‹ Le citoyen [microforme]Chapitre 36 sur 51 · ES · texte numérisé non relu

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ger à la rébellion, sous prétexte que vous faites partie du peuple souverain : la trop fameuse Convention nationale de Fr-nce, quoique forcée d'ad. mettre la souveraineté du peuple, puisqu'elle lui devait son existence, eut bien soin de condamner elle-même les insurrections populaires en insérant, dans la Déclaration des droits de l'homme, en tête de la constitution de 1595, que la souverainete réside, non dans une partie, mais dans l'universetité du peuple, Or, qui oserait dire que dan vavs la totalité des citoyens veut la destructi- sun gouvernement (1)? »

S'il manque un monument digne di ‘vèque Lartigue, il s'en est élevé un plus durable et plus pur que le bronze par cette Lettre toute pleine de la doctrine de l'Église et du plus grand civisme, Il n'empécha pas l'eflusion du sang: mais, il circonscrit la révolte dans des limites étroites, il sauva le Canada des horreurs d'une gucrre civile et assura au pouvoir une soumission qui lui eût coûté cher, qui sit même ? qui lui eût peut-être fait défaut : il ÿ a ant d'imprévu dans l'histoire des peuples !

Ce n'était pas la première fois que l'Église était, sur ce continent, le bras droit de l'autorité civile :

779 et 1812 sont là pour l'attester,

La première date eût été fatale à l'Angleterre, elle eût perdu l'immense domaine, qui est le plus bel ornement de son Empire, elle eût été rejetée au-delà de l'Océan, elle eût été forcée de quitter à jamais cet immense et riche territoire, dont la conquête fut le fruit de tant de sacrifier, : a elle avait

(1) GARNEAU : Histoire du Canada, u: ie.

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chassé la France Par plus d'un siècle de travaux ‘normes, si le clergé n'eût tenu dans le devoir une Population qui avait tant de réclamations à Londres elecontre Londres,

Nous avons fait ressortir, d lentes, la vaillance de nos pères dans une guerre dont l'issue fut l'indépendance des premiers États de l'Amérique. Disons seulement combien fut ‘mirable, en cette oc ‘asion, lorsqu'ils jetérent dans la bal vice d'une nation (

ans des pages précé-

leur vertu civique, ance leur épée, au ser- Jui avait pesé sur ex de tout le boids de la tyrannie. Pourquoi le firent-ils ® Ne le demandons qu'au principe chrétien que l'Église s'ava dans leurs cœurs. S'ils avaient cédé à des “itiments de revanche, s'ils avaient Pr'otité de la laveur du sort, le Canada ne serait plus une colonie britannique ; ou il Compterait parmi les républiques du Nouv *au-Monde, ou il serait au nombre des États- Unis, Grâce à l'Église qui leur parlait Par ses ministres, grâce à la loi de subordination qu'elle leur prechait, ils ne furent ni une république trop faible ni ne partie négligeable, noyée dans le grand tout tnéricain.

Quelle n'a pas été la loyauté des Canadiens, INt2? pourtant leurs griefs n'av ses, malgré les promesses de 1 "enouvelées, lorsqu'elle ec

en aient pas été redresa Métropole, sans cesse OMmptait sur eux pour |:

strde de son domaine, malgré les oflres alléchantes que leur faisait entendre le Congrès, qu'elle dut thtendre, elle aussi. « Séparés de l'Angleterre, leur écrivait le général Hull, par un océan immense et un vaste désert, vous n'êtes Das admis dans ses con-

“ils, et elle ne consulte Pas vos intérêts. Vous avez

éprouvé sa tyrannie, vous avez connu son injustice. Les États-Unis sont assez puissants pour vous protéger.. Je vous offre les avantages inestimables de la liberté civile, politique et religieuse... C'est cette liberté qui nous a fait triompher dans les orages de la révolution, c'estelle qui nous a portés au rang élevé que nous occupons parmi les nations de la terre, c'est elle qui nous a procuré plus de sécurité, plus de richesse que n'en a jamais possédé aucun autre pays (1). »

Quelle force les arrêta dans cette tentation”? Qu'est-ce qui les anima dans leur résistance et sur terre et sur mer? Ce dévouement à la cause d'un gouvernement qui ne leur était pas très sympathique, cette bravoure cet cette discipline qui amentrent le succès d'armes autrefois ennemies, particulièrement ces victoires remportées sur le Lac Érié et à Châteauguay, qui achevèrent la reconnaissence de l'Angleterre en ce continent: tout cela ne venaitil pas des avertissements et des exhortations de l'évêque Plessis à ses ouailles, de la conduite et de l'exemple du clergé, de la soumission vraiment chrétienne de la classe dominante et de la confiance du peuple en ses chefs spirituels? Dans un pays où tout n'était encore qu'incertitude, où l'avenir se dessinait à peine, où le moindre nuage annoncait une tempête, le citoyen rentrait dans le calme du devoir, prenait les choses de plus haut, d'après les principes que lui dictait celle qui avait été la providence des peuples, l'Église inspirée de sagesse et d'amour: il fallait taire les révoltes d’une âme qui a

(+) Zbid,, vu, 160.

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souflertet souvent crié en vain, pour n'obéir qu'à la voix qui lui commandait le respect du pouvoir.

Nos ancêtres n'auraient pas lieu de se repentir d'avoir suivi alors de si sages avis, s'ils étaient témoins des heureux effets qui en résultérent ; ils y verraient les fruits de leurs vertus civiques et conjureraient leurs fils de les reproduire dans la cité et l'Etat. « Soyez citoyens chrétiens, leur diraient-ils : dans les troubles des révolutions comme dans les sérénités de la paix, laissez-vous guider par la houlette que le Dieu des peuples à mise entre les mains d'hommes choisis pour conduire son troupeau dans les pâturages terrestres aussi bien que célestes. Dignes successeurs des Briand. des Plessis, ils ont la lumière des conseils et la charité des œuvres. L'histoire vous apprend que nous n'avions de diftérends qui n'étaient réglés Par nos pasteurs, Aujourd'hui que le passé a ouvert un sillon d'expérience, nous rendons hommage à leur sagesse et à leur dévouement. Que fat devenue la génération qui sortit de nous etdont vous êtes, si nous avions refusé de marcher dans les sentiers qu'ils nous traçaient ” Cette pensée nous ellraie, comme si l'épreuve était irecommencer, Qu'ils en soient remerciés, tout tient encore debout de ce que nous avons édifié. Nous “Vons espoir que rien ne s’effondrera. parce que votre civisme chrétien, ayant le même appui que le nôtre, en sera l'inébranlable soutien ».

Est-il plus noble passage à travers l'histoire que

celui du chrétien ? I ne plia pas en esclave devant

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Énnemau:

ses maîtres : il les servait, parce qu'il voyait Dieu en leur personne, quoique indigne. Quand il était condamné à cause de sa foi, il n’abjurait pas son civisme, ilpoussait le culte du pouvoir aux plus sublimes sacrifices, sacrifice des siens aimés, sacrifice de ses biens acquis par tant de travail, sacrifice des honneurs et des dignités, sasrifice d'un avenir qu'il espérait meilleur, sacrifice d'un âge mûr où se déploieraient ses forces, sacrifices de ses vieux jours attendant un repos doux et mérité.

Lorsque l'occasion se présentait de répondre bienfaits contre injustices et persécutions, il en profitait pour manifester son civisme. Au temps où la religion du Christ était, pour les empereurs romains, synonyme de révolte, et, par conséquent, proscrite, traquée comme une bête fauve, il donnait des témoignages non équivoques de l'esprit qui l'animait. Marc-Aurèle le reconnut et lui marqua sa gratitude, après le miracle de la Légion fulminante.

Si telle fut la conduite des chrétiens, quand ils asveient paru dégagés de leur sujétion à l'égard de maitres qui abusaient contre eux de leur puissance, quelle ne fut-elle pas dans les adoucissements de la paix, dans le gain de libertés si longtemps convoitées, dans ia recherche que l'on faisait de leur alliance, dans une supériorité qui s'imposa jar le nombre ou l'élévation d'un des leurs au poste de chef de la nation !

Pour passer à nos temps. rappelons quelques faits plus modernes.

L'Église n'a cessé d'inviter les fidèles à prier pour l'autorité civile. Selon les circonstances, elle

mit dans leur bouche ce antique du Psalmiste : « Domine, saloum fac regem, Seigneur, sauvez le roi », où «€ Salvam fac rempublicam, sauvez la république ». C'est ce qu'ils ont fait. Qu'il est impressionnant, ce chant échappé de poitrines chréliennes dans nos assemblées en masses dans nos églises, le dimanche ! Grande était notre émotion, lorsque les voûtes de la Basilique de Québec en vibraient : les flots de la mer ébranlent ainsi les rochers du rivage de leurs coups redoublés. Notre peuple n'en aurait pas de moins solennels, ni de moins pieux accents pour ia République américaine.

Nous avons souvenir d'un événement qui a frappé notre jeune âme, Le prince de Galles, héritier du trône d'Angleterre, plus tard Édouard VII, fut illeint d'une grave maladie. Ce fut une consternalion générale au Canada. L'autorité ecclésiastique invita les fidèles à la prière. Les temples se remplirent, les hymnes s'élevèrent, d'ardentes supblications montérent au ciel. Dieu exauca tant de vœux : «il sauva le roi » futur, et le Te Deum retentit en actions de grâces.

Depuis ce temps, Édouard a passé, après un règne court, mais fructueux. Il est bon de connaitre comment son fils et successeur, le roi Georges V, apprécie le civisme des Canadiens. « Comme au temps de Ines précédentes visites au Canada, ditil un jour,

je trouve ici, à Québec. les vreuves non équivoques

de l'attachement profond des sujets franco-canaliens pour le roi. Leur fidélité éprouvée dans les

jours sombres et difficiles, jours heureusement bien

loin de nous, est un des Plus éclatants hommages

qu'il soit possible de rendre au génie politique du ouvernement de l'Angleterre... (1). »

Le >; octobre 1907, Pie X recevait une mission extraordinaire de la part de l'Empereur de l'Éthiopie, Ménélik IL. L'ambassadeur lui adressa un discours plein de courtoisie. Ce roi était païen, mais il tenait en mains le sceptre de l'autorité. Aussi le Pape, profitant de cette solennelle circonstance pour le rassurer sur l'œuvre des missionnaires qu'il avait envoyés dans son empire, répondit en ces termes : « Dites à votre grand maître que, éloignés de toute rébellion, ennemis de toute fraude, de toute embüûche et de tout mensonge, prêchant à ses peuples la doctrine de l'Évangile, qui est une doctrine de charité, d'humilité et de parfaite soumission aux autorités constituées, ils (les missionnaires) lui rendront les meilleurs services en lui préparant des sujets fidèles, des soldats valeureux et des champions courageux pour soutenir son autorité et défendre son trône (2). »

On nous objectera, sans doute, les soulèvement: épars provoqués en France, en 1906, par l'inven taire des églises et la saisie des résidences du clergé. Tout d'abord, ce ne furent que des faits iso: lés, les catholiques en immense majorité s'en abstin: rent, ils souffrirent en silence, leurs chefs se con: tentèrent de protester, comme ils en avaient li droit, étant citoyens, contre une loi injuste et spo liatrice : ils surent établir une distinction entre k

(1) Discours prononcé au grand banquet des fêtes di troisième Centenaire de la fondation de Québec, en juille 1Y0N,

(2) Revue de Rome, 8 novembre 1907.

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république et un gouvernement qui usait de sa force pour les opprimer. Puis, on sait que les foules, quand elles sont atteintes dans ce qu'elles ont de plus cher, ne sont pas maîtresses d'elles-mêmes et qu'il est bien difficile de les contrôler. En ces circonstances, les évêques chassés de leurs palais (1), les curés de leurs presbytères, les religieux et les religieuses de leurs cloîtres, des hôpitaux, des asiles d'orphelins et de vieillards, étaient peu à même de se soustraire aux acclamations qui faisaient de leur expulsion un triomphe, et de contenir les cris d’indignation qui s'échappaient d'âmes blesseées.

Si les organisateurs de cette persécution, les Nérons en petit, pouvaient parler sans parti pris, si nous ne savions qu'ils ne cherchent qu'à trouver l'Église en défaut et ne font que l’abreuver d’'accusations inspirées par la haine et le mensonge, que le seul nom de christianisme allume en eux une colère satanique, nous leur demanderions ce qu'ils pensent de l'attitude calme, celle du divin Maître au milieu de ses bourreaux, du Pape, en cette circonstance, Qu'ils eussent été heureux, s'il avait ouvert la bouche pour conseiller la révolte! Leurs pièges tendus à Ja longanimité auraient justement répondu à leurs désirs. Quelles désillusions un tel silence fut à leurs desseins francs-maçonniques !

Mais, nous allons trop loin ; non, Pie X ne garda pas jusqu'à la fin un silence qui eût été coupable chez le Pasteur des âmes: à limitation du Seigneur garrotté au sortir du jardin des Oliviers, « Remettez

QG) Entr'autres celui de Nancy.

l'épée dans le fourreau », dit-il à ses disciples. Oui, il les exhorta à la patience, à la modération, et, pardessus tout, à la prière. Il y en eut parmi eux qui furent scandalisés : ils ne le comprenaient pas. « Attendez — toujours attendre ! — nous vous avertirons de l'heure où tous, sans défection aucune, vous aurez le devoir d'opposer la résistance à la violence, » Il ne l'annoncait pas, cette heure si tardive à sonner aux oreilles qui l'espéraient. Ses Lettres au Cardinal Riçhard, de Paris, et aux évêques de France, répétaient le mot patience. Patience, selon son étymologie, ne signifie-t-il pas « souffrir »°? Chers frères, vous souflriez; mais, au pied du Calaire, le Christ ressuscité apparut triomphant, la croix suspendue au firmament fut le signe de la conversion de Constantin : en ces jours de tristesse et de larmes, n'avez-vous pas vu au ciel le Labarum qui prophétisait la victoire finale”?

Il a été dit : « Semen martyrum, semen christianoruimn, du sang des martyrs naissent des chrétiens »; ajoutons : « des citoyens chrétiens » qui, par leur const=nce à l'épreuve et leur fidélité au devoir, ramèneut à eux des concitoyens qui ne les connaissaient pas : tels les catholiques des premiers États-Unis adoucirent le fanatisme puritain qui les avait ostracisés, et en tircrent la liberté de s'étendre et de se multiplier.

Le langage de l'Église est donc celui-ci : Ne touchez pas à l'Arche sainte, éloignez-en les mains sacrilèges, n'ébranlez pas les colonnes du temple; mais, chassez-en les profanateurs, c'est-à-dire, laissez intacte la forme du gouvernement légitime ; ais, combattez les lois injustes, et renversez de

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leurs bancs d'iniquité les hommes qui en sont les

auteurs arbitraires ou les exécuteurs aveugles. En

un mot, guerre à l'ennemi, mais respect au pouvoir !

L'incident suivant, que nous citons d'un journal (1), montre qu'elle enseigne la même doctrine Partout : « Dans un discours qu'il vient de prononcer devant une nombreuse réunion à l'école Saint- Benedict, le cardinal Gibbons a déclaré qu'il avait éLé fort étonné de recevoir une lettre dans laquelle le signataire demandait « s'il devait respecter M. Taft, le président élu, lequel, lui avait-on dit, ne croyait pas en Jésus-Christ ».

« J'ai peine à croire que celui qui a écrit cela est un bon catholique, s'est écrié le cardinal. L'Église nous enseigne que les autorités civiles doivent être respectées, quelles que soient la nationahté ou la religion des fonctionnaires. Vous devez respecter aussi bien les personnes à la tête du gou- Yernement que le Pape. En ce pays, on constate un grand mal qui fait présager une révolution ou un renversement de l’ordre social. Le seul moyen d'éviter une catastrophe est d'enseigner à nos jeurcs

gens le respect de l'autorité, »

Comment expliquer certains conflits entre les deux pouvoirs civils et religieux, qui eurent lieu, au scandale de nos ancêtres, par exemple, la fameuse dispute entre l'évêque de la Colonie ct le gouverneur de Mésy ? L'autorité ecclésiastique se départit-elle de ce respect ? Qu'on ne le croie pas ;

G) La Tribune de Woonsockret, R. L., 28 nov. 1908. dépéche de Baltimore, Md.

elle sut faire !à distinction entre le pouvoir civil et son représentant. Loin de diminuer aux yeux de ses diocésains le prestige de la couronne, Mgr de Laval l'éleva, l'illustra davantage par son appel au tribunal du Roi. Nous avons vu que, dans la suite, l'évêque Plessis fit de même à Londres, mélant dans ses protestations contre le gouvernement colonial celles de sa soumission à l'autorité royale.

L'histoire universelle a porté son jugement. Si des historiens, même païens, se sont inclinés devant le civisme des chrétiens, devons-nous faire cas des quelques rares qui ont tiré des conclusions géné-

rales d'exceptions où les avertissements de l Église ne furent pas écoutés ? D'ailleurs, ceux qui la condamnèrent furent les premiers à reconnaître l'omnis potestas a Deo, qu'elle répétait opportunè, importunè, sans cesse, quelles qu'en fussent les conséquences, favorables ou non :

Étaient-ils vraiment citoyens ces hommes, qui, en 1694, renversérent, en Angleterre, la monarchie des Stuarts ? Ilsétaient la minorité, et une minorité soutenue par l'audace et la duplicité, dans un pays qui n'aurait pas souhaité la chute de ses rois ©? Était-il citoyen Cromwell, le type imité, quelques siècles plus tard, de l’autre côté de la Manche, qui fit monter Charles Ier à l’échafaud attaché aux mu-

ailles de Whitehall ? Si elle est vraie la maxime de Cicéron, tant vantée par les modernes : Vox populi, vox Dei, la ee du peuple est la voix de Dieu. ce Protecteur et ses suppôts n'avaient pas à se récla-

mer de Dieu, aucun droit ne leur permettait d'ériger par la force armée un pouvoir pire que le plus outré des despotismes.

Nous ne disputerons pas sur les «droits de l'homme », nous nous en tenons au principe du « fait accompli », du gouvernement établi par le peuple dans la forme qu'il lui plaît de lui donner, Que #9 ait eu sa raison d'être, telle n'est pas la question. La même maxime qui condamne les révolutionnaires anglais, condamné ceux qui, en France, ne surent pas faire la distinction entre le pouvoir et les abus du pouvoir, abus que celui-ci, déjà averti, avait commencé à corriger. Pour prendre l'axiome en usage, « c'est la majorité qui fait et défait les souvernements ». Or, la Révolution française ne fut-elle pas en contradiction avec toutes les provinces voisines ou éloignées de Paris, dont l'âme était royaliste ? Est-ce le peuple français qui fut régicide ? Non, Louis XVI ne fut guillotiné que sur l'ordre de quelques misérables. Dans tout le pays la consternation fut grande à la nouvelle non seulement du crime, mais encore du changement subit, “ans préparation, par conséquent non voulu, du pouvoir. Et ce fut la premiére fois que l'on fit sonner avec tant d'éclat le nom de citoyen, citoyen Robespierre, citoyen Marat, même citoyenne Charlotte Corday. Seulement il manquait à ce titre le qualificatif de chrétien : de {à l'anarchie répandant le désordre et la terreur, les mains pleines de sang, n'épargnant pas la vie d'une reine innocente, jetant ‘ans un infect cachot un enfant qui n'avait à ses Yeux d'autre tort que de porter au front le caractère d'une autorité séculaire, abattant « les plus hauts

pavots », s'attaquant jusqu'aux tombes vénérables de Saint-Denis.

Après le désastre de 1870, il parut nécessaire de changer {a forme de gouvernement pour rassurer le peuple pris de panique. Celui-ci se rendit, s'accrochant à la première planche de salut. La république fut proclamée. On vit alors ce qu'étaient ces gens qui élevaient au-dessus de tout le nom de citoyen dépouillé de christianisme : ils répétèérent les horreurs de 92. I fallut qu'un Mac-Mahon vint leur apprendre à se soumettre à l'autorité légitime, reconnue de tous, ou du moins ainsi proclamée,

En ce temps, Victor-Emmanuel entrait à Rome.

Il séparait la religion du droit de cité : le citoyen ne devait être que citoyen. Il mit une barrière entre le Quirinal et le Vatican. Qu'en est-il résulté ? Un gouvernement imposé par la violence, un pouvoir obligé de recourir à toutes les rigueurs de lois arbitraires pour tenir le peuple : ans la limite de la soumission. Son fils et successeur, Humbert, ne put s'empêcher de manifester ses regrets de l'abstention des catholiques, dont le civisme lui eût été un grand secours dans l'affaiblissement de son pouvoir; et le roi actuel, Victor-Emmanuel III, sait bien que ceux-ci seuls le rassureraient contre le socialisme qui l’assiège et la juiverie qui s'est emparée de sa ‘apitale (+).

Dans la guerre civile qui éclata en Russie, à la suite de l’anéantissement de sa flotte dans la mer

(1) En 1907, un juif, Nathan de son nom, fut élu maire

PA de Rome ; et, le 24 mars 1911, ce roi fut obligé de reculer ; il appela au Quirinal Bissolati qui cria, un jour, en 1900, en plein parlement ilalien : « Mort au roi : »

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>culer ; n 1900,

du Japon, Nicolas II dut reconnaitre que ses sujets les plus dévoués, ceux qui résistérent à l'entrainement général et sauvérent l'Empire, ce furent les citoyens de tradition chrétienne, le considérant “omme une personne sac: ‘€, « presque divine ». Il n'y eut pas que la force brutate qui le garda sauf à Tsarkoe-Sélo : elle ent bientôt cédé devant des millions de révoltés. Le Paysan par sa bonne foi fit ‘utant pour sa sûreté que la prison, l'exil en Sibérie, où la fusillade, l'assassinat politique.

O vous qui régnez, ne déposez pas le nimbe dont la foule voit votre front couronné ! Moïse eût-il délivré Israël sans les flammes qui rejaillirent sur lui du buisson ardent ? Juda eût-il été si puissant sans le rayonnement divin qui s'élançait du sceptre de David et de Saloms

n°? La Grèce serait dans l'oubli, si la divinité n'e

ût illuminé ses sommets. et Rome ne serait pas immortelle, si celle-ci n'eût présidé à ses conseils. Makomet lui-même eut recours à l'illusion divine pour fonder l'empire du Croissant, Pourquoi, par une crainte inexplicable, n OSEZ-VOUs commander ç de par princes du moyen âge? Avez-vous la conviction profonde que l'autorité divine est déposée en vos mains ? L'ayant, que ne luise-t-elle en toute la majesté de votre personne ! Que ne détermine-t-elle lous vos actes ! « Dii eslis, Vous êtes des dieux », à (it de vous le Prophète (1). Que ne le soyez-vous non pas pour vous, Un pas pour être encensés, mais pour le bon #ouvernement de vos peuples ! Le

culte religieux dont vous seriez entourés aurait un

Dieu », comme les ?

() Isaïe, xLt, 93.

sens, vous ne seriez que « des providences » pour l'humanité.

Par son étymologie, religion signifie lien. Elle relie, en effet, l'homme à Dieu, et aussi les hommes entre eux, Elle établit dans la société, et plus partiticulièrement dans la nation, des rapports sur lesquels repose l'ordre. Aussi, le rôle qu'elle y joue n'a jamais été considéré que comme bienfaisant- Les créateurs de peuples, les fondateurs d'empires et de républiques, les politiques, les moralistes, les historiens qui tirent un enseignement des faits, sont unanimes à ce sujet.

Napoléon I°' qui, désirant en imposer par le côté divin, voulut les onctions saintes, a émis celle maxime : « Une société sans religion est comme un vaisseau sans boussole (1). » — « On s'étonne, écrit le protestant Guizot, du malaise universel qui travaille les nations et les individus, les nations et les âmes ! Pourquoi ? je m'étonne que le malaise ne soit pas plus grand, l'agitation plus violente, l'explosion plus soudaine. La religion ! la religion : C'est le cri de l'humanité, sauf quelques jours de crises terribles et de décadences honteuses (2). » Écoutons le premier président de la République française, Thiers : «Si j'avais dans les mains le bienfait de la foi, je les ouvrirais sur mon pays. Pour ma part, j'aime cent fois mieux une nation

{1} Cité par la Revue de Rome, novembre 1907. (2) GuizLemix : Discours de circonstances, 4, 319 et suiv.

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‘royante qu'une nation incrédule. Une nation ‘royante est plus héroïque quand il s'agit de défendre sa grandeur. » Et Benjamin Constant, qui n'a pas péché £ar trop de religion : « L'époque où les idées religieuses disparaissent de l'âme des hommes est loujours voisine de la perte de la liberté, » En vérité, l'idée de chrétien comporte l'idée de vertu, si bien que l'on dit d'un homme qui en fait abstraction dans sa conduite : il n'est pas chrétien, Ce n'est pas de l'absence d'une vertu naturelle, mais bien religieuse, que parle Franklin, quand il dit: « Une nation ne peut être vraiment libre, si elle n'est vertu : :e, et plus les peuples deviennent corrompus et dépravés, plus ils ont besoin de Imaitres, » Ce Père de l'Indépendance des États-Unis, l'un des créateurs de la constitution démocratique qui les régit, n'entendait pas. cümme tant de nos contemporains, l'affranchissement de la religion pour les siens, et la mettait à la base du civisme. Elle est à méditer la décla ation qui fut signée sur le pont du Hayflower, le dimanche 21 décembre 1620. « Nous, soussignés,

les fidèles sujets de notre redoutable seigneur

le roi Jacques, par la grice de Dieu, roi d'Angleterre, d'Écosse, etc., i\ant entrepris, pour la gloire de Dieu, l'avancement de la foi chrétienne, l'honneur de eUde notre patrie, un voyage à l'effet de fonder la Première colonie dans le nord de la Virginie, reconnaissons solennellement et mutuellement en présence de Dieu, et l'un en présence de l'autre, que Par cet acte nous nous réunissons en un c politique et civil Pour maintenir entre nous le ordre et parvenir

notre roi

orps bon au but que nous nous proposons. »

PL

Ces «pèlerins du Nouveau-Monde » furent exagérés, oui : nous n'excusons pas les excès religieux auxquels ils se livrèrent, lorsqu'ils mirent pied sur le sol de l'Amérique, ils n'oublièrent pas incontinent leur éducation puritaine ; mais, leur pacte n'en était pas moins chrétien. Ils étaient à la recherche d'un rivage plus libre que celui de la Métropole, voilà tout : ils ne s'insurgeaient pas contre l'autorité établie, ce n'était pas le roi qu'ils fuyaient, puisqu'ils déclaraient fonder le «New Plymouth» en son honneur », mais les lois qui les gènaient dans leurs manifestations religieuses. Ils auraient été surpris, etauraient protesté de leur foi britannique, si on leur eût découvert dans l'avenir le lien colonial brisé. Ils laissérent après eux des traditions de respect à la Couronne, qui éprouvèrent la fidélité de leurs descendants : longtemps ceux-ci hésitèrent à se séparer de la mère-patrie, les uns se tinrent à l'écart dans le mouvement de sécession, les autres émigrérent au Canada pour y rester royalistes ;c'est qu'ils observaient le serment de leurs premiers pères.

Cicéron ne cessait d'entretenir les sentiments pieux des Romains, parce qu'il y voyait la gloire de le satrie dont il avait été proclamé « le deuxième Père ». « Omnia religione moventur, tout est mû par la religion », s'écriait-il dans un de ses plus fameux discours (1). Les plus grands génies, qui ont été les lumières de l'humanité, n'ont pas parlé autrement, tels Platon, Aristote dont € la Politique » a fourni des pensées que des orateurs comme

Bossuet ont revètues d'une forme chrétienne.

(Gi) Contre Verres, V.

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Le président actuel des États-Unis était d'accord avec Son prédécesseur, quand il s'exprimait ainsi dans un discours public : » Chaque fois que je suis chargé de faire quelque chose parmi le peuple, je me rappelle combien il est absolument essentiel que nous ayons l'influence de l'Église pour appuyer tout ce que nous faisons (1). « Or, pourquoi de la part des esprits les plus marquants, des cœurs les plus dévoués à la nation, des pouvoirs établis cette reconnaissance de la religion ? N'est-ce pas parce qu'elle relie le plus humble citoyen an magistrat, parce qu'elle les attache tous deux au devoir de la subordination, celui-ci dépendant de Dieu, celui-là de ses gouvernants, en même temps que de Dieu Les chefs de l'État savent bien tirer profit des senliments chrétiens de leurs sujets : puissent-ils ne pas S'en servir pour assouvir leur soif de dominaion! La fin ne justifie pas les moyens, lorsqu'ils sont faux et employés pour une ambition à satisfaire.

La question de la résistance au pouvoir en cerluins cas est bien iei à sa place, quoique les !{ ‘que nous avons cités plus haut, lui aient déj

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à donné

G} Augusta, Géorgie, le 6 janvier 1909. IL n'est pas sans intérêt de lire ce que M. Taft dit précédemment : « J'ai eu l'honneur de représenter ce pays dans une transaction (celle des biens ecclésiastiques aux Philippines) avec Lcon XI, au Vatican, et je lui ai f separation de l'Église et de l'État était dans l'intérêt de l'Église, el qu'en Amérique, il pouvait compter sur le maintien des droits de l'Église. »

ait observer que la

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une solution. L'enseignement de l'Église ne saurait être trop gravé dans l'âme de ses enfants, d'autant plus que la persécution qui a commencé au berceau du Christ n'est pas encore consommée. « Le serviteur n'est pas plus que le maître », a dit le Seigneur. C'était la prédiction qu'elle ne cesserait pour ceux qui se déclareraient ses disciples.

Au temps où l'on avait la toquade de fonder des religions, quelqu'un vint à Talleyrand pour lui en communiquer le projet. € Faites-vous crucifier », répondit l'évêque-ministre. Réponse profonde de vérité. Jésus nous a engendrés sur le Calvaire. Enfants de douleurs, nous ne devons jamais attendre la paix du monde. Tant qu'il y aura un chrétien sur la terre, il y aura persécution. Le Sauveur nous a passé sa croix comme à des Cyrénéens.

Mais, nous est-il défendu d'en alléger le poids? Le bien ç : résulterait de la résistance au mal ne nous com .nde-t-il pas, au contraire, de faire valoir nos uroits d'hommes libres et de citoyens”? Serions-nous excusables de souflrir en silence, quand les Pilates peuvent être chassés, quand les Hérodes relèvent de nous, en d'autres termes, quand, par le suffrage, il nous est facile de changer de maitres? Devons-nous nous abstenir dans un morne isolement.

Non, l'Église qui, particulièrement en notre temps, use de diplomatie humaine pour étendre, avec son règne, le bonheur même terrestre de ses enfants, ne demande pas de nous une telle abnégation. Loin de là, elle nous fait une obligation grave de nous servir des armes que les constitutions politiques ont deposées en nos mains: elle nous presse

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de jeter notre vote dans l'urne électorale et condamne l'électeur indifférent, qui, par sa voix ajoutée à tant d'autres, repousserait les indignes du pouvoir et y installerait des hommes d'équité, de vertu et de science administrative, elle nous mel en garde contre l'illusion qui répand les plus belles couleurs sur les actes d'un parti auquel nous «urions des attaches outrées, elle réserve de terribles châtiments pour ceux qui sacrifient leur liberté el leur honneur pour de misérables influences (1).

Vous vous plaignez d'injustice, d'intolé ‘ance, de persécution de la part du chef de l'État, des législateurs, des ministres. Qui les maintient à leur poste”? N'en accuserez-vous que vos concitoyens ? Mettant à part le cas où vous seriez le petit nombre noyé dans une majorité tyrannique, nous posons devant vous ce dilemme : ou vous cédez à une partisannerie, hélas! involontaire peut-être, née de traditions anciennes, qui se complait dans l'admiration d'un fétiche, ou vous êtes endormis dans une inertie coupable, comme en France où tant de catholiques laissent faire les audacieux et ne se donnent pas la peine de se rendre au bureau de votation. Et alors quelle responsabilité n'assumez-vous pas devant Dieu qui veut le bien, et devant les hommes dont vous arrêtez les élans généreux ?

Il est passé le temps où le Christ refusait cette légion d'anges qui l'eussent défendu contre ses ennemis. Depuis la Résurrection, il doit vaincre, Christus vincit, l doit régner, Christus regnat. Si

(1) Dans la Province ecclésiastique de Québec, vendre sa ‘oix est un cas réservé à l'évêque,

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sa victoire est en retard, si son règne est encore à venir, combien parmi les nôtres ont à se frapper la poitrine ! Est-ce une politique chrétienne que celle du « laisser faire »°? Les malheurs dont ils ont é.é abreuvés ne sont pas étrangers à la lecon que donne la Providence aux bons qui oublient la maxime : Aide-toi, le ciel t'aidera.

Qui niera que, de nos jours, surtout en Amérique, c'est le peuple qui constitue l'autorité et l'assied sur son piédestal? La démocratie est la maîtresse de notre monde. Le pouvoir est à l’image de ceux qui le font ; et il sera chrétien, si les citoyens le sont tout d'abord eux-mêmes dans leurs actes publics, Pour des raisons que des gens d'expérience comprennent aisément, il peut arriver, il arrive même que le succès ne répond pas tout d'un coup à leurs eflorts ; mais, la bonne semence finit toujours par germer dans un sol préparé de longue main : tel le christianisme envahissant par un opiniâtre apostolat la barbarie dans le nord de l'Empire romain. En attendant, ils gagnent du terrain, et leur part d'influence s'étend toujours plus. Nous pourrions citer le centre catholique en Allemagne.

Les Anglais catholiques donnent l'exemple de la loyauté à la Couronne, tout en se livrant aux conquêtes politiques et religieuses. Dès les premiers jours de l'avènement d'Édouard VIL, ils protestérent contre le serment, serment plus que séculaire, que le nouveau roi devait prêter à Westminster, par lequel il déclarait que le catholicisme est « de la superstition et de l'idolâtrie ». La protestation a été entendue. Le 9 décembre 1908, le comte de Crewe, secrétaire pour les colonies, a annoncé l'intention

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du gouvernement Asquith d'éliminer ces mots du serment du couronnement. Lord Landsdowne, au nom de son parti, souhaita la bienvenue à cette nouvelle, et le duc de Norfolk remercia le gouvernement de la part des catholiques. Qui eût prédit cela, peu d'années auparavant ? Ce succès était dû à l'union d'esprits soumis à l'enseignement de l'Église et de cœurs forts de leur foi. Qu'il v en ait de ces hommes dont le courage ne se laisse pas abattre par des persécutions qui datent de longs siècles ; et le civisme chrétien est reconnu de ceux mêmes qui, non seulement en doutaient, mais encore l'ostracisaient (r).

Nous avons parlé du citoyen chrétien, de ce qu'il peut el doit faire. Assurément, il est plus qu'un ornement de la société; il est l'appui de la cité et de l'État. il est l'auxiliaire, souvent le promoteur des intérêts publics. L'histoire nous le montre l'artisan du bonheur de ses concitoyens.

Le sol dont il est sorti est-il épuisé ?

ILest temps d'apprendre par quelle éducation le préparer.

La patrie, nous ne la voulons pas pour nous seuls ; elle est dans notre testament, nos héritiers

(@) Trois ans après, le 2 juin 1911, Georg®: V prétait le serment solennel, d'où l'injure à l'Eglise ét prescrite, Il promettait « de gouverner suivant la loi et de maintenir la religion établie ». Voilà tout. A l'occasion du couronnement di: roi, les catholiques de Londres, sous la présidence de l'archevêque, se réunirent à la nouvelle cathédrale pour elever vers Dieu des prières pour leur souverain.

la recevront comme la meilleure part de nos biens. Notre amour pour elle demande de se prolonger au-delà de la tombe et entretient l'espoir qu'elle recucillera le fruit de nos trav: 1x. Si le voile qui nous dérobe sa destinée s'ouvrait pour nous en laisser voir la grandeur et l'immortalité, € nous mourrions coutents », comme Wolfe apprenant la victoire avant de rendre le dernier soupir d&ns les bras de ses soldats. Tels furent les sentime ts de nos ancêtres, telle est la pensée de l'homme d'État qui conçoit des projets que la brièveté de la vie ne lui permettra pas de compléter. Nos aspirations vont à l'avenir, un avenir qui nous échappera et nous rend jaloux de nos successeurs.

Or, la nation ne vivra et ne s'épanouira qu'autant que ceux-ci auront été préparés par une éducation vraiment civique.

Où est-elle? Est-ce dans le développement des forces physiques”? Mais Sparte, qui n'en avait pas d'autre, n'est plus que quelques pierres effritées, éparses sur le sol ; et nos politiques américains sont désolés, effravés de l'exagération du sport en si grand honneur dans leurs collèges et universités. Est-ce dans l'acquisition des sciences mécaniques ? Le citoyen a besoin d'autre aide que ses bras : il lui faut une tête. Est-ce dans la culture de son intelligence par les lettres et les arts? Demandez-le à la fine civilisation d'Athènes, qui, de son ancienne puissance, n'a gardé que des noms de poètes et d'orateurs et des restes de monuments, Est-ce dans la philosophie”? Mais, elle est insaisissable à la masse du peuple, et l'évolution de la raison la confond de mensonge. Est-ce dans une morale vague,

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idéale, toute d'honneur, sans principes fixes et n'ayant d'autre sanction que la justice humaine ? L'on sait ce que vaut l'honneur, quand les intérêts sont en jeu, et personne ne conférera à la justice humaine le privilège de l'infaillibilité. Est-ce dans une philanthropie qui est le don de quelques âmes à la recherche de la charité? Est-ce tout cela à la lois’? Tant d'essais ont été tentés pour en faire une religion d'État, qu'il semble que l'on aurait dû arriver à un autre résultat que le fiasco,

I ne reste plus de véritable source d'éducation civique que le Christianisme. C'est la conclusion qui se tire de la haute estime qu'il fait de l'autorité. et des devoirs qu'il impose aux subordonnés. Il met Dieu à la base du civisme : celui-ci peut-il en avoir de plus solide ?

C'est à l'école que s'édifie l'avenir d'un peuple. Il Y à un proverbe : donnez-nous de bonne cuisine, et nous vous donnerons de bonnes finances. Nous disons : Donnez-nous de bonnes écoles, des écoles chrétiennes, et nous vous donnerons de bons peuples. Tel père tels fils, telle école tels citoyens. Le proverbe anglais : The child is father to a man. qui a encore plus de force que cette traduction : En tout enfant germe un homme, a reçu son complément par cet autre : Train up a child in the wa) he should go, and when he is old, he will not depart

from it. Oui, que l'on habitue l'enfant à suivre une

route, et il ne s'en écartera pas. Cette route est celle qui a été rendue droite par la religion et son travail pris au début de l’âge intellectuel et moral, el poussé jusqu'à l'entrée dans un monde plus iarge que l'école.

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Ne répétons pas ici ce qui a été cent fois, mille fois démontré, ce qui est un criterium de vérité, à savoir que la civilisation est la fleur du Christianisme. Restons au «€ pays des écoles publiques » pour apprendre ce que l'on a pensé, ce que l'on pense encore de l'enseignement religieux à donner aux enfants.

Les Puritains du Massachusetts sont réclamés par les Yankees comme les Pères des États-Unis, Qu'estce qu'ils étaient”? « Un peuple de choix et d'une homogénéité fortement orgar isée, Ils surent acquérir la richesse, développer l'industrie et encourager les arts et les sciences. Ils produisirent des hommes de valeur dans le commerce, la littérature et la religion. De leur petit État leur influence s'étendit au loin sur de plus nouveaux et de moins favorisés, mais, aujourd'hui, plus puissants (1). » Leur civisme ne saurait être nié. Où le puisèrent-ils ? Dans l’éducation qu'ils avaient reçue de la Métropole et qu'ils implantèrent à Bay State. « Personne ne peut enlever du front du vénérable Massachusetts cette couronne de gloire, educational glory. Is n'admettaient pas dedivorce, {he fatal divorce, de l'éducation religieuse et morale et de l'école publique élémentaire. »

Quels furent entre autres considérants ceux des fondateurs du fameux Harvard College, en 1636? « La piété, la moralité, la science » à enseigner au peuple, piely, moraliby: and learning, la négligence

(1) Mémoire présenté par Mgr L.-S. Walsh, évêque de Portland, Me., à la conférence des représentants des écoles catholiques tenue à Philadelphie, octobre 1903. Cité à la suite.

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des parents en cette matière et le choix de maitres habiles à comprendre les principes de la religion, principles of religion. Hs placent la religion avant le civisme, ou plutôt ils la lui donnent comme la porte ouverte, religion first, then citisenship. Hs allèrent plus loin : sur le blason de l'Université de Cambridge ils gravérent cette inscription : « Veritas Christo et Ecclesiæ, la vérité est au Christ et à l'Église », et cette autre : « Zn gloriam Christi, à la gloire du Christ ». Ne croirait-on pas être en face de l'un de ces anciens monastères où les laïques allaient se préparer dans l'étude et la prière aux grands actes de leurs destinées, aux combats de la vie publique et à des œuvres qu'ils espéraient impérissables ?

« L'Église et l'État, c'étaient deux noms confondus dans un même corps. Personne n'eût pu voter, encore moins tenir une charge publique, s'il n'eût été en communion avec la première... Ainsi l'éducation religieuse était nécessaire à tout homme désireux du suflrage, du pouvoir, d'influence et de richesse : of voting, of power, of influence and of weulth. — Celui qui aurait enseigné une autre doctrine eût été regardé comme un suppôt de Satan », non seulement il eût été mauvais citoyen, mais il ne l’eût été du tout.

Que de changements. depuis cette époque qui s'étend de 16395 à 1775, et surtout de cette dernière date (1)! Horace Mann (2) introduisit le système des

@) Cependant, en 1817, il y avait, dans les écoles publiques de Boston, 2.365 élèves contre 4.132 dans les écoles privées ‘le dénomination religieuse, private denominational schools, preuve du besoin que lon sentait de ccltes-ci.

(2) Né à Franklin, Mass., 1796.

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écoles non-sectaires, non sectarian common schools. A cause du prestige qu'il exerçait sur ses contempoains, il devint secrétaire du Bureau del'Éducation, lequel s'intitula le champion de l'État Maitre, State worship, et Harvard Collese s'affranchit detouteidée religieuse. Telle est, dans la Nouvelle-Angleterre, l'origine des écoles publiques, {4e new public schools : elles sont nées de l'antichristianisme. « Le nom de Dieu est à peine mentionné, le Christ a été exelu, et l'enfant n'apprend pas que le monde est gouverné par la Providence (1). » La citation que nous faisons nous met à l'abri de toute supposilion d'exagération.

Aussi quel est le sentiment commun au sujet des écoles publiques? Les Écossais, religieux d'instinet, un peuple qui à fourni de remarquables citoyens jusqu'aux États-Unis, jusqu'au Canada, les appelaient «un cimeticre de l'éducation, « cimelery for education ». L'ex-président Eliot, de Harvard College, disait, il Y a peu de temps : « Nous avons éprouvé un certain désappointement dans les résultats obtenus par notre éducation populaire. » Etle président Schurmann de Cornell University, à Boston. en 1903 : € C'est le temps pour les honnètes Américains, honest Americans, de reconnaitre qu'il n'y a dans nos écoles publiques aucune éducation morale, et, ce qui va de soi, aucune instruction spirituelle ou

{13 Résumé des paroles de Mgr Walsh : «The text-books that now flood our publie schools, hardly mention the name of God, would seem to exclude the name of Christ and Will hardly impress upon the mind of pupil that this universe Was created by God and governed by the divine Providence, »

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