‹ Le citoyen [microforme]Chapitre 14 sur 51 · DX · texte numérisé non relu

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iaëine langage restant unis. Par la distance des lieux et des temps ils se perdirent de vue, se firent d'autres habitudes, se créèrent d'autres besoins, se donnèrent d'autres lois et se circonscrirent er‘re des frontières. Ces familles ainsi désunies et bien tranchées se multiplièrent et tirèrent d'elles-mêmes leur vie et leur développement, une sève nouvelle coula dans les veines de chacune d'elles : c'était la nation alimentée d'un sang purifié de tout alliage et devenu propre à elle-même.

Les nations ont passé par le creuset de longs siccles avant d'atteindre leur homogénéité. S'il est des exceptions pour les asiatiques, pour la juive en particulier, c'est que les premières ont élevé la muraille de Chine et que celle-ci a reçu un cachet distüinctif du Dieu d'Israël. En tout cas, celles dont nous descendons, les européennes, après être pares du même point, ont formé castes à part; il n'y a plus à les confondre, C'est le sang de l'humanité qui est partout le même dans sa nature, c'est aussi le sang de la nation qui refuse de se mêler. La formation d'un peuple est l'œuvre de plus d'un siècle : que l'on prenne comme exemple les États-Unis où le travail d'assimilation est encore à son début, On dirait que la Providence rappelle ainsi aux hommes leur origine commune, pour les maintenir dans la fraternité ; on dirait aussi que, dans le mélange, elle veut effacer la « distinction de Barbares et Genils ».

Les causes qui ont engendré cet effet merveilleux, une nation, sont diverses et tout à fait apparentes : il suffit de jeter un coup d'œil sur la marche de humanité pour les saisir.

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Mais le cercle où se concentraient les familles devenant trop étroit, les nécessités et les exigences de la vie se multipliant, les ambitions dépassant certaines limites, les guerres semant les hommes sur un autre sol, comme le régiment de Carignan qui a laissé de ses descendants au Canada, la persécution forçant à l'exil, comme pour les « Pêlerins » débarquant à New Plymouth, la science en quête de nouveaux domaines, comme pour Colomb à la recherche des Indes Occidentales, la passion des richesses se mettant à la poursuite de l'or, l'honneur excitant, comme pour Jacques Cartier qui prend possession des terres arrosées par € le plus beau des fleuves » à la gloire du Roy, l'évangélisation poussant au loin, comme pour Champlain qui pénètre jusqu'aux confins des grands lacs de la Nouvelle- France : voilà, entre autres motifs, ce qui détermina l'émigration d'une partie, très forte quelquefois. d'une population de même territoire; voilà pourquoi la famille humaine s'est partagée en nations, pourquoi, par suite de circonstances qui s'imposaient, celles-ci devinrent homogènes, isolées de leur principe.

Le sang, s'éloignant de sa source, s'est modifié ; mais, il lui est arrivé ce qui arrive aux :nétaux qui s'allient à l'or et en recoivent l'éclat, il a aidé au travail d'assimilation d'éléments divers, pour ne pas dire étrangers, et a produit les nations modernes.

Énée ne reconnaîtrait pas ses héros dans la gens italica. où ils se sont perdus parmi les Samnites, les Volsques, les Étrusques et d'autres habitants du versant est des Apennins. Vereingétorix serait-il au

milicu de ses Gaulois, en France, dont la carte géographique a changé tant de fois”? La race germanique avec ses royaumes, ses duchés, n'est plus la même qu'autrefois. Que l'on se rappelle les hésitations de la Bavitre, en 1850, à entrer dans l'Empire allemand qui se créait alors. De tous les Normands, qui le suivirent en Angleterre, Guillaume le Conquérant ne verrait de traces que dans les noms de familles, des mots introduits dans la langue et certains usages qui tombent en désuétude.

Du mariage entre races, comme de l'union des époux venus de points divers, sont sorties Îles nations. Le sang, quoique de sources éloignées, s'est formé de toutes sortes de combinaisons en un seul fleuve ; les courants, de parallèles qu'ils étaient, se sont infléchis pour se rencontrer, et ont presque perdu leurs propriétés particulières : il en est résulté l'identité des citoyens. C'est bien là le travail auquel se livrent les États-Unis pour arriver à cette fin : on y veut, on y espère ‘1n sang américain, né d'autres sangs. Telle a été la création des peuples actuels.

Ils le sentent bien et apportent ici leur témoiynage.

Ils refusent de se confondre entre eux, comme une maison vis-à-vis d'une autre voisine sur un même territoire. Les Français ne s'inquiètent pas s'ils sont de provenance de telle ou telle province romaine : ils sont Français. Il n'y a plus de barrières, en Allemagne, entre les petits royaumes et les duchés : on y est allemand. En Angleterre, il n'est ni saxon ni normand : on n'est rien qu'anglais. Même nos Américains — tout en avouant que les vrais, les purs

s'éclaircissent — oublient que leurs ancètres sont venus de contrées européennes, ils ont tout l'air d'être sortis du sol qu'ils habitent. Les Canadiens sentent la chaleur du sang français circuler dans leurs veines ; ne leur dites pas, cependant, qu'ils sont Français : « Canadiens avant tout », chantentils.

Lorsque, dans la suite des temps, des races se sont assimilées les unes les autres pour former un peuple, celui-ci reçoit son type, comme une empreinte qui se grave sur sa face, qui fait qu'on la reconnaît à ses moindres traits. Ainsi, il y a le type français, vif, animé, impulsif ; il y a le type anglais,

raide, froid, calculateur : on s'en convainc lorsque de Paris on tombe à Londres. Il y a le type allemand au pas militaire, le russe à la taille caucasienne, l'italien à la parole rapide et aux gestes multiples et l'espagnol à l'œil langoureux. On ne rencontre pas un Juif sans se le montrer du doigt.

Edmond de Nevers, dans sa savante étude de «l'Ame américaine », parle ainsi de l'ancien yankee qui, heureusement, s'efface : € L'habitude de nourrir les mêmes pensées, d'être agités par les mêmes passions, de vivre de la même vie, avait créé entre les Yankees une certaine ressemblance physique. Le vankee d'autrefois se reconnaissait facilement à l'austérité du regard, au pli rigide des lévres, à la démarche roide, un peu automatique. au corps long osseux, anguleux, au masque froid et rusé de l'homme qui n'a jamais souri, mais qui à torturé

des textes bibliques pour les faire concorder avec ses intérêts (1). »

Ÿ a-t-il un type canadien ? Nous n'oserions nous définir. Nous tenons du francais puisque notre sang est resté sans mélange ; mais, par la lutte persévérante que nous avons livrée pour conquérir et garder notre autonomie, par le travail opiniâtre de nos péres, dont nous ne sommes pas très éloignés, qui ont parcouru 4 moitié d'un immense continent et taillé dans la forêt des villes et des villages, qui. dans leurs labeurs, ont dû se suffire à eux-mêmes, par le contact des Anglais qui ont participé à notre vie nationale, par le voisinage des pratiques américains, notre figure a pris du sérieux, du calcul, un peu de défiance vis-à-vis des autres, moins de conlance en soi-même, la gêne des coloniaux. Nous avons des moments d'enthousiasme: mais nous rentrons hâtivement dans la réflexion. En un mot, ous ressemblons peu à nos frères ou cousins d'oulre-mer,

L'identité du type excite la sympathie. On est heureux de vivre au milieu des siens, on pleure d'en être séparé. Rien n'est plus vrai que ce mot : l'exilé partout est seul, rien n’est plus juste que cet avertissement d’une âme qui a souffert :

Oh! n'exilons personne, oh ! l'exil est impie.

Dans les agitations de la foule exotique, qui inonde New-York, nous avons vu des nôtres qui +e scniaient isolés, comme des chasseurs dans les bois. Quel accueil on nous faisait, comme l'âme nétionale

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