‹ Le citoyen [microforme]Chapitre 3 sur 51 · HIT · texte numérisé non relu

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Nous touchons à Dieu par le point :: plus haut de notre être : quel que soit le rétrécissement de ses vues, l'intelligence, qui dépasse les limites de la matière et monte toujours, rend l'homme semblable à Celui qui a dit : « Faisens-le à notre image. » Mais, elle n’est pas muette, il lui faut s'épancher,

déverser les vérités qu'elle contient , comme un vase plein, elle n'est heureuse et complète qu'à ce prix. Voilà comment, en autant qu'elle peut, elle est à limitation de la deuxième personne de la Trinité Sainte, qui est appelée Parole, Verbum.

Nous parlons, diflérant en cela des autres êtres qui gardent un éternel silence ou exhalent des sons inarticulés : de là notre rapprochement de Dieu. nouvelle grandeur pour nous.

À peine son intelligence est-elle entr'ouverte que l'enfant s'efforce d'exprimer des idées. La mère, toujours attentive au moindre épanouissement de cette fleur dont elle a été la tige, ajoute la forme pour les revêtir: et la parole éclate sur des lèvres qui s'élargissent. Elle va de la mère au père, et l'on sait comme celte laborieuse articulation est épiée, quelle admiration elle excite. On se penche sur le berceau, et il en jaillit des mots d'intelligence et d'amour. Dieu dut ainsi cueillir les premiers mots que l'originale Parole prononça dans les profondeurs de l'éternité, mots puissants, mots créateurs, mots de filiale affection.

Je parle, je suis dans l'univers le seul qui donne un corps à des idées. Oh! sans doute, l'ange « chante les gloires de Dieu », mais, l'ange est mon frére, notre parole à tous deux a une même racine et un même type qui est le Verbe. De tous les dons faits à l'homme, en est-il de plus riches et de plus précieux? Le diamant avec toutes ses étincelles n'est que feu sous la cendre, quand on l'y compare.

Qu'est-ce que la parole déposée en notre bouche? Est-elle aussi belle que son modèle, telle que la voulut son Inventeur ? Est-elle, chez nous, ia mani-

festation d'un être pensant bien et juste”? Hélas! n'e-i-elle pas plutôt le canal qui charrie une eau trouble, sinon malsaine ?

La voix humaine est un instrument de pur métal. Le proverbe : la parole est d'argent, fait rêver des trompettes unoncçant l'entrée du Pape à Saint- Pierre de Rome.

Prètez l'oreille. Pourquoi le son qu'elle rend a-t-il tant de discordance ? Ah! l'intérêt, c'est-à-dire l'égoïsme, la cupidité, la vanité, la sensualité, la calomnie, l'injustice, le blasphème, sont autant de notes criardes. Les conversations, quand elles ne sont pas insipides ou triviales, sont méchantes, elles portent le scandale, s'attaquent à ce qu'il y a de plus inviolable, Dieu et son Église ; peu importe le Noli tangere christos meos (1), les ministres sacrés ne sont pas plus épargnés que le Christ, accusé d'être homo vorax et potator vini,.… peccatoru amicus (2): elles répandent le mensonge et la haine et sèment l'injustice : rien n'est à l'abri de leurs atteintes, elles détruisent les plus bea’:+ sentimen.; dans le cœur de l'homme. Les sa, en vienneni à opposer au proverbe déjà cité celu ci le silence est d'or.

La bouche est l'enseigne de l'homme, même si elle n'est pas sincère, parce que sa duplicité finit par se découvrir, Jugez-le par sa parole. Ditil rien en beaucoup de mots, le vide est dans son cerveau. Ses discours roulent-ils sur lui-même, c'est un vaniteux, idolâtre de sa personne. Le dollar revient-il souvent

(@) Ps. cv, 15, « Ne touchez pas mes oints. »

(2) Marrm, x1, 19. « Un homme de bonne chère et qui aime à boire du vin, l'ami des pécheurs. »

à ses lèvres. il est pris du vice sordide de l'avarice. Diminue-t-il aux veux de ceux qui les louent les œuvres auxquelles il n'a pas eu part, ou s'en arroge-t-il la gloire, c'est un jaloux. Ses critiques acerbes et malignes de l'autorité annoncent un révolté. Ses propos licencieux font jaillir toute la boue de son cœur. A ses jugements doux pour lui-même et sévéres pour les autres, reconnaissez qu'il veut se couvrir du bläme des fautes d'autrui : c'est le mot du pharisien : « Je ne suis pas comme le reste des hommes (1). » Ses appréciations bornées des hommes et des choses marquent l'étroitesse de ses horizons.

Le type de la parole humaine étant le Verbe, le Christ qui a livré à la terre les premières et essentielles vérités, il n'est pas permis à celle-ci de s'en éloigner, sa mission est la même : « Faire le bier sur son passage. »

Certes, elle à trouvé de dignes porte-voix. Qu'elle était divine, lorsqu'elle entrainait les peuples à la suite des Apôtres ! Qu'elle était puissante, lorsque, par saint Paul, elle retentissait dans l'Aréopage d'Athènes! Qu'elle était héroïque, lorsque, par les martyrs, elle se dressait en face de tyrans qui la voulaient opprimer ! Qu'elle était irrésistible, lorsqu'elle répétait, par les successeurs du premier Pape. aux juges qui s'appliquaient à la bâillonner : « Nous ne pouvons ne pas parler (2)! » Quel son pur dans «les bouches d'or » des Pères de l'Église ! Des enfants, des vierges l'ont opposée comme une arme terrible aux séductions de l'erreur, du paga-

(:) Luc, xvur, 11, (2) Actes des Apôtres. 1v, 20.

nisme et de l'hérésie, et, quand ils tombaient sous les coups, quand ils étaient retournés sur le gril, comme saint Laurent, ils la lançaient dans l'âme de leurs bourreaux, et elle l'ouvrait à la vérité. Jeanne d'Arc s'en servit pour confondre le tribunal déjà acquis à ceux qui avaient juré sa perte. Dans les temps où elle était un signe d'honneur, on disait d'un homme sans ruse : « Franc comme l'épée du roi. »

li en est encore, Dieu merci, qui repoussent la tromperie et le mensonge. Ne croyez pas les gens qui appellent ceux-là des naïfs ; ce sont plutôt des vertueux, plus courageux que ceux qui voient en eux autre chose que la simplicité et la bonne foi. Oui, ils ont le courage de leurs opinions et de leur conduite. Ils en est encore qui, dans l'humilité de leur état, se servent de la parole pour instruire et édilier. Il en est encore qui, par ce moyen, corrigent, épurent les mœurs et conservent à la terre, comme le sel dont parle l'Évangile, l'honnèteté et la justice. IL'est encore des pères qui, d'un mot mis à sa place, impriment à l'éducation de l'enfant un caractère chrétien et civique. Quoiqu'en petit nombre, il est de ces hommes d'État qui n'ont pas honte de prononcer le nom de Dieu. Saluons en passant le président des États-Unis, dont les proclamations pour le & jour d'actions de grâces » sont des invitations à la prière (1); très rares, mais enfin, il est des poliliciens qui perdraient le pouvoir plutôt que de mentir à leur foi. Non, l'humanité n'a pas dégénéré à ce point qu'elle soit complètement dépourvue d'âmes

G) Remarquables, celles de l'ex-président Roosevelt.

droites qui ne voudraient, même au prix de leur vie, abuser de la parole, du don le plus magnifique de Dieu.

| Citoyen, sois de ces âmes. Il te faudra du travail: mais la récompense vaut bien la peine. Observe, médite, rentre en toi-même à certaines heures, lis. mets-toi en rapport étroit avec les penseurs chrétiens ; et ta parole sonnera pour éveiller les idées qui dorment ignorées dans l'esprit de tes concitoyens, elle en fera naître là où il n’en est pas, et le Verbe se reconnaitra en toi, lui qui a ébranlé le monde par la force de ses enseignements. Pour que ta parole en soit l'écho fidèle, sois sage dans tes | pensées, tempérant dans tes mœurs, juste avec tes frères, bon dans tes actes, pieux dans ton cœur. Oh: alors, elle sera conquérante, selon la promesse « Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre (1). »

L'amour embrase, comme une ardente flamme, la poitrine de l'homme et parfait en lui la Trinité Sainte, puisque, selon la définition de saint Paul, « Dieu est charité », puisque le divin Esprit se communique à deux foyers pour allumer un même incendie d'amour : le Père et le Fils.

Inutile de demander si « l'Esprit de feu », dont parlent les Saintes Lettres, trouve un foyer dans l'homme. Que celui-ci s'interroge et rappelle sa pro-

(1) MATTH., v, 5.

pre expérience : il aime, donc il réunit en lui les

6 trois conditions de l'existence de Dieu : l'être, l'intelligence et l'amour, L: Hn'y a pas que l'enfant qui ait d'innocentes ten- ” dresses, n'y à pas que la mère qui se consume en “k éternelles affections, il n'y a pas que le père qui d- couvre de son regard protecteur Le petit berceau, il s nya pas que le frère et la sœur qui se séparent en ee laissant quelque lambeau de leur âme : l'homme et aime, et il aime toujours. Sous sa euirasse de le bronze, l'âge mûr sent de forts battements, et la 1e blancheur eigeuse de sa chevelure ne glace pas le es cœur du vi lard. On dit : l'amour est une loi de la es nature: que lon dise plutôt qu'il est une loi de h : Dieu. Loi universelle : les tristes exceptions la prouvent et là font ressortir, et encore sont-elles S- produites par quelque passion, la soif des honneurs, l'appétit du gain, la satisfaction des sens.

Les lèvres sans sourires, l'abord froid et rigide, les mots secs ct tranchants. les conversations cassantes et ex cathedra repoussent : on est en présence d'une exception que l'on se hâte de fuir. Sans

la prix pour lui-même et accablante pour ceux qui té l'entourent est la société de celui qui est rebelle à 1l, toute délicatesse et affabilité ou s'absorbe dans une n- haine implacable, qui ne pardonne jamais une faute ne échappée à l'humaine nature, et nourrit une perpétuelle rancune : le tigre n'est pas plus altéré de nt sang.

ns Exceptions, avons-nous dit, pourtant exceptions rO- top nombreuses, parce que la charité vient de

l'humilité, vertu peu commune, vertu qui renonce à soi-même, parce que l'homme, dans sa malice et 3:

son égoïsme, ne considère plus en lui-même la copie de la Triaité dont l'Esprit d'amour est la plus parfaite expression.

Tous les dévouements ont leur source di ns l'amour. Que fera le roi s'il n'aime pas, sinon Île malheur de ses sujets? Qu'est-ce qu'un président de république qui n'a plus le souci du peuple qui l'a porté au pouvoir suprême ? Sans affection pour ses

concitoyens, l'homme d'Etat se dévouerait-1l à d'au-

tres intérêts que les siens propres”? Quels actes d'Réroisme attendre du soldat qui n'a pas le culte de la patrie ? Négligée. molle, promettant peu est la jeunesse aux mains d'éducateurs qui ne Faiment pas. Dieu est dans ces pasteurs qui ont pour devise le mot de lApôtre : € Je me dépenserai pour vos àmes (1). » O sublime amour de ces missionnaires qui renoncent d'avance à tout le confort et aux plaisirs d'une vie que leurs talents ou les influences sociales leur offriraient, pour affronter toutes les privations de la solitude et les cruautés de la barbarie, pourvu qu'ils baptisent ! Amour incompréhensible aux hommes, amour angélique, amour béni de Dieu et fertile en merveilles que celui de la Sœur de Charité se prodiguant sans relâche entre les quatre murs d'un hôpita". d'un asile, d'un orphelinat !

Nous ne sommes pas tous appelés à de si sublimes sacrifices: mais tous, nous avons la vocation de l'amour, même celui qui n'a que son modeste intérieur pour champ d'action.

Mon frère, veux-tu être vraiment un homme, tel

(@) I Cor., xut, 15.

que le Créateur l'a voulu en te faisant son chefd'œuvre. « semblable à lui »° Veux-tu accomplir ici-bas ta noble mission et te distinguer de tarit d'êtres qui peuplent l'univers ? Veux-tu que ton nom Soil conservé dans des cœurs qui le redisent — suprême bonheur! — et goûter des jouissances qui ne se peuvent comparer? Comme Dieu, aime, Voilà

le plus doux des plaisirs: voilà la consolation dans les déboires où lon est bien près de se dégoûter des mortels; voilà en toi la perfection de la divinité, qui a connu l'épreuve de l'ingratitude humaine. O Dieu qui puisez votre infinie félicité dans l'amour immolé, Deus charitas est (1)! .

Le bien ne se fait pas sans travail: mais, dès qu'il Y a amour, il n'y a pas de peine, Mot presque proverbial que celui de saint Augustin : Ubi amatur, non laboratur; aut si taboratur, labor amatur.

De sa main rude et crevassée. l'ouvrier éponge son front et se remet au travail, ranimé par la conlance que ses sueurs, comme une rosée bienfai sante, tomberont dans le sillon où germera le pain de sa famille. Le citoyen digne de ce nom est disposé à tous les dévouements: il n'est pas rebuté par les ingratitudes et les jalousies qu'il soulève autour de lui: il aise son pays et le veut grand, prospère et honoré de toutes les nations. Le publiciste, qui ne se considère pas comme une machine à écrire, Mais plutôt comme un instrument de bien, médite un long jour. prolonge ses veilles et tient sa plume int quelle n'est pas épuisée. S'il aime. peu lui importe le repos : le dédommagement est dans l'édu -

(1) JEAN, Fe Ep. iv, 16.

cation de ses concitoyens. L'avocat, qui s'est consacré au triomphe du droit, n'est-il pas emu quand la sauvé la vie, en même temps que l'honneur de l'innocent, quand il a conservé leur patrimoine à la veuve et à l'orphelin ? Nous avons vues médecins, les yeux humides de joie triomphante, parce qu'ils avaient tiré de leur lit de douleurs de pauvres mitlades qui, sans leur art. ne S'en seraient jamais relevés. Nous avons vu des chets d'industries heureux de la double récompense de leurs travaux, le succés de leurs entreprises, et le soutien qu'ils pouvaient accorder à de nombreuses familles. Le riche qui verse laumône dans la main qui se tend vers lui ne ressent-il pas la douce satisfaction qu'il n'accumule pas en vain? L'amitié ne craint pas la peine. elle surmonte toutes les difficultés. le dévouer ent lui est léger : ilest si bon de faire heueus autre soi-même ! Ubi amatur, non laborutur.

L'amour est cette fleur dont le rouge vif tient de la flamme. C'est pour cela qu'elle a été choisie comme l'emblème le plus parfait de la charité. Mais la rose, pour s'épanouir et exhaler son parfum, à besoin d'être dégagée : autrement, elle n'atteindrait pas son naturel développement. ses pétales ne seraient pas Si veloutées. elle n'aurait point cette teinte et cette odeur qui la font aimer et rechercher.

Le Créateur a déposé dans notre june cette fleur. la plus belle de toutes. A l'époque de l'enfance,

sa corolle est en bouton que l'on se plait à cares-

ser : tout homme à son premier amour. Puis. elle s'épanouit comme un brillant et majestueux soleil.

Que l'on ne -‘Y méprenne pas, lorsque nous parlons d'amour. nous ne donnons pas à ce mot un sens étroit. égoïste : nous parlons de ce sentiment large et profond, chrétien, pour le bien caractériser, qui a aussi ‘ ‘m charité, de cette sensibilité qui sagite en nous, comme une harpe éolienne, sous un souffle de sympathie, qui vibre des eris plaintits de l'humanité, gémit de ses miséres, pleure de ses pleurs, souffre de ses douleurs, qui appelle la pitié et le sacrifice pour la tirer de l'opprobre et du malheur, et s'ingéuie à lui rendre la vie supportable et l'outre-tombe plus serein et plus rayonnant que lavant-éternité. Amour que lon a surnommé folie dans le Christ, puisqu'il Fa poussé jusqu'à la croix.

Personne qui n'ait passé par les pures émotions de Lamour. Personne qui n'ait eu. un jour, une larme au coin de l'ail, au récit de quelque souffrance, Qui n'a été transporté d'enthousiasme dans un rêve d'avenir où il s'élancait à lt conquête du bien pour ses concitoyens ? Enthousiasime d'autant plus noble et persévérant qu'il était entretenu par une éducation délicate, religieuse. qu'il se dévelop: pait dans la pureté des mœurs et S'animait par des pages brûlantes de charité où des paroles entlammées de patriotisme et d'humanité. Heureuse jeunesse qui avait de si belles ambitions! Oui, Fàme d'un apôtre se transmettait en nous. nous étions emus de tristesses qui n'étaient pas les nôtres et que nous aurions voulu dissiper, fous étions affliges de maux qui ne nous touchaient pas. mais dont nous aurions voulu débarrasser nos semblables, de

, EN NE PURE EE SEIREU plaies à vcicatriser de nos muins cCoiputissuntes,

ere Ertetc- cata métuermerte lettagees

Tel est l'homme à l'âge tendre, telilest quand son cœur ne s'est pas racorni au milieu d'une société

où l'on apprend à être € moins homme », selon

le mot de l'Zmitation : @ Vlus je vais parmi les homimes. moins je reviens homme, » Il n'est pas d'être si dépravé qui nait des moments où il ne se sente épris de pitié. La passion du bien peut être passagère et rapide, mais elle existe, C'est la marque de Dieu dans Fhomme.

Pourquoi s'ellace-telle”? Pourquoi celui-ci appavait-il trop souvent privé d'amour? Pourquoi se livre-t-il à tant de violences? Pourquoi tant de ertmes qui le dépouillent de sa couronne divine pour le mettre au niveau de la brute altérée de sang? Ah! la fleur de amour, qui a plonge sa racine dans le profond de Fâme, estét utlée, écrasée sous le fouillis de plantes ennemies. L'intérêt, Fenvie, l'orgueil. la volupté, l'étiolent et finissent par la tuer. (Qu'attendre d'un esprit soumis à la matière et d'une âme esclave des sens” La persécution, aussi, fomente la haine: de là l'indignation quelquelois terrible de ceux qui souffrent de la malice humaine. de là les révolutions à main armée, La victime crie, proteste, puis elle rage, bondil sous l'aiguillon et brise les barrières qui la séparent d'une autorité abusive: elle ira jusqu'au régicide, si elle n'est arrêtée par la force dont dispose le tyran. Les maitres m'ont pas aimé. les serviteurs les ont poursuivis de leur vengeance ; c'est la lecon de Fhistoire.

L'homme, n'aimant plus, se dégrade : Dieu ne se reconnait plus en lui. I est une glace couverte d'une couche poussiéreuse qui ne permet pas à l'œil de se voir et aux traite de se contempler. lors, il

nest plus tel qu'il x été façonné par le Créateur, il est déchu de sa nature. Pourtant, il ne doit pas déchoir, sa condition est de rester là oûtil a été appelé, comme, d'ailleurs, tout être qui a sa place dans l'univers.

Le saint roi David, près de quitter la terre, considérant son fils, le voulut digne de porter la couronne qu'il avait illustrée, H dit à Salomon : « £sto ir, sois un homme. » Ce fut le seul article de son testament, comme si ce mot renfermait tous les devoirs et le gage du succés, « Sois un homme », cest-ä-dire, domine par la grandeur de ton caractère, Sois un homme par Famour qui se dépense au bonheur du peuple, Sois un homme par une force qui s'impose à tes ennemis, confortare; et, pour atteindre cette ‘sn, que ton regard s0°* ‘oujours levé vers le siège de la Sagesse, obsere. : :< odias Domini Dei lui (à).

Nous terminons cette considération par cette parole du Prophète mourant.

Mon frère, tu es citoyen: pour porter dignement ce titre où cette couronne que li société a posée sur la lête, sois d'abord un homme, esto vir.

Au milieu de la tourmente des affaires, dans le tourbillon des plaisirs, dans la fumée des honneurs, sous le fardeau des chagrins, des infortunes qui tppesantissent la vie, quand la jalousie sème des “pines sous tes pas et que l'injustice te dépouille de tes droits et de tes mérites, quand Ja colère gronde en ton sein contre un despotisme sans entrailles. quand le mépris de l'aurea mediocritas. d'une mé-

GYH Livre des Pois

&o L'HOMME ET LE CITOYEN diocrité brillante d'un peu d'or. monte à tes lèvres, quand, humilié de tes chutes, tu doutes de la sublimité de ton origine et de la noblesse de ta nature. que, tenté de désespoir, tu es près de trahir la mission particulière dont tu as été revêtu parmi les êtres ; en un mot, lorsque les obstacles naissent de toutes parts, mème en toi, pour le renverser sur le chemin; sile ciel se couvre de nuages pour te dérober ses ravons. si, comme le nautonier emporté par les flots. les rivages de la € patrie permanente » S'éloignent dans la pénombre, dresse-toi dans toutes tes énergies, eslo vtr, et donne le coup de gouvermail qui imprime la bonne direction, confortare. Sois digne dans ton maintien et présente un front calme à la tempête, sois digne dans ton silence, qui hausse tes épaules dans les contradictions, sois digne dans tes discours müûris par la réflexion, sois digne et mesuré dans tes actes. Ainsi tu ne seras pas seu-

lement l'homme idéal, rêvé par la philosophie, mais

l'homme tel que Dieu l'a voulu, la destiné, l'homme du bien, le sir bonus de Cicéron. en un mot. le vrai citoyen.

La Société.

L'homme, ayant conscience de la dignité et de l'excellence de sa nature, se complaira-t-il en luimême? S'absorbera-t-il dans une égoiste comtemplation ? Toutes ses attentions se borneront-elles à t seule personnalité, et lui consacrera-til son travail exclusif? Prendra-t.il toujours sans jamais “ien donner ? On le croirait, à le juger par ses actes extérieurs,

L'adoration de soi-même est la religion du grand nombre; l'on est son propre fétiche, Expliquez autrement l'orgueil dont chacun est pétri. Nous ne trou- ‘ons de comparaison plus juste que la vaniteuse en extase devant une glace, se dressant d'admiration devant la perle de son œil. les plis gracieux de sa bouche, l'émail de ses dents. la séduction de son sourire, la souplesse de ses cheveux. ct se contor- -ionnant pour prendre de petits airs charmants : elle ‘cul conquérir et asservir tout à sa prétentieuse Personne.

Le monde est plein d'accapareurs, parce que les hommes n'aiment qu'eux-mêmes à l'exclusion d'aurui et ne cherchent qu'à se flatter et se faire pour “ux-mêmes la vie douce et agréable : accapareurs l'honneurs, le jeu de bascule est à la mode : « des- “ends pour que je monte » : accapareurs de richesse : «formons des trusts. peu importe la misère de la

classe inférieure, jouons à la Bourse, empilons nos piastres, el notre capital augmentera de plus forts intérêts »; accapareurs de jouissances : € adornonsnous aux plaisirs, aux dépens de la santé de nos corps et de l'honneur des êtres qui S'y prêtent » ; aceapareurs d'esprits : on leur impose ses opinions, ses systèmes, on conteste aux contradicteurs la liberté de penser, on les tue, S'ille faut, par la médisance, la calomnie, par une arme meurtrière ; accapareurs de cœurs : on veut forcer l'amour, de là les meilleures réputations ruinées, de là les drames où la jalousie tient le plus grand rôle, de là les crimes de toutes sortes à faire rêver les romanciers. I Y à jusqu'à des accapareurs de Dieu : on se faconne une religion à soi : € Malheur aix mécréants qui adhérent à l'Église fondée par le Christ, et refusent de se joindre à notre secte, à notre parti!» Il y a des accapareurs du néant: «Athées nous sommes : qu'estce qui permet de croire à un Dieu qu'on ne voit pas, et à une âme immortelle, elle-même aussi invisible ? »

Tout pour soi, telle est la devise qui est la règle de conduite de la masse des humains. Aussi le monde est-il divisé, Le désintéressement est vertu rare, l'abnégation est presque tournée en ridicule, le dévouement surprend et étonne, la haine combat contre la haine, € l'homme est loup vis-à-vis de l'homme, homo homini lupus », a dit Leibnitz.

L'amour qui sort de soi et se donne sans réserve, n'attendant pas de retour, s'est réfugié dans le cœur de la mère toujours soucieuse, toujours en proie aux sollicitudes, earessante de sourires, pressant l'en-

fant, « rejeton de la vigne attachant au cep ». selon

une comparaison biblique, lorsqu'il lui dit adieu. Il est des pères qui embrassent leurs fils d'un regard quiet et voudraient éloignerle moment où les attendent les risques d'une vie agilée. Bénis soyez-vous, parents chrétiens, qui n'oseriez préparer leurs âmes aux luttes qu'ils auront à soutenir. par le:scandale de l'intempérance, du blasphème, des querelles et de l'impiété ! Cet amour hors de soi, par un miracle, par une grâce de choix divin que l'on appelle vocalion, s'est concentré dans le cœur d'une femme si bien nommée la Sœur, puisque, par ses soins, ses veilles, le scrifice de sa santé, elle est bien la vraie sœur de petits abandonnés, de malades livrés à euxmèmes, de filles jetées sur le pavé, de vieillards sans gile.

Quelques âmes surnagent sur les flots gites par les intérêts divers, les caractères opposés, les haines sans repos, les passions violentes, les poursuites les plus acharnées vers un bien périssable. Les accapareurs les appellent ironiquement « les bonnes mes », parce qu'elles S'ignorent et <e dévouent, âmes clairsemées dont humanité a pourtant besoin, sous peine de retourner à l'état de barbarie. Ajoutez les quelques philanthropes aux fortunes colosseles, que celle humanité exalte, pare que, on le dirait, la charité, vertu chrétienne, disparait sous les

dehors brillants de l'ostentation : vous les compte- “iez cependant sur vos doigts.

Le Seigneur dit un jour: « S'il se trouve cinq Personnes dans une maison, elles seront divisées les unes des autres, trois contre deux, et deux contre trois, Le père sera en division avec le fils et le fils avec le père, fa mère avec la fille et la fille avec la

mére, la belle-mére avec la bru et la bru avec la belle-mère (1). » Il aurait pu continuer : le citoyen avec le citoyen, l'homme avec l'homme.

Deux hommes qui se rencontrent dans l'harmonie des pensées et des sentiments font l'effet d'une merveille: on les regarde comme des exceptions, et ils exeitent l'admiration. Heureux si jamais la trahison ne les sépare ! Deux citovens se rencontrent, «De quel parti es-tu ? dit l'un. « Fu sien », répond l'autre : eLils se donnent la main. L'on applaudit : deux têtes qui n'en font qu'une! Voilà encore une merveille qui dément Faxiome : {ot capita. tot sensus. autant de têtes, autant d'opinions.

Montrez-nous une assemblée populaire où la diseussion ne dégénère en acrimonie, et nous déposons la plume.

Les procès se multiplient. Combien &'avocals qui

en vivent! Ilne suffit plus d'un « juge à Berlin »:il en faut dans les petites villes, les villages, les dis- Licts ruraux; tout le monde aspire à être « juge de Paix ».

Les nations sont profondément troublées par les divisions, L'Angleterre est partagée entre conservateurs, libéraux, unionistes, € home-rulers », laboristes, socialistes, ete., ete, Ce serait se perdre que d'énumérer les partis en France : autant de têtes tant soit peu hautes, autant de drapeaux, et les têtes sont chaudes et les couleurs inimaginables. L'empereur d'Allemagne n'est pas gai en face des oppositions à sa « politique d'accaparement », à ses essais d'absolutisme, L'Autriche-Hongrie est com-

ET LE CITOYEN 4 posée d'éléments divers : on y parle tant de langues qu'en ne s'y entend pas, l: parlement de Vienne est un dissolvant de l'empire. Et la Russie? En voilà un pays divisé! Depuis le désastre de la mer du Japon, elle n'a pas reconquis la paix chez elle depuis plus d'un siècle, quand l'a-t-elle eue ? l'assassinat politique est organisé, les portes de la Sibérie ne sont pas fermées ; avec sa voisine, l'Allemagne, elle étend son joug écrasant, ce qui n'est pas de date récente, sur la Pologne ; le Tzar n'est pas à l'aise dans son palais et ne fait un pas dehors sans une garde, sabre au poing. Abdul-Hamid, qui n'était plus en accord avec son frère, qu'il avait exilé, est le prisonnier de la Jeune-Turquie. Mahomet V, son successeur, est-il plus en sûreté? La Serbie et la Bulgarie ne savent plus s'orienter dans ce pêle-mêle de volontés adverses qui font de leurs montagnes des volcans éternellement en ébullition : le régicide de cette dernière n'a pas encore été effacé de la mémoire de nos contemporains. Et, en Orient, estce que lon se comprend? Les tempéraments, les mœurs, les multiples religions à croyances opposées soulèvent des questions diplomatiques compliquées. L'on se demande avec inquiétude si le messacre des Arméniens ne se renouvellera pas.

Revenez en Amérique, nous dira-t-on, quittez un monde trop vieux où s'accomplit la dégénérescence, eUvous aurez un spectacle plus pacifique pour votre observation et plus rassurant pour l'humanité.

L'Amérique est le Nouveau-Monde ; les peuples y sont en formation, comme «dans une fournaise où “'allient les métaux en fusion. On s'y sent jeune. parce que, se débarrassant de préjugés surannés et

de coutumes vétustes, etse faisantpirs € moderre », on veut « renouveler la face de la terre »; rares qu'on a les espérances et les illusions de la jeumesse selles de peuples, venus de tous côtés, qui en se mêlant. comme aux États Unis, croient en un avenir où ils n'en feront qu'un seul, fort, puissant et riche, L'histoire ne va pas à l'encontre de ces aspirations. Qu'est-il sorti du crible où Gaulois, Frances et Bretons ont passé, sinon la France? Mais, ce travail ne se fait pas sans peine, sans crises violentes, sans révolutions et contre-révolutions,

n'y a pas que l'Océan qui sépare de FEspagne les républiques du Sud. Une autre veine où coule un sang dont le premier flot est perdu, un autre esprit, un autre espoir, une autre fin avec d'autres moyens les distinguent de l'ancienne mère-patrie ; elles ont une existence à part. Certains politiques croient qu'elles se fusionneront, un jour qui est loin, en une grande confédération. Contentons-nous de constater qu'elles n'ont pas les caractéristiques de l'âge adalte. Et, cependant, elles rivalisent avec le Vieux-Monde par leurs divisions extérieures . Barcelone S'y prolonge. La Colombie s'est déchirée en deux parts. dont l'une est Panama : la Bolivieet le Pérou se disputent des fronticres, et la premiére en veut à la République Argentine, qui n'a pas été pour elle un arbitre favorable: l'Équateur. le Vénézuéla, le Chili. Saint-Domingue, sont livrés à des luttes fratricides : le Mexique à chassé Porfirio Diaz.

Après la guerre hispano-américaine, on espérait que € Cuba libre » saurait profiter de l'indépen-

dance dont elle fut gratiliée, en 1909, par les Etats- Unis. Encore une illusion et une erreur. Palma fut

ET LE CITOYEN 45 renversé, la grande République intervint, l'indépendance fut restituée, et les citoyens sont divisés. N'y aura-t-il point une nouvelle révolution?

Au nord, le Canada est partagé en deux camps ennemis. Siles deux partis n'en viennent pas aux armes. c'est que l'on y comprend mieux la constitulion anglaise, à sa, vir que la minorité se soumet au fait de la majorité. quoique le supportant mal.

Cependant, la parole et la presse troublent les

esprits, les montent, les aigrissent, faussent les consciences, désunissent les nôtres sur un terrain où s'engage leur avenir national. On s'y acharne à la course au pouvoir, on s'occupe peu d'écraser des hommes aux intentions droites et capables de grands services à leur pays. « Ote-toi de là que je m'y melle »: c'est toujours l’accaparement. Les vingtcinq où trente dernières années sont une histoire de combats entre le fanatisme sectaire, maçonnique. orangiste d'une part, et la justice des droits proclamés et garantis, d'autre part. Question de lansue, question d'écoles, question de religion et de nationalités : voilà autant de sujets qui éternisent les discordes.

Sans doute, l'on attend, — parce qu'on juge les choses du beau côté, — que nous allons excepter, en l'exaltant, le civisme qui règne aux États-Unis. ‘e posant comme le plus parfait modèle du genre. \ssurément, la discussion des idées n'y échaufle pas les esprits outre mesure; l'Américain ne se passionne pas pour des théories : tous les systèmes lui sont bons, pourvu qu'il eï tire profit, Ce n'est pas lui qui ferait « des guerres de religion ». comme tu moyen âge : il croirait y perdre son temps.

48 L'HOMMH

Dans un autre ordre d'idées, ques est son état d'âme”?

Depuis la guerre de Sécession, il semble que la paix enveloppe cet immense territoire de son manteau soyeux. Qu'en est-il? Erreur de croire que dans les États du Sud il y a harmonie entre les différentes classes. Les «descendants des premiers «€ planteurs » n'élouflent pas leurs murmures : ils regardent les noirs comme une race qui doit être proserite de tout rang dans la société. On a dans la mémoire le € boycottage » organisé, sous l'administration Roosevelt, pour protester contre certaines nominations à des charges publiques, d'officiers de douanes entre autres,

n'ya pas de noblesse aux États-Unis — quoique. par des alliances européennes, elle soit recherchée. en échange de quelques millions ; — mais la division des classes est très prononcée, Nous elayons cette assertion sur l'autorité de l'ex-président Roosevelt. Voici comment il S'exprimait à Burlington, Vermont, le 5 septembre 1901, à la réunion des Vétéans :

«€ Dans notre hautement complexe, hautement spécialisée vie industrielle d'aujourd'hui, nombreuses sont les tendances vers le bien, nombreuses aussi sont les tendances vers le mal. La principale parmi ces dernières est la facon dont, dans les grands centres industriels, la séparation des intérêts invite à une séparation des syimpathies... La divergence des intérêts réels existe, et, par-dessus tout, il y à une tendance à oublier ou à ignorer la communauté d'intérêts, Il y à comparativement peu

de bon voisinage, et la vie est si aflairée et la popu-

lation Si pressée qu'il est impossible pour Fomme moyen de prendre contact avec aucun de ses Camarades-conciloyens, sauf ceux de son petit groupe immédiat. En conséquence, il tend à développer un sentiment d'éloignement entre les différents sroupes où d'oubli des grands besoins primordiaux el des passions primordiales, passions qui sont Communes à [ous (1). »

Admise donc la division des elasses, La noblesse de l'argent existe et controle tout. De là le malaise général, qui se manifeste à certaines époques, «le la aussi la tyrannie des « trusts »; de là les Unions d'ouvriers qui se lèvent en des mouvements terriliants el qui dégénéreront en révolutions en masse. si lon n'y prend garde (2): de li ces grèves où prolestent, dans leur formidable inanition, les mineurs. (ceux de Pensylvanie, par exemple, en 1903, pauvres êtres dont la vie se consume sous terre, dans les plus durs travaux, pour le confort des riches), ou les lisseurs soumis aux exigences d'un patron qui spécule sur les nécessités de leur existence. Les « rois » de l'acier, de la houille, du coton, dorment sur des lits moelleux: n'ont-ils pas de cauchemars” Nentendent-ils pas la guerre sourde du capital et du prolétarial, guerre qui, un jour, éclatera plus bruvamment, comme cela est déjà arrivé? Des temps se préparent peut-être — pourquoi peut-être, quand l'histoire rappelle tant de violences et de crimes? — où l'opprimé relévera la tête et raidira

QG) Traduction littéralc tirée de la Vie intense.

@° Par exemple, la grève de Pittsburg, août 1909, où il y eut des tnés et des blessés, comme aussi à Fort-Willisiu, presque en même temps, pour reparler du Canada.

le bras. comme en Russie où le Fzar palit. après Ta reddition de Port-Arthur.

Bref, nous cherchons dans le monde un peuple où régne la concorde, el nous n'en trouvons pas. Partout des différends, partout des querelles, des luttes entre le grandetle petit, le riche et le pauvre, dans les hauts comme dans les bas de la société, partout la dispute d'un morceau de terre, la conquête à main armée d'un litre, la jalousie d'un honneur contesté, Fenvie du mérile acquis, partout Faceaparement : telle est Fépidémie qui étend même sur les âmes de bonne foi, suspend les meilleures dispo- Sitions, afflige les cœurs sensibles, et entraine les méchants dans leurs œuvres d'obstruetion au bien el de démolition de ce qui l'a pour base.

S'ilen est ainsi des citoyens d'une même patrie, comment se comportent les nations entre elles ? S'il n'est pas d'union entre ceux qui ont la même génération, se nourrissent du même sol. ne sont pas

séparés par la confusion des langues, peut-il en être

autrement de peuples aux elimais divers. aux mœurs dissemblables. aux langues de la Four de Babel, aux tempéraments de différents degrés, aux besoins les plus contraires, aax religions de luttes séculaires, aux haines du passé. aux projets de revanche, aux rêves de revendication, aux progrès les moins parallèles"?

Qui ne sait que la France ne Sest pas consolée de l'enlèvement à ses entrailles de FAlsace-Lorraine, el garde Fespoir maternel de Farracher des mains de Allemagne ? Personne ne se fait illusion à ce Sujet, L'helande n'attend qu'un O'Connell plus armé que le «premier du nom » : elle ne se résigne pas

d'être le prolongement de la Grande-Bretagne. Que de murmures dans la Pologne morcelée en tant de parts de lions! Les Riffains du Maroc donnent bien des soucis à l'Espagne qui traverse le détroit de Gibraltar, comme le Mmahométisme entrevoit. dans sit rage religieuse, sa victoire future sur le chrética qui sera rejeté dans la mer, La Grèce, qui craint le joug de la Turquie, dont elle a souffert de si longs siècles, réveillerait volontiers les Thermopyles et Salamine, si elle le pouvait, pour refaire son hisloire, comme la Crète qui veut redevenir grecque clressusciter les lois du sage Minos. I ne S'en est lllu que d'un cheveu que la guerre ne fût déclarée entre la Bulgarie et l'Autriche ( 1909), quand celle-ci S aNnexa lHerzégovine : le cheveu n'a pas élé coupé ! Pour pousser plus vers l'Orient, la Chine et le Japon se disputent la construction d'un petit chemin de fer qui n'a d'importance qu'au point de vue ralégique. ce qui prouve que les races jaunes ne SOU pas plus d'accord entre elles que les races blanches.

Nous en Passons pour vous demander sans plus larder ce que vous pensez de li Double Alliance et de la Triple-Aliance : de la double-alliance de la Russie et de la France, à laquelle est venue S'adjoindre FAngleterre Par une « entente cordiale » : ete la triple-alliance de l'Allemagne, i \utriche et iHalie, dont cette dernière se soucie fort peu et quelle a failli rompre à différentes reprises, Que signilie ce mot « alliance ». Sinon le ralliement de iorces qui S'unisse ! contre un cunemi commun ? “ L'entente cordiale » vient-elle du cor N'est-ce

pas plutôt l'appui mutuel d'une nation surune autre.

2 L'HOMMI

au cas où, dans un conflit, un tiers adverse se pre sent rait ! Dites donc pourquoi les puissances européeones -e regardent avec défiance, Lorvo octo. pourquoi ces armements considérables, dont Farcroissement continuel et l'entretien épuisent le tre sor de L'Etat et surchargent le peuple d'impôts”?

Ah! lou veut la paix, cest pourquoi la guerre : # Vis pacenr Doit bellune. paix achetée bien cher au

prix de -aecri ic sans nom. Déplorable ctat de la societé oui les inmnembres oublient dans ke fratrie ide

qu'ils sent de Li méme famille!

Oui, nous sommes ous frères, partis dan mème toit pour partager la re, séparés par un fleuve, une chaîne de montagnes, où un “pl naginaire de convention.

Les branches de Farbre sont senrs. quorque met. tiples et lancées en directions op} ex : ainsi nous sommes tenus ensembl pur le iméine tronc, qui est, selon le point de vue crue l'on considère, ou le mème Créateur ou le premier omme. quoique épars et dispersés sur Bi surface du globe terrestres

Nous sommes attachés à Funet à Fautre comme à

une “acine commune. la mème sève cireuk

nos veines, le mème tissu compose nos organt mème écorce nous recouvre et nous protèg mème déploiement. qui étend 1 ramure. m notre puissance, Le même som et. qui Sem]

ciel, indique lélévation de notre nature, Ha un

beaute, dont se revélent les teuril iux coui-ur<

V LE CITOYE ;

ripbtnere où antomnale-, S'imprime sur nos onts, le mére souflle qui & gite, ineline et redressi las vature, nous communique la vie, la réchauffe et

li pousse en haut pur la vigueur et la fécondité. Di rameas on qu «nu cœur de Farbre d'ou Scpand li -ève, un des homes qui formen li société, on va jusqu'à Dieu, nœud où ils se hent par de- fils nombreux et divi

La patermie divine, et par snite la fratern.ie nai est lait i-toriqu une démonstra- NET our. 4 uell æ 1 qu <e proclamait la Vert "is à dit : « et us frères, et vou:

ne devez donner ie à I per nne sur la lérre, ei vous n ère ui est dans les cieux #2), »

ialai rote indie frats ité monte

4 voûte :u ter ain iorsque les pieux fidèles

oste LL mêmes dalles, exhalent d'une

IX Usamiine “otre Père, qui êtes aux cieux ! » Le me pre ut une même famille: ceux qui

ent sont rores.

Seigneu 1i-même a posé cette invocation

les à vres d lisciples, quand ils lui confesstres qu'ils ne atq balbutier et le suppliérent di leur app à pr. r. Connaissant la jalousie qui le divise: ile voulaient tous occuper le premier ant dans son royaume, — sa pensée, son intention

de le+ réunir aux pieds de leur Pere commun les rappeler à la charité qui embrasse les ant. d'une seule famille, Note l're! Mot plein seb ue nous prononcçons trop à la légère: mot

(1) MA AAHI, S9.

qui, bien médité, nous mettrait en présence de la grande socicté dont nous sommes partie, el nous inposerailenvers elle les plus importants devoirs : mot que lhérésie protestante, dans son œuvre de destruction, n'a pas osé retrancher des formules de

pricre que l'Eglise adresse à Dieu depuis tant de

siceles, tantilest juste, tant ilest suave. Disons-le en prélant attention à son véritable sens, nous tournant vers nos frères qui le murmurent'avecnous, pour nous v unir. Qu'il soit brûlant de toute la chamté du Prophète Séecriant : « Seigneur, vous êtes notre vrai Père (1)! »

Alfligeant et scandaleux spectacle que présentent à la barbarie el au paganisme les chrétiens de nos jours MS disent : Notre Pére, et ils S'entre-dévo-. rent. Que lon louche à Mahomet et à ses observances, @t lon voit la Turquie et le Maroc se soulever el répondre à la France, à l'Allemagne, à l'Espagne : Vous nous appelez, usant de la force, à entrer dans la civilisation chrétienne, et vous n'attendez que lheure où, pour satisfaire vos haines muluelles, vous verserez sang contre sang, où les frères, ainsi que vous vous nommez, s'embrasseront dans la mort,

Au Canada Français (2), pourtant si chrétien, où devant le même autel on dit pieusement : « Notre Père », qu'arrive-til? À peine sorti de l'église, on se déprécie, on se calomnie, on se déchire, Qu'arrive-t-il ensuite? On recule devant quelques eris

(1) Isa, Lx, 16.

(2) Nous parlons ici de la province de Québec et de quelques parties des autres provinces où la langue française est nationale,

intolérants d'Ontario, on se rend au fanatisme manitobain, on se sépare en deux camps, on est partisan quand même ; peu importe que la foi soit mise en péril par des écoles où Dieu n'est pas admis ; peu importe que la langue maternelle pour laquelle tant de sacrifices ont été faits, tant de luttes livrées et insqu'à du sang répandu, soit proscrite où elle fu la première conquérante, Est-ce bien être frères que de se trahir? Combien de Judas et de Rubens aban-onnent Joseph entre les mains des Madianites! Celui qui trace ces lignes est assez «u-lessus des partis politiques pour n'en avoir pas els'éerier en toute franchise : il y à eu faiblesse,

pourquoi ne pas dire lâcheté de tous côtés ?

Jl

Voulons-neus donner à la société humaine une origine plus terrestre, montrons-la sortant des flancs ‘du premier homme.

Nous étions lous concentrés en lui, Quoique

cloignés de notre principe par des voies si diver- Ses, nous nous rencontrons dans un seul et même être : il fut notre point de départ. Nous sommes “los de ses os, la chair de sa chair ». Il nous porlait en germe, et le geri:e est en substance dans son berceau. Il a rejeté au loin des flots de vie qui ont -reusé leur litet se sont ramifiés, Mais les fleuves el les riviéres sont du même liquide, et, en les remontant, nous arrivons à la inême source. Dans nos veines court le même sang, nos poitrines se sonflent de la même respiration, notre premier pere se perpétue, revit en nous.

L'originale société fut celle d'Adam et d'Éve. Cependant, comme dit Bossuet, € afin que tout fût un dans le genre humain », pour marquer que cette société n'était que la descendance du premier homme, et ainsi que les êtres qui en viendraient seraient frères. Dieu ne créa pas la femme, mais la bira de celui à qui il la présenta comme son épouse. Et leur société fut si étroite qu'ils étaient «€ deux dans une seule chair ».

Cependant, que l'on ne eroie pas que cette unité reposait sur la seule matière, Oh ! non:leurs cœurs battaient d'un même mouvement. ils se communiquaient leurs propres émotions, ils S'échangeaient leurs pensées ; la main dans la main, ils allaient au gré d'une commune volonté, aucun nuage n'assombrissait leur ciel, l'harmonie les tenait l'un à l'autre comme deux harpes en parfait accord. Les douceurs du Paradis les enivraient et ils se le disaient ; ils étaient eaptifs d'un inème charme, et leur plus grande joie était de Sen bercer dans une mutuelle extase, Qu'il dut se complaire d'amour, le Créateur, lorsque, couvrant de son œil paternel cette sociélé qu'il avait engendrée, il la contemplait comme le principe de cette autre plus grande dont il avait eu la conception et le désir dans son éternité!

L'épreuve suit la félicité, l'innocence a ses échecs, le sourire fait place à la tristesse, la paix au trouble. Telle est la conditin humaine, parce que l'homme est libre et sujet à l'erreur. Dans les remords de leur exil, au milieu des maux qui les acecompagnérent jusqu'à la tombe, nos premiers pires ne brisérent pas leurs liens ; loin de là, ils les

resserrèrent davantage, ils S'appuyèrent l'un sur

l'autre pour continuer leur pèlerinage en des chemins semés d'épines. IIS mélèérent leurs larmes, pour qu'elles fussent moins amères. Adam n'eut pas de reproches pour son épouse qui l'avait entrainé dans sa chute ; il lui fut constant dans la mauvaise fortune, comme il l'avait été dans la bonne. Ensemble ils se soumirent à l'expiation, ensemble ils se livrérent à un pénible travail et se partagèrent le pain de la douleur pour l&mieux supporter,

Pour obéir à l'ordre du Seigneur de se multiplier, pour goûter aussi les joies du foyer, ils se créèrent une famille. La société fraternelle fut fondée. C'est celle-ci qui est la nôtre, quand même elle aurait pris les plus larges proportions, quand même elle aurait traversé des siècles et passé sous tous les climats pour arriver jusqu'à nous.

Dès ses débuts, elle fut troublée . le premier crime fat un fratricide. Le bras qui le commit fut levé par les mêmes passions qui arment les honimes contre les hommes, Caïn était jaloux de ce que les sacri hves de son frère étaient agréés du ciel : il était avare de ses biens et n'en offrait au Seigneur que la plus petite et la moins belle part. Voilà la cause de son dépit, de sa haine, de sa colère ; voilà pourquoi il fit à Dieu, qui lui demandait où était Abel. cette réponse derrière laquelle il croyait se dérober : « Je ne sais où est mon frère. Est-ce que j'en suis le gardien ? » |

Les Caïns ne sont pas rares; tous les torts que, par leur malice, les hommes font à leurs semblables, sont à divers degrés des fratricides. La menace du S ‘sreur est terrible pour les meurtriers; il en le: vengeance. «Je rechercherai, dit-il, la vie de

Phomme de la main de sen frère (1), » Mais on ne lue pas son frére dans sa vie seulement, on le tue aussi dans son honneur: on le lue dans ses droits. dans ses légitimes ambitions : on le tue dans son bonheur domestique, dans ses affections et ses amitiés : on le tue dans la paix de sa vertu ; on le tue dans son dévouement à la patrie, dans la profession de sa foi qu'il exalterait, Siln'était abattu. Pratricides, les langues de vipère qui véhiculent un venin de mort (9). Fratricide, la calomnie qui le distille pour empoisonner les répulations les mieux élablies, Fratricide, la médisance qui S'allaque à la partie ia plus vulnérable, et, profitant d'une faute échappée à la faiblesse humaine, jette dans le soufre de Poabli le bien accompli. Fratricide, l'injustice qui, par des moyens à elle seule connus, fait s'évanouir en un jour l'aisance acquise par le travail, porte la ruine dans un foyer et jette la désola- Uon dans une funille. Fratricide. celui qui sépare l'époux de l'épouse, le frère du frère, l'ami de l'ami. Fratricide, celui qui seandalise l'innocence. trouble la virginité, étoulle le repentir. Fratricide, celui qui prive l'enfant de l'éducation chrétienne et homme de la liberté d'adorer son Dieu selon sa foi et son expression. Fratricide, limpie qui sourit, le méchant qui blasphèéme, le Lyran qui tourmente. Fratricide,

le patron qui accable le subordonné sous le oids | Il

de lourdes charges ou fait de son usine une sentine de vices, Fratricide, le roi, le président, le ministre qui abuse de son pouvoir pour inposer des lois

(1) Genèse, 14, 0.

(2) Jon, xx, 16.

ET LE CITOYEN »9 injustes, pressurer le peuple par des impôls oncreux, des laxes excessives, pour s'enrichir de ses sueurs, le pousser à la guerre, pour cueillir des lau- “iers el agrandir son domaine, « Ils seront tirés du milieu de leurs frères », a dit le Seigneur : voilà l'origine des puissants. © His ne <'éléveront point au-dessus de leurs frères par un sentiment d'orqueil (0) » : voilà leur devoir.

Chaque fois que l'Auteur de la société Sadresse ‘ux hommes pour leur rappeler leurs devoirs réciproques, il invoque leur nom de frères, Qu'ils soient placés au plus haut où au plus bas degré de échelle, il tes égalise, pour ainsi dire ; il rabaisse les uns et relève les autres. il les met tous au même niveau dans une commune fraternité. Qu'importe que ceux-ci aient plus d'or, qu'ils soient plus entoures d'honneurs, qu'importe que ceux-là soient plus doués de talent où de génie? « I est de notre chair (2) », doiventils dire au passage du plus humble des hommes.

Que lon ouvre une concordance où se lisent loutes les paroles inspirées, et que l'on s'arrête au mot : fraler, frère, et la lecon sera intpuisable. Péres de l'humanité et Prophètes n'ont que ce mot 4 la bouche, Le Christ, qui était venu prècher la “harité, attirait les foules à ce doux nom. Saint Paul

commencail ainsi ses Épitres : « À tous les frères en Jésus-Christ. » Suint Pierre fondail l'Église de Rome sur la fraternité humaine puisée dans le sein de Dieu comme origine, dans le sein d'Adam comme

QG) Deutéronome, Xvu, 15, 20.

(2) Genèse, XXX VIT, 925.

nalure, dans la passion du Sauveur comme régénération. Les premiers chrétiens, dans les ténèbres, el les terreurs des eatacombes, s'embrassaient comme les membres d'une mème famille. Les primilives églises n'élaient que des assemblées de frères. Ainsi disparaissait cette croyance que les empereurs parlicipaient à la divinité et que Îles grands étaient d'une autre nature que les esclaves qu'ils trainaient à leur suite.

Les oraleurs @à li bouche d'or », Démosthènes chrétiens, ouvraient ieurs discours par cette apostrophe : mes frères, mes chers frères: et encore aujourd'hui, le prédicateur la répète dans toute l'effusion de son âme. Le moyen âge à vu de ces « fraternités » qui bâtissaient des cathédrales, monuments gigantesques encore debout pour attester l'union des travailleurs, Elle ne s'est pas trompée, la Révolution française, lorsque, sur le granit de Notre-Dame de Paris, elle a gravé profondément : Fraternité. Hélas! elle à abusé de ce mot pour troubler la société, elle s'en est servie comme d'un leurre pour amener les masses autour de la guilloline où le panier recevait les têtes du corps social, el ouvrir la voie à l'anarchie avec tous les maux qui en découlent.

De nos jours, « frères » est un mot d'ordre, Nous avons assisté aux assemblées de sociétés de bienfaisance mutuelle si répandues en Amérique, Foresliers catholiques, ete. ete, Il retentit dans toute la salle, c'est le dernier que l'on prononce, après les disputes les moins fraternelles, c'est comme un ser-

ment d'oublier les divisions. Il n'y a pas jusqu'à la Frane-Maçonnerie qui, inspirée par le sige de

ET HE CITOYEN Gi

Dieu et imposant aux membres de sa Cconfrérie » lx haine des hommes qui ne baisent pas ses emblèmes, ne fasse précéder son triangle aux trois points du nom de Frère,

Jamais humanité ne S'est mise sur un tel pied d'égalité, Le socialisme y veut faire descendre la classe supérieure, et l'aristocratie de l'argent ou du pouvoir, pour ne pas diminuer, lui concède quelques humiliations. Celui qui avait cru qu'il n'était pas comme Île reste des humains à été contraint de reculer devant la révolition de 1905, sous peine de précipiter son trône séculaire, et d'accorder une constitation à son peuple(r). Les fortunes les mieux assises sont éhranlées sous le choc des grèves. Les politiciens se plient aux bassesses de la flatterie, ils mont pas d'expressions assez familières pour les électeurs qui les poussent au gouvernement de l'État. Qu'est-ce que les constitutions démocratiques des États, sinon la reconnaissance de la fraternité humaine ? Tous les citoyens ont une part, el une part large et influente, dans l'administration du bien publie : elle n'est plus, comme autrefois, exclusive, il n'y a plus de serfs, le chef de la nation n'est que l'expression de la volonté de tous. Que le souvernement s'appelle république, comme aux États-Unis, où monarchie, comme en Angleterre, celi revient au mème : la nation est une famille

G@) Nicolas H, de Russie.

[H 1 HoMMI

dont tous l6s membres pésent dans la balance du conseil paternel Le pouvoir en une setle main nest plus de mode aujourd'hui: Fimpérialisme s'en va, parce que «les dieux Sen vont ». Fait théoriquement admis. pratiquement chez beaucoup de

peuples: d'ailleurs. Si on ne Fadmel pas, l'esprit

moderne. appuyée sur les révolutions Si faciles à susciter. ne tardera pas à Finserire comme premier article de toute constitution, Plaise à Dicu que celte solidarité humaine, dont on parle tant et que lon veut établir partout, repose sur les devoirs bien entendus de la fraternité!

Loin de nous d'applaudir au flot toujonrs grossissant d'une démocratie sans retenue. sans loi. el ravaseant tout sur son passage. Nous ne voulons que constater que la sociélé se transforme, qu'elle S'étabit sur d'autres fondements. paree que les hommes sentent qu'iis sont frères, solidaires les uns des autres, el emeltre le veu que le bien de la communauté en ressorte, Les rois Sont tombés, parce qu'ils ue Pont pas compris: leur luxe a écrasé leurs sujets : leurs désordres ont été en scandale et souvent les ont pervertis: leur tYrannie. après les avoir épuises. les in ievés contre eux sous son aiguillon. S'ils avaient été péres dans une famille, la funille nationale. Abraham au milieu de nombreux enfants. la paix de la derriere heure n'aurait point été troublée et leur couronne <e serait posée sur la tète de leurs descendants: il Vaural peut-être 6 ore des «saini Louis » en France.

Nous avons visité FEseurial, et une tombe nous a fait frémire : celle de Philippe I, dont les sujets trembluent à son nom: nous avons visité la cathé-

EE

drale de Grenade et béni les tombeaux de Ferdinand el Isabelle, dont les mains S'ouvraient généreuses elbienfaisantes, Nous avons visité les cryptes de Saint-Denis : des noms gravés sur le marbre nous ont rappelé la Bastille, et nous avons ineliné le front devant les restes de Louis XV Let Marie-Antoinette. martyrs de la royauté, dont ils expiaient les fautes. et victimes d'une foule prise de délire, se croyant lt vengeresse de torts séculaires. Nous avons touché du doigt la tombe de Henri VIILet foulé du pied celle de Cromwell. tyrans assoilfés de sang : el, en quittant Westminster, nous avons salué Édouard VII le Pacilicateur.

Quelle calamité pour les nations que ces chefs pesant Sur la poitrine de l'humanité de tout le poids de leur orgueil. de leur égoisme et de leurs pas- Sons! S'IS ne sont pas « les fléaux de Dieu » pour châtier les peuples égarés et les ramener dans le droit ehemin. ils S'égarent eux-mêmes et subissent le châtiment de «€ Fenfant prodigue ». [ls ont été comblés de biens, et, dans l'abondance des honneurs el des richesses, ils ont oublié la source commune où ils avaient puisé la vie avec des devoirs particuliers à l'égard de leurs frères. qui n'en étaient Cparés que par une ligne du plus au moins. D'un ‘utre côté, quel bonheur, lorsque cette démarcation 4 populo n'est faite que pour leur indiquer que “tout pouvoir leur vient de Dieu », et qu'ils ne le lranchissent que pour le bien de leurs semblables ! Oh! alors, la fraternité fait place à la paternité, Parce qu'ils en ont les soucis comme les consolaons, En tous cas. il n'est pas de famille où rôwne blus d'union, plus de joie, plus de prospérité.

O admirable, o merveilleuse fraternité qui enlace les hommes dans une même société ! Le grand et le petit, le riche et le pauvre, lemaitre et le serviteur, le patron et louvrier, le ministre et le subordonne. le roi et le sujet, le président, le gouverneur et le dernier des électeurs, sont des frères longtemps séparés par des voies diverses, Inais se rencolitant au même but. Qu'y a-t-il de plus beau dans l'univers’? La nature avec toutes ses variétés d'êtres, de formes, de couleurs, de mouvements partis d'un même principe qui les harmonise, ne saurait rivaliser de beauté avec une semblable société, Si le ciel, avec ses myriades de mondes uystérieux, € chante » d'une seule voix € la gloire de son Créateur », si la terre, avec ses inépuisables produetions, € jubile en Dieu » d'un seul transpor*, sitous deux ensemble réunissent leurs notes éparses pour composer le plus sublime des cantiques, qu | concert ne s'élève pas de la société humaine au trôn: de l'Eternel? Le Seigneur ne répéte-t1lpas, comme aprés chaque œuvre sortie de ses mains : € Cela est bon, » EU nous, dans cet instant d'observation, ne nous exaltons-nous pas en actions de grâces vers Lui pour nous avoir faits membres de cette famille, pour avoir ainsi ajouté un caractère de grandeur à notre petitesse individuelle et appuyé notre fa blesse sur la force du nombre semblable à «€ ure armée rangée en bataille »°?

Xe brisons pas les liens qui tiennent en un fai--

ceau tant de parties, qui nous paraissent quelqu: fois si peu rapprochées. Plus d'unité dans lhum:.nité, si clles sont dissoutes. partant plus d'ordr., de beauté, de paix, de bonheur, mais le trouble,

l'agitation, la barbarie, l'homicide, la destruction. le chaos suivi du néant, Réservons-les, au contraire, par l'estime et le respect mutuels, par le support fraternel. le sacrifice du soi, du soi égoïste, à la communauté.

Citoyen, souviens-toi que tu n'es pes isolé; personne n'est seul, parce que la société n'est pas exelusive, Souviens-toi que tu coudoies des frères, ton nom même suppose que dans la mêlée tu es le soldat dent le coup de feu assure la victoire : nul n'est sans importance dans la foule. Agrippa avait

raison dans l'apologue des membres et de l'estomac.

Écoute la voix du sang qui parle en toi et te dit tes droits et tes devoirs, Tu as ta part d' héritage qui te vient du père conimun. La terre te doit le gite de ses bois, la chaleur de ses climats, la nourriture de es bêtes, la douceur de ses fruits ; l'État te doit la protection de ses ee et ses richesses doivent être réparties sur toi, Çaand tu es opprimé, tes protestations sont légitimes.

Mais, droit implique devoir. Tu es de la famille humaine. Eh bien, ne l'attriste pas, ne la détruis pas. Ne lève pas le bras pour frapper ton frère : «Tu ne le tueras pas », a dit le Seigneur; tu ne seras pas Caïn, tu auras horreur de son sang. Qu'il ne souffre pas à cause de toi ! La douleur est le plus grand des maux : que ta main ne la lui porte pas. Ne lui enlève pas ses biens : « Tu ne voleras pas », à dit encore le Seigneur ; ne FE pas sa bonne foi, ne le trahis pas dans les contrats. Couvre ses fautes du souvenir des tiennes, ne lui en impute pas. Sois patient . il t'irrite, calme quand il est livré à la colère, tranquille dans la tempête et brave

a la défense Assiste-le de l'aumoône dans la détresse, soutiehs 1 courage, éponge ses sueurs, récompense ses travaux. [te rendra le change, puisqu'il ne peut vivre séparé de toi, puisque la société est fondée sur l'intérêt de tous et de chacun.

Concoiton un homme qui élève une barricre entre lui et ses semblables? En est-il un qui méne une vie à part, sans contact avec son milieu, se nourrissant des légumes de ses champs et de la chair de ses bêtes, tissant de ses propres mains la laine de ses brebis, se gouvernant sans lois, apprenant -ans enseignements, ;se complaisant dans un mutisme à jamais ininterrompu ?

Poser sérieusement la question dans un temps où les nécessités de l'existence dépendent si manifestemept de l'association, c’est avoir l'imagination faussée pur les utopies d'un J.-J. Rousseau supposant l'homme, dés ses débuts, à « l'état de nature », et en sortant, un jour, pour faire contrat social avec ses voisins, Pauvre philosophe qui mettait la contradiction entre sa froide doctrine et ses épanchements dans le sein d'autres hommes !

L'homme est fait pour la société, c'est son élément; il en vit comme de l'air qu'il respire. Enlevez-le du milieu social. et vous latrophiez, il devient un être faible qu'un rien renverse, I résiste moins que l'animal, car il n'a pas comme celui-ci

Pinstinet qui le guide, ni la force qui le soutienne :

il lui faut des appuis.

\ peine jete sur la terre, l'animal se tiens sur ses pattes, il bondit et se précipite à la soures du lait, il broute l'herbe et multiplie ses forces. Sans y avoir été initié, il a la science de l'existence, il prend ce qui lui est nécessaire et refuse ce qui lui serait nuisible, L'hirondelle n'a pas appris l'art de constri.re ; cependant, est-il habitation qui lui convienne mieux, où elle trouve plus de confort pour sa couvée que le petit nid, véritable chef-d'œuvre dont elle à dressé les parois de sa propre initiative ? Le chant du rossignol suspend nos pas, nous ravit, pourtant il n'a reçu aueune lecon d'harmonie, personne ne lui a dit comment agiter avec tant de mesure, d'intervalles mis à point, d'inflexions variées, de cadences graduées, les perles de son gosier. La république des abeilles est souvent citée comme le modèle 3 la société Ja mieux ordonnée.

umiliante © smparaison our Fhomme, direz-

vous, Non, el ve plutct. Le Créateur, voulant en faire un êt: «1 l'être le plus parfait qui existèt, Pa pla 634 état qui accomplit cette

condition, qui 24 [41 à cette vocation. JE nuit fuble pour que d'autres bras Le portent, !! chancelle pour que d'autres mains soutiennent ses premiers pas, il attend qu'on lui offre sa nourriture, il vagit pour qu'on délie sa lanuie, l serait suns abri si on ne le couvrait d'un to: il n'aurait pas de langes si l'on n'enveloppait ses snembres grelottants, pas de couche si on ne fui avait préparé un berceau. Toujours deux êtres, l'un dan: ‘a souffrance, l'autre dans l'amour, se sont rencoptr: : : la société est née Se la pauvreté, de Fignurance, & l'impuissance orizlüelles de l'homme,

La nécessité de la société devient impérieuse à mesure qu'is grandit, et plus encore quand il se ‘approche de sa fin, dans une infirme et incapable vieillesse.

Sans parler de ses caprices qui le rendent insatiable. il lui est instinctif de sauvegarder sa vie matérielle, il a le sentiment de sa propre conservation. Il n'est pas seulement intelligence, il est aussi matière; d'ailleurs, comme c't le proverhe, mens sana in corpore sano. l'esprit est sain [ans un corps sain. Ses os s'amolliraient si, comme l'acier, ils n'étaient fortement trempés, sa chair dépérirait si elle n'était sans cesse refaite, la source du sang tarirait, si elle n'était alimentée, ses jambes ne le porteraient plus comme une base solide, si leur vigueur n'élait renouvelée, ses bras seraient inaptes au travail si leurs ressorts n'étaient raflermis sans cesse. Est-il capable de se suffire à lui-même ?

Supposez la terre partagée en parties égales, selon certains systèmes où plutôt certaines théories purement idéales ; supposez que chacun, étranger à son voisin et indépendant de lui, s'applique à tirer du sol sa subsistance, qu'arriverait-il dans les accidents de température, la sécheresse d'une glèbe chautlée par un soleil de feu, par exemple, ou la stérilité “ausée par des pluies excessives ? Qu'arriverait-il

dans les épidémies où succomberaient les bêtes qui lui fournissent la nourriture”? Ne serait-il pas obligé de traverser les bornes de son champ et d'emprunter ailleurs? Qu'arriverait-il, si la maladie le couchait sur un lit d'inanition” Ne serait-il pas forcé de crier au secours, d'appeler quelqu'un qui adouctt ses douleurs, pansat ses blessures, soulageàt sa

douleur et lui donnât le pain de sa bouche ”? Alors, s'établit la société, Qui n'a été témoin de ces calamités où l'homme a recours à l'homme °?

Le travail dépasserait ses forces, si à cela vous ajoutez les exigences de climats variés, d'un ciel de plomb ou de glace. Lui serait-il possible d'être laboureur, chasseur et tisserand en même temps ”? Quand vous le mettriez même à « état de nature », n'ayant honte de sa nudité ou se couvrant de la fourrure des bêtes, vous ne l'empècheriez pas de chercher en dehors de ses frontières plus d'allége-

ment et d'aisance.

Ne dites pas qu'une épouse lui prêtera l'industrie de ses mains et l'entourera de soins affectueux : ce serait l'admission de la primitive société, celle de l'homme et de la femme. Ne dites pas davantage qu'il se créerait une famille : l'histoire d'Abraham

se répéterait, les enfants se multiplieraient « comme les étoiles du firmament », ils déborderaient la terre paternelle, s'étendraient dans le monde, et la société universelle en sortirait,

La divine Sagesse a parlé. Dans un livre écrit sous son inspiration, elle a dicté ces mots : QIl vaut mieux être deux ensemble que d'être seul, car on trouve une grande utilité dans cette union. Si l'un tombe, l'autre le soutient. Malheur à celui qui est seul! S'il iombe, il n'a personne pour le relever (1). » Elle ne pouvait mieux marquer la faiblesse de chacun et la nécessité où il est d'une aide extérieure, Ainsi s'explique la diversité des talents qu'elle a départis aux hommes : là où une force fait

(1) Ecelésiastique, 11, el suiv.

De

sl L'HOMME

défaut, une autre supplée, La loi de la solidarité humaine ne souflre aucune exception, il n'est per-

prenne PPS

nee Pr ee 7 27

sonne qui vive, se meuve, jouisse dans la plus complète indépendance.

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