POULS FRÉQUENT DANS LES MALADIES CHRONIQUES
Le pouls fréquent se montre dans les affections suivantes : 1° Dans le goitre exophthalrnique.
2° Dans \qs palpitations hystériques.
3° Dans Ib. Jièvre hectique., qui accompagne souvent le début de la tuberculose et des néo for mations rapides, pendant leur période de ramollissement, de suppuration ou à'ulcération [cancer, phthisie, carie et nécrose, abcès par congestion, etc.).
4° Dans la fièvre paludéenne rebelle.
S" Dans la chlorose.
6° Dans la paralysie générale.
1° Dans certaines affections du cœur.
\° Goitre exoplitlialmitiue, — Cette affection est caractérisée, non seulement par la force extrême des pulsations, mais par une fréquence plus grande que toute autre. Il est habituel de voir le pouls à 140, 150. On l'a vu monter à 180-200. Alors,
* BouiLLY. Fièvre de croissance. Br. in-8°, p. 1879.
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ce n'est pas à l'élément fréquence que le médecin doit se fier pour formuler sonpronostio, car avec cette fréquence le malade peut encore vivre et même guérir.
2° Palpitations. Hystérie. — Les palpitations nerveuses qui surviennent chez les femmes et chez les enfants accélèrent parfois singulièrement le pouls ; cette fréquence alterne souvent avec un calme parfait, mais peut revenir par crises habituelles pendant des années entières, surtout aux époques menstruelles. C'est un signe de peu de valeur.
3° Fièvre hectique : Cancer. — Pendant la première période de la maladie, le cancer peut envahir les organes, exercer les ravages les plus étendus^ sans provoquer la moindre réaction fébrile ; bon nombre de malades succombent même sans fièvre pendant cette première phase, par suite de désordres locaux, comme Vathrepsie dans le cancer du pylore^ V asphyxie dans celui àes poumons ou du larynx.
niagnose : — \ù absence de fièvre au début du cancer du poumon est un signe précieux pour le distinguer de la tuberculose, où la fièvre est forte dès le commencement. Ainsi le docteur Thaon de Nice eut à soigner, en 1880, un homme de 42 ans^ chez lequel la toux, la dyspnée, l'amaigrissement, s'accompagnant de matité avec silence respiratoire et absence de vibrations, devaient faire songer à une phthisie de marche insolite ou une pleurésie exsudative ; mais Y absence de fièvre et de fréquence du pouls, ainsi que l'absence de chaleur morbide (33°) fixèrent son Jugement; il reconnut un cancer primitif du poumon. Plus tard l'apparition de ganglions cancéreux à la base du cou démontra la fidélité de son diagnostic.
La fièvre et la fréquence du pouls qui surviennent à la première période du cancer indiquent toujours une épigénèseinfîammatoire. Par exemple :
Quand le pouls fréquent survient dans la première période du cancer du sein, il annonce la formation d'une pleurésie.
Quand le pouls Jréquent se montre au début d'un cancer abdominal^ il présage une péritonite partielle.
Kyste de l'ovaire. — Dans le cours de cette affection le pouls Jréquent avec douleur vive et vomissements bilieux indique une péritonite locale.
S'il n'y a pas de vomissements bilieux, il s'agit d'une inflammation des parois du kyste; et l'on peut affirmer en outre qu'il est multiloculaire ou même sarcomateux ; les kystes uniloculaires ne s'enflamment presque jamais.
Cancer dn lUédiastin. — Le pouls rapide paraissant dans le premier stage du cancer des ganglio7is bronchiques indique l'invasion d'un œdème pulmonaire s'il y a discordance avec la chaleur vitale, ou bien une pneumonie si la thermalité s'élève en même temps.
Si le cancer des ganglions bronchiques ou du médiastin détermine une fréquence extrême du pouls revenant par accès, l'on doit en conclure que la tumeur comprime et paralyse le nerj vague. Si le pouls rapide survient dès les premiers temps à! \m ulcère cancéreux, il indique une septicémie provoquée par l'ichor sécrété, puis résorbé.
De même la fréquence du pouls (120, 140 pulsations) survenant à la 'l^ période du cancer (^période cachectique) indique très probablement, d'après le docteur Thaon, la généralisation du cancer, et dans tous les cas un certain degré de septicémie.
Indication thérapeutique: — hes pansements antiseptiques, en supprimant l'absorption du virus en nature, feront diminuer ou disparaître la fièvre hectique et le pouls se ralentira aussitôt.
J'ai vu un polype fibreux ulcéré de l'utérus faire monter le pouls à 160. Le lendemain du jour où j'en fis l'ablation il n'y avait plus que 90 pulsations.
Mais quand on ne peut enlever le mal, il faut, pour arrêter la fièvre, pratiquer une antisepsie poussée presque à la cautérisalion; il faut employer pendant plusieurs jours Vacide salicylique pur, le sublimé au ou le chlorure de zinc au T.
Dans la 2" période du cancer, on n'observe pas, malgré l'azoturie et la déperdition nutritive, une fièvre hectique complète. C'est-à-dire qu'il y a souvent antagonisme entre la chaleur et la fréquence du pouls.
La température reste normale, du moins dans la majorité des cas, mais le pouls s'accélère grandement.
PItthisic. — La Bèvrc hectifiue de suppuration des pbtbîsiques ne fait pas monter le pouls au delà de 120, excepté pendant la digestion et dans les dernières semaines où il bat de 130 à 140. Cette fréquence est aussi beaucoup plus marquée le soir que le matin où les malades restent souvent plusieurs heures sans fièvre.
Dans la phthisie aiguë, il peut y avoir inversion des redonblequi se montrent alors de préférence le malin, ou même matin et soir.
Fig. 41'5. — PMhisie, 2*= degré.
4° Fièvres intermittentes et rémittentes, quotidiennes, clironic|ues. — Dans ces maladies, le pouls peut demeurer fréquent des semaines^ des mois, même une année entière. Mais il est rare que la fièvre reste alors quotidienne, qu'il n'y ait pas de temps à autre un ou deux jours de rémission qui aident puissamment au diagnostic : c'est la fièvre quarte qui manifesle le plus de tendance à prendre la forme chronique.
Indications tliérapentîiiue et diagnostique : — Dans ce cas aussi, une forte dose de quinine [1 gramme] donnée d^un seul coup, dans 30 grammes de rhum' trois heures avant le redoublement, arrête brusquement et complètement la fièvre, au moins pour quelques jours, parfois d'une manière définitive^ tandis que la fièvre hectique ne serait que peu influencée parles plus fortes doses de sel quinique. i
.5° Clilorose. — Les jeunes filles cJdorotiques sont sujettes à de ivé(\VLQni?, accès de fièvre, très semblables à la^ fièvre éphémère et qui durent 24 à 36 heures. Les anciens l'appelaient : « feiiris alita Yirginum. »
Le pouls monte alors assez haut, 120, 125, pour retrouver son calme quelques heures après. Une fatigue, une émotion ramène les accès.
Pronostic : — - La fièvre passagère chez les chlorotiques n'implique point un pronostic sérieux, mais augmente beaucoup le malaise et la faiblesse des jeunes malades, qui perdent alors tout appétit et ne supportent plus les ferrugineux.
Cependant, si la fièvre dure plusieurs jours, elle indique Une épigénèse inflammatoire. Mais, outre ces accès de fièvre, là chloro-
tique peut garder pendant plusieurs mois le pouls fréquent [120 pulsations], ou bien un pouls très irritable, c'est-à-dire passant en un clin d'oeil de 80 à 120.
Dans ces deux cas, il faut se guider pour \e pronostic, non sur la fréquence seule, mais sur la chaleur vitale, et le pronostic ne deviendra défavorable que si la fréquence du pouls est unie à une augtnentation de température indiquant alors les débuts d'un travail morbide, ordinairement granuleux ou tuberculeux.
Affections cérébrales. — Ici la fréquence du pouls, unie à des cépbalées habituelles et à des phénomènes de contracture^ ou de paralysie, indique une tumeur soit du cervelet, soit de la moelle allongée comprimant les origines du nerf vague; et, dans tous les cas, une vive excitation du grand sympathique.
Paralysie générale. — Un ])Ouls fréquent de 130 à 150 pulsations, survenant chez un sujet atteint de paralysie générale ancienne et sans augmentation de chaleur, indique la dernière phase de la paralysie générale progressive devenue glossolabio-pharyngée .
La différentielle se trouve dans la réunion de ces deux faits : fréquence extrême du pouls avec aiisencc de chaleur.
En effet, s'il y avait chaleur plus grande, on pourrait croire h nue paralysie dn sy?npathique et des nervi vasorum, mais V absence de chaleur anormale met le sympathique hors de cause ; il faut donc chercher la cause du désordre du cœur dans les nerfs cardiaques eux-mêmes et dans les racines du pneumogastrique, toujours atteintes dans cette maladie.
Pronostic. — Le pronostic est habituellement mortel; s'il survient une amélioration, elle est momentanée et ne doit point laisser un espoir trompeur.
Fig. 406. — Femme de 53 ans. Paialysie geutiale progressive. 166 pulsations. 3° POULS FRÉQUENT DANS LES AFFECTIONS ORGANIQUES DU CŒUR.
Insuffisances aortlques et mitrales. — Quand une aiiee- Mon organique du cœur se manifeste avec une grande fréquence du pouls, il faut songer à une insuffisance mitrale ou aortique.
Fig. 407. — Insuffisance mitrale. Pouls fréquent.
Dans ces deux affections, en effet, il y a conflit dans le ventricule entre le sang qui part et le sang qui arrive à faux ; cette double sollicitation en sens contraire oblige le cœur à redoubler d'efforts et de fréquence dans ses contractions ; il est comme hésitant toujours entre la systole et la diastole.
Le pouls est en même iem])S petit, irrégulier de force et de fré' quence dans rinsuffisance mitrale.
Asystolîe. — L'asystolie produit le même résultat avec un pouls souvent imperceptible.
Fig. 408. — Asystolie. Pouls à 190.
Angine de poitrine. — Le professeur Peter * a vu, dans certaines attaques ^'angine de poitrine, le pouls monter à ISO pulsations par une sorte de paralysie du pneumo-gastrique, puis, dans le même accès, retomber à 15, sous l'influence sans doute de l'excitation consécutive de ce nerf.
Pronostic : — Dans ce cas^ le ralentissement rapide du pouls n'indique aucune amélioration et le pronostic conserve toute sa gravité.
Aigonie : — Le pouls à' agonie est très lent ou très rapide ;\\ peut monter jusqu'à 150, 180^ 200, mais il perd en force ce qu'il gagne en rapidité; et les contractions incomplètes, impuissantes du cœur ne peuvent plus surmonter la contraction tonique des capillaires, ni obliger le sang à franchir ces vaisseaux, d'où les stases, les anémies, les cyanoses, Vasphyxie ou la syncope, suivant les circonstances.
' PiîTEu (M.). Traité clinique et pratique des maladies du cœur. P. 1883. Un vol, in-8°, p. 668.