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inettre Victor Hugo partout. Il ; a des places Vicetor-Hugo, des rues Victor-Hugo, des musées Victor- Hugo, un cuirassé Victor-Hugo — un poète qui a écrit des odes à la Paix (1). — De Racine, le génie qui servit de modèle à ceux qui le suivirent, du sublime Corneille, qui enflamma d’héroïsme tant d'âmes, de Boileau, qui martela la langue francaise, de Bossuet, l'apogée de l'éloquence, l'on est moins prodigue.
D'ailleurs, chaque nom doit être à sa place, et, l'histoire de France en porte un assez grand nombre pour dire en quoi se distinguèrent ceux qui les ont illustrés. Le peuple, si facile à l'oubli, en viendrait à croire à la pauvreté de cette histoire, s'il n'en voyait d'autres que ceux à la mode: ce serait peu propre à exciter dans son cœur l'orgueil u ancêtres qu'on jette à l'arrière-plan, et il ne saurait s'inspirer de leurs exemples, dont, pourtant, il a tant besoin dans ses actes civiques.
Voici maintenant que sur cette même place de la Madeleine, vis-à-vis de la statue de Jules Simon, S'élèvera un de ces quatre matins celle de Victorien Sardou.
On nous promet pour bientôt : Puvis de Charannes, au jardin de l'Alma:; François Coppée, au boulevard äes Invalides : Beethoven, au Ranelagh ; Stendhal, square Louvois ; M": de Staël, boulevard Malesherbes : Cabanel, au pare Monceau; Arthur Rane, rue des Martyrs : Clovis Hugues, aux Buttes- Chaumont, et Louise Michel, place des Abbesses —
QG) Gambetta possède aussi ce privilège presque exelusif de distribuer son nom, comme s'il eût été le seul à se dévouer au relèvement de la France, après le désastre de 70.
parfaitement ! Il est même question d'une statue de
notre regretté confrère Homère, pour le boulevard
Saint-Germain. (Le « Courrier des États-Unis ».
{4 septembre 1909.)
7 Citons un cas particulier de mentions inutiles, pour ne pas dire bizarres. La citation est un peu longue ;: mais l'observation qu'elle contient a tant de justesse et est en termes si spirituels que nous la rep: -luisons presque en son entier. Elle a pour titre : À propos de Diderot.
« Quand on m'a parlé du lancement du Diderot, j'ai cru d'abord qu'il s'agissait d'une opération de librairie : au lendemain de l'affaire Bassot, l’auteur de la Religieuse est évidemment d'actualité. Mais il n'est pas question de librairie... Le Diderot est un cuirassé. Drôle d'idée de donner à une formiduble machine de guerre le nom d'un écrivain qui s'est surtout distingué comme critique d'art,
« N'est-il pas tout à fait comique qu'un navire hérissé de canons et lesté avec des explosifs soit placé sous l'invocation du doux Michelet qui chanta l'insecte et l'oiseau et fut le plus attendri des réveurs? Et l'Edgar-Quinet? Kt l'Ernest-Renan ? Renan, qui était la providence des reporters, se laissa, un jour, interviewer sur l'introduction de la lance dans la cavalerie légère, mais il ne lui serait jamais venu à l'idée que le plus doux, le plus indulgent des hommes, prêterait, un jour, son nom à un cuirassé,
« Et pourquoi la Démocratie? Un navire de guerre où Lout est combiné pour tuer et détruire, estce done l'image de la démocratie idéale ? Que dites-vous de cette Justice qui prétend s'imposer pur
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la force, de cette Vérilé qui n'est pas loute nue, mais vêtue de plaques d'acier ?
« Ne trouvez-vous pas que ces navires devraient porter des noms d'hommes de guerre ou de victoires” Nous n'en manquons pas, nous n'avons mème que l'embarras du choix. Laissons la démocratie dans ses illusions, la justice dans nos rêves el la vérité dans son puits, et ne mettons pas Ernest Renan dans le cas de bombarder, un jour, l'Acropole. (1). »
On ne doit pas ètre laudator temporis acti (2) pius qu'il ne faut. Cependant, lorsque la sagesse s'est incarnée dans des hommes qui ont fait fleurir dans la nation la paix etla prospérité, elle s'impose à ceux qui ont mission de la continuer, comme un symbole, non pas seulement digne d'admiration, mais encore d'imitation.
Les législateurs et les magistrats s'humilieraientils, s'ils s'inspiraient du « bon roi » Louis, rendant des arrêts de justice sous un chêne et répandant l'harmonie et le bonheur dans les villages les plus éloignés ? Ils torturent les lois. les changent, en font de nouvelles ; dans un parlement où ils ne s'entendeiit pas, ils en fabriquent des plus arbitraires pour la liberté, l'égalité et la fraternité de tous. Ils centralisent toute autorité à Paris pour anéantir toute tradition, abolir les « vieux pouvoirs usés », pros-
G}Le « Courrier des États-Unis »,% mai 1909.
(») Un homme qui loue toujours le passé.
crire les ancêtres. Ils paraissent satisfaits d'euxmêmes, lorsqu'ils proclament libres, égaux et frères ceux que le plus petit sous-préfet peut et doit dénoncer at Président du Conseil comme réfractaires aux volontés gouv-rnementales.
Deux fois, nous avons visité la France, l'avons parcourue en tous sens, nous arrêtant aux villes de province, pénétrant sous le toit du paysan, conversant avec un peuple intelligent, poli et sympathique aux voyageurs. Il est facile d'observer en terre si accueillante : on ne refuse aucune réponse à vos questions, même intimes. Un séjou: prolongé en certains endroits nous a permis de saisir l’état des âmes. En avons-nous tiré les consolations du cœur, d'un cœur vraiment français, affligé des troubles qui ont bouleversé, depuis tant d'années, notre ancienne mère-patrie ?
Hélas ! la division règne en maitresse, il n'ya pas d'union dans la commune, la famille même est diviste. Les questions politiques et religieuses arment les citoyens contre les citoyens, les frères contre les fréres ; les traditions les plus respectables sont discutées, foulées aux pieds, celles surtout qui tenaient les pères « esclaves d'un Christianisme démodé ». On repousse cette tradition qui nous montre la plus parfaite concorde entre des hommes obligés de vivre ‘ln communauté, et le foyer domestique un centre de bonheur familial ; on se rit de cet idéal autrefois une réalité : le pasteur, Jésus-Christ dans la maison de Lazare, établissant, autour de sa houlette, dans le rayon d'un village, d'une paroisse, cette harmonie dont on à plus que jamais besoin, dans un temps où l'ennemi « divise pour régner ».