‹ Le Classicisme Des RomantiquesChapitre 8 sur 60 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Une société qui se cherche des aînés, reflétée dans un art qui se cherche des maîtres, — c’est de là qu’est sorti le style Empire. « Les artistes ont tout perdu à la Révolution, » déclarait Quatremère de Quincy au Conseil des Cinq-Cents (1); il fallait leur rendre une tradition, des leçons, des modèles. Au moment où tout changeait, l’art aspirait aux œuvres qui durent; au milieu de l’universelle caducité, il se prenait à imiter, dans la rigidité de leurs contours, dans la dureté de leur matière, les meubles de l’antiquité retrouvée ; dans le désordre d’une société bouleversée, il faisait des plans d’architectures majestueuses ; les musiciens exigeaient du chant «la grandeur et la fermeté qui doit caractériser l’artiste républicain » (2). Au Louvre, depuis l’an IX, le Musée des Antiques offrait aux regards les formes les plus classiques de la sculpture, le plus classique des arts. Mais au même moment la sensibilité romantique affinait encore et amollissait les peintres, les sculpteurs. Classicisme romantique, alliance de morbidezza et d° marmoréenne beauté, que le dix-neuvième siècle naissant trouve chez Canova, — de « la pureté des contours antiques » et de « la molesse des grâces du Corrège », qu'il aime chez Prudhon (3). Unité du goût davidien, diversité des sensibilités inquiètes : tel est le style Empire.

(1) René ScHNEIDER, Quatremère de Quincy et son intervention dans les arts (1910), p. 353.

(2) Méhul à Payan, 17 juin 1794 (Ms Arch. nat. F. 17, 1117).

(3) QUATREMÈRE DE Quincy (cité par R. Schneider, loc. cut.,

Et selon qu’entre ces tendances opposées s’établira un équitable arbitrage, ou que l’individualisme d’un tempérament romantique se mettra au service d’une pensée classique, ou qu’au contraire une révolte FARANUe se traduira en formes classiques, ce style s rose en trois génies distincts.

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