DEL MRE
sn
l'autre, ils portaient la croix pour s'animer, pour avancer et mourir, une fois leur but atteint. L'épée, c'était la force; la croix, c'était l'espérance, et l'espérance fait les héros. Ce ne sont pas des païens, ce ne sont pas des philosophes, des financiers, des marchands, des chercheurs d'or qui ont semé le nom de france partout en Amérique et lui ont acquis le plus riche territoire de l'univers — qu'elle à abandonné ou vendu plus tard, — Non, ce sont des citoyens chrétiens, humbles et vaillants, € pour Dieu et le Roy ».
Les ‘deux genoux en terre, nous avons baisé les dalles de la cathédrale de Saint-Malo où Jacques Cartier et ses marins reçurent des mains de l'évêque le Pain des forts, avant de risquer sur une mer inconnue leurs frèles navires; nous nous sommes prosterné sur la pointe de Gaspé où le découvreur du Canada dressa la croix aux yeux étonnés des indigènes. avec le nom de la France en exergue.
Qu'est-ce qui pousse Champlain vers les Grands Lacs de l'Ouest et les immenses pays environnants qui étendent « le domaine du Roy »°? Cette pensée par laquelle il'ouvre son journal de voyages, pensée chrétienne : € Le salut d'une seule âme vaut mieux que la conquête d'un empire. » Qu'on nous laisse ici nous écrier : O foi de nos ancètres qui donne au beau lac Georges, dont les Américains sont maintenant les fiers possesseurs, le nom de lac Saint-Sacrement !
Cette marche incessante, infatigable en avant dans un monde plein de mystères, et destinée à illustrer une nation qui en avait fourni les héros,
, pour épée, er net aïens, s, des mé le tcquis elle a nt des
pour
sé les Lcques ns de er sur nous où le yeux nce en
r'ands inants Jensée ensée mieux laisse donne , sont le lac
avant née à
héros,
reçoit son élan du Christianisme, « Ainsi, témoigne un auteur américain, le zèle religieux des Français avait porté la croix sur les bords du Sault-Sainte- Marie et sur les confins du Lac Supérieur, d'où elle regardait déjà la terre des Sioux, dans la vallée du Mississipi, cinq ans avant qu'Elliot, de la Nouvelle- Angleterre, eût seulement adressé une parole aux sauvages qui étaient à six milles de Boston (1). » Nicolet se rend jusqu'aux plaines où s'épanouit, comme une fleur qui s'ouvre sans cesse, la belle ville de Winnipeg, gagne l'affection des sauvages, leur sert d'intermédiaire avec le gouvernement de la colonie, et « à lui est dû l'honneur d'être arrivé le premier jusqu'aux eaux du Mississipi (2) ». Quel chrétien est-il”? « IL nous a laissé, dit le P. Vimout, des exemples qui tiennent de la vie apostolique et excitent l'envie au plus fervent religieux (3). » Joliet le suit et le dépasse ; il reconnaît les grandes rivières de l'Ouest, comme le Wisconsin, le Missouri, autant de richesses ajoutées à la science et au royaume de France. Mais, avant de partir, il s'est préparé dans l'oraison (4). Lasalle arrive à la pleine mer : voilà enfin l'embouchure du Mississipi. « Au nom du Roy très-chrétien », il s'empare de toutes les terres arrosées par le fleuve et les rivières qui sx déversent. Qu'est-ce qui pouvait plus « flatter l'ambition de Louis XIV, au comble de ja gloire, reconnu pour le prince le plus puissant de la chré-
(Gi) Eité par GARNEAU, 1, 245.
(2) Discovery of the Mississipi, John Gilmary Shea.
G) Cité par FERLAND, 1, 326.
(9 entra dans l'état ecclésiastique, qu'il quitta après
avoir reçu les ordres mineurs. /bid., 11, 89.
tienté » (1)? A la vue de « l'Océan », rétréci dans un bras plus tard appelé G-lfe de Mexique, il entonne avec le P. Mendré, son soutien dans les épreuves d'un long voyage, le Te Deum, au pied d'une croix élevée à la hâte.
Nicolas Perrot « visite plusieurs nations, traverse de vastes déserts, est accueilli comme le messager d'un grand roi », à l'extrémité du lac Michigan, dont la rive occidentale devait asseoir la vaste ville de Chicago. Les chefs d'une multitude de tribus sauvages se réunissent autour de lui. Quel est son premier geste pour se faire comprendre des nations dont il ignore le langage *?” « Il creuse un trou dans la terre et y plante une croix aux armes de la France (2). » Voilà bien encore le citoyen chrétien : il ne peut se passer de montrer la croix, emblème de sa foi, lumière qui le guide, levier qui le soulève: mais, d'un autre côté, il sent le besoin d'y apposer au croisement l'affirmation de son civisme. Dieu et la Patrie, la Patrie avec Dieu, telle est la manifestation de son dévouement.
Comment n’y prendriez-vous pas garde, vous qui ne croyez pas à la religion comme source du vrai civisme, vous qui creusez des tranchées entre l'Église et l'État, vous qui ne reconnaissez pas qu'un chrétien puisse servir au bien de ses concitoyens” L'histoire vous contredit, puisqu'elle vous apprend que c'est lui qui a fait le monde, dont vous vantez l'agrandissement, la civilisation, le progrès, ce monde qui, dans votre illusion, est à votre image el ressemblance.
(1) GARNRAU, 1, 203.
(2) 1bid., 291.
i dans que, il ans les u pied
raverse »ssager n, dont ille de us sauon prenations ju dans de la rétien :
nblème ulève:
pposer Dieu et anifes-
Jus qui lu vrai
entre
s qu'un oyens ?
pprend vantez "ès, ce
nage el
Elle a passé par toutes les générations terrestres, « la lumière qui est venue en ce monde », « la lumière qui a éclairé tout homme », qui ne s'est pas reléguée dans les hauteurs du firmament, mais, pour s'abaisser jusqu'à nous, « s'est faite homme », a vécu de notre vie, s'est soumise à César, a pleuré sur Jérusalem, s'est consacrée aux misères de son peuple et lui a donné un dévouement sans épargner son sang. € Son royaume n'était pas de ce monde », il est vrai ; mais la Judée d'où elle avait jailli, et la Galilée où elle avait brillé, unies sous un même sceptre, celui de Rome, étaient sa patrie, et elle la voulait honorée, libre et puissante comme au temps de David et de Salomon. Elle n'a pas été mise « sous le boisseau », ni non plus ne s'est éteinte. Le citoyen chrétien, c'est le Christ perpétué : il est de Bethléem, il est de Nazareth, il est de Jérusalem : il a une patrie terrestre, il lui donne ses sueurs, comme il lui donnerait son sang. Mais, ce don, s’il était exclusif, s'entacherait de la poussière de la terre. Quand il le fait, c'est par des motifs élevés, surnaturels : la gloire de Dieu et le salut des âmes. Il confond ces deux mots, nationalité et Christianisme, en un seul : civisme ; l’un et l’autre s'unissent dans le bien et l'honneur publics. Il est évangélisateur et civilisateur, ou plutôt il est le second parce qu'il est le premier : tel il s'est montré dans notre histoire ; ct, quand ses restes sont déposés sous une pierre tombale, ses concitoyens, fiers du renom qu'il a acquis pour leur gloire et félicité, les recouvrent d'une croix, comme s’il s’en était écoulé le dévouement.