‹ Le citoyen [microforme]Chapitre 11 sur 51 · ARE · texte numérisé non relu

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dans une poitrine batte un cœur, La tradition grecque rapporte que le célébre sculpteur Phidias avait tiré d'un bloc de marbre une statue si belle qu'il s'en éprit. Il supplia les dieux de donner à son œuvre la vie; sa prière fut exaucée, la statue devint animée. Mais, à désespoir de l'artiste ! il avait oublié de lui tailler un cœur, elle ne pouvait répondre à son amour.

Telle serait la patrie, si elle n'avait une âme.

La terre est le corps de la patrie, corps pétri des mains de Dieu, embelli par son génie, enrichi par

son inépuisable fécondité, corps €agréable à voir », puisque, après l'avoir tiré du néant et comblé de ses biens, il se dit : «Tout cela est beau. » Mais elle n'eût pas suffi à notre passion d'aimer : la terre n'a ni intelligence, ni volonté, ni sensibilité. Le Seigneur

dut lui ajouter une àme, une àme capable de le connaître, de l'adorer et de le chanter, une âme qui pût tressaillir et se porter vers lui comme à son centre d'attraction. Ainsi l'a compris le Psalmiste énumé- “ant tous les mouvements de la terre vers son Créateur (1). C'est l'homme qui l'habite qui en est l'expression vivante : il se prosterne, rend grâces et implore.

Telle est la terre de la patrie. Elle ne respire que par les citoyens qui se la partagent, elle n'a de sentiment que par ces hommes issus du même sang, circonscrits dans les mêmes limites, régis par les mèmes lois, unis dans un même esprit, aspirant au mème but, parlant la même langue, se glorifiant des

(Gi) Ps. Exv, 4. Omnis terra adoret le, — Ps. LXvnr, 5. Laudent illum cœtli et terra. — Ps, XGVI, 1, Exultet terra, ete.

mêmes souvenirs, à genoux devant le même autel : ils forment ce que lon appelle une race, nous dirions mieux une famille à part dans la grande famille humaine.

La race, voilà l'âme de la patrie. Autrefois, ce mot : àme de la patrie était ignoré ; aujourd'hui, où l'on veut tout préciser, il dit juste, comme « l'âme américaine (1) », ajoutons : « l'âme canadienne », si l'on cherche à pénétrer dans notre intimité nationale.

Chez un peuple, comme chez l'individu, l'âme est le principe de vie, d'activité, de force, de permanence, d'immortalité, pourrait-on dire, s'il était quelque chose d'immortel ici-bas. Par l'âme il pense, réfléchit, se détermine, en elle se concentrent toutes ses passions, joie, tristesse, orgueil, humilia. tion, amour, haine, espoir, abattement, aspiration, déception, relèvement, défaillance, prospérité, déchéance; de son regard il contemple le passé, embrasse le présent, prévoit l'avenir. Elle lui enseigne ses droits et ses devoirs et le dispose à garder les uns et à observer les autres, Bref, elle est son intelligence et sa volont“.

L'âme d'une race and sur la surface d'un pays et y imprime het particulier, qui est ce que l'on appelle la p, + aomie d'un peuple, comme l'âme humaine grave les traits sur la face de l'homme. On est à Londres : l'âme anglaise avec son tempérament glacial plane sur ses édifices et -emble nous pénétrer par les brumes du Nord, On

(1) Sous ce titre, l'un de nos meilleurs écrivains, E. de

\evers, a écrit sur les Etats-Unis un ouvrage qui lui a valu LS critiques les plus favorables.

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