IMPORTANCE DE LA FIÈVRE
La fièvre est-elle toujours un mal? faut-il, à tout prix, la combattre ?
C'est là une question du plus haut intérêt; les données actuelles de la thérapeutique tendent à combattre l'hyperthermie et la fréquence du pouls, comme si la vie des malades dépendait de cet abaissement. Les anciens, au contraire, regardaient ce feu intérieur comme purificateur, et peut être avaient-ils parfois raison. STOLL appelle la fièvre dépurative, — sydenham, bienfaisante. — BOERRHAAVE va jusqu'à l'appeler médicamenteuse. De notre temps, les expériences de Pasteur ont démontré que si les oiseaux ne peuvent être inoculés avec le virus charbonneux, c'est grâce à leur température naturellement élevée ; mais en refroidissant une poule, les pattes dans un baquet d'eau froide, on la rend inoculable. Cette chaleur, plus forte de quelques degrés, suffisait pour annuler l'effet du virus.
Pourquoi n'aurait-elle pas la même influence sur l'homme malade? Nous savons en outre que le virus de la rage a pu être neutralisé sur l'homme par des bains de vapeur à 70 degrés. WIRCHOW a vu disparaître des maladies organiques au milieu de la combustion fébrile, qui s'attaque surtout aux tissus de vitalité inférieure. Il est donc raisonnable de croire que V hyperthermie dans les fièvres est le moyen dont la nature se sert pour limiter l'activité des germes morbides, et que, suivant la nature plus ou moins résistante de ces microbes, l'iiyperthermie doit durer 7, 14, 21 jours, pour épuiser leur période active ; après
cela, le microbe mort cesse d'opprimer les fonctions, et les fonctions cessent de réagir contre les microbes en leur opposant la barrière pyrétique. Mais quand la fièvre est symptomatique d'une affection organique, elle aggrave la phlegmasie ou la maladie dont elle est le symptôme, comme l'a fort bien exprimé LEREBOULLET (Dictionnaire de Dechambre, art. Fièvre). De plus, si une chaleur trop vive nuit aux germes, elle nuit également aux fonctions de l'oi-ganisme ; l'important sera de garder une juste mesure qui détruise le microbe sans détruire le macrobe, c'està-dire l'homme. C'est le but de tous les remèdes antipyrétiques, ils sont anti-thermiques et détruisent en même temps les vies inférieures à des doses auxquelles peuvent encore résister les organismes supérieurs.
C'est une question de dose et de vitalité.
Règle générale : le danger commence dès que le corps humain dépasse le degré thermique de l'oiseau : 40 degrés, c'est-à-dire la plus haute chaleur physiologique des êtres vivants ; 42 degrés sont mortels suivant Wunderlich, si la chaleur reste constante. Mais on peut supporter momentanément une chaleur plus grande.
Les expériences à'Engelmann, Hartog et Verhoeff * ont démontré que le cœur avec le bulbe aortique séparés du corps et montés en appareil circulatoire se contractent encore et se montrent: à 35° dicrotes, à 40° tricrotes^m^às à 48° la vie s'éteint.
Tout ce que nous venons de dire à propos de V hyperthermie peut s'appliquer à la fréquence du pouls, car si dans certains cas à^ataxie ou ^hémorrhagie, la température et le pouls ne sont pas des termes absolument correspondants, liebermeister a démontré que l'accord est très habituel. Or 42° correspondraient à 155 pulsations, et 48°, s'ils pouvaient exister, à 264 pulsations, chiffre qui amènerait rapidement l'épuisement du cœur.