‹ Le citoyen [microforme]Chapitre 38 sur 51 · MEL · texte numérisé non relu

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tait tout dans le royaume, avait pris naissance au pied du trône.

Éclatante démonstration de l'histoire, lorsque les peuples sont gouvernés par des hommes ayaat cette humilité de reconnaitre qu'ils sont subordonnés à Dieu et en doivent exécuter les ordres, la victoire leur reste fidèle, la paix est féconde en richesses matérielles et en prospérités morales.

Chez les Mèdes, sous Déjocès, que ses concitoyens avaient assis sur le trône «à cause de ses vertus », c'est le temps, à l'extérieur, des conquêtes, à l'intérieur, de la fin de l'anarchie. Chez les Perses, Cyrus qui fonda leur empire, « fut choisi de Dieu pour être le libérateur de son peuple et le restaurateur de son temple », et, le comprenant bien, réussit à « ce grand ouvrage ».

Tous ceux qui. sous le paganisme, voulurent créer une nation, fonder un empire, une ville, faire des lois, s'autorisérent de la divinité. Ainsi fit Cécrops pour Athènes, ayant soin tout d'abord d'y établir ses dieux ; ainsi Cadmus pour Thèbes : «Les dieux de Syrie et de Phénécie entrèrent avec lui dans la Grèce. » Énée, le père de l'Italie, pater Enwas. descend sur les rivages aves ses dieux pénates. En traçant l'enceinte de Rome, Romulus la consacre au dieu de la guerre. Les Athéniens, abolissant la royauté, saluent Jupiter « le seul roi du peuple». Le sage Numa règne à Rome, dont il adoucit les mœurs farouches, en s'entourant du culte religieux. Sous la république, Cicéron fait sans cesse retentir le forum du nom des dieux, et le peuple rend des ordonnances parce que «telle est leur volonté »,

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Mais, dès que les empereurs, comme Tibère et Néron, par l'impiété de leur vie, se dépouitlent du prestige de la divinité, dés au'eux-mêmes n'y croient plus ou ne professer « ‘roire que pour jouer un rôle d'iniquité, que pour couvrir d'un lambeau divin leurs turpitudes et leurs cruautés, des lleuves de sang inondent l'Empire, l'on n'entend que ce cri : malheur! Mais, 6 consolation ! sitôt que «la Croix est étalée comme la défense du peuple romain et de tout l'empire » (1), sitôt que Constantin déploie le Labarum frappé du monogramme de Jésus-Christ, comme l'aile d'un ange protecteur, «la victoire le suit partout ».

Passant rapidement à l'histoire de France, qu'y YoYons-nous, sinon que les rois, «régnant de par le droit de Dieu », non pour s’en faire un paravant, mais pour exercer la justice, ne font que des jours heureux à leurs sujets? Clovis promet d'embrasser la religion chrétienne, s'il bat les Allemands, et il l'emporte à Tolbiac. Il se courbe sous le Dieu de Rémi et de Clotilde et ne relève plus une tête haulaine, parce qu'il n’en est que le « lieutenant ». Charles Martel écrase les armées ennemies : sa force lui vient de Dieu, qui se sert de lui comme «d'un marteau », il frappe au nom du pape Grégoire II, dont ilest le défenseur, et il est « puissant en paix, en suerre, et maître absolu du royaume». Bénie fut sa postérité, les règnes de Pépin le Bref st de Charlemagne furent des plus glorieux, selon même les historiens à la critique sévère, comme le protestant

(1) lbid., 215. Nos courtes cilations, bien marquées, sont de Rossuet,

Guizot. Le premier reçoit l’onction roya!e des mains du pape ftienne IIL, le second de Léon 111. Or, que signifie cette onction,sinon la transmission aux hom. mes d'un pouvoir divi: * Ceux qui en étaient comme frappés étaient pr :-s de cette pensée que Dieu régnait par leur px:: ae, et les peuples étaient en respect devant l'huile sainte qui coulait sur leurs fronts ; c'étaient des «évêques du dehors ».

Nous l'avons vu. à l'exemple de ces empereurs Napoléon le Grand crut à l'éclat de l'onction qui en impose aux sujets : il voulut que le Pape vidât son ampoule sur sa tête. Pourquoi de sa main impériale en effaça-t-il la trace imprimée par Pie VII que tant de circonstances inclinaient à le considérer comme le vengeur de Dieu contre la Révolution ? Pourquoi traina-t-il en captivité son vénérable consécrateur Pourquoi, dans une étreinte paternelle, assit-il son fils sur le siège de Rome à la place du plus haut représentant de l'autorité divine ici-bas” Bonaparte combattit « le droit divin » chez les rois, il ne s'en servit que comme de marchepied, et, quand il n'en eut plus besoin, il le suprima pour établir son seul pouvoir. Hélas! Waterloo anéantit sa puissance, et Sainte-Hélène lui apprit ce que vaut une couronne qui n'a pas de lustre plus brillant que l'or de la terre.

Ses prédécesseurs ont subi la même épreuve. Glorieux et prospère fut le règne de Louis XIV, tant qu'il fut humble, ne se croyant qu'un instrument de bien entre les mains de Dieu ; semé de toutes sortes de maux, à la fin, défaites, hontes, affaiblissement à l'intérieur, lorsque son titre de Roi-Soleil l'éblouit au point de lui dérober la vue de Dieu. Le trône fut

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diminué, quand Louis XV montra qu'il était comme le reste des humains, souvent moins homme. II prépara la Révolution qui rejeta le divin dans ses revendications et ne s'inquiéta pas plus de son régicide que si Louis XVI eût été le plus vulgaire des mortels et le plus coupable des criminels. O horreur! lorsque l'autorité est dépouillée du nimbe dont les Hébreux virent Moïse couronné, à la descente du Sinaï. et qu'ils regardèrent comme le signe de leur obéissance aux lois gravées sur les Tables qu'il venait de recevoir des mains du plus haut Législateur,

Si, comme au temps où le Seigneur avertissait les rois d'Israël, un prophète se présentait devant Georges V, il n'aurait pas de plus salutaire lecon à lui donner qu'en :ui montrant les mérites et les démérites de ses prédécesseurs à un trône aussi illustre que celui de Grande-Bretagne, et les heureux ou lunestes eflets qui en découlérent. La comparaison serait en faveur des « rois très chrétiens », ComMmIne les appelait l'Église. Animé par les plus magnifiques exemples, ce fils d'Édouard VII s'efforce rail d'être digne de tels ancètres. Quoique roi constitutionnel, il userait à l'occasion du droit de veto dont il est revêtu, ayant conscience du pouvoir qui lui a été donné pour le bien de ses peuples.

Ainsi feraient les gouverneurs qui sont sa personnification royale dans les colonies. La « masse d'or », mise en vue dans les parlements canadiens, «emblème de Londres », avertirait les législateurs

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