‹ Le citoyen [microforme]Chapitre 37 sur 51 · OS · texte numérisé non relu

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religieuse, Aussi, le principal de Brown University de Providence, dans une conférence, in a very clear: and interesting lecture, même année et même endroit, désolé du même résultat, émit ie vœu que les plus éminents éducateurs des États-Unis, aidés du président Eliot, Everett Hale, Felix Adler, de l'archevèque Ireland et d'autres, y compris des protestants, des catholiques, des Juifs, des agnostiques, des socialistes, ete., etc., se rencontrassent dans la “oriposition d'un livre de lecture morale, a Text- Book of moral teaching, la Bible peut-être, une Bible « à toutes les sauces ». Cette impossibilité ridicule était cependant chez l'auteur d'une telle conception, et chez ceux qui l'applaudissaient l'admission des dangers qui naissent du vide moral des écoles publiques et du besoin d'une religion quelconque à y enseigner aux enfants.

À la disparition de Mann, les ministres proteslants se sentirent comme soulagés d'une tyrannie, ils crurentau triomphe de leurs idées, et, du haut de leurs chaires, ce cri retentit : « Nous n'abandonnerons jamais l'instruction religieuse dans les écoles. Périsse plutôt le système des écoles publiques. » Ils n'ont pas changé depuis lors; dans leurs congrès ils réprouvent l'école sans Dieu, ou sans morale appuyée sur la religion, ils saisissent toutes les circonslances pour s'y insinuer, y faire quelque priéres et parler de Dieu, malgré l'indifférence à l'égard des cultes prononcée par la loi.

Les Américains, qui songent à l'avenir, ne se distraient pas des affaires par l'étude de la religion, mis ils ne se refusent pas de croire qu'elle est bien propre à former des citoyens € désirables ». Quoi-

qu'ils se trouvent en face du problème difficile de concilier, ensemble les diverses et nombreuses croyances implantées chez eux par tant de peuples venus de tous côtés, ils sont inelinés à admettre «un certain christianisme. v

En 1907, les Juifs de New-York protestérent, parce que dans les écoles, on fétait le Christmas, une manifestation chrétienne, ils voulurent abattre l'arbre de Noël; c'était blesser le sentiment populaire, La cour de justice fut saisie de l'affaire, et Christmas l'emporta. On applaudit à cette décision. Un christianisme vague, ilest vrai, présiderait à l'école,

is enfin ce serait une religion. Aux États-Unis, : : est toujours un peu anglo-saxon, et, en cette matitre, la vieille Angleterre a donné, et donne encore, un exemple éclatant à la Nouvelle (1), elle met sur le même pied l'élève qui sort des écoles confessionnelles et celui qui sort des écoles publiques, le bon sens britannique s'étend jusqu'ici.

Les vrais citoyens américains, ceux qui ont le souci de l'avenir national, sont à la recherche d'un système de morale à établir dans les écoles; ils ne l'ont pas trouvé dans un protestantisme divisé en tant de sectes séparées, éloignées par des opinions opposées. Nous les voy: .:; inquiets. Pourtant, pour peu qu'ils réfléchissent, pour peu qu'ils remontent à leur origine, ils s'arréteront à ce fait historique : l'Église catholique la seule, l'invariable, la permanente école du civisme, telle qu'ils l'entendent.

Quand les Puritains introduisirent de ce côté-ci

(1) Old England has thus set a shining example to ‘her daughter New England.

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de l'Océan l'école chrétienne qui forma les premiers grands citoyens, dont les Américains célébrent avec tnt de solennité les anniversaires, la pensée étaitelle d'eux-mêmes ? Oh ! non. Elle avait été importée d'Angleterre, il est vrai, mais, l'Angleterre l'avait reçue de l'Eglise catholique, de celle qui avait produit les Augustin, les Théodore, les Alfred le Grand, les Dunstan, les Anselme, les Thomas de Becket, les Langton, les Eisher et les Thomas Morus.

Elle continue la mission que lui a donnée son divin l'ondateur par ce mot : Etseignez toutes les nations. Le Concile de Baltiniore faitune obligation aux pasteurs de paroisse d'établir des écoles sous la garde de la religion. Nous sommes témoins du plns beau es spectacles : depuis peu d'années se sont élevés comme par enchantement des collèges et des vou- Yents, monuments splendides où rivalisent la science et la piété, qui ont fourni leur apport déjà considérable à l'Église et à l'État. Il n'y a pas jusqu'à d'humbles maisons d'école qui n'aient en nréparation de bons petits citoyens. Et ceia par les plus grands sacrifices. Nous inviterions les réformateurs de l'éducation, les laïcisateurs à visiter nos institutions. Mais, peut-être, dans leur aveuglement, ne partageraient-ils pas l'admiration des Américains qui ne cessent de nous en louer et y envoient même un grand nombre de leurs enfants. L'ex-président ioosevelt n'a pas cru se déplacer en assistant à l'inauguration de ces écoles confessionnelles, il leur ‘bportait comme une consécration officielle.

Le svint roi David, avant de quitter la terre, laissa ‘ son fils ce mot fameux : « Æsto vin, soie un homme, » Nous aussi « nous allons prendre le che-

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min de toute chair ». Que léguerons-nous aux généations qui nous suivront? Un nom plus précieux que celui de roi, puisque ce dernier disparaît sous la poussée de la démocratie toujours montante, puisque la voix d'un chacun estrecherchée, souvent chèrement achetée : celui de citoyen. Vir chez les Romains a engendré virtus, force; pour nous, citoyen signilie chrétien. Disons donc à notre descendant : ’sto christianus. Sois chrétien. Regarde en haut pour voir la source de toute autorité; regarde en bas pour connaitre tes devoirs : Dieu d'abord, toi ensuite; mieux encore, tous deux liés par un intermédiaire, l'autorité du prince ou du président, du gouverneur. du magistrat, l'autorité de la loi. Voilà l'ordre dans le royaume et la république. Le soleil nese lève pas plus radieux que sur un pays où règne la subordination. La loi peut ètre dure, mais c'est la loi, dura lex. sed lex. Ne te laisse pas entrainer par le cou- “ant des révolutions. A l'exemple de l'Église, qui apaise les peuples, crois au triomphe qui naît de la patience. Apprends de tes ancêtres la longanimité qui nous a livré le plus beau des dons, la liberté. Ils ont été des hommes, es{o vir : ils ont été des chrétiens, esto christianus. Kt ton âme s'immortalise ici-bas dans ses conceptions, ses espoirs, ses projets, ete, devenus de bienfaisantes réalités.

Nous avions quitté l'Angleterre à bord d'un de ces gigantesques steamers sur lequel le voyageur s'aventure avec sécurité en pleine mer. Mais, qu'estce que ces villes flottantes contre les formidables attaques de Neptune? À peine une algue légère que la mer porte allégrement sur la crête de ses montaunes pour la précipiter ensuite dans ses profonds

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abimes. Tout à coup la tempête, accourue du nord, devint furieuse, le vent s'élève en rafales mugissantes et tournoyantes, les flots furent pris comme d'ivresse et de rage, Remontant bien haut, le navire était saisi de vertige ; creusant la surface liquide, il semblait s'engloutir et se perdre; l'Océan était une tombe ouverte aux passagers tremblants de s'y ensevelir.

Pourquoi, cependant, les plus expérimentés, les plus accoutumés aux caprices de l'onde, étaient-ils si calmes, si rassurés, si confiants, perçant de leurs regards troubles le voile gris, embrouillé, révolutionné, sinistré, des nuages d'un ciel en courroux, se mêlant dans une étreinte ennemie aux brumes qui s'exhaleient de l'Atlantique, pour découvrir dans le lointain les rivages de l'Amérique ? Pourquoi, spectateurs indifférents, presque passionnés et réjouis de cette scène d'horreur, debout sur le pont, souriant, sans mépris cependant pour les tpeurés, attendaient-ils sans crainte l'issue de l'ouragan ? Ah! c'est que le capitaine donnait le signal de la manœuvre à exécuter, et que l'équipage obéissait, du plus petit mousse jusqu’à l'officier supérieur : tous étaient à leur poste, et le commandemant descendant de haut était observé jusqu'en bas. L'ordre nous sauva du naufrage.

L'État est un navire qui vogue sur une mer capricieuse, mouvementée, souvent agitée par des vents contraires : on croirait qu'il va s'effondrer. Que l'équipage, c'est-à-dire la classe subalterne de la cité, de l'État, suive la discipline enseignée par l'Église, que chacun soit à sa place, que la hiérarchie soit respectée, que la loi soit le mot d'ordre, et

rien n'est à craindre, tout rentre dans la paix : oh! alors brille à son rang, si modeste qu'il soit, le citoyen chrétien.

Cependant, l'éducation civique ne doit pas s'arréter au plus bas degré de l'échelle, il lui faut monter plus haut. Ce n'est pas tout de bien dresser les membres, de donner aux bras la vigueur et aux pieds la fermeté ; la tête qui détermine les mouvements, doit imprimer une sage distinction.

Le fera-t-elle si la lumière des nations, dont parle saint Jean, au début de son Évangile, ne descend en elle pour l'éclairer ? Le Psalmiste en avertissail les rois : « Erudimini, qui judicatis terram. apprenez, vous qui gouvernez », d'où vous vient l'autorité dont vous êtes les dépositaires, et quel usage vous devez faire. Parce que vous commandez aux hommes, vous n'êtes pas libres de toute subordination : vous dépendez du Maître souverain de l'univers. vous n'en êtes que les instruments. Que la transmission de votre pouvoir s'écoule directement de lui. comme à Salomon, ou de l'Église qui vous donne en son nom une consécration sainte, ou d'une famille, à laquelle il a livré le sceptre, ou du peuple. l'agent de ses providentielles volontés, vous n'êtes que des citoyens qu'il a tirés de la foule, et qu'il peut y faire rentrer. Il est « le seul grand », selon le mot célèbre de Massillon sur la tombe du plus brillant des rois de France.

Dieu gouverne tout, depuis les Trônes, qui dans le ciel touchent le sien, jusqu'au moindre des États

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qui se partagent la terre. Les présidents de républiques se confondent avec les rois, quoique n'en portant pas le titre fastueux : ils en ont les devoirs et jouissent des mêmes droits. A tous, sans exception, s'appliquent ces paroles magistrales de Bossuet

« Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance, est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois, et de leur donner, quand il lui plait, de grandes et terribles lecons. 11 leur apprend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui (1). » Sa providence s'exerce sur les nations par les chefs qu'il éclaire et mène comme par la main. Heureux, lorsqu'ils croient à une intervention divine dans leur gouvernement et y cèdent comme à une impulsion inévitable ! Leur peuple marche d'accord avec eux et se laisse entrainer dans le même mouvement vers une commune félicité.

Telle fut la vaillante nation des Francs. Roi et sujets reçoivent le même baptême sur la fontaine sacrée de Reims, avec la même mission. Clovis et ses successeurs se disent les « envoyés de Dieu », ils en ont la conviction : anathème à ceux qui leur nient ce litre ! C'est le commencement d'une civilisation nouvelle, travail long, pénible, mais qui aboutit à des âges d'or, où les sciences, les arts, les lettres “ épanouissent, où la France brille d'un éclat qu'elle ni pas eu depuis. Louis XIV lui-même, malgré son ‘bsolutisme, n'a jamais pensé monter plus haut que Dieu : dans la chapelle de Versailles, il se pros-

(1) Oraison funèhre de Henriette de France.

ternait devant « le Roi des rois », et courbaït le front sous ses avertissements que lui communiquait Bourdaloue.

O vous qui la prolongez, cette France que nous aimons, cette «Fille aînée de l'Église », gardez-la, cette devise : « Gesta Dei per Francos»; elle est plus belle qu'une « Liberté », qui est une servitude, qu'une « Égalité », qui n'est que le changement de maitres, qu'une « Fraternité », qui se dévore. Et que « Les gestes de Dieu par les Francs » se fassent par des hommes qui ne rougissent pas d'en être les lieutenants!

Même les barbares voyaient au-dessus d'eux une puissance mystérieuse qui armait leurs bras. Genséric s'embarque pour une de ses expéditions maritimes; où va-t-il ? Il ne le sait. « Maitre, lui demande le pilote, à quel peuple veux-tu porter la guerre ” — A ceux-là contre qui Dieu est irrité », répond le Vandale. Alaric marche sur Rome; un ermite lui barre le chemin. «Je ne puis m'arrêter, dit le conquérant, quelqu'un me presse et me pousse à saccager Rome. » Et Attila s'appelle le « fléau de Dieu ».

Que dans l'antiquité les chefs de nations aient cru, ou aient voulu faire croire à une vocation divine, il n'est personne qui l'ignore. Oui, ils s'imposaient par des titres de demi-dieux ; quelques-uns allaient jusqu'à empiéter sur l'Olympe, se prétendant issus de la cuisse de Jupiter ou du cerveau de Minerve, faisant, comme Enée, remonter leur génération à la déesse Vénus et à un dieu quelconque.

Que de divinités eurent des descendants terrestres! Une telle prétention de la part des premiers maitres de peuples prête au ridicule ; mais ellen'en

est pas moins la preuve que ceux qui étaient revétus d'autorité s'en couvraient comme d'un manteau divin.

Les «bons rois de France» ne poussérent pas l'illusion jusqu'à ce point : ils n'étaient que chrétiens. Mais, lorsqu'ils signaient un décret, c'était «au nom de Dieu ». Quand ils avaient l'humilité d'un saint Louis, ils rejetaient les honneurs qu'on leur rendait sur le pouvoir divin qui rayonnait de leur sceptre. Les rois normands ont laissé cette devise aux rois anglais : « Dieu et mon droit » : elle éclate en lettres d'or sur les armes de Georges V et elle apparaît au-dessus du siège présidentiel du parlement canadien, gravée par une coutume normande, devenue britannique.

Ne dissertons pas sur le « droit divin » des monarques. Le comte de Chambord, qui signa « Henry V », l'a proclamé pour ressaisir le trône de France, et ses hérétiers l'ont fait résonner pour exciter le zèle de leurs partisans. Bien étonnés et très irrités sont les empereurs d'Allemagne et de Russie, — et le sultan de Turquie donc? — lorsqu'on vient leur jeter à la face cette négation : Votre pouvoir n'est pas de Dieu, vous n'avez aucun droit de commander, si le peuple n'y consent. Nous doutons qu'ils croient au 0x populi, vox Dei. On se souvient du fameux discours de Guillaume II à Kônigsburg en 1910, à l'Abbaye de Beuron, qui souleva des proteslations au parlement de Berlin et dans la presse, parce qu'il avait solennellement parlé du droit divin et affirmé «le rapprochement du trône et de l'autel ». Les autres souverains parleraient de la sorte, s'ils avaicnt, comme le Kaiser, ia manie de discourir,

Peut-être y a-t-il chez eux plus d'orgueil que de conviction, et certes l'éducation royale les a entretenus dans ce sentiment. Pourtant, pour peu qu'ils ouvrent les yeux, ils s'avercevront que leur prestige est de beaucoup diminué sous la couverture de la monarchie constitutionnelle. Combien ne sont que des présidents de république, affublés d'un manteau de pourpre que leur ont passé leurs prédécesseurs ! La chute des empires et des royautés les avertit que leur trône n'est pas solide, qu'il peut crouler, comme tant d'autres, a : souffle violent des révolutions (1). Louis XVI, à l'aurore de son règne, ne vit pas la guillotine qui devait noyer dans son sang le droit divin. Napoléon, tenant le roi de Ron.e dans ses bras paternels, n'eut pas le pressentiment de l'issue fatale de la dynastie qu'il voulait crécr. Les concessions faites à leur peuple par Nicolas II par la résurrection de la Douma, et Abdul-Hamid par l'institution d'un parlement à Constantinople ont été humiliantes pour leur «divinité (2)». La majesté de Guillaume II a été terriblement offensée par le sans-gêne avec lequel on critiquait ses actes et blämait ses indiscrétions (3) : assurément le droit divin se ternit aux yeux de ses sujets.

En tous cas, ils sont rois. Malgré les avertissements le plus souvent formidables qui les ramènent

(1) Tel le roi du Portugal, en 1910.

(2) Abdul-Hamid s'est vu dépouiller de « l'auréole divine», en mai 1909. Il a été chassé de Yildiz-Kiosk par la Jeune Turquie et remplacé par son frère Mahomet V, qu'il avait lui-même proscrit.

(3) Rappelons l'affaire du Daily Telegraph, en novem-

bre 1908.

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à leur humanité, l'atmosphère prestigieuse dont ils sont enveloppés doit les reporter à Celui qui les décore d'une dignité imposante aux veux des mortels : ainsi se frangent d'or les vapeurs détachées des monts sous un soleil qui les horde de ses derniers rayons. Leur majesté n'est que le transparent de Dieu.

I n'y a pas jusqu'à la déme tie qui n'ait ajouté cette grandeur aux chefs qu'elle s'est donnés, Et ceux-ci ont semblé s'y complaire comme d'un lustre qui éblouissait les foules. Ainsi qu'Athènes pour ses archontes, la république romaine plaçait audessus de l'homme ses consuls, tous ceux qu'elle appelait à la magistrature : et ils ne protestaient pas, au contraire, lorsqu'on les entourait d'honneurs, même de craintes « quasi divines »: ils n'immobilisaient pas les lèvres de Cicéron, quand, au forum, il exhortait le peuple à regarder leurs sentences comme des décrets apportés de l'Olympe.

Les Américains, comme les anciens, ont senti le besoin de diviniser les Pères de la république et rendirent un culte à la Constitution que ceux-ci avaient tracée. « C’est une tradition nationale de considérer les membres de la Convention de 1785 comme des demi-dieux, des géants, des héros... rendant que la Constitution elle-même a été placée “ur ui piédestal et adorée comme une idole (1). »

Ils ont donné à la statue de Washington, qui est « l'entrée du Capitole, une pose de Minerve, et ont inscrit Lincoln dans le martyrologe de la patrie. D'ailleurs, dès leur vivant, les fondateurs des

(1) TixbMaAN : Constilution non écrite des États-Unis.

États-Unis occupérent un rang olympien., et se gardérent bien d'en descendre : cela réussit à leur œuvre, l'établissement d'une nation nouvelle en Amérique.

Qu'importe que le chef n'ait dans ses veines une goutte de sang royal ! Le roi d'Angleterre signe : « par la grâce de Dieu » : cette formule serait aussi à sa place sous la plume d'un président de république : ainsi, Garcia Moreno, « président de l'Équateur par le Sacré-Cœur ».

On pourrait croire que l'origine divine du pouvoir n'est mise en avant que pour tenir les subalternes dans la sujétion, quelquefois pour les asservir. Pourtant, il n'est pas que ceux qui en tireraient profit qui l'ont enseignée. C'est la doctrine de l Église, après celle des Saintes Lettres.

« Le pouvoir public, dit Léon XIIT, ne peut venir que de Dieu. Dieu seul, eu ellet, est le vrai et souverain maitre des choses : toutes, quelles qu'elles soient, doivent nécessairement lui être soumises et lui obéir, de telle sorte que quiconque a le droit de commander ne tient ce droit que de Dieu, chef suprême de tous (1). Ceci ressort de maïints passages de l'Ancien Testament. » C’est par moi que règnent les rois. par moi que les souverains commandent. que les arbitres de peuples rendent la justice. » Et ailleurs : « C'est Dieu qui a préposé un chef au gouvernement de chaque nation ». Et dans l Évan-

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gile, quand le gouverneur romain se vante devant Jésus du pouvoir qu'il a de l'acquitter ou de le condamner, le Sauveur lui répond : « Tu n'aurais sur moi aucune puissance, si celle que tu possèdes ne l'avait été donnée d'en haut. » Saint Augustin, expliquant ce passage, s'écrie : « Apprenons ici de la bouche du maître ce qu'il enseigne ailleurs par son Apôtre, c'est qu'il n'y a de pouvoir que celui qui vient de Dieu. » Et, en effet, la doctrine et la morale de Jésus-Christ ont trouvé un écho fidèle dans la prédication des Apôtres. On connaît l'enseignement sublime et décisif que saint Paul donnait aux Romains, bien qu'ils fussent soumis à des empereurs païens : « /l n'y" a de pouvoir que celui qui vient de Dieu. » D'où l'Apôtre déduit comme une conséquence « que le souverain est le ministre de Dieu, Dei minister est (1) ».

Quelques traits de Pères et de Docteurs de l'Église, cités par le Pontife, viennent à l'appui. « N'accordons à personne, dit saint Augustin, le droit de donner la souveraineté et l'empire, sinon au seul vrai Dieu (2). » Et saint Jean Chrysost: ne : « Qu'il y ait des autorités établies, que les uns commandent, les autres obéissent: qu’ainsi tout, dans la société, ne soit pas livré au hasard, c'est là l'œuvre de la sagesse divine (3). » Saint Grégoire le Grand lut Pape, sa parole a donc tout le poids de l'Église ; écoutons-le : &« Nous reconnaissons que la puissance 4 été donnée d'en haut aux empereurs et aux

QG) Encyel. Diuturzuum.

(2) Cité de Dieu, 1. V.

(3) Homélie xx,

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rois (1). » Ajoutons, pour être bien compris : et aux présidents de républiques, aux gouverneurs d'Etats, et aux ministres, Dei minister est (2).

Nous voudrions analyser cette Encyclique du Pape philosoplie ; mais cela nous entraînerait trop loin. Nous souhaitons qu'elle soit entre les mains de tout homme constitué en autorité ; avec ses droits, il y apprendra ses devoirs. Cependant n'omettons pas la raison qui l'explique. Qu'on en suive le fil.

«Ce qui réunit les hommes pour les faire vivre en société, c'est la loi de la nature, ou plus exactement la volonté de Dieu, auteur de la nature ; c'est ce que prouvent avec évidence et le don du langage, instrument principal des relations qui fondent la société, et tant de désirs qui naissent avec nous. et tant de besoins de premier ordre qui resteraient sans objet dans l'état d'isolement, mais qui trouvent leur satisfaction dès que les hommes se rapprochent et s'unissent entre eux. D'autre part, cette société ne peut subsister ni même se concevoir, sil ne s'y rencontre un modérateur pour tenir la balance entre les volontés individuelles, ramener à l'unité “es tendances diverses et les faire conconrir aussi par leur harmonie à l'unité commune. D'où il suit que Dieu a certainement voulu dans la société civile une autorité qui gouvernät la multitude. » Et la conclusion est celle-ci : « Ceux qui exercent le pouvoir ont besoin de le recevoir de Dieu et de l'exercer en son nom. »

(1) Sur l'Épitre aux Romains, 1. I, lettre 61. (2) Aux Homains, Xut, 4.

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Bossuet, chargé de l'éducation du Dauphin, n'a pas cru trop s'appesantir là-dessus, non pas pour exciter l'orgueil de son disciple, mais, pour lui faire connaitre que, destiné à être le représentant de Dieu auprès la nation, il devra être juste, équitable et bon à l'égard de ses sujets. Il poussait le culte de l'autorité jusqu'à lui répéter, après Tertullien, qu'il est « la religion de la seconde majesté ». « Les rois, dit-il, doivent trembler en se servant de la puissance que Dieu leur donne, et songer combien est horrible le sacrilège d'employer au mal une puissance qui vient de Dieu. Quelle profanation, quelle audace aux rois injustes de s'asseoir sur le trône de Dieu (1) pour rendre des arrêts contre ses lois ! » Saint Grégoire de Nazianze s'adresse ainsi aux empereurs : « Respectez votre pourpre, reconnaissez le grand mystère de Dieu dans vos personnes. Il gouverne par lui-même les choses célestes ; il parlage celles de la terre avec vous. Soyez donc des dieux,à vos sujets ».

Voilà l'Aigle qui piane plus haut que les sommets de la terre, pour en rapporter les dons cueillis au pied de l'Éternel, dons de lumière, descendens a l’atre luminun (2), et dons de science, découvrant aux puissants d'où procède leur pouvoir. Voilà encore la voix qui retentit, comme sur un Thabor, avec une solennité divine, par la bouche du grand évêque de Meaux. Zpsum audite, écoutez-le,

Oui, écoutez-la, cette voix «éclatant dans la nue », vous tous qui êtes armés d'autorité sur les hommes.

(3 Par, xxix, 23 (2) FAC, F 17;

Elle « prêché au peuple lobéissance: elle vous enseigr® à cormander. La subordination au: chefs de la natio:: et la subordination des chefs : Dieu ne se séparent pas. Afin que vous ne soyez pas les fléaus de la patrie, elle pose devant vous le plus parfait 4: + modèles : le Seigneur des Seigneurs, et vous dit : «qu'il ne s'écarte pas de votre regard(r)»! Dans le ciel, où il est assis sur un trône dont la splendeur ee le plus brillant de la terre, il est itouré d'un ur qui lui rend de dignes hommas, et à côté de laquelle vos courtisans ne sont que valets ; et il est humble, juste et bon : soyez

+, Fac secundun: exemplar.

Qu'il en soit ainsi de vous, magistrats qui n'avez pas une sal!> drapée d'or et des marchepieds qui montent jusqu à vous, dont les serviteurs ne sont

pas galon: qu: n'avez qu'une antichambre où se pressent! artisans qui ne sont pas chamarrés de déco: ui êtes prodigues de poignées de mains, pa vous êtes les élus du peuple.

Qu'il en soi i de vous, présidents de républiques, gouve: ; d'États, de provinces, ministres

qui exercez le patronage, députés dont la protection est recherchée auprès d'un gouvernement qui compte sur votre appui, juges qui rendez des arrêts irrévocables, maires de villes, même de villages, échevins, vous tous, en un mot, qui exercez quelque autorité, si minime soit-elle.

La modestie qui ne blesse le citoyen le moins en considération, la justice qui se répartit également! sur tous, la bonté qui n'est pas exclusive par exceptions de faveurs, la miséricorde qui s’ét

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sur toutes les misères humaines, le dévouement qui se pousse jusqu'aux dernières limites, le zèle qui se donne tout entier, l'amour passionné du bien à répandre autour de soi : voilà vos vertus, parce quelles sont cel'es, de Dieu, dont vous êtes l'image et la personnification dans la société, la patrie, la cité, Indignes de votre mandat vous seriez, si on ne le voyait dans les manifestations de votre pouvoir, dans les actes de votre administration, dans les formules de vos décrets, en un mot dans vot': civisme mis en regard, parce que vous ètes placés plus haut devant vos constituants.

« Rien de nouveau sous le soleil », a dit le Sage, L'histoire du monde se répète, parce que les mémes causes produisent les mêmes effets. La scène a changé, les décors ont varié, les personnages ont cédé leurs rôles à des suivants ; mais, l'intrigue est la même, le même aussi est le dénouement. Qu'est-ce que nous y apprenons, sinon que les meilleurs chefs de nations, ceux qui les ont faites heureuses, ont gouverné au nom de Dieu ? A l'exception de rois, victimes d'expiation pour les fautes de leurs pères qui leur ont passé leur couronne, elle est vraie d'expérience, cette parole : « Les peuples souit fidèles aux rois qui sont liièles à Dieu (1). » D'un autre côté, également vraie celle-ci :« Les rois se sont détachés de vous, Seigneur,

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en le rejetant, se sont débarrassés, par de terribles révolutions que l'histoire a enregistrées en caractères sanglants, de tyrans qui prétendaient ne relever que d'eux-mêmes, statues de Nabuchodonosor ne reposant que sur une base d'argile.

Ces rois se disaient de la terre, ils sont retournés à la terre.

Il est un livre que tout homme régnant sur ses semblables devrait lire, relire et méditer, un livre qui a tiré sa sagesse de la contemplation de la Providence divine au milieu de l'humanité traversant les siècles: c'est le « Discours sur l'Histoire universelle » de Bossuet. Les professeurs d'histoire dans les collèges ne sauraient trop en pénétrer l’esprit des étudiants. Aux yeux de nos modernes il à le défaut d'être « trop classique », le vol de l'Aïgle était en des régions éthérées qui sont loin de « la pratique », il vaut mieux ètre corbeau pour ramasser un peu de boue. Pourtant, grâce à cette vue d'ensemble qui embrasse les événements successifs à compter de l'origine de l'homme, Dieu nous apparait liant entre eux les anneaux de cette chaîne ininterrompue. Bossuet, écrivant pour son royal disciple, s'est particulièrement appliqué à faire ressortir les sommets, à démontrer que Dieu élit des agents pour l'exécution de ses desseins, « qu'il fait et défait les rois », que les chefs des nations ne les rendent heureuses qu'autant qu'ils les gouvernent selon ses inspirations et ses volontés ; malheureuses, s'ils s'en aflranchissent pour suivre leurs “aprices et leurs passions.

En l'année 1900, deux fois nous avons visité le beau pays qu'est la Suisse, Nous avions été averti :

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« Ne manquez pas de gravir le Rhigi »; nous avions promis, et notre parole à été doublement tenue. Le Rhigi est le plus haut des monts qui dominent le lac de Lucerne. Par un funiculaire qui escalade le penchant de la montagne, nous sommes arrivés au plateau qui a vue sur les Quatre-Cantons, dont le lac porte aussi le nom. L'atmosphère n'était pas la même qu'aux rivages que nous avions quittés ; on nous offrait des fleurs inconnues en bas. Nous étions ‘ quelques mille pieds de hauteur. L'air était pur de toutes vapeurs, les vallées circulaient sous notre regard en des méandres bien dessinés, des toits cmergeaient à peine du sol, sur des lignes de voies lerrées glissaient des trains semblables à des jouets d'enfant, des cours d'eau sortis des flancs du rocher se précipitaient dans le lac comme des rubans qui se déroulent, au loin des pics couronnés de neige cternelle se confondaient avec le ciel, les habitants de ces lieux, des Lilliputiens, nous apparaissaient remuants, pressés, mais sûrs de leurs mouvements. Ce qui nous frapp: ‘t. nous émouvait, c'était le calme parfait dans l'harmonie de la nature et l'action mesurée des hommes. Il n'y a pas de hasard, disionsnous, une main dirige tout, après avoir mis tout à “4 place. Cette main, c'est celle de Dieu guidant aussi celle d'une république où les citoyens s'unissent en concert avec la paix et la douceur de ce paysage taillé par le Créateur. Tel fut le coup d'œil

de l'historien de l'humanité, admirant l'action pro-

“ilentielle du Tout-Puissant à travers les âges, et

“\altant les gouvernements qui, loin d'y contredire,

ijoutent leur concours.

Moïse gouverne par Dieu ; en son nom il impose

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les lois les plus sévères, des lois dures quelquefois aux Hébreux : et ceux-ci triomphent de leurs ennemis. David chante ainsi son élection royale et celle de son fils : « Dieu a choisi les princes dans la tribu de Juda, il a choisi la maison de mon père. Parmi les enfants de mon père, il lui a plu de nr'élire roi sur tout son peuple, et, parmi mes enfants. il a pris Salomon pour l'asseoir sur le trône du Seigneur et régner sur Israël 1} » Fait qui ne saurait échapper à la plus simple observation, tant que David fut «selon le cœur de Dieu ». comme il dit Ini-même, tant que Salomon fut sage, juste, pacifique, tant que tous deux, craignant Dieu, en exercérent la paternelle autorité, € le royaume était tranquille et abondant : tout y présentait la gloire céleste (2) ». Et, par contre, lorsque David « s'oublia pour un moment », abusa de cette autorité, la fit plier à ses caprices, le châtiment suivit de près la faute et atteignit jusqu'à son peuple. La réparation par la pénitence « raflermit le trône dans sa maison » et rétablit la prospérité dans la nation: lorsque Salomon « s'égara dans sa vieillesse », qu'il ne parut plus régner au nom de Dieu, d'un Dieu qui exige de ses représentants le bon exemple à donner aux citoyens, l'épreuve le poursuivit jusque dans la personne de son fils. Sous Roboam, en eflet, Juda fut divisé et Israël fondé par Jéroboam. Rien ne démontre mieux où aboutit une autorité qui s'éloigne de sa source, comme l'eau qui se trouble en s'épanchant loin du roc pur.

(1) IL Par. xxvnE, 4, 5.

(2) Bossuxr : Dise. Hist. universelle, 262, 266.

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Quel tableau intéressant et instructif. «mme un avertissement, que celui qui dressera:! les actes, rapportés par l'Histoire Sainte, des privee: régnant «en esprit et en vérité » de par Dieu, st, en contraste, des princes empoignant leur seepire comme S'ils le tenaient d'enx-mêmes !

Abiam, dont il peut être dit, comrue de son fils, Asa : @sa piété est louée dans l'Ecriture (1) », se signale par ses victoires, Josaphat à «un règne admirable où fleurissent la justice, ia navigation et l'art militair. », Ézéchias es élivré de l'armée de Sennachéril par l'intervention d'un ange, parce que, «avec tout son peuple, il servait Dieu plus fidèlement que jamais ». Voilà la page du bien, celle d'hommes pleins de cette penséeque, choisis de Dieu,

ils avaient d'abord à lui rendre gloire, puis à répandre sur leurs sujets cette bienfaisance dont il eût lui-même réjoui la terre, s’il ne se fût servi d'intermédiaires qu'ils étaient.

La page du mal avec ses funestes conséquences à été écrite avec du sang : nous y lisons l'impiété d'Achab et de Jézabel et l'oubli de Manassès dont le règne se résume en ces paroles : «les désordres Sy multiplié nt». Combien d'autres il serait facile de rappeler ici! Du moment qu'ils rejetèrent leur mission divine, que le gouvernement de leurs peuples ne fut qu'un jeu de leur malice et de leur cruauté, il s'ensuivit les plus grands maux. « Pendant que l'impiété s'augmentait, remarque Bossuet, la puissance des rois, qui devaient en être les vengeurs, s'accrut, « Ajoutons que l'ouragan qui dévas-

(:) Jbid., 191, 195.

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