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es
songer ie
marche dans l'histoire, Nous sommes done une race bien marquée, bien détinie. Comment ne nous
reconnaitrions-nous pas dans cet ensemble, et n'y
‘verrions-nous pas la patrie ?
Pour achever notre pensée, citons une parole de ’asteur, grand patriote et insigne bienfaiteur de l'humanité, à son élève Raulin, après les désastres de l'Année terrible : «Je ne vois de salut que dans le désespoir d'une lutte à outrance. Je voudrais que la France résistèt jusqu'à son dernier homme (1). » Tant que vit un homme, la nation ne meurt pas.
Voilà la patrie : la race : voilà le patriotisme : l'amour mutuel de ceux qu'elle unit par les liens du
sang.
Si tous les hommes, rapprochés par leur origine commune et leur nature identique, frères par conséquent, ont des devoirs vis-à-vis les uns les autres, est-ce que ceux qui sont «€ plus frères », dont la vie est plus pénétrée d'intimité, désignés par ce mot qui dit une communauté plus étroite : concitoyens, n'en ont pas de plus particuliers? La religion, qui les enseigne, les résume par la charité.
Pourquoi cette vertu. qui devrait être la base de loute cité, de tout peuple qui refuse de se désagréger, s'en absente-t-elle? Pourquoi ce refroidissement des cœurs qui sépare. comme des banquises, le citoyen du citoyen”? Ah! tout d'abord. on ne tient plus compte de la fraternité humaine ; ensuite. la
(1) Citée par VazLeRY-RADoT.
la
ET LE CITOYEN 1x)
race tend à disparaître sous de forts et divers intérêts, soit parce que l'on n'a plus l'estime de ce qu'elle vaut, soit que, dans les épreuves nationales, l'on ne croie plus à la mission d'un peuple, où que les obligations imposées à tout citoyen semblent trop lourdes,
Ilest che pour le soldat d'abandonner ses compagnons d'armes, ilest plus honteux de renier son sang. Les âmes nobles ne le feraient pas. Il vaut mieux mourir que d'être transfuge, Jean de Houilloupont, l'un des braves qui servent sous le commandement du Sire de Baudricourt, dit à Jeanne : « Faut-il que nous devenions des Anglais ? » Elle est célèbre la réponse de Bayard mourant au connétable de Bourbon, qui avait passé aux Impériaux : «ny a pas de pitié à avoir pour moi, qui meurs en homme de bien. Mais, j'ai pitié de vous qui ser- \ez contre votre prince, votre patrie et vos serments, » Henri IV donne cet ordre à Jury : « Quar- Uer aux Français, mais main basse sur les clrangers. »
Hélas ! ce fait est trop évident pour être nié : ilest chez nous certaines gens prises de gène ou de peur, ou mues par l'appat des honneurs et des richesses, qui ne demanderaient du même ton que le héros, «sil faut devenir des Anglais (1). Ils en étudient les allures et travaillent à en être les copies, ils en recherchent la société et méprisent leurs compa-
(1) Au banquet du Lord-Maire de Londres, 1° juillet 1807,
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Niülfrid Laurier a dit : « Lam british to the core ». birole diversement interprétée. Les uns y ont vu une trason nationale, les autres l'ont entendue comme une pression d'admiration pour ia constitution angiaise.
triotes, ils ont souvent honte de les recorr it e, Petites gens dont nous n'avons qu'à nous épurer pour rester nou--mêmes. Et moins ils auront d'imitateurs, plus, tout d'abord, nous serons honorés : dans le camp où ils passent, ils sont toujours comptés comme des étrangers et n'en ac quië rent pas plus d'estime ; puis l#$ hommes d'esprit, sans fanatisme, savent louer le citoyen qui ne renonce ni à son origine, ni à son histoire,
Même flétrissure pour ceux qui ne sont ni Français, ni Canadiens, ni Irlandais, ni autre chose aux États-Unis, mais uniquement Américains. Et l'on sait quels efforts ils font pour y arriver. Pourtant, ils n'auront de succès — s'ils en ont — que dans les générations futures ; ils n'effaceront pas la marque distinetive qui les trahit jusque dans le coin de l'œil ou le pli des lèvres. Qu'ils soient Américains, soit; qui leur en contestera le droit, puisque, ayant adopté une nouvelle patrie, ils ne doivent pas en être des membres neutres, inactifs, indifférents”? Nous sommes partisan de la naturalisation.
Mais, à côté du titre de citoyen américain, il y a le devoir de la race. Celle-ci est la gardienne du bon citoyen, puisqu il doit lui faire héoieue.
Quel civisme, en effet, attendre de la part de ces hommes qui diraient plutôt : « Quartier aux étrangers, main basse sur les Français? » Il n'est pas de belles promesses, même pour la patrie adoptive, à voir dans lame habituée à trahir ce qu'il y a de plus sacré,
Donnons encore les derniers traits qui les distinguent, Non contents de rougir de leur sang, non
contents de feindre l'ignorance de leurs pères, iis
aiment mieux n'avoir pas de généalogie, être de ces “hampignons dont on ne connaît pas la provenance, que de confesser hautement leur ascendance, si glorieuse qu'elle soit, Que disons-nous” Afin que la ligne de frontières qui les sépare de leurs irères soit plus marquée, ils poussent la renonciation jusqu'à l'apostasie, comme si la religion les y retenüit, L'expérience nous a appris que quelques-uns ont brisé cette maille du lien fraternel, soit en changeant de culte, soit en rompant tout à fait avec Dieu (1).
Il serait inutile d'essayer de les ramener au bercail, le remords ne prend plus sur leur âme émousste, ils n'ont plus le sens de la Patrie, ayant perdu celui de la race. Leur châtiment est de périr. de “anéantir au milieu des peuples auxquels is se ‘onfondent. Après avoir été rontrés du doigi avec indignation par leurs Compatricies, ils (inissent par tomber dans f'oubli, digne sort de ceux qui ont abdiqué tout droit à la famille.
Combien plus honorables sont les « hommes de race » ! Ils recucillent l'admiration et l'amour su: leur passage. C'est la loi de l'histoire. S'ils se sont dévoués au bien de leurs concitoyens, elle raconte leurs travaux et la postérité redit leurs noms: si l: charité a découlé de leurs mains, s'ils ont pansé
G) Par un sentiment de délicatesse. nous évitons de lommerles nations qui ont fourni aux Etats-Unis un grand nombre d'émigrés, Catholiqnes <5 Europe, protestants ici, ‘a inditférents, Parce qu'ils ont voulu n'être qu'Américains,
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des plaies, s'ils se sont consumés dans les asiles de misères, s'ils se sont dépensés dans l'éducation, des cœurs s'attachent à leur mémoire, «ils sont en bénédictior dans les générations ». L'humble citoyen, le modeste ouvrier a droit de marcher la tête haute, quand il est de sa race, quand il jette un poids dans la balance des destinées nationales, quand il étend autour de lui, si restreint que soit le cercle, une bienfaisante influence.
Hélas ! nous le savons, la reconnaissance n'est pas une fleur commune. Combien parmi les hommes qui n'ont pas ménagé leurs minutes pour la cité ou l'État, seraient tentés de secouer la poussière des chemins et s'écrier comme cet illustre banni « Ingrate patrie, tu n'auras pas mes os! » Coriolan même aurait des imitateurs, s'ils n'avaient plus de vertu.
Faut-il pour cela se désister de son devoir ? Mais, c'est de l'égoïsme que de ne faire du bien que pour soi, de donner d'une main pour recevoir de l'autre, de combattre rien que pour des lauriers. La déception est le plus souvent l'issue d'une route pénible et laborieuse. L'amour ne l'entend pas ainsi, il se sacrifie quand même.
Nos pères aimaient la France; ils en étaient venus, ils y tenaient par le sang: souvent, dans les
solitudes américaines, ils s'en allaient, par la pensée,
au foyer des êtres chéris qu'ils avaient quittés; et, cependant, ils persévéraient à l'œuvre, leurs gouttes de sueurs abreuvaient les sillons. Un jour, ils furent payés d'ingratitude, la mère-patrie les ignora. les laissant à leur propre faiblesse. Jetèrent-ils bas pour cela les armes? Abandonnérent-ils la charrue ?
le Oh! non, ils n'en continuérent pas moins à se glo-
?s rilier du nom de leùrs frères oublieux d'cutre-mer,
Êe à l'exalter au champ de bataille.
e, Pensez-vous quelquefois à ces temps glorieux
1S Où seuls, abandonnés par la France, leur mère,
d À Nos aïeux défendaient son nom victorieux
= 1 Ft voyaient devant eux fuir l'armée étrangère ? Regrettez-vous ces jours où, lâächement vendus
de l’ar le faible Bourbon qui régnait sur la France,
> Les héros Canadiens, trahis, mais non Vaincus,
u Contre un joug ennemi se trouvaient sans défense ? $ De nos bords s'élevaient de longs gémissements, n Comme ceux d’un enfant qu'on arrache à sa mère ;
Le À Et le peuple attendait plein de frémissements, En implorant le ciel dans sa douleur amère,
* Le jour où Pour la France et son nom triompbant 2 Il donnerait encore et Son sang et sa vie (1). Le Notre mémoire, fraiche alors, à gardé impérissao ble le souvenir de 1850.
pe 1e C'était après les jours sombres de Gravelotte :
La France agonisait.:
it RS CT de Re " F L'Europe haletante.
>. Jetait soir et matin, sur nos bords atterrés, 1, Ses builetins de plus en plus désespérés… É | On bombardait Paris !
Une noble aation qu'encore à peine née, " Sa tière avait un jour, hélas ! abandonnée is
O) ChéMazir : Le drapeau de (éarillon.
La
D op ET ro
ps
Vers celle que chacun reniail à son tour
Tendait les bras avec un indicible amour.
La voix du sang parla ; la sainte idolàtrie,
Que dans tout noble cœur Dieu mit pour la patrie, Se réveilla chez tous (1)...
Cette nation, c'était nous à qui ta France
Avait donné cent fois le meilleur de son sang.
Nous faisons taire un peu de rancune, bien légitime d'ailleurs, puisque les Français du «€ vieux pays » nous avaient perdus de vue, beaucoup parmi eux, après un siècle de séparation, sachant à peine qu'il y avait un petit coin de France au delà de l'Atlantique. La race seule nous commandait.
Washington ne fit pas son œuvre sans contradictions : il en eut, au contraire, de nombreuses et de grandes. Ceux qui devaient le plus l'aider, même le peuple qu'il voulait affranchir de fardeaux que lui imposait la métropole, ne se contentérent pas de mettre des obstacles à ses projets, ils allèrent jusqu'à la combattre à main armée. Les Yankees auraient fort à faire pour prouver que leurs pères
se levèérent comme un seul homme pour conquérir l'indépendance.
« La fondation de !a République a été l'œuvre d'un petit nombre de citoyens d'élite, de patriotes vertueux et éclairés, de quelques-uns des hommes
qui, depu s l'aurore de la civilisation moderne, ont
placé le plus haut l'idée de droit et de justice et
le mieux interprété la conscience universelle... La
conduite heureuse de la guerre et l'établissement de () LH. Fnécurrre : Vive la France! La scène
poète rapporte, et qu'il dit authentique, est des plus belles etdes plus émouvantes, H faut la relire.
l'Union ont été l'œuvre de quelques hommes... La suerre ne se faisait pas seulement entre Anglais et \méricains, c'était une guerre civile, Dès les pren‘tres hostilités, trois compagnies de milices ivaient été formées à Boston Pour venir en aide à l'armée anglaise, et, lorsque celle-ci évacua la capitale du Massachusetts. plus de mille personnes Juittérent cette ville avec elle. Dans le New-York, le New-Jersey et le Delaware. il y avait autant de loxalistes que de républicains. Dans les Carolines, deux régiments loyalistes purent être levés en quelques jours (1), »
Washington était si peu aidé de eeux pour la liberté desquels il travaillait et combattait, qu'il écrivait à Franklin : « Si nous n'avons l'argent et les soldats de la France, notre cause est perdue, » Il déplorait leur apathie dans une lettre (2) à Benjamin Harrison : « Si l'on me demandait. lui disait-il, de peindre le temps et les hommes d'après ce que j'ai entendu, ce que j'ai vu et ce que je sais, je résumeais mon opinion en ces quelques mots : la plupart des hommes semblent avoir été envahis par la riresse, la dissipation et l'extravagance. Quant aux intérêts en péril de tout un Pays, ce ne sont là que les questions secondaires. »
Il fut victime de l'envie et de la ‘alomnie ; des Journaux furent soudoyés contre lui, une intrigue, ‘urdie par un général irlandais du nom de Conway, contribua surtout à abreuver de dégoût cette âme 'xnanime, C'est contre l'égoisme. l'apathie, l'es-
) Ed, pe Navrns : Ouvr. ci, 1, 166 et suiv. 9 Le 30 décembre 1358,
gr ais rit
serie