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CHAPITRE VII

« Nous allons maintenant, madame, par- « 1er, ainsi que nous en sommes convenus, a de la Très Sainte-Trinité. — Non, mon- '< sieur, non, je m'en tiens aux mystères de a saint Adhelme et du bienheureux Robert ce d'Arbrisselle, leur doctrine me suffit. —Eh « bien, madame, je vous salue, et je parlea rai de la Trinité en monologue, à moins H que mon abbé ne se trouve sous ma « main. »

Je ne sais qui diable a rêvé que trois ne sont qu'un, ou qu'un est trois. Mais il est constant que les apôtres n'ont jamais pensé à la Trinité ; ces mots de personnes, d'essence, d'hypostase, d'union hypostatique et personnelle, d'incarnation, de génération, de procession, et autres semblables balivernes, ont été imaginés depuis pour embrouiller de plus en plus l'affaire.

On s'appuie d'une Epitre de saint Jean, où il dit : II y en a trois qui donnent témoignage en terre, l'esprit, l'eau et le sang; et l'esprit, l'eau et le sang ne veulent pas dire la Trinité, à moins qu'on interprète ce passage comme on a interprété l'Apocalypse, ouvrage très clair du même auteur.

Cependant, comme je me suis engagé à citerjuste, et que je ne veux pas avoir tort avec le redoutable abbé Geoffroy, auprès de qui il faut avoir cent fois raison pour qu'il

VOUS la donne une, je conviendrai que saint Jean ajoute dans son Epître prétendue: Il y en a trois qui donnent témoignage au ciel, le père, le verbe et l'esprit, et ces trois sont un.

Pour prouver que cette pièce est fausse, il ne me faudra ni autant de papier, ni autant de temps qu'en a usé Geoffroy, en pure perte, pour prouver que Voltaire est un sot. Je dis simplem.ent qu'il serait absurde que le Saint-Esprit eût révélé ce mystère-là à saint Jean, et l'eût caché à ses autres confrères ; qu'il serait absurde à Jean d'avoir consigné ce mystère dans une simple lettre; et de n'en avoir parlé dans son Evangile. Répondez, Geoffroy.

Cependant saint Augustin, qui n'est pas sot, mais qui est prêtre, trouve très bon de s'arranger de l'Epître de saint Jean, et ce qui prouve que cet épître est supposée, et qu'elle a été faite à plusieurs reprises, c'est que saint Augustin n'en connaît que le passage que j'ai cité d'abord, où il n'est question que de l'esprit, de l'eau et du sang. Saint Augustin, qui était un peu platonicien, se donne au diable pour trouver là une Trinité, et il dit : L'esprit est le père, le sang est le fils, l'eau est le Saint-Esprit. Il faut avouer que l'explication est un peu tirée aux cheveux. Mais aussi, pourquoi, du temps de saint Augustin, n'avait-on pas fmi l'Epître de saint Jeau?

L'auteur du livre des Constitutions apostoliques, dit liv. VIII, chap. 42 : Le père a tout créé par son fils unique, Ne voilà que deux personnes, ainsi pas de Trinité. Selon l'au-

teur, le fils a fait ce qui partout ailleurs est attribué à monsieur son père... Paix, paix, Geoffroy, je sais, comme vous, que le livre est déclaré apocryphe. 11 le serait même, s'accordât-il avec les autres.

Ce pauvre Origène qui se fit eunuque, parce qu'il avait lu dans l'Evangile : Si votre œil droit vous scandalise, arrachez-le, et qu'il crût ne pouvoir mieux faire que de s'arracher ce qui le scandalisait, Origène, ' platonicien comme saint Augustin, et compté parmi les pères de l'Église, quoiqu'on ne Tait pas béatifié, mais probablement en raison de son sacrifice, Origène vient au secours de l'auteur des Constitutions apostoliques, et s'empresse de compléter le nombre de trois. Le Saint- Esprit, dit-il, a été créé par le fils, par le verbe; et Origène, père de l'Eglise, est un franc hérétique, car si le fils a fait le Saint- Esprit, commentle Saint-Esprit a-t-il pu faire Dieu-Jésus à la brune Marie?

Ce pauvre Origène s'embrouille encore dans son liv. XXIV sur saint Jean. Il dit: Le fils est autant au-dessous du père que lui et le Saint- Esprit sont au-dessus des plus nobles créatures. Hérésie d'une autre espèce. Non seulement il n'y a plus de Trinité, mais Dieu-Jésus n'est plus Dieu, le Saint-Esprit n'est plus Dieu, et il n'y a pourtant qu'un Dieu qui puisse faire un enfant à une vierge sans la dévirginiser.

Saint Irénée, et un autre fou de la même espèce, prétendent, liv. iv, chap. xxxvii, que la Trinité est figurée visiblement parles trois espions que Rahab, la prostituée de Je-

richo, caeha chez elle. Il faut avoir le diable au corps pour expliquer ainsi, et j'avoue qu'il était difficile que des hommes qui écrivaient séparément s'accordassent en expliquant des choses inexplicables. Aussi, saint Augustin, las de se casser la tète en l'honneur de la Sainte-Trinité, finit par écrire ce passage très remarquable, infiniment remarquable : Quand on demande ce que c'est que les trois, le langage des hommes se trouve court, et l'on manque de terme pour les exprimer. On a pourtant dit trois personnes, non pas pour dire quelque chose, mais parce qu'il faut parler, et ne pas demeurer muet. Dictum est très personnœ, non ut aliquid diceretiir, sed ne taceretur. De Trinit. liv. v, chap. ix.

Si tout cela ne vous satisfait pas sur l'ineffable mystère, lisez les longues dissertations d'Abauzit, des orthodoxes, des unitaires, des sociniens, et vous rirez, si vous ne bâillez pas.

Allez, allez, mon cher Geoffroy, portez votre Trinité où je mets vos feuilletons, quand ils sont menteurs, passionnés, injurieux, ce qui arrive fréquemment.

Quelques lignes sur les sacrements. Dussent tous les Geoffroy et consorts se pendre à l'exemple de leur divin maître, je ne leur ferai pas grâce d'un iota.

Vous vous rappelez que Dieu-Jésus ne baptisa jamais personne; vous vous rappelez que saint Paul ne baptisa jamais personne, mais qu'il circoncit son disciple Thimotée. La circoncision était toujours jugée nécessaire, le baptême était compté pour rien.

C'est avec le temps qu'il est devenu le sceau de la religion chrétienne. Le baptême est une subdivision d'une pièce de l'habit d'Arlequin, car il a varié comme nos modes, jusqu'à ce qu'on en ait fait une pièce tout entière, irrévocablement attachée à l'habit.

Dès qu'on crut qu'on se lavait l'âme en se lavant le corps, ce qui est indubitable, on se lava le plus tard possible. On trouva très commode de se détacher de toutes ses taches à la fois, et cela à l'article de la mort. Constantin tua sa femme, son fils, son beaupère, son gendre, et à peu près tous ses parents. Un peu d'eau le rendit blanc comme neige, et il alla au ciel, à ce qu'assurent les bénins abbés de ce temps-là, à qui il avait accordé des privilèges et du bien. Saint Ambroise, qui avait peut-être aussi ses raisons pour attendre, n'était pas encore baptisé quand il fut nommé à l'évèché de Milan.

La police sentit que le .baptême peut être dangereux, administré à l'article de la mort. La société veut bien que Dieu pardonne au pécheur, mais elle ne veut pas qu'un coquin puisse pécher en sûreté de conscience. On commença donc à baptiser des enfants, et on les baptisait le huitième jour, qui était celui de la circoncision, arrière-faix du judaïsme. Ceux qui mouraient dans la huitaine étaient damnés sans rémission, parce que Pierre- Chrysologue n'avait encore rien dit des limbes, par la raison très simple qu'il n'était pas né.

Voilà déjà quelques-unes des subdivisions que je vous ai annoncées ; en voici d'autres :

Les Séleuciens,les Herméniens baptisaient en appliquant à la peau du catéchumène un fer rouge, d'après ces paroles de Jean-Baptiste rapportées par saint-Luc : Je baptise par l'eau; mais celui qui viendra après moi baptisera par le feu. Ce baptème-là ne dura pas longtemps : on trouva désagréable de se laver avec un fer rouge.

On baptisa après cela les morts qui avaient trop attendu pour se laver. Saint Paul, qui tantôt veut la circoncision, et tantôt n'en veut plus, dit, dans une de ses Epîtres aux Corinthiens : Si on ne ressuscite point, que feront ceux qui reçoivent le baptême pour les miorts ?

Saint Epiphane et saint Chrysostôme nous apprennent que chez les Marcionites surtout (et ces Marcionites étaient encore une secte de chrétiens), on mettait quelqu'un sous le lit du mort. On lui demandait s'il voulait être baptisé ; le vivant répondait oui pour le mort, et on plongeait le cadavre dans la cuve. Voilà l'origine des parrains, et la galanterie a fait les marraines. J'ai eu de très jolies commères qui ne se doutaient pas plus que leur curé quelles fussent Marcionites.

Puisque le baptême est si efficace, administré mêm.e aux morts, pourquoi ne pas baptiser les infidèles après leur décès ?Pourquoi ? c'est que le paradis n'est fait que pour les prêtres et les leurs ; comme nul n'a d'esprit que Geoffroy et ceux de sa clique.

Aujourd'hui, on baptise tous les enfants au moment de leur naissance, parce qu'il est

certain qu'ils sont tous criminels, et qu'il vaut mieux, en cas de mort prématurée, le& envoyer en paradis qu'aux limbes.

Une secte de gens charitable empoisonnait ou égorgeait tous les enfants nouveau-nés, pour les empêcher de pécher en grandissant, et les faire participer de suite aux douceurs ineffables de la vie éternelle. Vous pensez bien que cette secte-là n'a pas duré longtemps. Elle naquit en Danemarck.

Vous croyez sans doute que votre baptême d'aujourd'hui est le meilleur. Voilà ce qu'en dit saint Gyprien, évêque de Garthage, Epitre lxxvi. Interrogé si ceux-là sont Ghrétiens, qui se font seulement arroser tout le corps, il répond que plusieurs Eglises ne croient pas que ces arrosés soient chrétiens, mais pour lui, il pense qu'ils sont chrétiens, mais qu'ils ont une grâce infiniment moindre que ceux qui ont été plongés trois fois, selon l'usage. Voyez-vous Dieu mesurant la grâce à la pinte, au demi-septier et au poisson !

D'après saint Gyprien, que sommes-nous donc, nous, qui n'avons reçu qu'une petite goutte d'eau sur la tête? Quand on est aussi incertain sur la manière d'administrer un sacrement, on n'est pas bien sûr de son efficacité?

Passons au sacrement de la pénitence, le plus nécessaire à celui qui n'a pas manqué de pécher après son baptême, qui ne garantit pas du péché, quoiqu'il purifie l'âme.

Vous avez vu, dans le chapitre premier, que le baptême, la confession, et tout plein d'autres pratiques ont été prises des anciens,

et arrangées en sacrement. Quelle que soit l'origine delà confession, je conviens qu'elle peut être très utile, lorsqu'elle est publique. L'homme vraiment convaincu de son efficacité tremblera de commettre une faute qu'il faudra qu'il révèle devant ses parents, ses amis, ses connaissances. Aussi cette confession publique fut la seule admise pendant les premiers siècles de l'Eglise.

Mais une femme s'accusa un jour tout haut, dans une église de Constantinople, d'avoir couché avec le diacre qui aidait le célébrant à l'autel. Le mari fit carillon, le diacre resta confus, et les assistants stupéfaits. Le grand pénitencier Neciarius était très embarrassé. Il voulait bien qu'un diacre couchjât avec une jolie femme, mais il ne voulait pas que toute la ville le sût. Il n'eut pas la présence d'esprit d'imaginer à l'instant la confession auriculaire, si utile à ces messieurs. Ce qu'il trouva de mieux, pour éviter à l'avenir pareil scandale, fut de permettre aux fidèles de manger Dieu sans confession.

Vers le septième siècle, les abbés commencèrent à exiger que leurs moines vinssent, deux fois l'an, leur avouer leurs fautes, et ils composèrent cette formule : Je t'absous autant que je le peux et que tu en as besoin. Lorsque ce ganre de confession n'était pas consacré par le temps et la crédulité, ces moines ne pouvaient-ils pas dire à l'abbé : Hé ! malheureux, ne compose pas de formule, fais en sorte que Dieu te pardonne à toimême. Ils aimèrent mieux être confessés et devenir confesseurs. Il est agréable de savoir

les secrets des familles, de connaître, dans les plus grands détails, les petits péchés des jeunes tilles, et les confesseurs qui s'en tiennent là ne sont que des curieux indiscrets.

Le père Martène dit dans ses Rites de l'Eglise, tome ii, p. xxxix, que les abbesses confessèrent longtemps leurs religieuses.

Mais elles étaient si curieuses, qu'on fut obligé de leur ôter ce droit. Pourquoi ne rôtet-on pas aux confesseurs curieux? et il y en a ! il y en a !

Ceux qui conseillent à une femme de refuser ses faveurs à son mari le mercredi, jour consacré à la Vierge ; ceux qui conseillent de les refuser tout à fait au mari qui ne va pas à la messe ou qui refuse d'admettre telle bulle; ceux qui conseillent à un jeune homme, sans vocation, de se faire prêtre, parce qu'il faut des recrues au clergé ; ceux qui éveillent le tempérament d'une petite fille par des questions qui lui apprennent ce qu'elle eût encore ignoré; ceux-là ne sont pas seulement curieux, ils sont répréhensibles, et il y en a beaucoup comme cela.

J'avoue que la confession auriculaire a quelquefois fait restituer de petits voleurs; mais je crois que ses inconvénients l'emportent de beaucoup sur ses avantages, quand je me rappelle que le dominicain qui empoisonna l'empereur Charles VI dans une hostie, l'avait absous fa veille pour qu'il communiât le lendemain ; quand je me rappelle que les assassins de Sforce et des Médicis s'étaient préparés au meurtre par la confession ; lorsque je me rappelle que Louis XI, quand il avait

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commis un grand crime, demandait pardon en pleurant, à la petite Notre-Dame de plomb qu'il portait à son bonnet, allait à confesse, et dormait tranquille; quand je me rappelle que Jaurigny, assassin du prince d'Orange, Guillaume V n'osa entreprendre cette action, sans avoir fortifié, par le pain céleste, son âme purgée par la confession aux pieds d'un dominicain. Strada nous apprend cette particularité.

Charles IX qui ordonnait la Saint Barthélemi; Louis XIV qui baignait les Gévennes de sang, allaient tous deux à confesse, et dans les grandes affaires spirituelles, on ne manqua pas de consulter son confesseur.

Jean Ghàtel, Jacques Clément, Ravaillac, venaient d'aiguiser leur poignard au confessionai. Rét]échissez, vous qui gouvernez,

Au siège de Barcelonne, les prêtres refusaient l'absolution à ceux qui restaient fidèles à Philippe V, à qui ils avaient prêté serment de fidélité.

En 1750, on refusait à Paris l'absolution et les sacrements à ceuxqui n'admettaient point la bulle Unigenitus. qui n'est point un acte de foi, mais un acte de parti.

Je dois déclarer que je ne connais aujour d'hui aucun coni'd>sseur de ce vilain genre-là mais j'avoue aussi que je ne vais pas à cor. fesse.

- Je fmirai cet article sur la confession, en répétant que l'Evangile ne parîe pas plus des confesseurs que des directeurs; mais il est reconnu qu'une femme du bon ton doit avcsr son confesseur, qu'elle ne voit qu'au

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confessionnal, et à qui elle dit ce qu'elle veut; et un directeur, qui est l'ami par excellence, qui dirige toutes ses actions, qui a sur elle empire absolu.

Les femmes, en général, veulent être menées, et lorsqu'elles ne trouvent plus de jeunes gens qui veulent bien les diriger, si elles ont quarante ans, de l'embonpoint, de la fraîcheur, des formes, une bonne table, une bourse ouverte, elles trouvent un directeur.

Le métier de directeur a toujours été très bon en France; mais en Espagne, c'est un état. Ce titre est une sauvegarde, même contre le mari. Le directeur entre; il bénit en passant I3 débonnaire époux; il marche à l'appartement de madame; il laisse ses sandales ou ses babouches en dehors; il ferme ou ne ferme pas la porte; ces sandales sont les colonnes d'Hercule, impossible de les passer. 11 est démontré que madame est en conférence avec le Saint-Esprit.

Un mari espagnol, qui se gardait bien de le dire, mais qui pensait que le Saint-Esprit a fait jadis une espièglerie notoire, ce mari perça un trou au-dessus de l'appartement de madame, curieux de savoir ce que le Saint- Esprit faisait avec elle. Il vit... il vit... je ne sais trop ce qu'il vit ; mais il se fâcha et très fort. 11 descendit, armé d'un bâton, passa bravement les colonnes d'Hercule, et ^chassa le directeur, en lui meurtrissant l'omoplate.

11 entra chez madame, l'accabla de reproches, et en marchant en long et large, selon la coutume des hommes exaspérés, il s'em-

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barrassa les pieds dans une culotte, qui n'était pas la sienne, ni celle du Saint-Esprit.

Pièce de conviction qui alimente sa fureur^ et pendant que sa fureur s'exhale, une procession marchait bénigneraent et vint s'arrêter à sa porte. Le chef du couvent marchait en tête, et dit au mari stupéfait : Nous possédons dans notre sacristie la culotte de saint Peucrace, qui guérit de la stérilité les femmes qui la baisent. Frère Boniface, dans un accès de zèie, la soustraite d-e la sacristie pour la faire baiser à madame. Rendez -nous la culotte de saint Pencrace.

La procession était escortée de quelques familiers de lasainte Inquisition, qui marchaient les yeux baissés et le chapelet à la main. On ne raisonne point devant ces gens-là: le mari rendit la culotte de saint Pencrace. On l'emporta en cérémonie, accrochée au haut d'une croix; on la plaça dans la chapelle de la Vierge, et depuis les femmes stériles l'entourèrent tVex voto.

Au bout de quelque temps, madame se trouva grosse, et le mari convint qu'il était père de lenfant, selon le principe de droit : Est pater ille quemnuptias demonslrant. Voyez sur i«s directeurs, les Lef^re^Jweue^, du marquis d'Argens, et n'oubliez pas ce mot de Voltaire: Tartufe était le directeur d'Orgon.

Il faut parler, en passant, de l'Eucharistie; mais il n'en faut dire qu'un mot. de peur de scandaliser les faibles. Voici à peu près comment s'exprime M. Guillaume, ministre protestant, dans les Questions sur l'Encyclopédie ; Un dieu dans un pain, un dieu à la place du

pain; cent mille miettes de pain devenues autant de dieux qui n'en font quun, c'est bien encore plus fort que le mystère de la Sainte- Trinité, qui ne Test déjà pas mal. Ce pain devenu chair, et qui a toujours le goût du ^pain; du vin devenu sang, et qui conserve le goût du vin, tout cela est violent... Allons, allons, taisez-vous, monsieur Guillaume. Il serait assez drôle d'ajouter que le Père éternel, l'œil fixé à sa voûte de cristal, soufflant de petites âmes partout où il entend ah!... ah !... ah!... se délasse le matin en se soufflant lui-même dans dix mille églises à la fois, où dix mille prêtres disent ensemble, hoc est enim corpus meum. Le joli passe-temps pour le Père éternel !

Je ne ferai pas de recherches bien étendues sur le sacrement de la confirmation, parce qu'il est décidé qu'il n'est pas d'une nécessité absolue pour le salut, et qu'il n'est pas nécessaire non plus que je perde le temps à parler de choses inutiles. J'observerai seulement que les évèques ont bien les lumières du Saint-Esprit, que leur ont transmises les apôtres, à ce qu'ils disent, et cela se voit de reste, pour peu qu'on cause un quart d'heure avec la plupart d'entre eux; mais que je n'ai trouvé nulle part qu'ils fussent chargés par les apôtres de communiquer ces lumières à tous les Chrétiens, sans exception. Peut-être le Saint-Esprit lui-même est-il indisposé de cette prodigalité au point de rendre le sacrement sans effet, car je n'ai vu aucun des luenfants confirmés rapporter de l'église des mières qu'ils n'eussent pointeues en y entrant-

L'ordre est un sacrement que confère à un laïque un prêtre qui l-'a reçu lui-même d'un autre prêtre; mais Dieu-Jésus ni les apôtres n'ayant jamais ordonné personne, nul ne peut donner ce qu'il n'a pas. De qui donc le premier prêtre chrétien a-t-il reçu Tordre de prêtrise? Ego. siim papa, dit Sixte V, chargé de terminer les divisions et les irrésolutions du conclave ; le premier prêtre chrétien a dit : Ego sum presbyterus.

Le mariage, chez toutes les nations civiliséej, ne fut qu'un contrat entre les parties, qui assurait l'hérédité des biens, et constatait la naissance des enfants légitimes ; les prêtres chrétiens en ont fait un sacrement, je ne sais à quelle époque ; car, bien que je sois théologien profond, ainsi que je ne cesse de vous le prouver, j'avoue que je ne sais pas tout. Il y a dans la bibliothèque du Panthéon cinquante à soixante rayons chargés de livres inutiles et ignorés, dits pourtant livres sacrés, et j'avoue que je n'ai pas eu la patience archangélique de les feuilleter tous.

Quelle que soit l'époque où d'un contrat civil on a fait un sacrement, on retrouve dans celui-ci le doigt de Dieu, qui entend que ses ministres surveillent les actions des hommes, celles mêmes qui doivent être enveloppées des ombres du mystère et des voiles de la pudeur.

Que les prêtres veuillent nous marier à leur manière, passe ; que dans leurs prières ils prétendent éloigner les maléfices, qu'ils conjurent surtout les noueurs d'aiguillettes,

passe; mais qu'au moins ils laissent faire quand ils ont fini, et, qu'un jeune mari bien organisé, puisse croître de six pouces et plus et multiplier à l'avenant, sans que personne puisse y mettre le nez.

Pas du tout. Les conjoints, bien et dûment unis selon le Dieu des prêtres, ne pouvaient coucher ensemble, autrefois, sans en avoir acheté le droit de l'évêque ou du curé : cela s'appelle faire argent de tout.

Pas du tout. On n'avait pas encore, autrefois, les prémices de sa femme, en donnant tout ce qu'on possédait à levéque ou au curé; les seigneurs en étaient venus au point d'envoyer le nouveau marié coucher dans sa grange, et de coucher, eux, la première nuit avec l'épousée, lorsqu'elle en valait la peine : les maîtres osent tout, quand les valets sont des lâches. Ce droit-là s'appelait le droit de cuissage. Les prélats et les abbés, devenus seigneurs, voulurent aussi jouir de toute l'étendue de leurs droits, et ils n'avaient plus besoin d'argent quand la jeune femme était jolie. Comme il était un peu scandaleux qu'un prêtre allât dire la messe sortant du lit d'une femme mariée la veille à un autre, ces seigneurs mitres se contentèrent, par la suite, d'une double redevance au moyen de laquelle ils permirent à l'époux d'avoir les prémices de la femme.

Pas du tout. Après avoir laissé dépuceler sa femme, ou avoir payé pour la dépuceler en personne, on ne savait encore si on était bien ou mal marié. Le pape se rendit l'arbitre des mariages que lui-même avait autorisés. Sous pré-

texte de spiritualité, d'affinité, il prononçait la nullité d'un lien qu'il appelait incestueux; il excommuniait les souverains qui, en dépit de ses ordres suprêmes, tenaient encore à leurs femmes ; il déclarait leurs enfants illégitimes ; il déliait les sujets du serment de fidélité.

Ce n'est pas encore tout. On avait, ou on n'avait pas dépucelé sa femme, le pape vous laissait bien tranquille, et vous croyiez votre mariage bien cimenté. S'il vous arrivait de dire que votre femme était trop étroite pour vous recevoir, le pape Innocent III envoyait des matrones qui, les lunettes braquées, visitaient madame, vous savez où, sans qu'elle ni vous osassiez y trouver à dire. De quoi Innocent III se mêlait-il? et que n'envoyait-il des carmes, au lieu de matrones ? le second moyen eût été plus sûr, et n'eût pas été peut-être plus extravagant que le premier. Au reste, madame et monsieur s'en seraient bien trouvés.

Si je ne vous dis pas à quelle époque le mariage est devenu sacrement, je vous prouve, je crois, que, comme les autres, il a été fait de pièces de rapport, et j'ajouterai une preuve encore, c'est que la polygamie fut non seulement tolérée, mais autorisée longtemps parmi les catholiques romains.

C'est bien assez d'avoir une femme quand elle est bonne; c'est beaucoup trop quand elle ne l'est pas ; mais les rois de la première race, rois déjà très chrétiens, sans en prendre le pauvre titre, avaient plusieurs femmes, sans doute du consentement du

pape, à qui ils n'auraient osé déplaire. Contran avait épousé Vénérande, Mercatrude et Ostregile. Cherebert avait épousé Mérollède, Marcovès et Théodégile. Dagobert I'^ avait aussi trois femmes ; Tliéobert en avait deux; son oncle Glodomir en avait quatre. Hlst. du P. Daniel. Je ne sais point, par exemple, si ces dames étaient toujours d'accord.

Je ne vois là que tolérance, me direz-vous ' où est l'autorisation? La voici, docteur. L'an 1726, le pape Grégoire écrivait au prédicateur Boniface, qui le consultait : Si une femme est attaquée d'une maladie qui la rende peu propre au devoir conjugal, le mari peut se marier à une autre, mais il doit donner à sa femme malade les secours nécessaires.

Or le pape Grégoire n'rijoutant point: Mais si la femme malade redevient propre au devoir conjugal, le mari renverra une des deux femmes, voilà la polygamie autorisée.

Je n'aime à citer que lorsque mes autorités sont perdues dans la poussière des grandes bibliothèques. Ce que jai dit du mariage se trouve consigné dans 1 histoire, que tous les béats peuvent lire, si mieux ils n'aiment m'en croire sur parole, -et s'endormir mystiquement sur sainte Thérèse ou Marieà-la- Coque.

Je suis Chrétien sous un certam rapport. Je fais volontiers des actes d'humilité quand je doute, et je répète, au sujet de l'Extrème- Onction, ce que j'ai dit du mariage sa ©rement.

Je ne connais pas l'origine de ce second

baptême administré avec de l'huile à l'article de la mort; les prêtres ne la connaissent peut-être pas davantage, mais le but n'est pas difficile à démêler.

Un prêtre couvert d'un surplis sale, quil peut faire blanchir pour six sous, parcourt humblement la nef, une bourse à la mam, en prononçant dans le médium de sa voix : Pour le culte. Il est bien malheureux, ce prêtre, qui n'a pas de quoi faire blanchir sou surplis. La bonne femme donne un sou; c'est le denier de la veuve. La marchande aisée, qui ne sait pas que saint Jean Chrysostôme rejette son mari, laisse échapper la pièce de monnaie blanche.

L'homme opulent laisse ostensiblement tomber le petit écu, pour peu qu'il puisse être remarqué : c'est peu de chose que tout cela.

Mais lorsque le prêtre au surplis sale est appelé auprès d'un mourant dont les organes débilités sont susceptibles de toutes les impressions qu'on veut leur communiquer; lorsque, pour le bien de son âme, ses plus proches parents se retirent et le livrent à l'homme de Dieu, alors la bourse du prêtre s'ouvre , le Dieu vengeur paraît , l'enfer est au pied du lit du mourant, le mourant tremble, la bourse s'emplit, et le paradis est là.

Ce qui me persuade que je pourrais bien avoir raison, c'est que tout Chrétien qui ne laissait rien par son testament à l'Eglise mourait excommunié; c'était de droit ; mais comme lEglise est une mère de bonté, elle

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prenait la peine détester pour le défunt; elle se faisait payer les legs qu'elle s'était donnés; après quoi, elle levait l'excommunication et permettait qu "on enterrât le mort en terre sainte. Aujourd'hui les choses se font avec moins d'éclat.

Grégoire IX avait ordonné, et saint Louis avait sanctionné qu'un prêtre serait toujours présent à la rédaction d'un testament, et à faute de ce, le notaire et le testateur sont excommuniés. Voyez Joinville, contemporain et presque ami de saint Louis; lisez ses ordonnances.

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