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CHAPITRE V

Je voudrais bien savoir ce que Jésus eût fait, si les JuiCs ne l'eussent pas fait mourir. Il serait mort ailleurs, et le peuple chéri ne serait par irrévocablement brouillé avec Dieu le père : à la bonne heure.

Mais de quelle utilité eût-il été au peuple chéri de croire à la divinité de Jésus-Christ? Quels avantages nouveaux leur apportait le Messie? Aucun. Qu'ont-ils perdu en le crucifiant? Rien, que sa bienveillance, et on se console de ces pertes-là, quand il n'en résulte aucun dommage pour l'avenir. Or, les Juifs ne croyaient pas à l'immortalité de l'âme. Mo'ïse, inspiré par le Seigneur, n'avait nulle idée de ce dogme : il ne promet rien q.ue de temporel.

Si vous obéissez, dit-il, vous aurez de la

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pluie au printemps, et, en automne, du froment, de l'huile, du vin, afin que .vous mangiez et que vous soyez soûls.

Si vous ne gardez pas les ordonnances, vous éprouverez la famine, la pauvreté; vous mourrez de misère, de froid, de pauvreté, do fièvre... vous aurez la rogne, la gale, la fistule; vous aurez des ulcères dans les genoux et dans le gras des jambes... et vous mangerez le fruit de votre ventre et la chair de vos fils et de vos filles, etc.

J'espère bien que mon confesseur ne prétendra pas qu'il soit question ici du Paradis et de l'Enfer. Je lui demanderai pourquoi mon âme étant immortelle, à ce quil dit. Dieu n'en sait rien, ou, s'il le sait, pourquoi il ne l'a pas révélé à Moïse : une chose de cette importance valait bien la peine qu'on en parlât.

Je lui demanderai pourquoi, si 1 ame est immatérielle et immortelle, il est dit dans la Genèse : Dieu souffla, au visage de l'homme, un souffle de vie, et il devint une âme vivante. L'âme n'est donc que la vie?

Je lui demanderai pourquoi les chrétiens ont été de cette opinion pendant cinq cents ans. Il me répondra que cela n"est pas vrai, et je lui citerai TertuUien, qui dit, de anima, cap. 8 .• Corporalitas animse in ipso Evmigello relucescit. La corporalité dans l'Evangile.

Je lui citerai saint Hilaire, de Matth., p. 633, qui dit : Il n'est rien de créé qui ne soil corporel, ni dans le ciel, ni sur la terre, ni parmi les visibles, ni parmi les invisibles. Tout est formé d'éléments, et les âmes, soit

qu'elles habitent un corps, soient qu'elles en sortent, ont toujours une substance corporelle.

Je lui citerai saint Ambroise, qui dit, au sixième siècle : Nous ne connaissons rien que de matériel, excepté la très sainte Trinité. Sur Abraham, Uv. ii, chap. 8.

Il est donc clair qu'en effet Jésus ne voulait rien changer; il est démontré qu'il ne nous a promis aucun bien nouveau. Que diable venait-il donc faire, et quel mal réel se sont fait les Juifs en refusant de croire les prodiges qu'ils voyaient et en ne croyant point à sa divinité?

— Ah! dit mon confesseur, Jésus ne nous a promis aucun bien nouveau? Il n'a pas dit: Mon royaume n'est pas de ce monde? Il n'a pas dit au bon larron : Ce soir vous serez avec moi en Paradis? Ce n'est pas là annoncer la spiritualité, l'immortalité de l'âme?

— Non, docteur, cela ne veut rien dire, parce que Jésus n'a pas dit cela. Tertullien, saint Hilaire, saint Ambroise en eussent su quelque chose, et votre objection prouve seulement que les Evangiles restants sont apocryphes, inconnus, inconnus, vous dis-je, jusqu'à saint Irénée. Il est le premier qui en parle, et je vous défie de me convaincre que j'en aie menti.

Je conviens bien qu'au sixième siècle, où on avait beaucoup travaillé à l'habit d'Arlequin, on commençait à finasser sur l'âme. Saint Ambroise, qui admet les âmes corporelles ; saint Hilaire, qui pense comme lui, font cependant ces âmes immortelles. Pour-

quoi ce privilège d'un de mes corps sur l'autre? Mon confesseur m'expliquera cela. Il est digne d'expliquer saint Hilaire.

Puisqu'on est convenu depuis, que nous avons une âme spirituelle et immortelle, mon confesseur me dira ce que c'est que cette âme, car il est très obligeant, très profond, et j'ai grand besoin d'être éclairé. Je vais trouver mon confesseur.

Je le joins au milieu d'une assemblée très respectable, car elle est composée de docteurs savants comme lui. J'établis modestement ma question, et le plus vieux, comme le plus expérimenté, me répond : — L'âme est une émanation de Dieu même; c'est une partie du grand tout; elle est créée de toute éternité. — Pardon, mon digne confrère, lui dit son voisin, l'âme est faite et non créée. — Vous vous trompez, dit un troisième : Dieu forme les âmes à mesure qu'il en a besoin.

Elles arrivent au moment de la copulation, et se logent dans les animalcules séminaux.

— Pas du tout, dit un autre, elles s'insinuent dans les trompes de Fallope. — Vous n'y êtes pas, répond un petit docteur en s'élevant sur la pointe des pieds; elle attend que le fœtus soit formé, et alors elle s'établit dans la glande pinéale. S'il arrive qu'il y ait faux germe, elle retourne se réunir au grand tout, en attendant une nouvelle occasion.

ce Eh: messieurs, ce n'est pas là ce que je a vous demande. — Voilà pourtant ce que

et nous pouvons vous dire, et vous voyez ce bien que nous connaissons aussi parfaitece ment notre âme, que nous savons comment « nous remuons notre petit doigt. 33

Je quittai mes docteurs, assez mécontent de pas savoir ce que c'est que mon âme, mais très satisfait d"avoir des idées précises sur la manière dont ce que je ne connais pas s'est logé dans mon corps.

Cependant, comme mes docteurs n'étaient pas d'accord là-dessus, je jugeai à propos d'adopter le système le plus gai, parce que la gaieté me convient. D'ailleurs, il est toujours bon de tenir à un parti, pour avoir le droit d'injurier les autres, si on ne peut leur faire pis. Le système donc que j'adoptai, est celui qui fait arriver les âmes au moment de la copulation. Je me représente une nuit de Paris seulement. Je vois le Père commun des humains, l'œil fixé à sa voûte de cristal, car vous vous rappelez que les cieux sont de cristal, je le vois, embrassant tout Paris d'un coup d'oeil, et soufflant, en souriant, de petites âmes, partout où il entend ah!... ah!... ah!...

Mais je fais une réflexion. Dieu ne peut souffler des âmes dans les jeunes Chinoises, dans les jeunes Japonaises, dans les jolies Géorgiennes, parce qu'il les y soufflerait avec l'intention, bien prononcée, de les damner, ce qui serait traître à Dieu. Mais si tel est son bon plaisir, ce que je suis autorisé à croire d'après le passage « il y en a beaucoup d'appelés et peu d'élus », je trouve mon système très consolidé, et j'en suis fort aise, car il est drôle.

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Voyez comme un auteur méthodique s'écarte, quelquefois, de son sujet. Où nous a mené ce fol aveuglément des Juifs, qui n'ont pas senti, qui n'ont pas vu que Jésus était Dieu? « Mais, c'est qu'il ne l'est pas, me dit « brusquement mon raisonneur ; c'est qu'il ne a l'a jamais été; c'est que l'on ne s'est avisé « de cette idée là que longtemps après sa ce mort. — Bah! lui fis-je, — C'est comme « cela, mon ami; écoutez-moi. »

Vous savez que les apôtres, étant rassemblés un certain jour dans une maison écartée, entendirent un grand vent, et comme un grand vent annonce toujours quelque chose de merveilleux, ils se mirent aussitôt en prière, et en effet le grand vent leur apportait le Saint-Esprit, qui se reposa sur eux en autant de langues de feu.

Le fait est sûr, car il est consigné dans les Actes des Apôtres, et ce qui est dans les Actes des Apôtres est d'une vérité incontest-able, parce que les premiers Pères de l'Eglise ne citent aucun passage des Actes des Apôtres, ni des quatre Évangiles, ce qui prouve qu'ils les connaissaient parfaitement.

Revenons. Voilà les apôtres qui ont reçu le Saint-Esprit; voilà le Saint-Esprit qui les conduit, les inspire, et voilà le Saint-Esprit qui ne croit pas non plus à la divinité de Jésus.

Il fait dire à saint Paul, bien plus savant que ses confrères, pauvres diables qu'il menait par le nez, il lui fait dire, Chap. 5, ép. aux Romains :

Le don de Dieu s'est répandu sur nous par

la grâce donnée à un seul homme, qui est Jésus-Christ.

A un seul homme, entendez-vous ?

Saint Paul dit, Chap. 8: Nous, les héritiers de Dieu, et les cohéritiers du Christ.

Et ce passage de son Epitre aux Philippiens : Croyez, mutuellement, par humilité, que les autres vous sont supérieurs; ayez les mêmes sentiments que Jésus-Christ, qui, étant dans l'empreinte de Dieu, n'a point cru sa proie de s'égaler à Dieu.

Origène, dans son Commentaire de Jean, s'exprime précisément comme saint Paul :

La grandeur de Jésus, dit-il, a plus éclaté quand il s'est humilié, que s'il eût fait sa proie d'être égal à Dieu, ce qui ne veut pas dire, comme le prétendent certains docteurs: Imitez Jésus, qui n'a pas cru que c'étaitîune proie, une usurpation, de s'égaler à Dieu.

Et ces deux passages du même apôtre, bien plus remarquables encore :

Que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ vous donne l'esprit de sagesse. Aux Éphésiens, chap. i.

Vous avez rendu Jésus de peu inférieur aux anges, en le couronnant de gloire. Aux Hébreux, chap. ii.

Croyez-vous qu'Eusèbe, évêque de Césarée, ne sût pas sa religion, telle qu'elle était de son temps? Voilà ce qu'il dit, liv. i, chap. ii, de son Histoire ecclésiastique:

Il est absurde que la nature non engendrée, immuable de Dieu tout-puissant, prenne la la forme d'un homme.

Justin, dans son Dialogue avec Triphon;

Tertullien, dans soc Discours contre Praxeas, s'expriment de même.

Si votre confesseur rejette l'autorité d'Eusèbe, de Justin et de Tertullien, il faut qu'il se soumette à celle des Apôtres. Il faut que saint Paul ait raison, ou que le Saint-Esprit se soit trompé, ou qu'il ait trompé saint Paul. Dites à votre confesseur de choisir.

Parbleu ! mon cher, puisque nous prouvons que Jésus n'était pas Dieu ; qu'il ne le croyait pas ; que ses Apôtres ne le croyaient pas ; que leurs successeurs immédiats ne l'ont pas cru; que le Saint-Esprit ne le croyait pas alors, nous pouvons, sans trop nous écarter, examiner à quelle époque il plut au Saint-Esprit de changer d'avis.

Ce fut trois cent vingt-cinq ans après la mort de Jésus-Christ, que Constantin jugea à propos d'assembler, à Nicée, un concile, composé de deux cent quarante-sept évêques. Vous savez que les évêques, assemblés en concile, sont inspirés, de droit, par le Saint- Esprit, en leur qualité de successeurs des apôtres.

Le Saint-Esprit inspira à dix-huit de ces évêques que Jésus n'était pas Dieu, et ils se fondaient sur ces paroles du Christ: Mon père est plus grand que moi. Il inspira à deux cent quatre-vingt-dix-neuf évêques, que Jésus était Dieu, et ils se fondaient sur ces paroles : Mon père et moi, nous sommes la même chose. Le Saint-Esprit se répliquait à luimême : Cela veut dire, mon père et moi, nous avons le même dessein, la même volonté, et cette interprétation s'accorde par-

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faitement avec ces paroles : Mon père est plus grand que moi. Le Saint-Esprit, sans avoir égard à sa réplique, qui n'était pas bête, souffla aux deux cent quatre-vingtdix-neuf de proclamer Jésus Dieu. Depuis ce temps-là, c'est toujours l'intérêt du plus grand nombre qui, dans les grandes assemblées, forme une majorité. 11 est, en effet, plus beau d'être les interprètes d'un Dieu que d'un homme.

En 359, il y eut encore un grand concile assemblé à Rimini et à Séleucie ; quatre cents évêques à Rimini, et deux cents à Séleucie. Le Saint-Esprit présidait de deux côtés, et comme il tient de la nature de Dieu le père, qui ne sait jamais ce qu'il veut, le Saint- Esprit défit à ce concile ce qu'il avait fait trente- quatre ans auparavant. Il dépouilla Jésus de sa divinité, et on en revint au sentiment de saint Paul.

Le Saint-Esprit, qui n'est pas longtemps du même avis, en changea encore au concile de Constantinople, convoqué en 381. A celuici le Saint-Esprit s'anathématisa lui-même, en inspirant aux Pères d'anathématiser le concile de Rimini. Jésus fut rétabli dans tous les droits de la divinité, et il les a conservés depuis. Si le cher homme revenait au monde, il serait bien étonné.

Ce n'était rien que d'avoir fait Jésus Dieu, si on n'arrangeait sa nature divine avec sa nature humaine. Au second concile d'Ephèse, en 449, le Saint-Esprit fit une école. Il décida que Jésus n'avait qu'une nature, ce qui est impossible puisqu'il est Dieu, et que nous

lui connaissons une nature humaine. Il est vrai que l'opinion du Saint-Esprit éprouva quelques contradictions ; mais il inspira aux Pères de se battre à coups de bâton, et il ramena les mutins à son avis.

Le Saint-Esprit ne tarda pas à s'apercevoir quil avait fait une sottise, et deux ans après, au concile de Chalcédoine, en 451, il défit ce qu'il avait fait deux ans avant. Il fut démontré que Jésus a deux natures.

Plus le Saint-Esprit opérait, et moins il s'entendait lui-même. Après avoir donné deux natures à Jésus, il ne savait plus si Dieuhomme devait avoir une volonté ou deux volontés. Deux volontés à la fois lui paraissait bien fort. Une seule volonté lui paraissait bien simple; et comme on gagne toujours, en métaphysique, à embrouiller les affaires, le Saint-Esprit trouva très bon, au concile de Constantinople, en 780, de donner à Jésus deux volontés. Je ne sais pourquoi il ne souffla point aux Pères de faire un mystère de ces deux volontés, car un être qui, à la fois, veut et ne veut pas, est tout aussi difficile à comprendre que bien d'autres choses.

Nous avons vu quand, comment, et par quel motif on fit un Dieu de celui que ses apôtres regardaient comme un homme, et il s devaient en savoir quelque chose. Examinons ce qu'était le christianisme à sa naissance.

Une secte juive, pas autre chose, et prouvons.

Dans les premières années de la mort de

Jésus, les Juifs étaient divisés en dix sectes, car on dispute toujours sur ce qu'on n'entend pas. Ces sectes étaient les Pharisiens, les Saducéens, les Esséniens, les Judaïtes, les Thérapeutes, les Récabites, les Hérodiens, les disciples de Jean, et les disciples de Christ.

Les disciples de Christ étaient tellement Juifs, que saint Paul circoncit son disciple Timothée, dans la ville de Listre. Il dit, Chap. 2, ép. aux Romains : La circoncision est utile, si vous observez la loi. Si vous la violez, votre circoncision devient prépuce... Le vrai Juif est celui qui est Juif intérieurement. Voilà du positif, mon cher abbé.

L'apôtre Jacques dit à Paul, Chap. 21, des Actes des Aiyôtres: Prenez-les avec vous, purifiez-vous, et que tout le monde sache que ce qu'on dit de vous est faux, et que vous continuez à garder la loi de Moïse.

Paul dit à Festus ces propres mots, Chap. 25, des Actes: Je n'ai péché ni contre la loi juive, ni contre le temple. Qu'en ditesvous, l'abbé?

Puisque vous êtes Juifs, pourquoi persécutez-vous les Juifs ? pourquoi les brûlez-vous en Espagne? pourquoi, 'puisque vous les brûlez, vous assemblez-vous tous les dimanches, pour chanter leurs psaumes, leurs prophéties, leurs cantiques, traduits en mauvais latin, pour la commodité de ceux qui n'entendent pas l'hébreu ; traduits en français, pour la commodité de ceux qui n'entendent pas le latin? Quand les traduira-t-on dans la langue de la raison, pour la commodité de ceux qui n'aiment pas les inepties?

K Mais, monsieur, vous niez l'authenticité « de nos livres, et vous nous les opposez « sans cesse. — Que voulez-vous que je vous « oppose, mon cher abbé? vous avez de « mauvaises armes, j'en conviens ; mais ce « sont les seules que je puisse tourner contre « vous. » Je poursuis.

Les douze premiers membres de cette secte juive venaient de recevoir le Saint-Esprit, ainsi que nous l'avons vu plus haut, et, dès leur première assemblée, saint Pierre se querelle avec saint Paul, pour savoir s'il faut observer les rites juifs, ou les abandonner.

Peu après, autre querelle, à Antioche, entre Pierre, Jacques et Jean d'une part, et Paul de l'autre, pour savoir si on pouvait manger ou non des viandes étouffées, de la chair des animaux qui ont le pied fendu et qui ruminent. Querelle qui prouve qu'ils étaient encore Juifs, querelle qui prouve aussi que déjà ils ne s'entendaient pas. Le Saint-Esprit aimait-il le grabuge dans ce temps-là, comme dans celui des conciles? Si tel était son goût, il fut servi à souhait, car, dans le premier siècle du christianisme, quarante ans après que les chrétiens se furent totalement séparés des Juifs, on comptait plus de cinquante petites sectes qui ne s'accordaient pas plus que saint Pierre et saint Paul. Les Nazaréens, les Galiléens, les Bazilidiens, les Cérinthiens, les Sociniens n'existent plus. A ceux-là en ont succédé d'autres, d'année en année, et de siècle en siècle. Dans tous les temps, on voit les membres de l'Eglise de Dieu disposés à s'arracher les yeux.

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Une des plus anciennes de toutes ces sectes est celle des Gérinthiens. Ils soutenaient que Jésus n'était pas mort, et que Simon le Cyrénéen avait été sacrifié en sa ]jlace. Epiphan. Haer., chap. 28. Voilà, dès le berceau de l'Eglise, des chrétiens qui nient la mort, et par conséquent la résurrection de Jésus-Christ. Quant à la conséquence, je suis très cérinthien.

Les Sociniens refusèrent constamment de reconnaître la divinité de Jésus, et ils donnaient leurs preuves, car il n'est pas de sectes qui n'aient de preuves incontestables. Ils citaient celles que j'ai tirées de saint Paul, d'Eusèbe, de Justin, de Tertullien. Il était difficile de leur repondre; aussi persévérèrent-ils dans leur abominable hérésie, malgré la décision du concile de Nicée.

Une secte qui vint ensuite, et qui jouit dune grande réputation, est celle des Gnostiques. Saint Glément d'Alexandrie dit, Liv.i, «° 7 de ses Stromates : Heureux ceux qui sont entrés dans la sainteté gnostique !

Saint Epiphane, dans son livre contre les Hérésies, tome II, liv. i, peint ces Gnostiques sous des couleurs tout à fait différentes.

Les chrétiens et les chrétiennes de cette secte se baisaient, dit-il, à la bouche en faisant Vagape.

Or, vous saurez qu'agape veut dire repos d'amour.

C'est de toutes les coutumes de la primitive Eglise, celle qui s'est le plus religieusement conservée.

Il y a tous les soirs, à Paris, deux ou trois

mille jeunes gens qui font Yagape avec leurs sœurs en Christ.

Quoique ces jeunes gens soient aussi innocents que les Gnostiques, que saint Clément trouvait si saints, les rigoristes s'élèvent contre eux, comme saint Epiphane, Pétrone et d'autres, s'élevèrent contre le doux baiser de Vagape. On ne sait comment faire pour être agréable à tout le monde.

Comme Tesprit de parti ne s'arrête jamais, qu'il ne soupçonne pas même qu'il puisse se fixer des bornes, saint Epiphane accuse les Gnostiques de se chatouiller les uns les autres, hommes et femmes; de se donner ensuite des baisers impudiques. Il ajoute que le mari présentait à sa femme un jeune initié, et qu'il lui disait : Fais Vagape avec mon frère.

Et à propos de cela, saint Epiphane entre dans les détails auprès desquels les poésies d'Ezéchiel et le Cantique des Cantiques ne sont que des bagatelles.

Je ne les traduirai pas; mais vous les lirez dans l'original, si Justine ne vous a pas révolté.

Il faut pourtant opter entre le témoignage de saint Clément et celui de saint Epiphane.

Je crois que saint Epiphane est un menteur, et ce n'est pas le seul saint qui ait menti.

C'est un menteur, parce qu'il est impossible qu'il existe une secte dont le principe le plus sacré soit l'impudicité. Partout l'on aime le plaisir ; nulle part on ne prostitue publiquement sa fille, sa femme, sa maîtresse.

Il se serait trouvé quelque papa, quelque mari, quelque amant, à qui ces étranges libertés auraient déplu, et qui eussent dénoncé les Gnostiques au gouvernement, lequel en eût fait justice.

Ainsi les Templiers furent accusés d'un autre genre de dissolution, qui ne fut pas plus prouvée que celle des Gnostiques.

Ils étaient riches, ils avaient des ennemis; ils étaient faibles, on les brûla.

Ainsi on battit monnaie à la place de la Révolution, sans imputer d'autre crime à ceux qu'on massacrait, que de n'être pas de l'opinion dominante. On n'a pas même besoin de prétexte, quand on est le plus fort.

Le supplice des Templiers fut sanctionné par un pape; celui des derniers le fut par le silence d'un peuple hébété.

Je ne finirais pas, si je rapportais les infamies que se reprochaient les différentes sectes chrétiennes, qui toutes se disaient orthodoxes : je ne fais pas un supplément au Portier des Chartreux.

Les sectateurs de toute religion naissante se cachent, jusqu'à ce qu'ils soient assez nombreux pour en imposer et être tolérés.

Les disciples d'un Pierre, d'un Jean, d'un Jacques ne pouvaient être que des goujats de la lie du peuple; de ces gens que le ridicule écrase ou que la force disperse. Ils avaient un double intérêt à se cacher; aussi, selon Minutius Félix, ils célébraient leurs mystères la nuit, dans des caves, dans des maisons retirées.

On les laissait tranquilles, malgré les per-

sécutions fabuleuses dont on fait tant de bruit aujourd'hui, et leur manie de fuir la lumière les fit nommer Lucifugaces ; faible vengeance des partisans de la religion de l'empire dont ils méditaient la ruine.

Point de hiérarchie parmi eux. Saint Paul nous apprend, dans sa première Epitre aux Corinthiens, que les frères circoncis, ou incirconcis étant assemblés, quand plusieurs prophètes voulaient parler, il fallait qu'il n'y en eût que deux ou trois qui parlassent. Voilà la justification des Quakers, qui n'ont pas de prêtres, et qui ne s'en trouvent pas plus mal.

Jésus avait dit avant saint Paul : Il n'y aura, parmi vous, ni premier ni dernier.

Voilà pourquoi il y a un pape souverain, des prêtres allemands électeurs, des abbés ayant haute, basse et moyenne justice.

Ces premiers Chrétiens, si pauvres, avaient en horreur le luxe des temples païens, parce qu'ils ne pouvaient l'imiter, et parce qu'ils détestèrent toujours tout ce qui n'est pas eux: n'est-il pas vrai, l'abbé?

Origène dit, n° 347, que les Chrétiens des deux premiers siècles avaient la plus forte aversion pour les temples, les autels, les simulacres, non qu'ils ne pussent en bâtir, mais par l'efTet de cette aversion.

Minutius Félixdit auxRomains, deux cents et quelques années après la mort de Jésus- Christ : Vous pensez que nous cachons ce que nous adorons, parce que nous n'avons ni temple, ni autels; mais quel simulacre érigerons -nous à Dieu, puisque l'homme est

lui-même le simulacre de Dieu ? Quel temple lui bâtirons-nous, quand le monde, qui est son ouvrage, ne peut le contenir?... Ne vautil pas mieux lui consacrer un temple dans notre esprit et dans notre cœur?

Très certainement, ce Minutius Félix avait de Dieu des idées grandes, sublimes; aussi n'en a-t-on pas fait un saint. Il faut, pour être canonisé, avoir été un idiot, ou avoir rendu des services éclatants à l'Eglise, c'està-dire à ses ministres.

Vers le commencement du règne de Dîoclétien, les Chrétiens, plus riches, ne crièrent plus contre les temples avec le même acharnement. Ils commencèrent à en bâtir : les nouveaux enrichis ne haïssent pas la représentation.

Us n'en persistèrent pas moins dans leur haine contre les cierges, l'encens, l'eau lustrale, les ornements pontificaux, et tout ce qui tenait au paganisme ; mais comme les prêtres savent qu'on prend les bonnes gens par les yeux, ils adoptèrent ces usages sous Constantin. Il y a encore loin de là à la messe. Ce qui est aujourd'hui la Sainte- Messe, qu'on célèbre le matin à jeun, était lors de la primitive ÉgKse, la cène qu'on faisait le soir; et une bourgeoise de larueQuincampoix, qui va dévotement assister à la consécration du pain et du vin, qu'on ne consacrait pas autrefois, ne doute point que la messe n'ait été instituée par Jésus-Christ. Je voudrais qu'on me citât une cérémonie, un Sacrement, qui eût été seulement connu des apôtres.

On me dira que Jean baptisait, je le sais bien; mais je demanderai ce que c'était que ce baptême, et à quoi il servait ? Etait-il utile à des hommes qui n'attendaient que des récompenses temporelles? Et que l'on croie fermement que Dieu punit la désobéissance du premier homme jusqu'à la quatrième génération, ou que l'on admette, d'après Ézéchiel, qu'il ne punit pas du tout, il est constant que le péché originel, cette tache que nous apportons en naissant, et dont nous lave l'eau salée du baptême, n'est annoncé ni dans les livres juifs, ni dans les prophètes, ni dans les Évangiles, même dans ceux rejetés comme apocryphes, ni dans les premiers Pères de l'Église.

Saint Augustin est le premier qui accrédita cette absurdité, et ses confrères le laissèrent dire. Ils trouvèrent bon de s'emparer de l'homme au moment de sa naissance ; de le dominer pendant sa vie, et de le faire payer jusques après sa mort. Il est donc clair que le baptême de Jean ne pouvait être un sacrem.ent; ni Jésus ni les apôtres ne connaissaient même le mot de sacrement Peut-être était-ce un usage de propreté consacré, comme les ablutions des Mahoraétans.

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