‹ Le circulation et le poulsChapitre 551 sur 669 · POOLS LENT NORMAL CHEZ CERTAINES RACES · texte numérisé non relu

POOLS LENT NORMAL CHEZ CERTAINES RACES

Le pouls lent est un état normal pour quelques individus, mais dans certains pays^ certaines provinces, cette lenteur serait un phénomène caractéristique de la race. Ainsi le docteur Gros pendant la guerre de 1870, ayant soigné un grand nombre de soldats ou mobiles bretons, a trouvé leur pouls plus lent que celui des autres Français. Et souvent dans

' Tuffnell. The succesful treatment of internai aneurism. London et Dublin, broch. in-S", 34 pag.

des cas, soit de traumatisme, soit de pyrexie ou d'inflammation, le pouls des soldats bretons était à 60, tandis que la chaleur indiquait évidemment la 6èvre '.

Objection. — Mais il faut tenir compte du milieu oij vivaient ces mobiles bretons. Arrachés à leurs foyers, à leurs parents, à Isur langue natale, isolés au milieu d'un monde nouveau, les Bretons, comme on le sait, prennent souvent le mal du pays. Un des effets de cette mélancolie extrême est précisément de ralentir le pouls; il ne faudrait donc pas se hâter de conclure à une disposition de race, avant d'avoir étudié les Bretons chez eux, dans leur patrie, en dehors de toute impression morale débilitante; c'est un travail à refaire.

Ralentissement du pouls maternel après l'acconcliement. — Le pouls se ralentit presque toujours chez la femme après l'accouchement normal. Ce fait important a été signalé d'abord par le docteur BLOT ^, puis par le docteur hemey ^ et par BUFFET * dans une thèse récente. Le premier, dans son travail, n'embrassait pas moins de 300 observations ; celui de Hemey, qui parut cinq ans après, reposait sur 380 faits.

Le ralentissement se montre surtout chez les multipares : il n'est pas constant, mais oscille entre 70-75, chiffre normal, et 44 pulsations; il peut même baisser à 35 par minute. Il existe dans la moitié des accouchements environ, car Hemey l'a constaté dans 136 cas sur 380 observés.

Ce ralentissement commence dans les 24 heures après l'accouchement, augmente d'abord, puis reste stationnaire, enfin disparaît peu à jieu au bout de 3 ou 4 jours chez les primipares, et de 5 à 7 chez les multipares. Mais, par exception, il peut durer 15 jours, un mois entier. Plus le ralentissement est prononcé, plus sa durée est longue ; mais ni l'époque de la grossesse où a lieu la délivrance, ni la longueur du travail^ ni la nourriture, n'ont d'influence sur lui ; et, si la fièvre de lait vient modifier cette lenteur pendant deux ou trois jours, elle ne s'en trouve diminuée que peu de temps. Mais, pour constater ce caractère, il faut examiner la patiente à l'état de repos complet, et dans le

* Gros. Uiiiou méd. 1810, n» 132.

« Blot (H.). Bullet. de l'Acad. de méd., 23 juillet 1S63. '

' Hemey. Rech. sur le pouls pendant les quinze jours qui précèdent et qui sfiivent l'accouch'. Arcli. gén. de méd., 1868, p. 154.

* Buffet (Louis), De la thermométrie et du pouls chez les femmes en couches. Th.. Paris 1877.

décubitus dorsal; c'est là surtout qu'on aperçoit la différence des deux positions, assise et couchée, signalées dans le chapitre des attitudes.

En effets une seconde observation du ào cieur Hemey , c'est que, chez les femmes récemment accouchées, le rhythme du pouls est altéré. Sur 400 femmes observées à l'hôpital Cochin, tandis que 64 présentaient un ralentissement marqué, on en comptait 94 dont le pouls était irrégulier ^ inégal^ soit comme rhythme^ soit comme amplitude de la pulsation. Cette inégalité ne survient qu^avec la fièvre de lait et après; elle semble donc être une combinaison du pouls ralenti ordinaire, et de l'élément plus ou moins inflammatoire qui survient à cette époque.

L'accouchement naturel à terme n'est pas le seul à faire subir cette influence; on l'observe souvent aussi, quoique d'une manière moins constante, à la suite des avortements même à trois ou quatre mois. Ce ralentissement, d'après Hemey, reconnaîtrait pour cause \ augmentation de la pression artérielle; si cotte pression augmente, c'est que l'une des voies d'écoulement capillaire (le placenta, avec la paroi utérine) est brusquement supprimée ; le sang s'accumule donc momentanément dans le système artériel, et la tension augmente, tandis que la systole cardiaque se trouve ralentie. Une fois l'équilibre rétabli, la lenteur disparaît.

Je ne partage point la conclusion du docteur Hemey ^ qui attribue le ralentissement à l'augmentation de la tension artérielle ; car ce ralentissement devrait être sans exception, tandis qu'il y en a un grand nombre, et que les émotions morales modifient aussi très vite cette lenteur. La chirurgie vient encore infirmer cette explication ; ainsi j'ai pu enlever l'utérus avec une tumeur fibreuse pesant 29 livres, et, malgré l'immense perturbation apportée à la circulation, le pouls n'est pas descendu au-dessous de 80, puis remonté à 130 ; ce qui prouve bien que la mécanique seule ne peut rendre compte des fonctions de la vie.

OLSHAUSEN *,dans un important travail publié en 1881, a signalé de nouvelles causes de la lenteur du pouls; d'après lui, elle paraît être en rapport -avec Vinvolution utérine et avec l'accroissement de la graisse dans le sang.

' Olshausen. Veber den puis verangssammung in Wockenbett und ihre ursachet Ceutralblatt f. gymikol., n" 3, 1881. ^ r ,

On se rappelle, en effet, que RUSSMANM ' avait pu déterminer expérimentalement la lenteur du pouls chez les chiens, en injectant un corps gras liquide^ de l'huile de foie de morue, dans leurs veines.

D'après Olshausen^ sur 380 cas, il y en a 220 où le pouls ne dépasse pas 60 pulsations après cette injection. 53 où il oscille de 40 à 60.

3 où il bat de 34 à 40.

Et ce ralentissement, selon lui, peut persévérer dans certains cas jusqu'à 2, 3 et 4 semaines.

Indications diagnois tiques et pronostiqncis: — 1° Le

ralentissement du pouls chez la femme nouvellement accouchée est Hn signe normal et de bon augure.

2° Le ralentissement du pouls survenu subitement chez une femme dans les derniers mpis de la grossesse doit faire soupçonner la mort du fœtus ou un avortement prochain.

3° La fièvre fait disparaître les caractères propres au pouls qui suit l'accouchement.

4° La lenteur du pouls chez la nouvelle accouchée pourrait masquer le début d''une fièvre ■puerpérale et empêcher de la reconnaître^ si l'on ne consultait en même temps la température animale.

5" I>e même, une hémorrhagie sérieuse remplace cette lenteur par une grande fréquence avec dicrotisme.

6° La lactation, lorsqu'elle dépasse les limites physiologiques., peut amener un état fébrile, qui modifie la forme et la, lenteur du pouls; elle agit alors comme une sorte d' hémorrhagie blanche.

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