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La comparaison de la socié"é composée de mem-
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bres si divers, avant des fonctions variées, des aptitules inégales, des états éloignés de richesse et de conditions au corps humain, n'est pas neuve. EHe a éte faite par saint Paul aux Corinthiens, Elle a pourtant toujours une application actuelle et sa puissance de démonstration. « Le corps n'est pas un seul membre, mais plusieurs membres. Si le pied dit : «Je ne suis pas du corps, parce que je ne suis pas la main ». est-il pour cela retranché du corps ? Si tout le corps était «il, où seraient l'euïe et l'odoat? Mais Dieu à formé tous les membres et les a mis chacun où il lui a plu. Si tous les membres nélaient qu'un seul membre, que deviendrait le corps ?.. L'œil ne peut pas dire à la main : € Je n'ai que faire de votre assistance », ni la tête ne peut dire aux pieds : «€ Vous n'êtes pas nécessaires. » Mais, au contraire, les membres les plus faibles sont ceux dont on a le plus besoin. Dieu à ainsi accordé le corps en suppléant par un membre ce qui manque à l'autre, atin qu'il n'y ait pas de dissension dans le corps et que les membres aient soin les uns des autres (1). »
Ménénius Agrippa n'eut qu'à raconter un apolo-
gue, appuyé sur celle comparaison, pour apaiser une sédition du peuple romain. C'est erreur et orgueil dont ils seront victimes. pour les grands, les
(1) Cor, NH, 15 et suis
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riches, les puissants, mème les moindres qui dominent dans la société, que de mépriser et rejeter lepetits et les humbles : d'un autre côté, c'est erreur grave et dommage incalculable pour le subalterne, le sujet. le serviteur, le prolétaire, que de rentrer dans un repos menacant, créer un ehômage qui paralvse une association, une ville, tout un État, et encore plus de se porter à des violences dont il faudra subir les conséquences, « payer pour les pots cassés », selon une expression bien connue.
Pourquoi l'homme serait-il moins sage que la fourmi ? Cependant Salomon la lui présente comme modèle, « Va vers la fourmi, lui dit-il, considère ses voies et deviens sage (1). » Les fourmis constituent de véritables sociétés, elles forment des républiques où tout est en commun, propriétés. familles, nourriture, ete, « Elles se font des guerres de peuplades à peuplades, ou d'espèces à espèces (2). Union de forces particulières vers un même but : le bien de la communauté.
Voulez-vous admirer une belle monarchie ©?
Regardez les abeiiles. Elles ont une reine qu'elles entourent de respectet de soumission. Celle-ci comprend ses devoirs vis-à-vis de ses sujets, elle impose des lois, rend des ordonnances, distribue les emplois, châtie mème les insubordonnées. L'ordre le plus parfait règne dans ce gouvernement. Aussi, le petit royaume qu'elles se sont constitué par leur industrie est puissant et redoutable, l'homme n'en approche qu'avec crainte, I est d'un tissu délicat
(:} Prov., vi,6.
(+) Douénis, cité par Ronneacnenr : Histoire de l'Eglise, L
etne manque pas de confort, chacune a sa cellule pour se reposer et se refaire a: nt de reprendre ses travaux. Elles s'appliquent toutes à la fabrication du miel et concourent à nous préparer «ce qui est le plus doux au palais ».
Voulez-vous un exemple d'une «union ouvrière »°? Considérez celle que forment entre eux les castors. Ils ne pourraient, sans s'associer, jeter en travers des rivières ces digues inébranlables, épaisses murailles qui émerveillent le génie. Un seul ne pourrait abattre tant d'arbres, transporter troncs et b'anches, charroyer roches et sables, entasser tant de matériaux du fond à la surface et leur donner la consistance du ciment. Sur leur bannière nationale les Canadiens ont placé un castor : qu'ils ne l'enlèvent pas. Outre qu'il est l'emblème du travail, il représente aussi la société affermie et perfectionnée par la réunion des forces individuelles.
Telle est la société chez les êtres privés de raison. Mais, c'est le sauvage, le barbare qui se rapproche le plus de l'homme à « l'état nature ». Or, que nous apprend-il, sinon qu'elle est une armée nécessaire à la défense de ses biens et de sa vie ?
Les découvreurs et les pionniers de l'Amérique virent-ils des êtres isolés, vivant comme des brutes, « broutant dans les forêts, ayant du poil et des grilles et ne sachant parler (1) » ? Non, ils rencontrèrent de grandes tribus subdivisées en une infinité d'autres. Ne mentionnons pas les Hurons, les Algonquins, les Iroquois, Ces peuples avaient des chefs et des conseils composés des «€ anciens », des lois qui, pour la plupart, étaient d'antiques traili-
(1) J. de MatsrRe: Mélanges. fur.
tions, se prêtaient de mutuels offices, et, au signal de l'attaque, se pressaient les uns contre les autres pour protéger leurs wigwams et poursuivre l'ennemi dans le fond des bois, jusqu'aux rives du fleuve voisin.
L'homme aura toujours des ennemis, parce qu'il \ aura toujours de la division sur la terre, parce que Satan, en y entrant, a semé la discorde, parce que l'orgueil s'élève et que l'ambition sépare. Inutile de croire à un perfectionnement de la race humaine tel qu'elle ne sera pas troublée par la malice qui nait du péché. Quoique cet optimisme qui rêve d'un monde meilleur, soit louable dans ses intentions, quoique, pour y arriver, il faille déployer tous ses efforts, il est peu probable que nous ne voyions jamais une si heureuse transformation, malgré «la paix armée », ce qui semble une utopie.
L'Auteur des Proverbes a dit : « Le frère aidé de son frère est comme une ville forte (1) », image qui rend cette autre citation : « Si quelqu'un est trop fort contre un seul, deux pourront lui résister », à moins que ne se répète ie combat des trois Curiaces contre le seul Horace, qui appartient à l'épopée héroïque. La Sagesse, si riche en comparaisons, à ainsi exprimé Ja même pensée : « Une corde à trois cordons est difficile à rompre (2). » Un penseur l'a traduit plus largement et avec plus de charme. « Le lil léger que le doigt d'un enfant brise sans effort, ajouté à d'autres fils, forme un câble dur et fort qui peut soulever les poids les plus lourds (3). »
Q@) Proe., x\u, 19.
(2) Ecel., 1v 12, G) Saire-For : Le Livre des peuples et des rois.
La société est done une forteresse où le faible se retire en sûreté, Nous le sentons très bien, c'est pourquoi nous sommes les calmes possesseurs de nos biens : c'est pourquoi, dans la nuit sombre, notre sommeil n'est pas troublé: une garde vigilante veille à notre porte.
Cette thèse sur linévitable nécessité de la société peut paraître un hors-d'œuvre à des veux bien éclairés, Jamais, en effet, les hommes ne se sont tant associés: les rois se coalisent pour combattre une révolution qui menace leurs trônes, les gouvernements sont lout attentifs à la discipline qui les maintient au pouvoir, comme leurs adversaires aux moyens de les renverser: les socialistes, qui tirent leur nom de « société », ont des organisations puissantes, les riches forment des ctrusts », les ouvriers des «unions », les intellectuels des « sociétés savantes », les impies créent des «€ écoles » contre l'Église, la plus grande et la seule divine société de toutes celles qui aient jamais existé, qui existent de nos temps, Funique immortelle,
Partout est la société, partout des sociétés dans la société, Jamais les hommes n'ont eu plus de relationsentre eux : par le télégraphe, ils communiquent entre eux des extrémités du monde, par le téléphone, ils se parlent aux plus grandes distances, par la télégraphie sans fil, ils franchissent les flots,
ny apas d'invention qu'ils n'imaginent pour se
lier entre eux. Les plus gros navires rapprochent
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élroitement tous les continents, les chemins de fer multiplient les traits d'union entre les villes, les villages, les hameaux les plus reculés. La soif du journal, dont on est passionnément pris, prouve le besoin où l'on est de connaître la pensée et le mouvement des autres hommes.
Alors, nous posons cette question pour y répondre : pourquoi cette thèse sur une vérité pratiquement admise ?
Si les hommes ne savent vivre en dehors de la société, si, dans le bien-être qu'elle leur procure, ils trouvent la compensation de leurs travaux et de leurs peines, S'ils y puisent les agréments de leurs jours où se mêlent tant de sacrifices, remplissent-ils à son égard les devoirs de membres attachés au corps? Hélas Oil y a plus que de l'indifférence, il y a l'éloignement, l'antipathie, le mépris, la répulsion, l'acharnement dans la dispute, larme décourerte, il y à la guerre sociale, Les degrés de lécheile sont plus maintenus : le grand descend pour opprimer et le petit monte pour se soulever. Qui peut uier Le malaise universel”?
Pour ÿ remédier, que de systèmes préconisés ! Autocratie qui met le pouvoir entre les mains d'un seul, aristocratie qui s'impose par des titres de noblesse, bourgeoisie qui fait primer la richesse, conservatisme qui s'en tient aux traditions, libéralisme qui change l'ordre établi, républicanisme qui, comme aux Etats-Unis, confie, pour un temps limité, au président l'administration gouvernementale : démocratie qui, comme en France, ne considère le président que comme un ageut d'un ministère nommé
au gré des Chambres, radicalisme qui, ainsi que
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son nom l'indique. a pour but le renouvellement de la société de la racine au sommet, socialisme qui ne reconnait aucune distinction de classes.
Et que de subdivisions avec des combinaisons multiples de noms! En Angleterre, un nom nouveau vient d'apparaitre : le laborisme ; aux dernitres élections présidentielles des États-Unis, il y avait un candidat ouvrier, Puis le nihilisme en Russie, qui veut & le rien de tout », nihil, par le régicide, Après tant de siècles d'expérience, les hommes ne sont pas arrivés à asseoir le monde sur des bases solides ; tout se recommence et se refait, comme si le passé n'eût rien édifié,
Nous avons appris ce qu'est la société regardée plusbas, vue en plus petit. Ajoutons que. en haut.elle souflre des maux qui s'attachent au pied, les vices remontent à la surface, comme les bas-fonds remaés brouillent les eaux pour les corrompre. Les grandes misères naissent de moindres. Le corps est malade parce que les parties qui le composent ne sont pas saines. Aussi le Sage a dit : « Chaque partie a son usage et sa fonction : et le tout s'entretient par le secours que Sentre-donnent toutes les parties (1). » Que chacun donc ne s'arrête pas à soi-même, qu'il aille au-delà de sa personnalité, qu'il considère son proche, son voisin en toute justice et charité, qu'il se persuade qu'il vil, non pas seulement de son propre souflie, mais qu'il le communique à ses semblables, comme il reçoit le leur: qu'il rejette le virus qui répandrait la contagion et que, par l'hygiène de la vertu, il se forme à la droiture du jugement, à la
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sincérité de la pensée, au courage de la conviction, à la pureté des mœurs, à l'honnêteté du commerce, et au désintéressement de la communauté ; et la société lire le bien de ses divers membres, et le corps est sain, robuste et débordant de prospérité, rendant aux organes qui le servent la fraicheur et le bienêtre.
Voilà, mon frère, citoyen de la terre, comment, à la place, si haute ou si basse soit-elle, le premier ou le dernier, tu créerais en toi et autour de toi le bonheur que tu convoites et que recherchent tes concitoyens.
Es-tu roi, souviens-toi que ton trône se soutient sur les épaules de tes sujets. Es-tu président, que tu tiens ton mandat du peuple. Es-tu ministre, que ta dépends d'une autre volonté qui peut te retirer sa confiance. Sièges-tu au parlement, que le vote populaire change du jour au lendemain. Es-tu électeur, que ta voix ne se ferait entendre, serait nulle suns le concours d'autres quis'y ajoutent. Es-tu riche, que ta fortune s'est acquise, doublée, triplée et quadruplée par les sueurs de fronts penchés sous un ride labeur. Es-tu pauvre, que l'aumône descend d'autres mains. Es-tu maître, que tu serais ton prore serviteur, si l'on refusait de t'obéir. Es-tu serviur, que tu ne gagnerais pas le salaire du jour en ne te soumettant pas. Es-tu patron, que ce serait la banqueroute, si des grèves étaient provoquées par ta dureté, tes exigences et tes injustices. Es-tu ouvrier, que ton travail se doit à ton épouse et à tes enfants. Es-tu marchand, que ton commerce ne va qu'autant que l'on verse de l'argent'sur ton comptoir. Es-tu aVocat ou notaire, que sans clients tu fermerais ton
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bureau, Es-tu medecin, que ta science ne vaudrait rien -i lon nv avait recours, Es-tu laboureur ou éleveur, que te légumes pourriraient dans tes champs, ou te- hotes dépériraient inutiles, Sin avait des bouches à nourrir, Es-tu instruit, que e est grâce à d'autres pensées et à d'autres expériences. Es-tu ignorant, qu'il te faut des lumières pour dissiper les ténébres de ton esprit. Es-tu écrivain. publiciste, sans compter Fassistance matérielle de lecteurs bienveillants, tu sens le besoin d'intelligences qui Le comprennent. Es-tu jeune, qui te fortifiera pour un avenir plein de combats”? Es-tu dans un âge avancé, sous tes pas chancelants tomberas-tu sans personne pour te relever”?
Es-tu chrétien, qui ranimera ta foi sinon Fenvoyé de Dieu”? Es-tu sceptique, athée, au rang de Fimpiété, pourquoi trembles-tu, pourquoi les mystères de l'audela Ceffraientls? Qui rétablira le calme de ta conscience”? Qui étouffera tes blasphèmes"®? Ok! je le devine, je le sais, tu n'as pas la paix, tu attends une autre âme qui Le rassure et te dise : pardon ! Estu bon, qui raflermira sans cesse ta vertu”? Elle est en butte à tant d'épreuves! Es-tu saisi de décourage-
ment. même de désespoir à la vue de tes iniquités,
au sentiment de ta faiblesse. à l'entrainement de tes inclinations, tu appelles un bras puissant qui te redresse elle remette dans la voie de la justice. As-tu le respect de Loi-même et veux-tu que ton cadavre ne soit pas fivré à des vautours qui dévorent tes entrailles, laisse une main amie clore ta paupicre, reunir tes lèvres muetles, croiser tes doigts sur ta poitrine, envelopper ton corps d'un suaire, lasperger d'une eau bénite par F Eglise, la mére des vivants
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cl des morts, puis le déposer sous une couche de terre, à l'abri d'un soleil de feu, protégé contre les ravages des tempêtes, endormi sous la croix qui le
ressuscitera au dernier jour ; permets qu'elle inserive ton nom sur la pierre et grave ce mot: Ci-git; et dns cette pensée consolante, tu entreras dans Féternel sommeil sans agitation, murmurant cette espérance : € Quelqu'un est près de moi, qui recueille mu dépouille et lui rend les suprèmes honneurs!» Du
berceau à la tombe, l'homme n'est jamais seul,
Le bonheur est la fin de l'homme, Dieu n'eut d'autre but en le créant; c'est pour cela qu'il le placa en un jardin de délices, c'est pour cela qu'il disposa les êtres, animés et inanimés, à le servir, cest pour cela qu'il mit dans son âme l'estime et l'amour de la vie, N'est-ce pas encore pour cela qu'il l'ouvrit à toutes les aspirations, avec l'espérance de les assouvir ?
Hélas! pourquoi, aujourd'hui, ce but n'est-il jamais atteint ? Pourquoi l'objet convoité, terme de ses poursuites, fuit-il sans cesse? À le voir, on le prendrait pour ce personnage de la fable dont les lévres brûlantes croyaient toucher à une eau rafraichissante qui reculait à mesure qu'elles l'approchaient. Quand il presse ses bras contre sa poitrine pour tenir son rève, il les rouvre aussitôt dans le désenchantement, la désillusion. Aspirations qui consument ses jours et ses nuits, obsession de son esprit, seuls guides de sa conduite, après tant de
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