ORNE
La loi de la subordination a-t-elle changé depuis qu'elle a été promulguée par le Christ et confirmée par l'Apôtre ? L'Église lui donne-t-elle aujourd'hui la même interprétation ? L'auguste Pontife, qui s'est siactivement mêlé au mouvement social, s'est ainsi exprimé : «Oui, les chrétiens entourent d'un respect religieux la notion du pouvoir, dans lequel, même quand il réside dans un mandataire indigne, ils voient un reflet et comme une image de la divine Majesté. Les chrétiens sont tenus de respecter les lois non pas à cause de la sanction pénale dont elles
| menacent les coupables, mais parce que c'est pour eux un devoir de conscience (1). »
Elle est restée célèbre la Lettre où Léon XII fit la reconnaissance publique de tout pouvoir, qu'il s'appelle monarchie, empire ou république (2). Pour lui, l'autorité établie, quelle qu'elle soit, commande le respect et l'obéissance.
Lorsque, en 1892, le gouvernement français causait tant de déboires à l'Église et préparait — ce qui est arrivé plus tard — la rupture du Concordat, la spoliation des sanctuaires, des presbytères et des couvents, l'expulsion hors de la patrie des religieux et religieuses, il dut en coûter à ce Père des chrétiens d'apposer sa signature à cette Lettre qui traçait une nouvelle ligne de conduite aux plus fidèles comme aux plus fervents défenseurs de la cause ‘atholique, qui se trouvaient dans les rangs opposés à la République. Quels furent les tourments de son âme ? Dieu seul le sait. Mais il était en face du prin-
cipe chrétien : « Omnis potestas a Deo. tout pou-
Q) Léox XIIT: Encyel. Sapientiæ christiance.
(2) Encyel. Au milien des sollicitudes.
voir vient de Dieu » : il suivit son Maître qui fut crucifié au nom de la Loi, et ne protesta que contre ceux qui la pliaient à leur malice et leur cruauté, nouveux Pilates qui n'allaient pas jusqu'à se laver les mains de leur crime. Ce fut un étonnement universel, non pas seulement chez les enfants du siècle, chez les ennemis de !’’iglise, mais encore dans les bataillons de la milice chrétienne, Certains chefs de celle-ci, que l'éloignement du Vieux-Monde avait rendufétrangers + . traditions européenaes et qu'une démocratie toute de tolérance et de liberté avait formés à l'amour de la constitution ré;-ublicaine, ne purent, dans leur surprise mêlée de joie, s'empècher de s'écrier : « Le sourire de l'Église, que les empereurs et les rois réclamaient autrefois comme leur droit exclusif, se tourne maintenant vers la forme la plus belle et la représentation la plus élevée des droits populaires, vers la République. Remercions Dieu d'avoir assez vécu pour connaître ei aimer Léon XIII (1)».
Nous avons parlé d’étonnement. Oui, il fut tel que les plus éminents avocats de l'Église, soit à la trikune, soit dans la presse. soit même dans les palais épiscopaux, ne comprirent pas. Le Pape fut obligé, à diverses reprises, de préciser sa pensée, particulicrement dans sa Lettre aux Cardinaux français. « Nous tenons à le répéter ‘t-il, pour que personne ne se méprenne sur not nseignement . un des moyens (d'assurer l'union entre les catholiques désireux du bien général) est d'accepter sans arrière-
(1) Mgr IRELAND : Discours prononcé à la cathédrale de Baltimore, 1893.
pensée, avec cette loyauté parfaite qui convient an chrétien, le pouvoir civil, où, de fait, il existe. Ainsi fut accepté, en France, le premier Empire, au lendemain d'une sanglante et effroyable anarchie : ainsi furent acceptés les autres pouvoirs, soit monarchiques, soit républicains, qui se succédèrent jusqu'à nos jours. »
Afin qu'il n'y eût aucun malentendu, avec quelle clarté, dans une auire circonstance, il avertit les atholiques « de se placer résolument sur le terrain des institutions existantes que la France s'est données, pour y travailler à l'intérêt commun, de la religion et de la patrie (1) »! Quelle insistance il mit à recommander « à tous les hommes de sens et de bonne volonté la nécessité d'accepter, d'un commun accord, la forme de gouvernement actuellement constitué (2)! » Le sacrifice fut grand, pour les partisans d'une politique contraire, il fut grand pour les blasonnés de l'antique royauté, il fut grand, dirons-nous, pour un elergé accoutumé à ne pas séparer Dieu du roi ; mais, il fut beau, il fut presque divin, puisqu'ils déposèrent sur l'autel de la patrie leurs attachements, leurs espérances, tout un programme militant, pour obéir à la loi de subordination, nouvelle à leurs yeux dans sa manifestation, que venait de leur imposer le Maitre, guide éclairé des nations.
Ge spectacle de soumission résignée ne se présentait pas pour la première fois dans l'histoire de l'Église : il fut à son aurore. Qui fut plus respec-
@) Lettre au Cardinal Richard, le 3 juin 1898. (2) Lettre au Comte de Mun, lez janvier 1853,
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