‹ Le citoyen [microforme]Chapitre 29 sur 51 · PER · texte numérisé non relu

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contraste, dans le bonheur des citoyens, avec la tyrannie toujours grandissante qui désolée ses rivages corrompus ; elle nous invite à préparer un asile où les malheureux trouveront une consolation et les persécutés un repos ».

Voilà la pensée qui a préside à la naissance de !a Constitution américaine. Comme la terre de Plymouth fut le refuge de ceux qui évitaient la persécution religieuse de la Grande-Bretagne, ainsi elle fut la terre hospitalière pour tous, non seulement pour ceux qui souffraient dans leur foi, mais aussi pour ceux qui recherchaient des horizons plus larges pour leurs ambitions. Que l'on explique autrement, si l'on peut, pourquoi tant d'hommes n'ont pas eu un moment de regret de s'être soustraits aux régimes ou vieillis, démodés, tyranniques de l'ancien monde, ou renouvelés, mais sans changement dans le fond, sans fraternité humaine, sous l'apparence d'une république où le pouvoir se concentrait en des inains de dictateurs : que l'on explique pourquoi tous l'ont aimée et se sont sentis comme rajeunis dans une atmosphère dégagée de cet air qui paralysait les membres du corps social au continent européen.

Le cardinal Satolli, délégué apostolique à Washington. durant plusieurs années, à dit de la Constitution des États-Unis « qu'elle contient avec l'Évangile du Christ la charte de l'esprit humain ». Nous n'oserions aller si loin, puisque l'on x cherche en vain le nom de Dieu. Mais nous comprenons la

pevsée de cel illustre prince de l'Eglise. L'Evingile

est tout de charité, la Constitulion américyine est essentiellement humanitaire,

Qu'on lise les différentes chartes des peuples de l'Europe, en est-il une qui ait autant de soucis pour le citoyen, à quelque rang qu'il appartienne, qui étende ne plus grande protection sur tous indifféremm£nt, qui accorde au plus humble plus de facilité de s'élever parmi ses concitoyens, s'il en est digne?

Il arrive jue, là où l'en parle plus de liberté, il en est moins; la centralisation établit une espèce d'impérialisme; la loi poursuit le citoyen en tous ses gestes et le gène dans ses mouvements les plus généreux,

Aux États-Unis, chacun a ses coudées franches, son mot à dire dans l'administration publique, et toutes les opinions sont respectées. Un fait est frappant : durant la lutte électorale, il y a déploiement de forces du côté des deux partis républicain cl démocratique ; sitôt qu'elle est finie, on renire dans le calme, on suit le cours de ses occupations journalières, confiant dans la Constitution qui pro- ‘ke aussi bien la minorité que la majorité.

Cependant, notre enthousiasme ne va pas jusqu'à ‘bsoudre les Constitutions particulières de vices antisociaux, par exemple l'école neutre et le divorce si facile en certains États. Ici. cumme parlout ailleurs, l'erreur a fait son chemin: les législaleurs, n'osant lever une digue à la liberté. sont lumbés dans l'excès. Ceux-là même qui prèchèrent de telles doctrines sont aujourd'hui pris d'inquiélude (1).

() Le congrès d'éducation, tenu, en février 1911, à Providevce, R, L, où les voix étaient « protestantes », moins dix outrois, en a été la manifestation.

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Muis, nous avons en vue la Constitution fédérale qui a été faite pour tout le monde, et, donnant les garanties de la liberté politique et religieuse, n'établissant aucune distinction, mêlant ensemble Îles idéaux et poussant activement au succès, attend, voit, dans un avenir qui ne lui paraît pas loin, l'union de millions de membres dans une seule patrie.

Ce que nous en pensons a été dit par ce penseur que nous avons cité déjà. Parlant du Congrès chargé de tracer la constitution américaine : « Il fallait, poursuit-il, en prévision de l'avenir qui souvrait, façonner à la nation un moule si large que des éléments venus de tous les coins du monde puissent y prendre place et s'y développer à l'aise. Il fallait pour la direction et la conduite des affaires publiques des formules si absolument conformes aux tendances et aux intérêts constants de la nature humaine, qu'elles puissent être appliquées par des populations d'émigrés de vingt pays divers (1). »

Les Constitutionnels de la république projetaient conc de réunir les branches détachées de l'arbre humain du Vieux-Monde les plus variées et les plus opposées, qui s'éparpillaient sur leur territoire, et d'en faire un tout harmonieux. Ils aimaient ces rivages, ces montagnes, ces plaines, ces forêts, ces flenves et ces me’s qui leur appartenaient par droit de première possession et par droit de conquête ; ils se croyaient israël appelé à une nouvelle Terre promise ; pour eux devaient y couler «le miel et le

lait »:les émigrés, qui s'ajoutaient à leur nombre

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infime, étaient autant d'apports que la Providence leur envoyait pour créer une nation, et des lois justes et conciliantes leur parurent les meilleures armes pour gagner les cœurs.

Dans une lettre cireulaire adressée aux gouverneurs des États, au moment où l'armée était licenciée, le 8 juin 1783, Washington indique entre autres moyens d'unifier le pays, celui-ci : « développer entre les citoyens des sentiments pacifiques et amicaux qui leur feront oublier leurs préjugés et leurs rivalités locales. » Tel est l'esprit de la Constitution. Y est-elle arrivée ”

Quoique le sentiment vraiment, profondément patriotique, ainsi qu'on l'entend chez les peuples autochtones, n'ait pas encore trouvé toute sa chaleur aux États-Unis, quoique le souvenir de la patrie quittée n'ait pas été effacé, que les mœurs et les traditions livrées par des ancêtres se retracent au foyer, que la langue maternelle se soit conservée ivec loute sa saveur, que l'on aime, en ce pays, ce qui a un parfum exotique, de la France, du Canada. de l'Allemagne, de l'Italie, quoi que le cœur dise, si l'Europe, si les États voisins de la République Américaine n'y prennent garde, si leurs gouvernements ne savent retenir dans leurs limites des sujets avides d'aisance et de liberté, la Constitution de Washington serait justement regardée comme l'asile de tous les droits violés, elle constituerait une patrie ou tous se réjouiraient d'avoir secoué le joug d'une autoeratie qui écrase, comme celle des onarques absolus, ou d'une démocratie qui a toutes le marques de l'absolutisme, parce qu'elle est « la raison du plus fort ».

« Nous devons travailler, dit John Adams, plutôt pour l'avenir que pour le présent. Je fais bâtir une maison et j'ai des enfants en bas âge. Sans doute, je dois disposer leurs logements pour le temps où ils seront grands et où ils se marieront. Nous n'avons pas négligé cette précaution. »

Depuis que cela à été dit, les enfants se sont multipliés, la famille américaine a grandi, et elle vit sous un toit qu'elle à fait domestique : elle ne voudrait pas en sortir. Le quatre juillet, nous avons vu le drapeau étoilé brandir aux mains de l'enfant et du vieillard. Pourquoi donc. sinon que tous se plaisent à son ombre, sinon qu'il se déploie dans un air pur de tout ce qui alourdit, comprime et arrête les élans d'une âme qui secoue ses ailes, quand elle est gènée dans son vol ? Le drapeau est

une enseigne. Les citoyens regardent de quel côté il tourne, et ils en savent gré au souffle qui lui imprime une bonne direction.

Où voulons-nous en venir ? Prouver la vérité de cette définition nouvelle de la patrie : ensemble d'hommes satisfaits de vivre sous une constitution qui les relie et ne forme de tous qu'un même corps

et un mème esprit.

En est-il de même au Canada” Si la patrie se définit une race unique, où la combinaison de races se confondant en une seule, qui affirmerait l'existence d'une patrie canadienne ?

«l'Amérique britannique du Nord », ainsi que s'apr pelle sa Constitution ? Est-ce l'union que «€ Funité

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artificielle de la Confédération (1) » ? Est-ce bien une patrie qu'un territcire, s'étendant dy golfe

Saint-Laurent aux grands lacs et de l'Atlantique au Pacifique, où se débattent les descendants des colons lançais et des premiers émigrés anglais, et les nombreux et nouveaux arrivés du Vieux-Monde et d'au-delà des frontières du sud °?

[IS ne sont pas assortis par un mariage d'inclination, de caractères qui s'ajustent, de renoncement à l'iudividualité propre. Il ne peut être bien moins question d'assimilation, Ils veulent rester ce qu'ils sont, English, Scottish, Irish, sans parler d'autres qui forment de forts groupes dans l'Ouest. Il ne faudrait pas leur dire qu'ils sont Canadiens : ce nom. ils le réservent pour leurs concitoyens de langue française ; on dirait que pour eux le Canada, c'est la Provinee de Québec : eux, ils sont du Dominion. I en est d'ailleurs ainsi en Angleterre, aux EÉtats- Unis où « Canadian », en France, « Canadien » désiune la race franeaise habitant la partie Nord-Est de l'\mérique, ou la Province de Québec, ou en majorilés dans quelques comtés de l'Ontario, ou en minorités respectables dans le Manitoba et d'autres parties de l'Ouest, et ressortissant par le nombre, l'influence, et les institutions de la Nouvelle-Angleterre,

Encore s'il n'y avait antipathie entre les diverses nationalités, ce serait un moindre mal, on pourrait espérer une «entente cordiale pour faire du Canada une patrie »; mais «nos frères séparés » de la Conlelération entendent encore le fameux cri : « No

CO) M. A. SixGeriekp : Le Canada, 6.

french domination ». et quelques-uns d'entre eux le murmurent quelquefois (1). Un Canadien put se maintenir au pouvoir d'assez longues années pour un ministère (2); mais on sait avec quelles difficultés à vaincre et quelles concessions à faire. Et encore le but n'a pas été atteint, la barrière n'a pas été levée : nous sommes toujours des « Canadians », la « race conquise » et à reconquérir.

« L'âme canadienne » n'est pas sortie de ces éléments à combiner, et, quelles que soient ses erreurs de jugements en d'autres circonstances, : sus croyons qu'il a dit juste cet observateur qui a éerit : « L'unité qu'est le peuple canadien, tel que l'a officiellement constitué la Confédération de 1863, est factice (3). »

Il y a, en vérité, entente dans les affaires. Le progrès va au-delà des limites que l'on prévoyait. « Le dix-neuvième siècle a appartenu aux État-Unis. le vingtième sera au Canada, » a prophétisé le chef du Cabinet, en 1906. Nous nous réjouissons. Mais, la patrie est dans un ordre plus élevé que les prospérités purement matérielles. La richesse n'empéche pas les conflits, comme les millions ne créent pas les sympathies dans les familles divisées. La patrie repose sur quelque chose de plus solide que des balles de coton, des coupes de cuir, des bois-

seaux de blé, des rails de chemin de fer, des pépites

G@) Un journal de Victoria, €. B., le « Colonist », novenbre 1910, parlait de « reconquérir Québec », nouvelle conquête des Anglais du Canada sur les Canadiens, ce « frenchy people », disait-il avee mépris.

€») Sir WW. Laurier.

(3) À. SisGFhiRD : Our, ct

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d'or du Yukon. Quand sonnera l'heure du sacrifice, quand elle appeïlera ses enfants à la défense de ses frontières, quand elle devra apaiser les troubles intérieurs, lorsque, dans les conseils des puissances, il lui faudra une force imposante, elle aura besoin de cœurs et de bras. Quels cœurs battront assez fort, quels bras se léveront assez vigoureux, si, entre les groupes, qui sont dispersés sur un même territoire, il n'est pas de fraternité, de sympathies, de cet attrait mutuel qui réunit toutes les énergies el tous les courages « comme une armée rangée en bataille »? On attendra en vain ce souffle chaud qui enlève une âme dans le dévouement civique, cet enthousiasme qui entraine sous un même drapeau, ces victoires qui ont des durées permanentes, parce qu'elles ont leurs répercussions heureuses dans l'avenir d'un peuple.

Des hommes, dont la destinée est de vivre sous un mème ciel, de se nourrir, pour ainsi dire, de la mème substance, ne sauraient, sans se nuire, être à l'état de corps désagrégé; sans un ciment qui les selle les uns aux autres, on ne créerait pas de société ni de patrie : au Canada, où règne un déploable antagonisme entre certaines provinces francaises, comme à Québec, anglaises, comme à Ontario, on constituerait des patries dans la patrie.

Mais, est-ce que la Constitution, telle que tracée par Les Pères de la Confédération, n'est pas faite pour rallier tant d'éléments divers et en former la patrie canadienne *? Elle est belle, nous l'admirons

‘vec Gladstone, qui la plaçait au rang des prenicres du monde : elle eut pour auteurs des poli-

ques expérimentés, connaisseurs de leur temps et

de leurs concitoyens, qui avaient pour but de fonder sur des provinces séparées, dont ils étaient les chefs, une grande et unique nation : nommons John À. Mac Donald et Georges Cartier, le plus en relief. Observée dans l'esprit qui l'a dictée, elle ne peut servir qu'au bonheur de tous.

Mais, tant est vrai l'errare humanum est, elle à eu des points faibles : de là la question des écoles au Manitoba, au Nord-Ouest, et précédemment au Nouveau-Brunswick ; de là la dispute, qui se renouvelle sans cesse, sur la reconnaissance de la langue française ailleurs qu'à Québec (1). Les délégués de notre race, qui siégeaient autour de la table où elle S'élaborait, n'ont pu voir toutes les issues d'où découleraient toutes sortes de difficultés. La prévoyance humaine est souvent en défaut. Qui les accuserait, cependant, de trahison, d'avoir livré à des ennemis ce que nous avons de plus cher, ce qui tient à notre âme nationale, ce que nous ne séparons pas, notre langue et notre foi? Nous connaissons assez bien les luttes qu'ils eurent à subir pour n'y pas croire. Puis, s'est-il jamais vu constitution infaillible ? Sont-ils coupables, ceux qui ne donnent pas une perfection inattaquable ?

Disons plutôt que c'est la génération présente qui est la grande criminelle, [1 lui appartient de l'interpréter dans son esprit, c'est-à-dire avec sagesse, justice, et, dans le doute, en faveur de concitoyens qui souflriraient d'être lésés dans leurs droits et leurs affections.

@) Elle s'est ravivée, en septembre 1910, au sujet des écoles bilingues dans le diocèse de London, Ontario

Est-ce que. au Canada, ne s'est pas manifesté ce fait plusieurs fois enregistré dans l'histoire, les gros dévorant les petits, en d'autres termes, la majorité opprimant la minorité” Que l'on se rappelle les gouvernements des provinces écrasant les nôtres par des lois qui leur enlevaient des droits garantis par la Constitution (1). Que l'on se rappelle aussi, hélas! la volte-face de catholiques et de Canadiens (Français, cela s'entend), sacrifiant au parti la cause des leurs, si religieusement et si patriotiquement défendue par l'épiscopat. Papineau. malgré sa foi morte, eût marché à la suite de ce COrpS sacré, gardien de notre nationalité.

Si, dans ces moments critiques, qui feront époque dans notre histoire, le vrai satriotisme eût été vivant, aurait-on frappé au cœur ceux qui descendent des fondateurs de l'Ouest et en continuent les l'avaux au milieu de grands sacrifices ”

Le patriotisme n'est pas égoïste, les derniers arrivés en ce pays le prouveraient par plus d'estime pour ceux qui les ont précédés, par plus de concilation envers des citoyens d'une autre race, race lorte qui ne mourra pas, quels que soient leurs coups — elle en à reçu bien d'autres — par plus de prévoyance, parce qne les persécutés seront, peut-être à une date qui n'est pas éloignée, un +ppoint considérable, un contingent nécessaire pour la défense des intérêts nationaux et de leurs intérêts à eux, les oppresseurs des minorités.

Sir W. Laurier s'est écrié, un jour : «I n'y a pas

A) Le gouvernement Greenway, au Manitoba, par exem-

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