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S'il nous était donné d'être compris par ceux qui n'entendent pas notre langue. et qui, dans la distribution du grand domaine qu est le Canada, ont reçu la part du lion, nous les conjurerions de ne pas abuser de la force du nombre. Is représentent auprès de nous une nation maitresse dont le souveain, à l'exemple de son illustre père, Édouard VII, veut rendre le joug britannique non pas supportable, mais aimable ; leur devoir de par la Constitution, reconnue et tant vantée à Westminster et signée de la main d'une reine de perpétuelle mémoire, Victoria, est d'achever dans « l'Amérique britannique du Nord » une patrie commune, où sujet anglais signifie sujet libre, où la Grande-Bretagne trouve chez tous une soumission qui ne leur coûte pas, qu'ils acceptent plutôt comme une protection, et une fidélité qui la serve, lorsqu'elle les appelle sous ses drapeaux, où elle serait mère-patrie, quand même adoptive.
Ce fut une déclaration solennelle que celle de cet homme d'État qui parlait en notre nom : « Je ne fais aucun mystère... que, tout en restant Français. nous sommes profondément attachés aux institutions britanniques (1). » Oui, « attachés aux institutions britanniques », et voilà pourquoi nous exigeons de la part de ceux qui sont chargés de les maintenir qu'ils n'y portent pas atteinte.
Les députés anglais applaudirent M. Henri Bourassa, lorsqu'il dit, à la Chambre des Communes, le 12 mars 1901 : Plus j'ai fait l'analyse des parties vitales et des membres robustes de cet admirable
(1) Circonstance citée plus haut,
corps politique (la Constitution britannique), de ses nerfs d'acier et de son sang st riche, plus l'admiration pour l'Angleterre a grandi. Je m'étais toujours trouvé suffisamment heureux d'être sujet britannique, comme le sont la plupart de mes compatriotes ; je ressens maintenant toute la fierté de la citoyenneté britannique ». Mais, s'ils ne furent trop jingos, ils ne durent point être étonnés de cette profession de foi tombant de la bouche d'un homme qui, en certaines circonstances mémorables, n'avait fait que protester contre la violation du pacte de la Confédération et des traités antérieurs.
En lisant l'histoire, qui nous accusera non seulement d'avoir refusé la citoyenneté britannique, mais encore d'avoir été tièdes et lâches à la défendre”? Ces dates : 1955 et 1812, sont là pour répondre. C'est nous, par nos pères, qui l'avons conservée au Canada. Nous y tenons encore. Si la patrie canadienne ne se crée pas, il n'y aura pas de notre faute. On chercherait en vain une preuve que nous sommes des «déloyaux sujets de Sa Majesté (1) ». Nous voulons le « Canada aux Canadiens »: c'est presque devenu Îe mot d'ordre, parce que, outre les molifs que nous avons développés ailleurs, nous vivons sous une Constitution que nous aimons. Que l'on n'y touche pas, et l'avenir verra Français et \nglais de l'Amérique du Nord, tout en gardant le dépôt de la race, comme en Belgique et en Suisse, se donner la main pour marcher dans la même voie,
(1) Le mot à été lancé par un député ontarien, le 2 novembre 1910, au Parlement d'Ottawa.
rébesrnr tee imrenrrmanhenn-rre
A nous de la Province de Québec incombe en plus un devoir particulier, celui de conserver intact un autre patrimoine : nos lois françaises. Nos pères livrèrent de grands combats pour garder cette part d'héritage que leurs prédécesseurs du régime français leur avaient laissée; comme eux, ils ne pouvaient souffrir d'en être privés.
Les lois ont quelque chose de l'âme d'un peuple. Lorsque les premiers habitants de la colonie se furent implantés en cette terre, ils se sentirent heureux de vivre de la même vie que dans la patrie quittée, parce qu'ils étaient dirigés par des lois auxquelles ils étaient attachés comme à une seconde nature : elles étaient la France en leur exil volontaire. Leurs descendants ne changèrent pas d'âme : ils eurent toujours le souvenir du traité de 1763 qui les leur garantissait. Leurs maîtres tentèrent bien des fois de les leur ravir: mais la résistance fut plus grande, et Londres, malgré les Burke, consentit à leur code une reconnaissance officielle.
Les protestations qu'ils élevèrent, les revendications qu'ils firent entendre, les concessions par lesquelles ils forcèrent la main à l'Angleterre, comme en 1754, où Carleton craignit de les voir passer au ‘amp ennemi, prouvent qu'ils ne séparaient pas la patrie des lois françaises.
Nous avons parlé de la patrie dans la patrie, rien n'est plus vrai pour nous : elle se trouve bien dans la Province de Québec. Nos compatriotes des États-
ET LE CITOYEN D eh
Unis portent leurs regards vers elle, quand ils dis:1:! : le Canada. Elle possède notre cœur, parce qu'esie « possède notre trésor », selon la parole de l'Évangile, non pas seulement parce qu'elle a été imprégnée des sueurs et du sang de nos ancêtres, non pas seulement parce qu'elle respire de notre souffle, mais aussi parce qu'elle tient les citoyens ensemble par un recueil de lois qui conviennent à notre tempérament. Le lien confédératif se romprait-il, nous nous y refugierions comme dans la maison paternelle, tant est juste ce mot : la Constitution achève et perfectionne la patrie.
Frères du Canada, par le trait qui ouvrit une blessure mortelle à Montcalm, sur les Plaines, Dieu changea nos destinées, notre condition fut taillée d'un coup : de la France nos pères passèrent à l'Angleterre. C'est le sort des conquis, quelque glorieux qu'ils soient, un nouveau pouvoir s’en saisit pour les gouverner : il y a toujours une Alsace ct une Lorraine dans la défaite.
Mais, la divine Providence fait bien ce qu'elle fait. Quelque grande qu'ait été l'épreuve, si désespérants qu'aient été souvent leurs combats, aux derniers temps de la domination française, ils finirent par triompher : nous tenons d'eux notre autonomie, nous sommes peuple libre, en dépit des eflorts faits pour nous enchaïner et nous anéantir. les événements, tramés par le doigt de Dieu, ont eu un heureux dénouement.
I n'est personne parmi nous qui refuserait l'alléseance à la Couronne britannique. Nous le disons, aujourd'hui que la liberté est insrite dans notre Constitution, aujourd'hui ane nous jugeons l'histoire
dans le calme du lointain. Nous ne pleurons pas, comme nos ancètres, sur l'indifférence d'une Cour où régnait un Louis XV, nous nous réjouissons plutôt d'avoir échappé aux bouleversements de la Révolution, nous ne regrettons pas de n'avoir pas prodigué à Napoléon notre sang le plus pur, et les tristesses de la fin du xix° siècle, en France, ne nous émeuvent pas autant que si nous en eussions été les victimes, que disons-nous” plus grande est notre liberté que celle dont l'ancienne mère-patrie fait parade.
Le Seigneur nous à aimés : il nous à aimes à ‘ause de la croix que planta Jacques Cartier à l'extrémité de la baie de Gaspé; il nous a aimés à “ause du premier sacrif. : eucharistique of'ert au seuil du Canada, à Tadoussac; il nous a aimés parce que le même sang divin coula sur les rives de Québec, au moment où Champlain en foulait le sol: il nous à aimés dans ces découvreurs et ces pionniers qui s'enfonçaient dans les profondeurs du pays, au nom de Dieu d'abord, au nom du Roy ensuite; il nous à aimés dans ces gouverneurs chrétiens et ces jaleureux soldats allant toujours de l’avant pour étendre le règne du Christ ; il nous a aimés dans la palme de nos martyrs et la fleur de nos vierges ; il nous a aimés dans le zèle de nos apôtres, la sagesse de nos évèques et la grande foi de nos hommes d'État, dans les travaux de notre clergé et la piété de notre population.
Il ne nous a pas donné petite mesure ; loin de là, il a dépassé nos mérites dans ses bienfaits. Malgré nos misères nationales, nous n'avons qu'à le bénir.
Mais. si, ainsi que s'exprime saint Paul, la vie de
chaque individu est un combat, celle d'un peuple est un champ de bataille, particulièrement à l'âge de croissance et de développement, quand il sent naître els'agiter en lui des forces incompressibles, quand “a nature fière et expansive ne souffre aucune gène et refuse la tutelle d'une main étrangère ; surtout si, comme nous, il fait sa poussée au milieu d'autres peuples qui ne le comprennent pas et prennent vmbrage même de son existence (1).
Compatriotes, luttez, ne cédez pas une ligne de vos droits, droits imprescriptibles dans la province où vous étes les maîtres. Puis, sortez de ses limites pour défendre vos frères perdus en minorités en d'autres territoires: déployez la Constitution comme un étendard sacré que l'on ne touche pas : nous vous le redisons, vous êtes assez forts pour balancer le pouvoir à la capitale.
Concitoyens de l'Union américaine, des rivages du Saint-Laurent, d'où vous êtes partis, jusqu'au lilloral de l'Atlantique, où vous êtes arrêtés, vous navez connu que les douceurs de la liberté. Ainsi que la Constitution du Canada, lorsque vous en éliez les citoyens, celle de Washington vous la distribue largement. Peuple privilégié, vous n'avez Pa$, comme tant d'autres, senti les chaines de l'esclivage, une pesante autocratie ne vous à pas écrasés de son autorité, ni une trompeuse démo-
() Est-ce qu'on arriverait à nous connaître? Dans la Séance du Parlement. le 5 novembre 1910, M. Sam Hugues, député d'Ontario, eujourd’hui ministre de la milice, a dit € qu'il connaît les Canadiens-Francais et que leur loyauté *SUau-delà de tout doute, qu'ils sont les loyaux sujets de l'Empire britannique ».
cratie, qui met les rênes de l'État entre quelques fortes mains, ne vous a pressurés. Brandissez dans un méme et légitime enthousiasme les deux drapeaux, dont l'un vous rappelle une patrie qui vous a aimés, et l'autre une patrie nouvelle qui vous a enrôlés sous ses étoiles.
Le sort l’a décrété, ou plutôt la Providence, maitresse des peuples, vous avez changé de cieux. Vous ne songez plus à retourner plus haut que la ligne frontière, vous vous êtes fait un foyer en terre étrangère : une autre patrie est à vous. Soyez-en de dignes citoyens. Ne vous pâmez pas d'aise dans un pays où, avec le salaire de votre travail, il vous est facile de vous procurer les douceurs du confort, les délassements à vos fatigues et les agréments, les plaisirs qu'on y sait tant imaginer. Ne vous laissez pas endormir dans les délices qui ferment l'œil sur les devoirs importants à l'égard de l'État : ce serait une ingratitude d'autant plus coupable que vous jouissez à large part de ses biens ; ce serait lâchement abandonner la garde d’une constitution qui vous a été confiée aussi bien à vous qu'aux autres, de quelque origine qu'ils soient; ce serait vous enfermer dans un égoïsme qui nuirait à la commurnauté attendant, en des moments précieux, le con” cours de votre voix: ce serait, n'usant pas de vos droits, baisser dans l'estime des peuples avec lesquels vous partagez le droit de cité, et attirer le mépris sur votre race.
Soyez Canadiens. Qu'auriez-vous à en rougir, ici comme là-bas” Votre histoire vous appartient encore, vous comptez dans votre famille nationale des gloires que vous envieraient vos divers conci-
ques ans draous us à
maious igne erre z-en lans Vous fort, , les ISSeZ | sur erait vous chequi tres, vous imuconvos leser le
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toyens, s'ils les connaissaient, La terre américaine a fructifié des travaux de vos pères. Par ceux-ci vous êtes d'une France toujours grande par l'intelligence et le cœur, et vous parlez la plus aimable des langues. Vos frères, dont vous vous êtes séparés en prenant le chemin de l'exil, et qui pensent à vous, habitent un pays que l'on a appelé « la perle des colonies britanniques », Vos œuvres sont florissantes, vos églises se dressent belles et fières, vos collèges et vos couvents se développent merveilleusement, vos paroisses grandissent et se multiplient (1), vous avez le nombre dans des villes importantes par leurs industries, plusieurs parmi vous
.Sont arrivés à de hautes positions (2): bref déjà
, vous avez, aux États-Unis, des titres d'honneur à faire valoir,
Mais aussi, soyez Américains, ou mieux, pour nous servir d’un terme nouveau, mais juste, soyez Franco-Américains, Franco-Américains en vous pénétrant de la Constitution de la République, Franco-Américains en l'observant par le plus pur civisme, en la protégeant de vos corps, s'il le faut. Ainsi vous concourrez à la création de la plus grande patrie qui puisse se voir, la patrice américaine.
(1) Citons le Rhode-lsland, où l'évêque, Mgr M. Harkins, Suivant son zèle pour le bien des âmes, crée Pour nous des paroisses, là où besoin s’en fait sentir.
() M. le gouverneur Pothier, R. L, M. Alphonse Gaulin, consul à Marseille, France ; M. Renaud, assistant attorney seneral, à New-York ; M. Hugot, à Dubuque, de Fall River, Mass. juge de la Cour Supérieure, ete,
Le citoyen chrétien,
Quel est le parfait citoyen ? L'on nous répondra : celui qui, se rendant compte de ses devoirs envers l'État, les accomplit avec fidélité, désintéressement, dévouement, et, au besoin, sacrifice et immolation.
Le cherchant, nous dirions avec le Sage : «Où est-il, afin que nous puissions le louer ? Il a fait des merveilles en ce monde (1). » C'est une pierre pré-. cieuse aussi bien que rare. @ Il faudrait aller loin, dépasser les frontières pour en admirer l'éclat (2).» Pourtant il doit être quelque part; Dieu n'a pas abandonné l'homme appelé à vivre en société, il a dû lui communiquer une grâce particulière qui l'aide et en fasse un « homme du dehors », pour qu'il se répande au-delà de son cer-le intime. A la faveur de sa lanterne, en plein midi, Dioge se che chait un homme sur la place publique ; nous, n crrons en tous lieux pour trouver un citoyen plet. Où est-il”?
Le voici, nous le reconnaissons à ce signe chrétien. Oui, tel est le vrai, le parfait citoyen. S'il y avait dans la société et la patrie des homn dignes du sceau qui a été imprimé sur leur from par le Baptême, comme elles s'en trouveraient
(1) Eceli., xxx.
(2) Proverbes, XXx£
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mieux ! Ce serait la perfection du genre, le ciel sur terre,
Qu'est-ce donc que le citoyen chrétien? Est-il ange où homme? Existe-t-il parmi nous ? Y a-t-il un mortel qui aime tout à la fois deux patries, celle d'ici as et celle de là-haut ? Écoutons le Maitre de la Cité de Dieu, que nous avons loué dans nos transports pieux et dont le règne fut celui du civisme le plus pur : « Aimer les deux patries, dit Léon XII, celle de la terre et celle du ciel..., tel est le devoir essentiel des chrétiens (1). »
Il a été, le citoyen chrétien, l'histoire a enregistré son passage dans l'humanité, passage semé de bienfaits; et il existe encore, quoique se manifesant moins qu'aux temps où il eut à lutter pour ses droits à l'existence, autant que pour ses droits à la liberté garantie par la « charte de Dieu », selon le mot de Montalembert.
C'est un regret que nous exprimons, pourquoi se montre-t-il si peu tel qu'il est ? Pourquoi sépare-t-il ces deux mots si bien faits pour s'allier : citoyen et chrétier: Pourquoi ne les tient-il pas réunis pour assurer Sa part d'influence dans l'État, pour faire contrepoids au mal et jeter dans la balance sa par--
ipation au bien ?
las ! trop nombreux sont les chrétiens de nom vulement. Ils se divisent en catégories, qui, à notre point de vue, n° valent pas mieux les unes que les autres.
Il y a les chrétiens à contemplations, qui ne
‘mandent qu'une chose, qu'on les laisse en paix
cl, -apientiæ christian.
réciter leurs Ave, « qui prient, reçoivent les sacre. ments, même les administrent, mais ont peur de faire un pas en avant (1) ». Serait-elle vraie cette parole : « Je ne connais pas un pays où les catholiques aient pleine conscience de leurs avantages °t de leurs devoirs » ? Il y a les chrétiens apathiques, qui, presque souria ‘ :* croisent tranquillement les bras en face de :: .ables disputes humaines. Il y a les chrétiens + ; d'un beau désespoir » qui abandorunent tout à Dieu, et croiraient au triomphe du mal, si le mal devait, un jour, l'emporter. Combien se reconnaissent à cette confession : « Si l'on mauque à l’Église ou qu'on la persécute, nous gémissons, — et nous sommes admirables de gémissements, — nous ne remuerions pas le petit doigt pour prévenir une injustice future. Il ya là un triste défaut d'esprit catholique public. Nous sommes dévoués à la religion, le dimanche, ou lorsqu'il s'agit de faire notre prière du soir ; dans les batailles 1 monde, nous semblons ne pas la connaître, et, ; hommes publics s'empressent de s'en dévéur. »
Il y a les chrétiens moins endormis, mais d'une activité qui rapporte. Ils sont citoyens, pourvu qu'ils aient des charges rémunératrices, Juifs par la cupidité et Machiavels par les moyens. Engourdis dans la religion, ils sont ardents dans la politique, une politique fructueuse de toutes sortes de biens, même mal acquis. « Est-ce que les catholiques d'Amérique, par exemple, apportent au travail
(1) Archevêque IrkLAND, de Saint-Paul (Min.) : Discours prononcé à la cathédrale de Baltimore, le 10 novembre
TU NUE r de *ette holies et ues, nent nes.
) qui 1phe joml'on misisseloigt à un somqu'il tail:
ître, lévé-
l'une urvu
par ourolitis de holiavail
Cours mbre
de la religion cette fatigable énergie et ce plein cœur sans limites qu'ils font voir dans le: affaires séculières (1) ? » Il y a les chrétiens qui ne feraient pas difficulté de renoncer à ètre enfants de Dieu, se glorifieraient d'être enfants du siècle, et, dans leur conduite, paraissent n'avoir que la foi qu'ils ont reçue € par accident ». Ils n'ont d'autres pensées que d'amasser les biens matériels : là se borne leur ambition. “n attendant les biens spirituels, ils se repaissent grassement. Il y a les chrétiens qui combattent. Et pour quelle cause”? Ignorrnts de la dignité qui leur a été conférée, plus ignorants encore de la grâce divine qui les a accueillis dès leur berceau, presque indignés de l'abus que l'on a fait le leur liberté en leur ouvrant les portes du Christianisme, ils ragent d'être chrétiens. Non contents d'applaudir à l'État qui a chassé Dieu de l'école, ils voudraient l'Église asservie et proscrite d'un monde «où elle n'est pas pratique ».
Pour compléter la liste des citoyens dont se compose l'État, à ces différentes classes de chrétiens ajoutons ceux qui, nés dans l'exclusion de toute religion, ou élevés dans la haine de tout ce qui y touche de près ou de loin, absorbés par le matérialisme, n'ayant d'autre fin que la terre dont ils vivent, nient le principe du bien. Fatalistes, ils livrent tout au hasard; la Providence n'a aucun sen: en leur esprit, la vocation de tous à une mission particulière ici-bas, encore moins : « Qu'est-ce que cela? disent-ils. L'important, le seul nécessaire est de « gagner sa vie », le surcroît est de
(1) Ibid.
capter la confiance de ses semblables et d'arriver au premier rang parmi eux. Qu'y a-t-il ensuite ? »
Aux uns comme aux autres, à tous nous désirons faire entendre qu'il ne peut être d'État sans religion, de peuple sans christianisme, de citoyen sans foi, et que la source du vrai civisme se trouve dans l'âme formée aux enseignements de l'Église et pénétrée de la grâce divine. Non, la patrie ne saurait avoir de plus fidèle serviteur, de plus courageux défenseur, de membre plus dévoué que le citoyen chrétien : il réunit en lui ces deux qualités qui le perfectionnent : la subordination et le désintéressement poussé jusqu'au dévouement.