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tueux envers le pouvoir que le citoyen, malgré les persécutions dont il était l'objet, qui l'atteignaient jusque dans son existence”? IL nrotestait devant ses juges, mais il ne maudissait pas la main qui le frappait. Bien plus, il préchait à ses frères respect ct soumission aux lois. « Un tyran peut être assis au tribunal ; mais, l'abus n'enlève pas le droit. Il répélait le mot du Seigneur assailli de toutes parts par ceux qui le voulaient faire périr : « A Dieu ce qui est à Dieu, à César ce qui est à César », ajoutant : « À Dieu notre âme, à César notre sang ». Il saluait l'empereur dans l'arène où il allait passer sous la dent des bêtes, « comme le froment sous le crible » : « Ave Cæsar, morituri te salutant, Salut, César, ceux qui vont mourir t'adressent un dernier salut de citoyen ».
Le Christianisme a multiplié les martyrs du civisme presque aveugle.
Aussi, quel était le plus fort argument qu'apportient les défenseurs des chrétiens auprès de leurs tyrans? Leur respect du pouvoir et leur obéissance aux iois. C’est ainsi qu'Athénagore adressait cette avostrophe à Marc-Aurèle et à son fils Commode : « Nous qui 1e faisons rien de mal, n us qui, de tous vos sujets, sommes les premiers à remplir, et envers Dieu et envers votre autorité suprême, les devoirs de la piété et de la soumission, c'est nous que vous laissez poursuivre, dépouiller, disperser (1)! » Il n'est pas de plaidoyer plus inattaquable que l'A pologétique de Tertullien. « Le chrétien, dit-il, n'est l'ennemi de personne : comment le serait-il de l'em-
(1) Legal... pro Christian»,
pereur, qu'il sait établi par Dieu, qu'il a pour cela le devoir d'aimer, de révérer, d'honorer, dont enfin il doit souhaiter la prospérité avec celle de tout l'empire (1)? » Il ne craint pas, en face des faits qui crèvent les yeux d'évidence, d'affirmer que, dans toute l'étendue de l'empire romain, on voyait diminuer le nombre des ennemis de l'État dans la mesure où s'accroissait le nombre des chrétiens. « Si maintenant, ajoutait-il, vous avez moins d'ennemis, c'est à cause de la multiplication des chrétiens, car vous comptez aujourd'hui, dans la plupart des cités. presque autant de chrétiens que de citoyens. » L'épitre à Dionète atteste qu'à cette époque les chrétiens, non seulement se montraient les fidèles observateurs des lois, mais dépassaient les obligations légales dans leurs devoirs. « Les chrétiens obéissent aux lois établies, et, par le mérite de leur vie, ils vont plus loin que les lois mêmes. »
S'ils avaient considéré l'autorité établie du même œil que les révolutionnaires de 1789 et 92, de 1850, en France, ou que les anarchistes de la Russie, après la guerre de Mandchourie, peut-être nous auvaient-ils paru justifiables : ils souffraient tant ! les lois étaient si arbitraires et le pouvoir si cruel! Mais non, ils aimèrent mieux mourir, « être témoins de leur civisme en se laissant égorger ». Tels étaient les édits des empereurs, telles étaient les menaces des préteurs : ils devaient abjurer leur foi. Quelle fut leur conduite ? Se soulevèrent-ils ? Non, ils ne firent entendre qu'une seule revendication, celle de leur droit de se déclarer chrétiens, lorsque ce droit
(1) No 35,
n'excluait pas l'accomplissement de leurs devoirs de citoyens.
Étaient-ils en état d'opposer la résistance ? Est-ce à cause de leur faiblesse qu'ils se soumirent à un pouvoir, dont les païens eux-mêmes sentaient le joug écrasant, et dont ils comptaient se débarrasser à la première occasion? Qu'on ne le croie pas. Ils furent, un jour, tellement nombreux que Tertullien s'écriait : « Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons tout ce qui est à vous, vos villes, vos forteresses, vos municipes, vos conciliabules, vos camps eux-mêmes, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum (1). » Cependant, ils préféraient la palme du martyre au poignard de Brutus. La guillotine eût-elle été inventée, ils n'y auraient pas fait monter leurs Césars.
Cette conduite, l'Église n'a cessé de la tenir; ce civisme, elle n'a cessé de l'enseigner. Comment aurait-elle agi autrement, puisque son propre gouvernement repose sur l'ordre qui va du plus grand au plus petit”? Sa sublime et sainte hiérarchie est une chaine dont le premier anneau est attaché au ’ape et le dernier au plus humble des fidèles. Que ces anneaux se brisent, elle n’est plus cette société unie, forte, permanente, telle que l’a constituée son Fondateur, elle n’est plus l'Église, ce qui n’arrivera jamais, appuyée qu'elle est sur les divines promesses. Cet ordre qui brille en son corps, elle
(1) Apolog., n° 37,
l'étend sur la société civile: ses sollicitudes pour le bonheur de ses enfants ne s'arrétent pas aux bornes qui séparent le spirituel du temporel ; non, elle les franchit, elle prêche la subordination dans l'État.
Il en est qui ne l'ont pas entendue :; mais sa voix puissante et douce à la fois a retenti pour les ramener au devoir ; quelquefois elle est devenue menacante, quand ils s'obstinaient à la révolte. Oui, des chréliens se sont levés, qui se sont atlaqués au trône où à la république : mais, ils n'étaient pas le Chrislianisme, ils étaient sortis de l'armée pour se mutiner. Puis, 1's avaient souffert des abus d'un pouvoir outrepassant ses droits et, humains ‘ leur “preuve, ils poussaient un cri d'indignatic:i: à s'armaient du fer et de la torche incendiaire. L'Église, alors, finissait par déposer sa longanimité, elle prenait toutes les sévérités d'un père qui corrige et flaselle, son front se chargeait de menaces, ses yeux s allumaient d'un légitime courroux, et de ses lèvres tombaient des anathèmes ; aux flots qui envahissaient un rivage dont ils n'étaient pas les maitres, elle disait : vous n'irez pas plus loin. Peu lui inmportait de monter sur les barricades pour protester, au risque des coups de feu : elle voulait apaiser et rentrer tout dans l'ordre. Elle fut à son poste, à la Commune de 1850, quand l'évêque Darboy et les olages, adossés aux remparts de Paris, furent percés de balles, parce qu'ils s'étaient mélés de réprimer une révolution qui repoussait toute autorité divine et humaine, et inondait de sang les rues de la ville, dans sa résistance insensée an gouverne. ment de la Défense nationale que la France s'était donné après la défaite de ses armées.
Pour rappeler un fait ineffacable de notre histoire, quel soulèvement parut de prime abord plus légitime que la rébellion de 1833-38? Malgré sa témérité, Papineau avait à cœur de délivrer nos pères d'une oligarchie qui les opprimait ; Chénier et Nelson concentraient en eux tout un peuple fatigué d'un joug plus qu'insupportable. Ne blämons pas trop vite ces paysans, qui n'avaient que leurs fourches et des fusils démodés à opposer à la discipline et à l'armement parfait des soldats anglais : ils étaient sincères. Rendons même hommage à leur patriotisme et à leur bravoure. Cependant, jugeons-les à la lumière du strict devoir. Que pouvaient ces « bonnes gens » contre une force alors reconnue invincible ” Assurément, ils étaient le petit nombre de leurs concitoyens ; puis l'avenir a prouvé que leurs espérances de liberté se sont réalisées plus par la parole que par les armes. C'est, d'ailleurs, ce qui a fait le succès de leurs descendants dans toutes leurs revendications.
Des écrivains légers, plus portés à considérer les événements par le sentiment que par la raison, plus sympathiques aux victimes de l'exil et de l'échafaud qu'à la majorité du peuple retenue dans des moyens plus pratiques. quelques-uns, hélas ! rejetant l'action de la Providence parmi les nations et prévenus contre un clergé qui leur préchait le devoir, ont blàmé l'attitude de l’épiscopat en cette circonstance. Comme on le voit dans l'histoire des siècles, l'Église «n'eut pas tout à fait tort », le procédé qu'elle conseilla aboutit au plus heureux des résultats. La rébellion n'eut pour effet que le délai dans la reconnaissance de nos droits et le châtiment trop rigou-
ire, égiméères Nell'un trop hes et à ient 1'10es à ces nue ibre que | par ‘qui utes
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reux de ceux qui l'avaient dirigée, Cartier, l'un des chefs, créé plus tard baronnet par l'Angleterre, après en avoir été l'adversaire, l'admit dans le ‘alme de l'homme d'État,
Quels furent les vrais défenseurs du peuple, en même temps que du pouvoir établi par un traité, signé d'accord aves la France ? Est-ce que ce ne furer les rep: ‘sentants de l'Église” Et les citos ii cout la voix de leurs pasteurs, c'est les citoy: 8 chrétiens, ne rendirent-ils pas Service leur jays? Le sang n'eût pas cou ele, si 1 n se fût rendu aux conseils de | de Montreal. C'est l'enseignement de l'Eg qu'il énencait ainci à ses ouailles : « Depuis long! aps, nns nent: - parler que d'agitation. de à te lan iYS toujours renommé jus © por sa lo\auté, son esprit de paix els mou ur a religion de ses pères. On voit
sclever contre leurs frères, les
ce is, les citoyens contre leurs ‘en iscerde, d'un bout à l'autre de ce cèse, le ave: brisé les liens de la charité qui unis: embres d'un même corps, les enfants d “glise, du catholicisme, qui est une religion . Nous ne nous donnerons pas notre sentismest comme citoyen, sur cette question purement p itique : qui a droit ou tort entre les diverses branches du pouvoir souverain Mais la question morale, à -:voir, quels sont les devoirs ‘ l'égard de la puissance civile et constituée dans chaque État, cette question religieuse, dis-je, est de notre ressort et de notre compétence... Ne vous laissez pas séduire, si quelqu'un voulait vous engä-
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