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Patria.
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A Etienne Carjat.
pETTE voix du poète est la voix des guerriers J Dont la mâle vigueur, saintement attendrie, Vibre comme V airain au nom de la Patrie Pleurant ses meilleurs fils et voilant ses lauriers.
Nos deuils rougis de sang, à la honte liés, Frémissent dans ce verbe où gronde une furie; Notre antique valeur , par les lâches flétrie, Y maudit les tyrans qui la foulaient aux pieds.
Puis le son haut s'élève ainsi qu'un vent d'orages Ou montent, sur l'éclair, la foudre et les courages Voici la belle armée et voici les vainqueurs!
Les enfants des vaincus ont repris ton épèe, O France! son acier se trempe dans leurs cœurs, Et vengera demain, mère, ton épopée!
Patria. 163
A Ernest Legouvé.
O ou riant, le vieux maître est assis au milieu J D'un cercle d'écoliers à la mine, vermeille. Il leur lit lentement /'Horace de Corneille, D'une voix pleine encor de jeunesse et de feu.
Leurs grands yeux étonnés, plus pétillants qu'au jeu, Semblent des lutins bleus qu'un rêve ardent éveille, Et leurs fronts, qu'un désir de victoire ensoleille, Pour le dernier Romain font un suprême vœu.
Leurs bouches s entrouvrant, à des fleurs sont pareilles; Ainsi que des oiseaux sur le bord des corbeilles, On dirait un essaim d'affamés à nourrir.
Et quand le doux vieillard, dont le regard s'anime, Prononce en frémissant le Qu'il mourût sublime : « Maître, dit un enfant, je saurais bien mourir! »
Ii 64 Patria.
J^u jfotitatew*
/rtisans méconnus de nos grandeurs futures, Pleins de foi courageuse et de virile ardeur, Vous faites une aurore en nos rouies obscures Et préparée nos fils au combat de F honneur.
Vous nous donnez t espoir riant des gerbes mûres, Car la sérénité candide du semeur Rayonne à votre front, et Von sent les murmures Joyeux de Vavenir charmer votre labeur.
Vous ranimez le cœur de la pauvre Patrie, Et vous vivifiée son âme endolorie Par le pain de justice et Vair de liberté.
Et puis, quand vous aurez tué votre constance A cet œuvre géant, ressusciter la France, Vous mourrez sans savoir qui vous avez été.
Patria.
A Erckmann-Chatrian.
T 'Alsace est une mère au sein jeune et robuste, J Et les enfants nourris de son lait généreux Ont la vertu des forts et la valeur des freux. Car l'honneur est placé sous sa tutelle auguste.
Le Rhin majestueux, large et fécond, s'incruste Comme une écharpe bleue en ses flancs amoureux El les Vosges lui font un nimbe vaporeux, Tel qu'en peindrait Henner au front sacré d'un juste.
Voici ses vignes d'or et ses pleines moissons :
Le vin joyeux qui met dans les cœurs des chansons,
Et le bon pain qui fait un sang pur dans les veines.
Mais un voile de deuil sur sa face est jeté, Et la noble victime appelle dans ses chaînes Celle qui lui rendra ses chants de liberté»
hHfc
Patria.
fyti A& Répart
Gott sei mit uns I
£\ub Dieu soit avec nous! nous, les sombres tonnerres ! \^Nous sommes le désastre et nous sommes î horreur. Et nos bouches ont des hurlements sanguinaires : Nous célébrons la mort en chantant V Empereur!
Que Dieu soit avec nous! nous, les noires colères! Notre voix formidable inspire la terreur!
Nous sommes les bourreaux des masses populaires .- Les hommes sont le champ, et nous le laboureur!
Que Dieu soit avec nous! nos gueules infernales Cracheront sous l'azur leurs mitrailles brutales : Rapide est la moisson lorsque nous fauchons tous!
Les corbeaux nous suivront dans les plaines rougies, Et les mères en deuil, maudissant nos orgies, Tâcheront d'attendrir notre airain à genoux.
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