‹ Le Classicisme Des RomantiquesChapitre 16 sur 60 · CORDES · texte numérisé non relu

CORDES

(8) 76:d;, Trot

N'est-ce pas là Corneille et les Discours sur le poème dramatique?

Éclectisme suprême de cette grande éclectique, éclectisme classique de l’idéal et du réel : «C’est toujours dans l’union de l'idéal avec la nature que consiste le domaine des arts (1). » Elle assigne pour modèle aux artistes l’homme classique, l’homme de tous les temps et de tous pays; pour mission, « d'adapter l’art universel au goût de chaque pays, l’art immortel au goût du temps » (2); pour juge, le commun des hommes : « Un homme supérieur, dit-elle après Boileau, a tort de dédaigner ce qui plaît universellement ; il ne faut pas qu’il abjure sa ressemblance avec la nature de tous, s’il veut faire valoir ce qui le distingue. Le point qu'Archimède cherchait pour soulever le monde est celui par lequel un génie extraordinaire se rapproche du commun des hommes (3). »

Cette reine de la conversation a le goût des idées générales parce que « l’objet vraiment libéral de la conversation, ce sont les idées et les faits d’un ordre universel » (4). Elle félicite Sismondi de rattacher « les intérêts des républiques italiennes. aux grandes questions qui intéressent l'humanité tout entière » (5). Ce goût des choses universelles, elle le retrouve chez les Allemands eux-mêmes, qui «ont d’abord attaqué nos écrivains dramatiques comme transformant en Français tous leurs héros », qui ont soutenu les droits de la vérité historique et locale, puis qui se sont avisés, néanmoins, de faire « des pièces abstraites », où « les rapports des hommes entre eux sont indiqués d’une manière générale, sans que le temps, le lieu, ni les individus y soient pour rien », où les personnages s’appellent « le roi, le père,

(1) De l'Allemagne, I, 27.

(2)ETBT dE TP SL5:

(3) Zbid., IT, 22. — Cf : « On a tort presque toujours quand on blâme le jugement du public dans les arts, car l'impression populaire est plus philosophique que la philosophie même » (III, 9); et : a As est presque toujours un juge de beaucoup d’esprit » (a) EE Lit Ve)

(5) Zbid., II, 29.

la fille... » (1). Et le lyrisme romantique assurément ne pourrait souscrire à cette définition. « La poésie exprime la perfection en général, plutôt qu’une manière d’être ou de penser particulière. »

Pour le développement de ces idées générales, pour la littérature psychologique et morale, les vrais maîtres à ses yeux, — romanciers, dramaturges, moralistes. — sont des Français ; elle ne trouve que chez eux un Gil Blas ; elle ne songe pas à égaler Mendelsohn, Garve, Sulzer.., à La Rochefoucauld, à La Bruyère ; elle ne favorise l'influence étrangère que comme élan, comme diversion à la stérilité présente, comme « mouvement d’émulation ». Ou encore, elle espère provoquer « un traité de paix » entre Allemands et Français : que les uns acceptent les belles œuvres contraires aux poétiques ; que les autres s’interdisent ce qui offense le goût. Ne voyez-vous pas le Danois Ochlenschläger réunir « la régularité française à la diversité des situations qui plaît aux Allemands (2) »?

Cette ennemie de Napoléon a servi à sa façon ce « système de fusion » qui était la grande pensée de l'Empereur ; elle a préparé l’esprit de la Restauration et de la Charte, qui allait succéder à l’Empire et le continuer. Elle ne vécut pas assez longtemps pour voir son école prolonger son sillage : Corinne meurt au seuil de la Restauration, ayant accompli son œuvre,

Au même moment, Eudore se détourne de son œuvre d'écrivain, se jette dans la mêlée politique. Mais le polémiste du Conservateur et des Débats associe, à ses campagnes, son classicisme souple et vivant. Il enrôle Molière contre le ministère (3). Politique désabusé, déçu par l’action, il boude même les lettres nouvelles : « Tous les genres sont épuisés, les vers, on ne les aime plus ; les chefs-d’œuvre de la scène nous ennuieront bientôt (4). » Le passé s’en va tout entier, ordre social, respect des classiques. Plus de

(1) De l’ Allemagne, TI, 22.

D) EL MMS

(3) Le Conservateur, t. III, p. 327.

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