‹ Le clavier d'or: sonnetsChapitre 14 sur 23 · HH · texte numérisé non relu

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/eune, *//* é/a# coquette et frisait ses cheveux. Au lieu d'aller au prône et Centrer à confesse S 'accuser humblement d'être une pécheresse.

De tous ses prétendants elle attisait les feux.

Pour chaque chevalier a" occasion, ses yeux Jouaient au velouté, languissaient de tendresse, Et sa gorge penchée invitait la caresse Des mots doux, des baisers, des rires et des jeux.

Maintenant elle est prude, étant vieille et ridée ;

Le péché l'épouvante, et V amour en idée

Met un frisson d'horreur dans son pieux espoir.

Son boudoir est chapelle; elle est l'aide dévote Du père confesseur : la jeune fille en faute. Apprend tfelle à rentrer, contrite, en son devoir.

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TTNE odeur de vieux neuf y flotte vaguement, J On voit encor très bien, sur les tapisseries, Un cerf et des chiens roux, et puis des bergeries Qu'un vieux chêne courbé protège gravement.

Voici, devant V alcôve, un long rideau tombant. Ramage de lilas et de branches fleuries ; Tout près, la cheminée où vont les rêveries, L'hiver, quand le feu danse en tordant le sarment.

Au-dessus, la console est étroite et ne porte Qu'un vase du Japon couleur de feuille morte, OU sont peints dans du bleu les rayons d'un souci.

Au pied du guéridon où le missel repose,

La chatte rêve sur un coussin cramoisi

Et lèche son poil jaune avec sa langue rose.

y 140 Le Carquois.

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PN est un peu moqueuse, on médit, on caquette : Cela n'empêche pas d'avoir le cœur pieux; On est un peu pimbêche, on est surtout coquette : Mais on possède une âme et Von aspire aux deux.

Dans l'extase béate elle enlève, ses yeux :

A tous les bruits mondains son oreille s* arrête;

Sa bouche sait prier sur un ton onctueux :

A déchirer quelqu'un sa langue est toujours prête.

Elle est modeste avec mainte affectation ; Son luxe est de bon goût; à la procession , Elle règle le pas des Filles de Marie,

Sans quitter du regard un officier fleuri.

Qu'en récompense enfin la sainte confrérie Voudra bien lui donner au plus tôt pour mari.

Le Carquois. 141

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TUT a pipe, morceau d'art tendrement culotté, J Est l'autel où mon rêve amoureux sacrifie; Cest le laboratoire où ma philosophie Ebauche son grand œuvre en toute liberté.

Le tabac que je brûle en ce creuset sculpté Fait un bleu lit d'encens oh mon âme ravie Est bercée au soleil par l'oubli de la vie, OU ma chimère plane, ivre de volupté.

Sur tes flocons subtils, paresseuse fumée, Comme sur un divan d'ouate parfumée, Flâneur bénin, je fais le tour du paradis,

Où Mahomet, fumeur pieux qu'Allah tolère, Pimente son bonheur douze fois séculaire En mêlant à V opium ses larmes de jadis.

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Le Carquois.

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A Francis Maratuech.

/E suis pareil au pitre égrillard et verbeux Qui, sous des oripeaux vieillis de chrysocale, Cache sa gueuserie et distrait sa fringale ; Qui, sous le velours jaune et tristement pompeux ,

Tâte son gousset vide et prend des airs fameux Pour duper les badauds qu'un faux luxe régale; Qui, sans feu, sait chanter le soleil en cigale, Et sans blason, poser comme un noble gommeux.

Dans les vers délurés où rit ma fantaisie,

Mon amour mendiant, vêtu de poésie,

Comme un prince du sang aux reines fait la cour.

Au pauvre baladin enlevés son costume,

Il ne lui reste au cœur, hélas ! que V amertume

Des rêves sans espoir et des baisers d'un jour.

Le Carquois. 143 ^

A Jean Mazeyrie.

T JN canari disait : « Moi, je suis optimiste : j Mil choisi, frais mouron, eau claire, pain sucré, Bonne épouse, voilà mon doux lot de trappiste. Mon chant est une joie en ce palais doré. »

Un pinson répondait : « Moi, je suis pessimiste : Yeux crevés, abandon, barreaux durs, air taré. Esclavage, voilà ma part injuste et triste.

Mon chant est une plainte en ce cachot muré. »

La mort intervenant : « Je suis ègalitaire / Avec le corps de V homme et celui de l'oiseau, Je pétris du limon et refais de la terre.

« Dieu, pour peupler la tombe, a créé le berceau. Je jette à mes mangeurs ténébreux qui font fête Le faible avec le fort, V aigle avec la fauvette / »

IMITÉ DE RÛCKERT

j'Ai mendié de l'or au seuil de la fortune :

Y Sans obtenir un sou j'ai jeûné tout le jour, y ai heurté, plein d'espoir, au logis de V amour Vingt autres attendaient en bâillant à la lune.

Aux portes des palais f ai frappé sans rancune : N'ayant point de blason, je fus chassé de cour. J'ai dit à râtelier de me prendre à son tour : Les ahans ont couvert ma demanda importune.

J'ai cherché sous un toit le vrai conte tte ment : Personne ne connaît le lieu de sa demeure, Et tout le monde rit de mon étonnement.

Mais il est un asile où nulle voix ne pleure, Où l'on accueillera ma fatigue et mes os :

La tombe ouvre toujours son éternel repos.

T Le Carquois. 145

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, A Ferdinand Huard.

Il fait gris, et dehors tombe une fine pluie. J A ma vitre accoudé, je regarde et m'ennuie.

Le rêve me fatigue et si /écris des vers,

Ma rime est un écho du vent froid des hivers.

Ah! revienne un printemps ! que mon humeur s'enfuie, Que mon souci s'allège et que le ciel s'essuie ! Que ces arbres en deuil, de lourds brouillards couverts, Revêtent dans Vair doux leurs larges manteaux verts t

Quand verrai-je là-bas poindre quelque èclaircie Où filtrent les rayons du soleil poésie ?

Hélas ! il pleut toujours avec un calme lent,

Et me voilà fâché d? entendre un canard bête Qui barbote en la mare avec un bruit de fite, Et savoure tout seul son bonheur insolent.

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Le Carquois.

LXVIÏI

1UT A bourse déçus d'or était toute gonflée : J y eus de quoi me payer un chien et des valets, Un habit à la mode, un damas, deux stylets, Une aimable maîtresse en sa chambre meublée;

y eus des amis charmants et de toute volée.

Or, ma bourse étant vide et mes écus pillés, Je n % ai plus de maîtresse et plus d'amis zélés ; Mes valets sont partis, ma chambre est désolée.

Vides sont mes tiroirs et pauvres mes amours; Ma veste est en guenille et l'huissier tous les jours Menace poliment de me mettre à la porte.

Je quitterai bientôt tout ce qui fut mon bien,

Et quand viendra la mort, je n'aurai pour escorte

Que créanciers perclus, mes poignards et mon chien.

| Le Carquois. UL-Jh

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"KK a muse est kypocondre et ma lyre plaintive J Fait éclater mes vers les plus purs en sanglots. Tout ce qui pleure ici, les sources, les bouleaux, Les captifs, les maudits, rend mon âme attentive.

Mon sourire est contraint et ma joie estfurtive; Je ne trouve d'accords que dans V horreur des flots. Si fêtais un tyran, je verrais des complots Dans tes chants amoureux, Ô barque fugitive !

Le pauvre cependant m'apporte sa pitié :

Cest de ses maux sans fin la triste litanie.

Ses grands regards navrés sont ma seule amitié.

Et le jour où ma course enfin sera finie,

Je voudrais sur ma tombe, où s'abîme le rien,

Entendre encor hurler lugubrement mon chien.

Mfc-

Le Carquois.

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A Edouard Pailleron.

f E suis sceptique un peu, sans être misanthrope. J L homme est un animal douteux , Dieu sait comment! V amour seul le rend sage et la folie aimant : Cela se voit en Chine aussi bien qu'en Europe.

tye puis V analyser sans employer de trope.

Il sait rire de tout avec un art charmant Et pleurer sur un rien sans avoir de tourmept. Quand il a fait le mal, il se lave dhysope.

Il apprend à tuer ses frères poliment.

Sans aucune leçon, il se plie aisément A Vètat domestique, ô vertu nonpareille !

Nous avons pour cela quatre agents précieux : Les lauriers de la gloire ou V éclair des beaux yeux. Le son du métal jaune ou la dive bouteille.

T Le Carquois. 149

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