‹ Le citoyen [microforme]Chapitre 19 sur 51 · LAURE · texte numérisé non relu

LAURE

faveurs, Nous voyons dans l'Évangile que les sénateurs, pour l'obliger de rendre au centurion un serviteur qri lui était cher, € priaient Jésus avec ardeur et sui disaient : « Il mérite que vous l'assistiez : car il aime notre nation et nous à bâti une synagogue » : et que Jésus alla avec eux et guérit ce serviteur (1) ».

L'Évangile nous le montre versant des larmes abondantes et amères sur les malheurs qui menacaient sa patrie. € S'approchant de Jérusalem, aux acelamations de la foule, et y portant un triste regard, il se mit à pleurer : € Si tu connaissais, ditil, dans ce temps qui l'est donné pour te repentir, ce qui pourrait l'apporter la paix! Mais cela est caché à tes yeux (2). »

L'apostrophe suivante marque combien il est affligé de ce qu'elle n'a pas profité de ses conseils et de ses avertissements : € Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu ramasser les enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes: et tu n'as pas voulu, et voilà que tes maisons vont être désolées (3)! » .

Bien plus, il pousse le dévouement civique jusqu'au sacrifice. On connaît ce qui arriva de lui. L'ingratitude et l'aveuglement de ses concitovens, quoiqu'ils ne trouvent en lui « rien de condamnable », exigent le tribut du sang, l'acte suprème

qu'un homme puisse faire pour sa patrie, Oh! sans

QG) Luc, vu, 3 et suiv.

€) Luc. IX, {1 et suiv.

C3) Marru., NAU, 37 el Suiv.

doute, son dernier souffle va plus loin que Jérusalem, au-delà du Jourdain, au-delà de la Méditerranee: il était venu apporter le salut à l'humanité tout enticre dans le présent et l'avenir: mais, du haut de la croix, son regard tombe particulièrement sur ceux qui sont tout près de son divin Cœur. Caïphe ayant décrété sa mort nécessaire « pour

empêcher toute la nation de périr », l'Évangéliste remarque «qu'il ne dit pas cela de lui-même : mais que, étant le pontife de cette année, il prophétise que Jésus devait mourir pour sa nation (1) »,

« Le serviteur n'est pas plus que le Maitre. » Cioyen, t'épargnerais-tu, quand la patrie te réclame? Ne pleurerais-tu pas sur ses malheurs ? Ne lui pardonnerais-tu pas méme (2)? Tu te plains de ne recevoir en reconnaissance de tes travaux, de ton dévouement, de tes fatigues. que des calomnies, que du mépris, quand il n'y a pa: d'oubli, que des amertumes de sa part; tu es irrité d'être partie négligeable dans la distribution du patronage; ta santé, a fortune, tes talents se sont dépenses sans retour pour «€ cette marâtre ». Es-tu plus que le Maitre ? Ton âme a-t-elle été plus abreuvée d'ingra- Utude que la sienne ? « Il a été crucific pour son peuple, »

Qui fut plus persécuté que les premiers chrétiens ? lien, pourtant, ne ralentissait leur patriotisme. La religion, établie par le Christ, leur enseignait de ne pas se fixer dans les choses d'ici-bas : mais. ils entendaient cet enseignement dans son v ‘ai sens,

QG) JEAN, x1, 49 et suiv.

C9) Luc, Nxut, 4,

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c'est-à-dire qu'ils ne S'attachisent pas exclusivement aux intérêts matériels, ils s'élevaient plus haut dans leurs aspirations et leur conduite ; mais, en mème temps, comme ils étaient de la terre, comme un lien d'affection les retenait à leurs concitoyens, ils étoutfaient en eux toute tentation de révolte: sans renoncer à leur foi, ce qui eût été la plus lâche des apostusies, ils se joignaient à leurs persécuteurs pour le bien de l'État, s'ils ne les y surpassaient pas. Tertullien avait raison quand il apostrophait ainsi ces derniers : € Vous dites que les chrétiens sont inutiles ; nous naviguons avec vous, nous portons les armes avec vous, nous cultivons la terre, nous exercons la marchandise (1). »

Ces citoyens chrétiens pouvaient user de représailles : ils étaient si nombreux ! Puis ils en avaient les moyens, comme l'affirme le même Tertullien :

« Outre les ordres publics par lesquels nous sommes poursuivis, combien de fois le peuple nous altaque-Lil à coups de pierres, et met-il le feu à nos maisons dans la fureur des bacchanales ! on n'épar-

gne pas les chrétiens même après leur mort : on les

arrache du repos de la sépulture et comme de l'asile de la mort. Et cependant, quelle vengeance recevezvous de gens si cruellement traités”? Ne pourrionsnous avec peu de flambeaux mettre le feu dans la ville, si parmi nous il était permis de faire le mal pour le mal? Et quand nous voudrions agir en ennemis déclarés, manquerions-nous de troupes et J'armées? Les Maures. ou les Morcomans, et les Parthes mêmes, qui sont renfermés dans leurs

QG) Apologélique. n° 4.

miles, se trouveront-ils en plus grand nombre que nous, qui remplissons la terre? Vous avez maintenant moins d'ennemis, à cause de la multitude prodigiense des chrétiens, Vous avez, par notre moyen, un nombre infini de gens, je ne dis pas qui prient pour vous, car vous ne le croyez pas, mais dont vous n'avez ri à craindre (1), »

Ces chrétiens ne se contentaient pas de travailler à la prospérité de l'État, ni non plus d'être de vaillants soldats qui le défendaient : ils attiraient encore sur lui la protection du ciel par l'ardeur et la force ‘le leurs prières. Les historiens en ont consigné cette preuve éclatante : l'armée de Marc-Aurèle était, en Germanie, ccrnée par les Barbares qui voulaient la réduire par la famine : elle périssait de soif et allait se rendre, lorsque la Légion fulminante, composée de chrétiens, supplia le Dieu des armées, le seul Dieu qu'ils adoraient, et bientôt une pluie abondante rafraîchit les poitrines et ranima les coarages, et la victoire s'ensuivit éclatante,

Citoyen, ne sois pas Coriolan, quand tu es oflensé, ou du moins ne le sois pas, lorsque, plein de rage en vue de Rome, il en médite la ruine; sois-le, lorsque les supplications d'une mère le désarment. puisque pour toi la patrie est une mère et tes con- “itoyens des frères. Pardonne comme Jésus a pardonné, pardonne comme les martyrs.

Tu es chrétien, mon frère, tu es de l'immense légion des soldats du Christ, tu descends en droite ligne de pieux ancètres conduits par cette devise :

Pour Dieu et pour le Roy »; tu comptes, parmi

{1} dbid., n° 43, 6.

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