‹ Le citoyen [microforme]Chapitre 47 sur 51 · CHARLEVOIX · texte numérisé non relu

CHARLEVOIX

G) Chronique de 1695, citée par M. E. GAGNON, 59.

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mage qu'elle n'accorde qu'à ceux qui ont bien m“rilé (1).

Nous l'avons mis plus en relief pour exprimer ce vœu que, de nos gouverneurs, il y ait encore des Frontenac à Ottawa, à Québec, en tout État où un chef exerce une influence pour le bien de la nation ! Ce serait la plus belle démonstration, et la plus heureuse, du civisme chrétien.

Pour éviter un trop long développement, nous omettrons, à regret, les noms des successeurs de Frontenac, comme nous l'avons fait pour quelquesuns de ses prédécesseurs. Contentons-nous de remcttre en mémoire l'appréciation, qui les contient tous, du Pontife glorieusement régnant, Pie X, dans sa lettre adressée à l'Archevèque de Québec, à l'occasion des fêtes du triple centenaire de la fondation de cette ville (2). La fierté nationale nous monte au front quand nous entendons d'une bouche si autorisée les plus beaux éloges de ceux qui ont présidé à nos gouvernements.

‘aisons, cependant, execption des deux Vaudreuil, pere et fils, dignes l'un de l’autre. Le premier nous fat attaché par une affection « nationale », qui lui fut bien rendue, selon le témoignage de l'historien : « il possédait toute la confiance de la colonie, à laquelle il était lié par son mariage (3) ». Le second

(Gi) Oraison funèbre du P, Olivier Goyer.

(2) Bref 1mmortalia promerita, 9 mars 1908.

(5) FrnLAND, 11, 347.

ne pouvait étre plus nôtre, puisque Québec fut son berceau.

Il nous semble inutile d'ajouter à ce qui a été dit du premier. N'a-t-il pas été surnommé « le bienaimé du peuple »°? Ne lui a-t-on pas donné le certificat de « vigilance, bonne conduite, amour du Canada (1) » ? Il est reconnu aujourd'hui comme l'un des sauveurs de notre nationalité, lorsqu'elle était exposée à être submergée après la cession. «€ La forte organisation paroissiale créée par Philippe de Vaudreuil et Mgr de Saint-Valier sut résister au choc qui ébranlait tout l'édifice de notre nationalité. Grâce à cette organisation, les familles franco-canadiennes vécurent de leur vie propre et se gardérent de toute espèce d'envahissement (2). »

La page suivante d'un écrivain protestant et américain est un excellent sujet de méditation pour ceux qui s'indignent de la tutelle de l'Église.

«Une grande force se dresse en pleine lumière dans l’histoire du Canada : l'Église de Rome. Plus encore que le pouvoir royal, elle forma et prépara les destinées de la colonie. Elle fut sa nourrice et presque sa mère, tout obstinée et absolue qu'elle était, elle ne rompit jamais les liens de la foi qui l'attachaient à elle. Ce furent ces liens qui, en l'absenuce de franchises politiques, constituérent, sous l'ancien régime, la seule cohérence vitale dans la population. Le gouvernement royal était passager, l'Église était permanente. La conquête anglaise brisa d'un seul coup tout l'organisme de ladminis-

(1) Zbid., 428.

(2) M. E. Gacnox : Our. cit., 217.

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tration civile, mais elle ne toucha pas à l'Église. Gouverneurs, intendants, conseils et commandants, tous étaient partis ; les principaux seigneurs s'étaient éloignés de la colonie, et un peuple non accoutumé à vivre sans contrôle et sans assistance fut subitement abandonné à sa propre initiative. La confusion, sinon l'anarchie, s'en serait suivie, n'eussent été les curés (parish-priests) qui, dans un caractère de double paternité mi-spirituelle, mi-temporelle, devinrent plus que jamais les gardiens de l'ordre par tout le Canada (1). »

Si cé Vaudreuil n'eût été chrétien, s'il n'eût appuyé son dévouement à la patrie qu'il s'était faite ici, sur l'Église, la protectrice des nations, surtout persécutées, que serions-nous devenus ? Perdus, disparus peut-être de la face de l'Amérique. Que les & patriotes ». qui n'aspirent qu'à la délivrance du « joug ecclésiastique », relisent cet aveu d'un auteur qui ne doit pas leur être suspect ! Que nos législateurs ne touchent pas à ce système paroissial qui a à son actif l'épreuve des atinées et ee” pour nous le boulevard dé la défense ! Qu'il en surgisse encore, des « bien-aimés du peuple ! »

Vaudreuil, le deuxième du noin, fut le premier Canadien honoré du gouvernement de la Nouvelle- France. Ce n’est pas exagérer que de le citer à l'admiration ; il renversa tous les préjugés que l'on avait contre l'éducation qui se donnait dans la Colonie, et aussi ceux dont on ne se débarrasse pas encore, que « peu de chose de bon » ne sort de chez nous, pauvres Nazaréens. Pourtant, il gouverna

Qi) The Old Regime in Canada, F. PARKMANN.

€ durant l'époque la plus difficile de notre hisloire (1) ». Peu importe la conquête qui S'accomplit à la fin de son règne : elle était inévitable à cause @ de l'aveuglement de l'ancienne France ct la ferme détermination de Pitt de s'emparer du Canada (2) », et la force du nombre qui devait l’emporter sur la valeur, après la plus glorieuse des résistances, Mais, là où il fut, «il fit face à tout, et le succès couronna la sagesse de ses mesures (3) ».

Quand on apprend qu'il « était rangé, dévoué à SOn pays et digne de toute estime », qu'il « possédait des qualités qui, en d'autres circonstances. eussent suffi pour le rendre illustre et faire le bonheur du peuple canadien », qu'il était « doué d'un jugement droit, d'un grand désintéressement et d'une inaltéable dignité (4) », qu'à la fin d’une longue carrière où il eût pu s'enrichir, « après avoir servi le roi pendant cinquante-six ans, il rentrait pauvre en France, qu'il avait sacrifié ses appointements pour subvenir aux besoins publics », que toute sa fortune, comme il le disait lui-même, consistait dans « l'espérance des bieafaits du roi (5) »; quand l'autorité spirituelle du pays proteste contre «une condamnation facile » et appelle «tort infini que de lui attribuer nos malheurs (6) »; quand on le suit à Carillon, et dans ses courses rapides, se transporant à Montréal et à Québec, dictant des ordres, ras-

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