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Nous ne ferons pas une mention spéciale des missionnaires qui furent de vrais découvreurs en Amérique, comme tant d'autres en Extrème-Orient, et ajoutérent un lustre à leur pays, qui les avait envoyés : ils sont si nombreux qu'on les rencontre sur tous les rivages, au fond des b::s, au milieu des plaines. Qu'auraient fait les grands navigateurs. qui ont ouvert les portes des continents, sans l'homme de Dieu? Aucun d'eux n'eût osé s'aventurer dans un périlleux lointain, privé de la sagesse de ses conseils, de l'appui de -on dévouement et du secour: de son ministère. Qu'est-ce que Joliet sans le P. Marquette”? Qu'est-ce que Lasalle sans le P. Hennequin, qui révéla le pays des Illinois (1) °? Jésuites et Franciscains auraient droit de réclamer leur part immense dans les découvertes de notre monde. Toute une page ne suffirait pas pour les nommer.
Nous les classerions donc justement parmi les citoyens chrétiens. Le prêtre, parce qu'il est d'une pairie meilleure que celle d'ici-bas, n'a pas renoncé tout à fait à celle-ci, dont il a tiré son origine terrestre avec son nom, qui garde les reliques de ses pêres, où s'agitent ses frères et les compagnons de son enfance, où sont déposées ses chères traditions.
Gi) En visitant le Capitole de Saint-Paul, Minnesota, nous avons admiré le tableau représentant le P. Hennequin bénissant les eaux de la chute Saint-Antoine, Saint Antony Falls, qu'il venait de découvrir.
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avec laquelle il sourit ou pleure, selon la bonne ou la mauvaise fortune, pour la gloire de laquelle il travaille, peine et est prêt au martyre.
Mais, nous nous adressons à des laïques, et nous ne voulons exposer à leur édification que des actes de grands citoyens sortis de leurs rangs.
Il nous est plus que facile de citer des exemples de civisme chrétien dans les fondateurs d'États et de villes. Pour éviter l'embarras du “hoix, nous nous en tiendrons à ces deux qui ressortent entre tous : Champlain et de Maisonneuve.
La France eut peu de citoyens plus dévoués à sa renommée et à ses intérêts. Que ne reconnaît-elle que leur œuvre remarquable de stabilité et de vigueur n'apparaît, aujourd'hui, que pour l'éterniser sur le sol américain! Québec est le boulevard de la nation française en Amérique, et Montréal brille de ses institutions transplantées de la mèrepatrie comme des arbres s'épanouissant en fleurs, parce que acclimatés sous un soleil nouveau, mais qui réchauffait leur sève. En suspendant sa bourgade au flanc du cap Diamar:: Champlain est animé « de zèle pour la maison de son Maître ». « Québec est la clef de la vallée du grand fleuve, dont le cours est de près de huit cents lieues ; il est la sentinelle avancée de l'immense empire français que réva Louis XIV, et qui dvait se prolonger depuis le détroit de Belle-Isle jusqu'au golfe du Mexique (1). » Beau rêve qui se fè! accompli s, au siècle suivant, on n'eût pas cru aux € quelques arpents de neige » ; beau rêve qui, “ependant, eut une certaine réalité,
(1) GARNEAU : Jhid., 1, 143.
puisque, pendant près de cent ans, de Québec paraient les découvreurs de l'Ouest canadien et de ce gigantesque territoire d'où les États-Unis tirent leurs richesses, les pionniers qui ont semé des villes sous leurs pas, et les milices qui n'avaient que des victoires à enregistrer. Oh ! si la France eñt eu le coup d'œil de Champlain, elle serait " : 1t-être encore la reine de l'Amérique.
Le fondateur de Québec fut donc un gra. « citoyen Où puisa-t-il son civisme qui embrassait « l'immense empire français »; qui le soutint dans les épreuves et les luttes et fit qu'il ne désespéra jamais d'un trône alo: : chancelant, mais qu'il voulait inébranlable et splendide”? Dans son cœur de Français. oui ; mais aussi et surtout dans son cœur de chrétien. Que disons-nous”? Ces deux cœurs n'en faisaient qu'un dans sa poitrine par un patriotisme pénétré de christianisme. Qui lira sans émotion cette scène décrite par un de nos historiens (1), montrant ces hommes, à peine débarqués sur les rives de Québec, s'agenouillant devant l'Hostie que tenait en ses mains le P. Dolbeau, pour la recevoir dans la sainte communion, avant d'ouvrir à la France par la hache et l'épée tout un continent? Champlain s'approcha le premier, comme pour donner l'exemple, et protester que la foi est le sceau du succès.
Scène pieuse qui se répéta, lorsque furent jetées les fondations de cette ville, qui devait être la plus belle du Canada, Montréal. Scène qui n'était pas nouvelle, puisque, dès l'arrivée des premiers découvreurs à Tadoussac ct à Stadaconé, le sang du Christ
(1) Ibid, 150.
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ea comme un baptéme sur ces terres conquises ur le paganisine, et que Le «€ Pain des forts » les nourrit pour leurs courses aventureuses. Scène qui nélail pas nouvelle, avons-nous dit. pourtant qui a, ici, un charme particulier, On dirait une toile d'arüste où Moïse, sur la montagne, en vue du peuple, entre en colloque avec le Seigneur : le Mont-Royal serait le Sinaï, Fautel sur lequel Le missionnaire offre le divin sacrifice, le tabernacle autour duquel elaient plantées les tentes d'Israël, les colons, derniers arrivés à Hochelaga, la nation choisie, et le chefse nommerait de Maisonneuve.
La fondation de Montréal à le caractére d'une intervention divine. Olier et de la Dauversicre lurent des € voyants », ainsi que le témoignent leur même vision, à li même date, à longue distance l'un
de l'autre, et la même pensée, le même projet qu'ils
e communiquent dans une rencontre fortuite au château de Meudon (1). Paroles prophétiques que celles du P, Vimont. après le chant du Veni Creator el la première mes; s lieux : « Ce que vous voyez ici n'est qi “de sénevé: mais, je ne lis aucun doute qu .e petit grain ne produise un srand arbre, ne fasse, un jour, des merveilles, ne soit multiplié et ne s'étende de toutes paris » ! Le maître des nations présida € personnellement » à cet ‘lablissement. « Tout le jour, le Saint-Sacrement lut exposé comme pour prendre possession de cette icrre encore barbare, » Son premier nom. Ville- \arie, fut une publique protestation de piété à la \ivrge et une solennelle consécration au Secours
(@) Roussrav : Histoire de de Maisonneuve, Introdnetion.
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des Chrétiens. Ia été changé en celui de Mont-Réal ou Royal ; mais il disait mieux les sentiments religieux de l'homme qui l'engendrait au christianisme.
De Maisonneuve était apoôtre, et aussi il était citoyen. Le roi était alors la personnification de la patrie, alors ie mot & république » n'existait pas en France ; et quand on disait « le Roy », on disait la terre où l'on était né, où l'on avait vécu, où l'on avait aimé, pour laquelle on jurait de combattre et de mourir. Qui disait Auguste disait Rome, qui disait le Roy disait la France. C'est bien d'elle que parlait de Maisonneuve, quand il fit cette réponse à de la Dauversière, lui exposant ses projets : «Je suis sans intérêt, et j'ai assez de biens pour mon peu d'ambition. J'emploierai ma fortune et ma vie, sans autre récompense que l'honneur de servir Dieu et mon Roy dans les armes que j'ai toujours portees (x), »
Dieu et le Roy. la Religion et la Patrie, celle dont les mers les séparaient, et la nouvelle qu'ils s'étaient faite d'adoption, se réunissaient dans l'âme des premiers colons du Canada. Ici, ils honoraient leur roi par leurs travaux: mais dans les difficultés de la tâche, ils avaient Dieu pour guide et soutien. Souvent la tentation de découragement dut être forte. Que de fatigues pour leurs membres courbés sur la glèbe, abattant les arbres de la forêt pour s'ouvrir un chemin, suant sous un soleil ardent ou grelottant sous la bise glaciale ! Que d'ennuis dans l'isolement d'un pays inconnu, vaste, reculant à mesure