‹ Le citoyen [microforme]Chapitre 10 sur 51 · LA RACE · texte numérisé non relu

LA RACE

La patrie ne repose pas seulement sur quelques mottes de terre ; ce serait un fondement trop fragile. La terre natale change souvent de face : ainsi la maison paternelle passe en d’autres mains, et il faut lui dire un éternel adieu pour planter sa tente ailleurs. Ou elle s'agrandit par la conquête : ainsi celle du Texas, en 1845, et du Nouveau Mexique, en 1848, auparavant de la Californie, par les États- Unis. Ou elle se rétrécit par l'empiètement d'un voisin plus fort, comme la France perdant l'Alsace et la Lorraine, ou l'intérêt, comme lorsque Napoléon vend, en 1803, pour quelque quinze millions de dollars cet immense territoire arrosé par le Mississipi, la grande Louisiane, dont nos hardis découvreurs avaient pris possession.

Les nombreuses migrations de peuples qui laissent loin derrière eux les rivages de leurs mers, comme les fondateurs des États de l'Amérique, montrent que la patrie est quelque chose de plus que quelques brins d'herbe, qu'une colline, qu'un ruisseau, Le patriotisme a besoin d'un autre souffle que celui qui s'élève des plaines ou descend des montagnes, pour être excité et garder tout son feu.

La beauté crée des émotions, on l’admire, on en détache avec peine son regard, il arrive que la contemplation va jusqu'à l'enthousiasme. Mais pour que l'amour ait des flammes vives et plus constantes, il faut que dans un œil brille une étincelle, que

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