin, à cause de l'inanition qui on résulte fatalement.
Fig. — Homme de GU aus, i;aucur du pylore,
Ce pouls est entièrement dénué de dicrotisme, à cause de l'athrepsie.
Sclérudcriuic. — La sclérodermie étant caractérisée par un
spasme prolongé des artères, il est évident que le pouls doit se montrer petit dans toutes les parties atteintes par le mal. Mais, au bout d'un certain temps, une nouvelle cause vient s'ajouter à la première; c'est l'engorgement, Finduration du tissu cellulaire voisin, qui comprime à son tour les vaisseaux et empêche leur expansion. Pourtant on n'observe point de plateau.
Fig, 350. — Homme de 30 ans, sclérodermie des poignets.
Fig. 351. — Homme du même âge, sain.
Atropliic musetBlair® générale progressive. — Il est
peu de maladies qui donnent lieu à un pouls plus, absolument petit. En elFet, les muscles de la vie organique participent à l'atrophie générale, et les enveloppes artérielles, les muscles du cœur eux-mêmes n'en sont pas exempts.
Mais il y a des degrés dans la maladie, et le pouls comme les muscles ne diminue que progressivement.
Voici par exemple le pouls d'un homme de vingt-huit ans encore au début de ïa maladie :
Fig, 352. — Atrophie musculaire progressive, début.
Puis nous donnons celui d'un jeune homme de dix-sept ans, arrivé à la dernière période, alors que le cœur lui-même est atrophié :
Fig. 353. — Atrophie musculaire, dernier degré.
Il ne faut cependant pas désespérer même alors de la guérison, car j'ai pu sauver le jeune malade dont il est question par l'emploi de Viodm^e d'arsenic, du phosphore et de Y hyper-nutri-
tion. Cependant le sujet était arrivé à une telle atrophie qu'il ne pesait plus que 30 kilos, et que l'on pouvait à peine reconnaître son cœur à l'auscultation.
Mal perforant. — Péan et Delsol ont attribué à des lésions vasculaires antérieures le mal perforant.
En effet Dolbeau a reconnu par le sphygmographe que les artères de la jambe malade ne donnent que des battements Jaibles et petits, avec le tracé particulier des ossifications artérielles, c'est-à-dire A^plateau du sommet.
Mais cet état du vaisseau est-il cause ou effet? c'est ce qui n'a point encore été élucidé.
^ Pronostic. — Dans tous les cas, le pronostic est assez sérieux et la guérison difficile.
Spcrmatorrhée. — Un pouls très petit, lent et languissant chez un adulte ne paraissant atteint d'aucune maladie, mais seulement triste et abattu, doit faire soupçonner que le sujet est atteint de spermatorrhée ou de pertes prostatiques abondantes, dont il peut ignorer l'existence, si elles ont lieu vers la fin des garde-robes ou bien en urinant.
Fig. 354. — Homme de 35 ans spermatorrhée.
Anémies. — Les hémorrhagies, les saignées répétées, les pertes de sang profuses, et généralement tous les flux abondants ou de longue durée produisant Vanémie, donnent au pouls un caractère de petitesse habituelle et le plateau qui indique le rétrécissement artériel.
Fig. 3S5. — Anémie hémorrhagique.
Il y a dans ce cas un effet tout m écanique^ la diminution de la totalité du sang.
Uolighœmie amène le retrait des artères et du cœur, puisque aucun vide ne peut exister dans leur cavité, et qu'en outre les parois artérielles sont très contractiles. De là des battements moindres avec un pouls plus ou moins petit.
Fig. 355. — Anémie diatliésique.
Chlorose. — La chlorose s'accompagne d'un pouls petit; comme celui des anémies, il offre souvent au sommet de la systole un plateau indiquant le rétrécissement léger de V orifice aortique, car l'aorte, éprouve un retrait marqué ^^^x olighœmatie et diminution de la densité du sang.
Fig. 356. — Chlorose, pouls petit.
Hystérie. — On observe parfois un pouls fort petit dans la grande crise hystérique, au point de laisser craindre une complication grave, mais ces phénomènes sont passagers et ne doivent pas faire porter un pronostic fâcheux.
Fig. 357. — Hystérie, pouls petit.
Affectionis mentales. — Dans les affections déprimantes, tristesse^ chagrin, envie, dépit, et dans les vésanies correspondantes, hypocondrie^ mélancolie, manie^ le pouls devieat sautent très petit, hors de proportion avec l'âge du sujet et avec sa santé apparente. Yoici, ^ar , le pouls d'un homme de
36 ans, sous V'm.ï[\xentQ, à' nna monomanie suicide :
Fig. 358. — Pouls petit, moiiomanie suicide.
Quand une artère est rétrécie par compression, spasme, arrêt de dévelop'pement, le pouls de cette artère devient petit qï faible, et la région correspondante éprouve les accidents de Yischémie*
Rétréciisscmcut mécauiqne. — Une tumeur^ un cancer, une luxation, une exostose sur le trajet d'une artère, rétrécissent son calibre et rendent le 'pouls fetit.
Rctrécisscmcut ati'opliiquc. — L'atrophie d'un membre atrophie aussi l'artère correspondante. Le "pouls est toujours 'petit; souvent il offre un plateau comme le rétrécissement aortique, mais l'artère correspondante n'en a pas. On observe ce fait à la suite de l'apoplexie et des vieux rhumatismes.
Fig. 359. — Rétrécissement de la radiale, suite d'hémiplégie.
Fig, 360. — Radiale saine, même sujet.
ARTERES CÉRÉBRALES.
Rétrécissement des artères cérébrales. — On observe assez souvent des phénomènes nerveux causés par un rétrécissement qui siège au niveau de certaines artères cérébrales. L'^activité cérébrale de ces personnes doit être toujours très modérée. On rapporte le fait d'un homme qui, chaque fois qu'il entreprenait un travail actif, était obligé de le suspendre tout à coup ; il revenait au bout de quelques instants à un travail moyen qu'il pouvait achever sans interruption. A sa mort, l'autopsie faite démontra qu'une des artères de la base du crâne était rétrécie à un degré excessif ^ Il en est de même de ce qu'on appelle la céphalée des étudiants. Céphalée, parfois constante parfois renaissant dès qu'on se met au travail. Au bout de peu d'instants, le vertige, la céphalée, le trouble de la vue arrivent, et le malade ne peut continuer son travail.
Certains enfants ne peuvent supporter la station verticale et tombent en syncope au bout de peu d'instants. Dans tous ces cas, soyez sùr qu'il y a ischémie cérébrale, et très probablement, un spasme vaso-moteur, ou même un arrêt de développement momentané des artères cérébrales, comme on observe le rétrécissement aortique dans la chlorose, et celui de l'artère pulmonaire dans la phthisie.
* PoTAiN. Courrier médical 1884, p. 196,
Diag:nosc : — On reconnaît cette anémie cérébrale au soulagement qu'éprouvent les jeunes malades en baissant fortement la tête et le corps, et pour les vieillards lorsqu'ils veulent reposer horizontalement dans leur lit, sans oreiller.
Indication tliérapcutiquc : — Le fer^ pour modifier les hématies, la glonoïne, le nilrite ^amyl^ le nitrite de sodium, comme vaso-dilatateurs^ — Vhydrotérapie et les bains sulfureux comme régulateurs des centres nerveux et circulatoires, telles sont les médications indiquées.
AEÏBKE ILIAQUE.
RétrécîfSsement de l'artère iliaque. — Etudié sur l'animal, il donne lieu parfois à des accidents iscliémiques très remarquables. On en doit l'observation au professeur Potain :
« Lorsqu'un cheval a l'artère iliaque rétrécie, il est encore susceptible de fournir une carrière raisonnable. Tant qu'il mène une allure modérée, tout va bien; mais si l'on vient à accélérer sa marche, il tombe la jambe raide. Elle ne tarde pas à se couvrir de sueur, devient froide, et l'on y remarque des Irémulations avec douleur intense. Au bout de quelques minutes, ces phénomènes ayant cessé, on peut faire relever le cheval. Il a retrouvé sa force et marchera comme auparavant jusqu'à ce qu'il tombe, si son allure vient à être forcée de nouveau. »
Chez l'homme, nous avons souvent aussi Toccasion de traiter les accidents dus au rétrécissement de Vartêre iliaque; sa compression par les tumeurs utérines et les kystes de V ovaire, ou bien encore par Yutérus en gestation, explique les douleurs vives et l'impossibilité où se trouvent bien des femmes^ vers la fin de leur grossesse, de marcher plus de quelques minutes de suite.
C'est que la compression de l'artère amène bientôt Vischémie du membre, et avec elle les fourmillements, la crampe, la douleur vive, l'arrêt complet de la fonction, jusqu'à ce que le repos soit venu rétablir l'équilibre compensateur.
Sans doute quelques-uns de ces faits s'expliquent par la compression douloureuse des nerfs sciatiques et lombo-sacrés, mais, dans le plus grand nombre de cas, il s^agit d'une ischémie régionnaire et d'un rétrécissement de Yartère par pression continue, rétrécissement facile à reconnaître à la petitesse du pouls fémoral correspondant.
AEÏÈRES EÉTINIENNBS.
Pouls rétinien diminue. — Anémies : La diminutioa notable du calibre de l'artère centrale et de ses branches peut être accidentelle ou habituelle.
A. — Biminutiou accidentelle . — Elle indique une anémie momentanée de la rétine, comme celle qui survient pendant un accès de frayeur, ou bien à la suite d'une défaillance, d'une saignée, d'une hémorrliagie ou autre cause affaiblissante.
B. — Dimiuntion habituelle et progressive. — Elle peut être : 1° avec hypertrophie des parois de l'artère ; 2° avec atrophie de ces parois ; 3° avec douleurs périorbitaires.
1° Hypertrophie artérielle. — Maladie de Bi'ight chronique. — Si la diminution est habituelle, progressive , si elle coïncide avec un pouls dur, incompressible à la radiale, elle indique une maladie de Bright chronique. Les artères rétiniennes sont diminuées de volume sans qu'il y ait aucune affection de la rétine; et cette diminution est toujours en rapport avec l'augmentation de la tension artérielle. Elle est due à l'épaississement concentrique , à la contraction des vaisseaux; les artères n'apparaissent plus que comme de simple lignes. [Gowers.]
2° Atrophie artérielle. — Atrophie optique. — Si la diminution habituelle et progressive de la circulation s'accompagne de diminution de la vue, si elle est survenue sans douleurs, elle indique l'atrophie progressive du nerf optique, laquelle n'est souvent, elle-même^ qu'une sclérose cérébrale localisée.
On observe alors un état opposé : Les parois vasculaires, au lieu d'être hypertrophiées concentriquement, se montrent, à Fophthalmoscope, comme ayant des parois moins épaisses; leur couleur se confond peu à peu avec la teinte rose générale de l'œil, et l'observateur en suit difficilement les ramifications; mais quand l'atrophie vasculaire est avancée, les parois artérielles apparaissent avec une double ligne nacrée, séparée par
' Grand-Clément. Valeur se'méiot. des battem*'' de Vart. centrale l'étinienne dans les affect. du cœur. Lyon taéd. 1874, p. 138. ' Id, Abeille méd., 29 juin 1874.
une ligne rouge et se détachanf sur le champ de la pupille, fort pâle elle-même.
3° Douleurs pérî-orliîtaîrcs. — Exostoses syphilitiques. — La diminution progressive de la circulation dans l'artère centrale rétinienne, quand elle s'accompagne de douleurs nocturnes dans l'orbite, indique l'existence d'une exostose interne ou externe de V orbite, d'origine syphilitique, comprimant les nerfs et les vaisseaux.
Pronostic et indication thérapentique. — Ils sont alors plus favorables ; Viodure de potassium et les préparations d'or, à fortes doses, peuvent encore guérir le malade.