C. Troubles uerveux
Sans la réunion de ces trois symptômes, la fièvre n'existe pas.
Jamais, ne effet, même par la section des rameaux du grand sympathique, on n'a pu provoquer et imiter complètement le mouvement fébrile sans passer par une maladie.
' Peter. Des conditions pathogéniques de la fièvre. Semaine méd. 1884, p^' 361.
Quant au malaise nerveux, sans doute il n'est pas toujours ressenti par le malade si ce dernier reste dans un calme profond, entouré de soins assidus; mais si l'on provoque un peu les sensations, tel malade qui ne souffre pas, éprouvera tout à coup un vif malaise et même tombera en syncope au moindre mouvement.
L'accélération du pouls suit, en général, une ascension parallèle à celle de la température; et, suivant Marey, cette rapidité plus grande de la circulation provoquerait, en réalité, Y hyperthermie.
En admettant, comme chiffre moyen, 70 pulsations pour riiomme sain et 37°, 14 pour la température normale du sang on peut, avec Spring, établir l'échelle comparative suivante : [V. Symptomatolngie, p. 2 S 9].
70 pulsations répondent à une température de 37° 14
80 — — 37° oO
Pour des chiffres plus élevés, les calculs ne concordent plus, car dans les cas les plus graves, où le pouls monte à 160, 180, la force vitale est souvent trop diminuée pour que l'ascension de la température reste proportionnelle.
Les degrés Fahrenheit sont d'un emploi plus commode et concordent assez régulièrement avec les degrés de chaleur. A dater de 98°, chaque degré de chaleur correspond à 10 pulsations de plus.
98° 60 pulsations.
Mais, en même temps que la rapidité du cœur augmente, son énergie parait accrue ; il transmet au pouls, aux carotides, des
battements impétueux et visibles. Toutes les artères semblent avoir augmenté de volume et font éprouver dans le corps des battements généraux pénibles.
De là un agacement nerveux extrême, car le sang, arrivant en abondance aux nerfs, les rend excitables, chacun suivant sa nature. Les nerfs motcuB's donnent ce sentiment de courbature générale, si pénible au malade, avec besoin de changer continuellement de position. Lassitude^ pesanteur^ pandiculations, bâillements, sursauts.
Les nerfs sensibles produisent Vhyperesthésie de la peau, les névralgies, la céphalée, les alternatives de frisson et de chaleur, le vertige, les engourdissements et fourmillements.
Les organes des sens éprouvent photophobie, le strabisme, \sl photopsie, les bourdonnements d'oreille, V impressionnabilité au bruit-
Les centres intellectuels sont excités , avec tendance au rêve, au délire, ou abattus avec impuissance intellectuelle.
La respiration est en souffrance. L'accélération du sang le faisant passer avec une rapidité plus grande dans le poumon, son hématose reste incomplète ; de là une respiration oppressée, rapide, haletante, avec sentiment d'insuffisance et soupirs répétés.
Mais tous ces phénomènes ont-ils leur cause dans une surac- • tivité, un surcroît d'énergie véritable du cœur? JNon. Cette énergie n'est qu'apparente. Si les artères, les capillaires paraissent gonflés de sang, ce n'est point qu'ils reçoivent une impulsion plus énergique, mais bien parce qu'ils n'opposent plus leur résistance habituelle.
En un mot, c'est la force périphérique qui a cédé, et la force centrale, n'éprouvant plus d'obstacle, se déchaîne.
La flèvrc est donc, comme la congestion, comme V inflammation, un phénomène passif, qui a sa première cause aux sources de la vie, dont les résistances cèdent en même temps que faiblissent les fonctions.
Etat actuel de la science. — De toutes les fièvres, celle qui offre le caractère le plus typique^ c'est la fièvre intermittente avec ses trois stades, frisson^ chaleur et sueur; on la prend pour
exemple analytique parce qu'elle se prête mieux que toute autre aux explications de la physiologie.
Période algidc. — Elle est caractérisée par une contraction violente de tous les capillaires de la périphérie et peut-être aussi de certains organes internes. Cette contraction se manifeste au dehors par les signes suivants :
— IjKpâleur de la face et des extrémités.
— Les frissons avec sensation de froid externe, la peau étant exsangue, et souvent avec chaleur interne, tout le sang étant condensé à l'intérieur.
— La rétraction des tissus externes, surtout à la pulpe des doigts dont la peau se plisse, avec amaigrissement apparent.
Au point de vue sphygmograpliique, le resserrement des capillaires empêchant le libre écoulement du sang dans les veines superficielles, il se produit une congestion veineuse des organes pelviens. Les artères plus grosses se dilatent aussi et leur tension augmente brusquement. Cette tension augmentée nous explique tous les phénomènes secondaires, savoir :
A. La dimiuiition dn nombre de pulsations, car le cœur ayant plus de résistance à vaincre travaille moins vite, et l'accès de fièvre se trouve commencer ainsi parle ralentissement àn poids.
B. L'affaiblissement de leurj intensité^ car l'artère trop . pleine se laisse peu dilater.
C L'absence de dicrotisme, puisque l'élasticité moindre diminue le choc en retour.
D. La propagation plus rapide de Tonde, puisque le liquide plus dense favorise le mouvement.
Mais, tandis que Marey attribue au spasme périphérique la cause absolue de l'algidité, nous trouvons plus juste, avec Onimus, de faire entrer en ligne de compte une seconde cause, V affaiblissement du cœur.
En effet, cette seconde cause survient bien vite, car le cœur ne tarde pas à se ressentir de l'amoindrissement de la circulation, et verra diminuer rapidement sa force impulsive, en même temps que la tension^ c'est-à-dire la résistance, augmente.
C'est encore à cette cause, V af aiblissement du cœur, qu'il faut, avec ONINIUS, attribuer un certain nombre de cas où l'algidité paraît seule, comme il arrive dans le mal de mer et les empoisonnements par poison cardiaque [digitale, arsenic, vératrine, etc.)
II. Période calorique. — Le corps humain, pour être à l'état normal, doit conserver un équilibre instable; mais comme toute cause extérieure ou interne tend à l'en faire sortir, il n'y rentre que par un effort en sens contraire. Son état habituel peut être comparé à la double oscillation d'un pendule autour de son point d'équilibre.
Alors donc que le spasme vasculaire général a produit la période d'algidité avec épuisement du cœur, il arrive un instant oi\ l'épuisement s'étend au système nerveux, et cet épuisement gagnant les nerfs vaso-constricteurs déjà lassés par un travail excessif, le spasme vasculaire cesse, et dépassant la moyenne fait place au relâchement. Dès lors, les phénomènes d'ordre inversa vont se manifester. En effet, d'une part, les capillaires, dont le frein nerveux est parésié, se laissent dilater. D'autre part, le cœur n'étant plus contenu par la tension exagérée des vaisseaux, et retrouvant en outre la quantité de sang qui lui est nécessaire, ou plus encore, multiplie son action à mesure que s'accroît son énergie. Le sphygmographe indique alors :
A. Un nombre croissant de pnisations.
B. Leur amplitude plus grande.