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couronnes de fleurs que l'on y appoitait : c'était comme une affirmation du sentiment universel que « la terre appartient à celui qui la possède » et qu'il y a crime de l'en dépouiller.
Puisque nous en sommes aux causes de soulèvements populaires réprimés par la force du nombre, pourquoi ne pas rappeler ici ce que l'on a injustement appelé « la rébellion du Manitoba » au Canada ? Les Métis étaient les légitimes possesseurs d'immenses prairies, qu'ils avaient ensemencées, ils y étaient venus les premiers, et, comme l'on s'attache le plus fortement à ce qui a coûté le plus de peines, ils avaient là leurs plus chères affections : la terre encorc !
Mais, comme les Anglais savent tirer profit du travail de ceux qui les ont devancés dans la tâche, ils tombèrent sur eux ainsi que des corbeaux sur une proie. Ils étendirent leurs grifles, et, nous ne voyons de quel droit, s'emparèrent de « la terre ». Dans un voyage assez récent, nous avons pris contact avec les fils de ces héros de colonisation qui avaient été victimes d’un vol manifeste ; ils nous montraient, dans la légitime révolte de leur cœur, ces belles prairies que leurs pères rêvaient de leur léguer dans leurs testaments : ils les aimaient comme l'on aime uu foyer où s'est assis un aïeul (1).
C'était en avril 1906. La reine du Pacifique fut détruite de fond en comble par le plus désastreux des tremblements de terre, et l'incendie ravagea les
QG) Nous invitons nos lecteurs à lire l’intéressant travail du R. Ÿ. A.-G. Monicr, publié dans la Nouvelle-France, année f 907.
ET LE CITOYEN 12t)
superbes édifice. qui en faisaient l'orgueil: en quelques minutes, prés de cinq cent millions de dollars furent anéantis. Grande fut l'émotion dans tout l'univers ; de tous les points s'éleva un concert de sympathies pour les victimes d'une des plus terribles catastrophes dont l'histoire fasse menlion.
Ces malheureuses victimes abandonnérent-elles un sol si fragile? Les pauvres se réfugiérent-ils «ailleurs pour gagner une vie moins difficile? Les riches, dont la fortune s'était anéantie en un instant, émigrèrent-ils? Non. Au risque de voir le renouvellement du même désastre national, tous se remirent à l'œuvre et San Francisco renaquit de ses cendres plus splendide que jamais. Des citoyens, qui auraient pu vivre en des terres moins troublées, refusèrent de quitter le beau climat de la Californie dont ils étaient épris, et les rivages d'une mer qui roulait sur des sables dorés (1).
Deux années plus tard, Messine, qui eut son temps de gloire, qui attirait les regards du monde vers la Sicile, passa par les mêmes épreuves ; et les malheureux habitants s'assirent sur des ruines, pleurant et se lamentant comme si leur cœur avait été broyé. Cependant, ils ne quittérent pas le sol dont les bouleversements venaient de les priver de loyer et d'êtres qui leur étaient chers. L'amour de la terre natale était trop enraciné en leur cœur pour qu'ils abandonnassent les ruines de leur ville.
G) En 1903, la France, toujours chevaleresque, présenta à Sun Francisco, par un envové spécial, une médaille com- Wemorant le relèvement de la ville,
Nous w'oublierons jamais notre arrivée à Naples, en 1900. Le pont du steamer était envahi de Napolitains revenant des États-Unis. Ils revoyaient la baie et la ville qu'elle pose en amphithéâtre sur ses rives, d'où ils avaient été absents nous ne savions depuis combien d'années. Ils se découvraient comme devant une terre sacrée: c'était une explosion d'enthousiasme traduite par ce seul mot : Napoli ! Napoli! Hs ne se possédaient plus en face de la terre natale : elle avait le caractère, la physionomie d'une personnalité aimante, elle n'était pas inanimée, elle tendait les bras pour recevoir ses enfants qui lui revenaient, c'était une mére qui se hâtait de les presser sur son sein palpitant d'amour.
Nous sommes tous ainsi, 15 aimons notre soleil et ses chauds rayons : l'Af.cain se plaindrait si les nuages lui en dérobaient l'éclat, comme par ailleurs les peuples des régions boréales ne trouvent pas de spectacles plus beaux que leurs nappes de neige. leurs montagnes de glace et les aurores splendides qui se jouent au-dessus de leurs têtes. Nous aimons notre fivuament, qu'il soit bleu, qu'il soit gris, nous aimons nos étoiles scintillantes, alors qu'elles descendent jusqu'au fond de notre pensée, nous aimons l'atmosphère qui pénètre nos poitrines de son souflle doux et vivifiant, nous aimons l'orme qui étend sur nous l'ombre de ses gigantesques ameaux, l'érable à la sève délicieuse, nous aimons la verdure de nos champs et la pente de nos montagnes, nous aimons notre village coquet et nos villes bruyantes, nous aimons le courant rapide de nos fleuves et le murmure de nos ruisseaux. La nature est une idole, ou, pour parler chrétienne-
me ues ons OTNnos de
La
ine-
ment, elle est un trait échappé de la beauté de Dieu pour que, plus près, nous l'adorions dans l'amour.
O terre, compagne de mon existence, je t'aime, et. comme les anciens baisaient la poudre de tes chemins, je t'embrasse du plus affectueux de mes regards, parce que de toi je suis venu, sur. ton sein je me suis agité, en toi je retournerai (1).
Citoyen, ne sois pas ingrat envers la terre qui à nourri tes premiers jours, soutenu tes pas incer-
tains, cueilli tes sourires à peine ébauchés, et s'est réjouie de ton accroissement, Ne lui reproche pas le travail qu'elle t'impose pour te rendre ses fruits : tu recois le centuple de tes peines.
Toi qui as résisté à l'entraînement migrateur et es resté fidèle à la terre canadienne, apprends, pour
lui donner des bras qui travaillent sans cesse, combien elle est inépuisable dans ses dons. Il n'est pas de forêts mieux boisées que les siennes, ses blés peuvent remplir les greniers du monde. Sa flore et sa faune rivalisent avec les plus belles du monde, ses cours d’eau sont enviés de tes voisins, son fleuve porte des navires aux plus forts tonnages, ses rivières recèlent les poissons les plus recherchés. Bénis tes sueurs, parce qu'elles engraissent la glébe, el penche-toi pour ramasser ses trésors.
Quand tu es sous les coups de l'épreuve, si la Providence, pour te rappeler la loi pénible du travil, stérilise tes efforts, prerds courage, rappelletoi tes pères qui, dans les bois sauvages, ont taillé une patrie à leurs descendants. Homme de la terre,
{1} (Grenèse, 11, 19.
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cette devise a été inscrite sur tes murs par un de tes {frères : « Emparons-nous du sol. »
Prends garde, un terrible châtiment menace celui qui blasphème la terre qui lui est échue comme un héritage à faire fructilier. Écoute le Seigneur réprimandant et châtiant les rebelles d'entre son peuple qui avaient méprisé « la terre promise ». « Vous n'entrerez point dans la terre que j'ai juré à vos pères de leur donner. Vos enfants, qui n'ont pas partagé votre injuste dégoût, l'habiteront, quoiqu'elle vous a déplu. Quant à vous, vos corps, privés de vie, seront gisants dans le désert (1). » Ceux qui détournent leur face de la terre qui leur a été donnée et la repoussent « d'un pied dédaigneux », sont-ils moins coupables ”?
Tu as tes «talents », fais-en un digne et bienfaisant usage. Euge serve bone, sois abatteur de forêts, remueur de sol, semeur de bons grains, et Lu auras toutes les joies que le Maître promet au « serviteur fidèle », ici-bas celles qui naissent de la fertilité de la terre natale.
Citoyen du Canada, tes industries ne sont pas aussi varices, aussi florissantes que celles qui enrichissent les villes américaines. Mais. aie cette pensée : les pays agricoles sont ceux dont l'avenir es le plus assuré. Si tu savais comme le sort de tes
compatriotes émigrés est précaire ! Une crise financière amène si tôt la ruine, excite la faim d'une famille attendant trop longtemps l'aboutissement d'une grève (2). Établis des u: .; :s, elles sont les
QG) Vombres, XIV, 50 et suiv.
(2) Exemple de Fall River, Mass., 190.
muscles qui animent des bras : mais que tes frères
nencombrent pas tes villes : qu'ils soient à la terre! Elle est si grande, la province de Québec, le Nouvel Ontario est si riche, et l'Ouest a de si belles promesses ! Ces terres seraient une patrie si attachante, que les nôtres y tiendraient par les fibres de leur cœur et qu'aucune force étrangère ne vaincrait leur patriotisme,
Et toi, citoyen qui as franchi les fronticres, puisque tu l'as voulu, puisque, non satisfait du pays de tes ancêtres, Lu es venu tenter fortune aux États- Unis, puisque, poussé par l'ambition ou ia nécessité, tu ty es fixé à demeure, puisque tu y as fait souche et que tes enfants, séduits par le dieu Mammon, pliés à d'autres mœurs — hélas! — alléchés par d'autres plaisirs, qui sait” attachés au sol. se sont créé une patrie, sois ici un bon patriote.
Aime la terre américaine avec son vaste Atlanlique, aime-la avec ses cours d'eau descendant des montagnes pour alimenter ses manufactures, aimela avec ses turbulentes villes où circulent ses nombreux tramways, aime-la avec son climat moins rigoureux que celui du Nord, aime-la avec les productions variées de son sol, aime-la, puisqu'il faut üliner une patrie, et transmets à tes fils, qui ne la quitteront pas, ce qui fait la force du citoyen, l'attachement indéracinable du lieu où les pères ont Passé, ont respiré, travaillé, planté une postérité, où ils se sont éteints en laissant à celle-ci la ressource du lendemain, rharitas patrii soli.
Lorsque, le soir, revenus de l'atelier, ils sont réunis autour de la table familiale, parle-leur de la maison de l'aïeul de là-bas, inspire-leur l'amour du
Edge sieninn rite PTE
pays d'origine : qu'il trouve un coin dans leur âme. Ces chers enfants ne sont pas coupables d'aimer une terre nouvelle : ils n'en ont pas connu d'autre. Ils uniraient dans leur pensée la patrie qui fut ton berceau et celle où ils puisent la vie; ils rêveraient peut-être d'unir les deux en une seule, ils lèveraient la barrière qui les sépare, et il n'y aurait plus, de l'Atlantique au Saint-Laurent, qu'une seule terre.
Jeunes Franco-\méricains, enfants nés en « terre grasse et fertile ». il semble qu'il n'est pas besoin de vous prècher l'amour du sol, l'instinct vous y porte comme vers une mère. Et si cette mère, avec les sollicitudes, a la puissance et la richesse, si elle vous donne, avec le soutien de l'existence, les agréments que demande votre âge, si elle a affermi les pas de votre enfance et leur ouvre maintenant une vaste et sûre carrière, soyez fils reconnaissants et dévoués, puis ne perdez pas un seul de ses bienfaits, doublezle plutôt par le travail, et elle continue d'être prodigue, et vous en êtes les heureux bénéficiaires.
Aux citoyens de la patrie natale, comme aux citoyens de la patrie adoptive, nous adressons ces mots :
Est-elle attaquée par les ennemis du dehors ou du dedans * Au signal de vos chefs, ainsi que de chefs d'armée, tenez l'épée d’une main forte et ferme ; de la vaillance dans le feu de la bataille! Tel ont fait vos glorieux ancètres. Jusqu'ici, vous avez été les pionniers de la terre canadienne, ou les bras vigoureux qui se sont prêtés au progrès de la terre
américaine, soyez-en les ardents défenseurs, soyez
aussi aptes à la guerre que vous l'aurez été à la paix.