POULS BE SOULÈVEMENT PATHOLOGIQUE
Pouls trachéal. — Le pouls tracJu'ul augmente sensiblement d'intensité lorsque l'artère aorte, développée outre mesure, comprime avec plus de force et propulse avec plus d'énergie l'arbre trachéen. Aussi peut-on avec JUDEL * en tirer la diagnose suivante qui mérite d'être signalée.
Indication fliag;uo!i>ti4iuc : — Une ptilsation dans la. trachée^ pouvant être perçue par le laryngoscope et beaucoup plus forte qu à Vétat normal^ est signe d'anévrysmc commençant de la crosse de l'aorte. Le diagnostic sera confirmé s'il y a en même temps paralysie ou mobilité irrégulière des cordes vocales.
Pouls orbitaire. — ■ A côté des cas où l'orbite entier est animé d'une pulsation ou dilatation interne et sphérique, il en est 011 lapulsation ne fait que soulever l'orbite en masse. Walter R1VIN6T0N a fait un excellent mémoire sur ce genre d'affection. Il en a rassemblé 62 cas, 20 idiopathiques, 33 traumatiques.
Diagnose : — La pulsation soulevant V orbite en masse indique soit un auévrysme de Va7'tère orbîtaîre, soit une tumeur crectîlc développée dans le tissu post-orbitaire.
Pouls cornéen. — Le docteur JAVAL^ a démontré en 1884 que la cornée transparente offre des changements de diamètre et de courbure, se succédant par oscillations régulières et isochrones KM pouls.
Il s'agit, ici, à^nn pouls de soulèvement et de compression tout à la fois, communiqué au globe de l'œil par l'ensemble des rameaux de Vartôre ophthalmique, qui, sortant du crâne par le trou optique, repousse d'abord l'œil en avant et gonfle, h chaque impulsion, le tissu cellulaire péri-orbitaire ; l'œil alternativement pressé et libre prend, ainsi que la cornée, une forme alter-
' JuDEL. Deutsche Klinik. léna, 1868.
- RiviNGTON (Walter). 1864-186S. Roy. med. and chir. society, 23 mars IS'iS. ' Javal. Séances de la Société de biolog. Cet. 1884.
nalivement ovoïde et arrondie, mais dans une mesure le plus souvent inappréciable.
Abcès piilsatlf <le la région précor«lîale. — Le docteur BARDONNET en a signalé un exemple remarquable en 18S9. Une tumeur pulsative à la région précordiale s'était développée chez un jeune homme de bonne santé. Quoique la tumeur fût à 3 centimètres du sein gauche, vers le cinquième espace intercostal, le cœur n'indiquait aucun trouble morbide.
Le docteur Bardonnet * diagnostiqua : abcès, et la ponction au trocart donna issue à une certaine quantité de pus mal lié. Le malade guérit.
Empyèmc pulsatif. — Si un abcès externe, siégeant à la région précordiale, peut offrir de l'obscurité au diagnostic par les pulsations qui s'y répercutent, combien plus un épanchement dans la plèvre gauche ! Ce caractère particulier peut mettre le praticien dans une grande perplexité en lui faisant craindre un anévrysme aortique.
OWEN-REES ^, puis ARAN ^, en donnèrent deux exemples. En Allem.agne, MÙLLER (1868) observa un nouveau cas. Puis, quelques années plus tard, traube de Berlin en cita deux faits dans le Berliner medicin. Woch. (12 février! 872), et Lorenzo l^ovenxntti communiqua les détails d'un autre dans les Annal, univers, di medic. e chir. juin 1875. Enfin J. COMBY * a résumé dans une intéressante brochure les divers travaux entrepris à ce sujet.
Il s'agit presque toujours d'épanclicmeiits considérables ordinairement purulents, situés dans le côté gaucbc de la poitrine.
Le côté offre des battements isochrones à lo. systole cardiaque, qui se font sentir surtout dans les deux tiers inférieurs de l'hémithorax gauche et vers le mamelon, tandis que le cœur déplacé bat plus à droite, vers le second espace intercostal. Comby admet que c'est à l'accolement sur le médiastin d'une lame de poumon sclérosé que doit être attribué le renforcement des bruits du cœur. 11 est souvent difficile de le distinguer de l'anévrysme inlrà-thoracique.
' Bardonnet. Tumeur pulsative siégeant à la région \précordiale . Gaz. méd. de Lyon, p. 318. 1859. ' Owen-Rees. Brit. med. 1858, juillet, août. ' Aran. Bullet. de tliérap., t. IV, p. 531.
* CoMUY (J.). De l'empijème pulsatif. Bc in-S». P. Delaliaye. 1882.
niaguosc: — ilac-DouncI, dans le Journal de Dublin (1874), en a donné le diagnostic différentiel bien formulé :
1° On ne retrouve pas dans rcmpyèisïc les bruits et les souffles caractéristiques de l'anévrysme; il est vrai qu'ils ne sont pas toujours perceptibles dans les cas d'anévrysmo.
2" La matité de l'cnipycnic est plus étendue.
3" L'cmijyème siège à gauche ; Vanévrysme surtout à droite.
4° L'cinpyèiMe pointe le plus souvent à V extérieur, sous la quatrième côte^ en y formant une tumeur pulsative; ce siège est très rare pour l'anévrysme.
5° Le tracé spliygmograpbique doit avoir, dans le cas d'anévrysmo, une ampleur qui manque à Yem'oyème. Puis il faut observer l'étendue de la matité dans Xempyème et l'absence d'un véritable mouvement d'expansion , remplacé par un simple sotdèvement.
6'' Le dicrotisme doit faire défaut dans le dernier cas, de même qu'on ne l'observe pas dans les pulsations des fontanelles, ni dans celles qui sont transmises par une tumeur située sur le trajet d'une artère.
6° L'auscultation perçoit à distance et transposés plus à droite les bruits normaux du cœur déplacé.
8° Il faut, en outre, bien connaître les diverses variétés de forme et de siège que peut avoir Fempyème pulsatif. Ainsi l'cmpyème peut être avec saîlSâc extérieure circonscrite; on voit alors apparaître à la région précordiale, ou dans les derniers espaces intercostaux, une ou deux tumeurs Jliictuanles et pidsatives , tandis que le reste de la paroi thoracique n'offre aucun battement.
9° 11 peut être général et difTiis, occupant tout le côté gauche et communiquant même au corps entier l'impulsion de battements.
10° empyème pulsatif peut fuser bien loin de son lieu d'origine pour apparaître dans le creux claviculaire, ou descendre jusqu'à Vaine.
11° Il peut, par exception., se montrer à droite, mais c'est qu'alors Fépanchement s'est développé à l'intérieur, au point de s'accoler au cœur, refoulé alors plus à gauche.
12" On a rencontré encore àcs pulsations visibles dans Vhijdro-pneumo-thorax, soit spontané, soit succédant à l'opéra-
tion de la thoracentèse faite pour un empyème pulsatif. TRAUBE et FRAENTZEL ont cité des observations de pyo-pneumotkorax et ^hydro-pneumo-thorax avec battements.
Comby lui-même admet que , dans tous les cas d'empyème pulsatif, il existait un pneumo-thorax plus ou moins prononcé.
Le docteur FÉRÉOL qui en a observé un cas tout récent, à fixé mieux encore le diagnostic précis.
« Quelle peut être », dit-il, «la cause de ces pulsations? Comment se fait-il que les battements d'un cœur normal, non hypertrophié, se transmettent amplifiés à la paroi tlioracique, à travers un épanchement pleural ?
« Je ne crois pas que ce soit dans l'état du poumon ni dans ses rapports avec le cœur qu'il faille chercher la cause de cette amplification. Ce phénomène est lié à la présence d'une certaine quantité d'air àdin&ldi plèvre.
« C'est là une condition indispensable pour la production des battements thoraciques, mais est-elle suffisante ? non. Il faut encore que ce pneumo-thorax soit fermé, c'est-à-dire qu'il ne communique pas avec les bronches. Il y a lieu, en effet, de supposer que, lorsque cette communication existe, les battements du cœur, amplifiés par l'élasticité de l'air, vont se perdre dans le sens delà moindre résistance, c'est-à-dire dans l'arbre aérien, au lieu d'être transmis à la paroi thoracique. »
« Donc, la condition indispensable à la production des pulsations thoraciques dans l'cmpyème pulsatif total est un pueamo-thorax fermé coïneidaiit avec l'épancbciiient pleural. »
Pronostic : — L'empyème pulsatif est toujours fort grave, line guérit jamais spontanément; l'opération, si elle soulage, ne peut que rarement remédier aux lésions, car le cœur et le péricarde ont souvent contracté des adhérences, et le poumon, presque toujours tuberculeux, atrophié, réduit à une simple lame fibreuse plaquée contre la paroi gauche du médiastin, a perdu à la fois sa nature et ses fonctions. C'est même à cette sclérose qu'est due la transmission avec renforcement des pulsations du cœur, en sorte que, lorsque V empyème pulsatif existe depuis longtemps, le médecin peut à coup sur diagnostiquer : atropbie et sclérose du poumon.
^ Fébéol. Sociét. médic. des hôpit., 14 mars 188 i.
Pouls caverneux. — En général, les cavernes pulmonaires transmettent plus facilement les bruits du cœur ou des vaisseaux que leurs battements ; néanmoins, quand une caverne confine immédiatement au cœur ou à un gros vaisseau^ dit von brunn et que par un frottement continu cette paroi, voisine de l'artère, a subi un certain degré d'amincissement, le mouvement ondulatoire vasculaire se transmet à la paroi et au contenu de la cavité morbide. Il détermine, par le mélange intime des parties fluides et gazeuses qu'elle contient, un éclatement de bulles qui simule le bruit de cuisson, parfois aussi le bruit de soufflet, si l'orifice de communication entre la caverne et les bronches est moins considérable ou le liquide moins abondant.
Ce bruit, semblable au chant d'ébullition d'un liquide épais^ Q%i périodique, synchrone aux battements cardiaques; il ne s'entend que pendant pause intermédiaire à l'expiration et à l'inspiration, ou lorsque le malade retient sa respiration pendant un instant.
Prouostic : — 11 est grave, car il indique le voisinage d'un os, vaisseau, V amincissement extrême des, parois de séparation,
et la possibilité prochaioe d'une rupture vasculaire dans la
caverne, avec hémoptysie mortelle.
Cette question sera traitée au chapitre suivant, lorsque nous aurons étudié le pouls veineux.
' Von Brdnn. Propagation des ondulât, des vaisseaux au contenu des cavue's patholog. situées à l'intérieur des poumons. Berlin. Klin. Wochens. 1872, 11.
' Von Brl'nn. Un nouveau cas de transmission des mouvements vasculaires au contenu d'une caverne, (Idem, W i'j, p. 200. 1876.)