‹ Le citoyen [microforme]Chapitre 21 sur 51 · LATTES · texte numérisé non relu

LATTES

bles serviteurs ? De votre participation déendent la justice des lois et la richesse des grandes villes. Quels facteurs importants vous êtes à la prospérité nationale ! En conséquence, mesurez vos devoirs.

Mon frère, dont le caractère sacré de prètre et d'apôtre ne se sépare pas, en notre terre de liberté, du titre de citoyen, poursuis ta tâche d'éducateur et de conseiller en même temps que d'évangélisateur, sois un guide sûr et prudent, comme un fidèle compagnon de peines et de travaux. Tu as eu des devanciers dans ce clergé de notre passé historique, qui ont “reusé des sillons tout en répandant une semence divine (1).

Journaliste, publiciste, ta mission est d'éclairer ics concitoyens; puise tes convictions dans un esprit dégagé de l'esclavage de parti et dans un cœur désireux de leur être utile. Respect à ceux qui n'entendent pas les questions sociales et politiques de la même manière que toi, qui ne jugent pas du mème œil. Oh ! laisse-moi te le dire : tu n'es pas patriote, quand tu sépares le citoyen du citoyen, quand, pour assurer le triomphe de ta cause, tu déprécies les hommes et les choses de ton pays ; il vaut mieux ici exagérer dans le sens qui leur est favorable, l'honneur national en tire au moins quelque profit. Ni toi non plus, orateur de tribune, si tu répands le désaccord dans les assemblées populaires. Le Livre saint cite un exemple terrible où il est prouvé que les querelleurs, les diviseurs de peuple sont dignes d'être exécrés et de dispa-

(1) Citons le bon enré de Saint-Jérôme, Mgr Labelle, qui fut le plus grand apôtre colonisateur du Canada.

ET LE CITOYEN ue railre comme des malfaiteurs publics. Coré, Dathan cl Abiron semèrent la discorde : sur l’ordre du Seisueur ils furent engloutis dans la terre qui s'ouvrit pour les recevoir (+).

Paix entre vous, citoyens. Que cet avertissement de l'Évangile ne vous quitte pas : « Une maison divisée périra ! » Travaillés par d'incessantes querelles, les membres du corps national se disloqueront ct S'éparpilleront comme les feuilles de l'arbre secouées et arrachées par un violent orage. Souvenez-vous de Rome aux jours néfastes de l'Empire où les partis se multipliaient selon les têtes qui pensaient, et mirent en lambeaux le plus beau des territoires. La patrie tomba aux mains des Barbares descendus des montagnes, et patriciens et plébéiens furent asservis, un grand nombre même furent rejetés comme des miettes méprisables hors des frontières. Il fallut des siècles pour rallier entre eux « de nouveaux citoyens » presque honteux de leurs ancêtres, pour épurer un sang mélé, pour faire revivre l'antique patrie romaine.

Vous ne serez patriote qu'autant que vous ferez le sacrifice de vous-même. Que chacun réfléchisse ainsi : Je ne suis pas seul, je suis frère dans une plus grande famille que celle où s'est écoulée ma jeunesse ; d'autres, les miens par le sang, vivent du souffle que je leur transmets : si je le leur refuse, «ils périront », moi-même n'aurai plus de vie nationale, je ne serai qu'un être à part, isolé, perdu dans l1 foule ; adieu la communauté, adieu les travaux, ulieu Fhéritage de mes pères qui reposaient en moi

(1) Nombres, xv1, 28 et suiv.

les espérances de la pérennité de leur race ! Il m'en coûte de me renoncer à moi-même, de me séparer de mes rêves et de mes ambitions ; mais, quoi qu je sois, grand ou petit, puissant ou faible, riche ou pauvre, honoré ou oublié, quelque chose ou rien, je veux mourir en soupirant : vive la patrie !

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