APRÈS SEDAN
T s temple est décoré de festons et de fleurs. J Les tentures de soie aux splendides couleurs Semblent un Empyrée où la gloire rayonne, Parmi des ailes d'ange et des pieds de lionne.
Dans r abside on voit peints des Gédéons vainqueurs, Chevauchant sur des krupps avec des airs moqueurs; A côté de r autel, un dais à? azur couronne Comme d'un ciel riant les marches d'or d'un trône.
Loche, le chêne vert, les palmes, les lauriers,
Encadrent un trophée entre les hauts. piliers.
V orgue ronfle, les voix chantent, le bourdon sonne,
Le tambour bat, le cor clame, le canon tonne ! Bacchanale de joie, ô chants roulant à flots, Couvrires^vous la mer immense des sanglots ?
Patria. 169
A Paul Déroulède. .
T a Revanche! Ah! sois sûr que son heure viendra! J Tout outrage à t honneur appelle une vengeance : Pour laver sans retour la honte de la France^ Un déluge nouveau, Prusse, t'envahira !
Un déluge qu'en vain C Allemagne fuira!
Vos soldats, vos canons, vos machines de chance, Ne pourront rien tenter pour votre délivrance; Même votre empereur d'épouvante mourra.
Tremblée, vainqueurs ! Tyrans, trembles ! L'orage approche. Votre glas retentit dans le son de la cloche; Votre nuit va sombrer dans V immense clarté!
Paris lance la foudre, et la France l'idée.
Le Droit tonne, et la mer Justice est débordée : Vous seres engloutis sous le flot Liberté!
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Les Sommets,
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A mon ami Charles Gros.
I^nfant, ton âme vibre au noble et fier appel /De la gloire, entonné par la voix du génie; Ton jeune front, bercé dans un chant d? harmonie, Répète avec transport la musique du ciel.
Ah! du moins, que ta foi, comme un rêve éternel, Garde son culte aux dieux que le monde renie ! L'idéal est en haut, sur la cime infinie; Qu'importe si la route a des pleurs et du fiel ï
Dans Vair supérieur élève ta pensée :
Crois-moi^ ta lyre d'or, vers l'aurore élancée^ Plus voisine de V astre aura des sons plus beaux,
Lamartine, Vigny, Musset, Hugo, Laprade :
Saluons, ces sommets, puis tenions l'escalade ! A leur ombre peut-être aurons-nous nos tombeaux %
Les Sommets.
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A Paul Bourget.
T L est des cœurs choisis que la même amertume ) Conduit fatalement au même lendemain; Il est des âmes sœurs qu'un même mal consume, Et qui montent au ciel par le même chemin.
C'est au même foyer que leur désir s'allume, Les mêmes baisers fous leur ont brûlé le sein; Cest dans le même effroi, parmi la même brume, Que leur rêve est tué par le même assassin.
L'amour, à leur éveil, les berce et les appelle;
A leurs charmes vainqueurs nulle enfant n'est rebelle;
Mais leur soif est intense et leur espoir sans fin.
Si bien que, fatigués d'une indigne victoire, Ils désertent la terre où meurt l'esprit divin, Pour suivre dans Vaeur les filles de la gloire.
Les Sommets.
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T 'abeille, secouant le pollen aux grains d'or, ) Goutte à goutte à la ruche apporte son trésor, Et remplit du parfum de sa douce ambroisie La cellule oit la reine a sa liqueur choisie.
Ainsi, dès le matin, prenant son fol essor, S'échappe dans le bleu ma jeune fantaisie.
Cueillant, pour en remplir son hanap vide encor y Tes larmes et tes sucs, ô miel de poésie!
La pourvoyeuse meurt, mais son nectar nourrit Celle qui sera Mère et deviendra V esprit De la cité, par qui vivra la république.
Ma muse est une abeille au léger vol rythmique, Butinant, pour former le breuvage des Dieux, Sur les fleurs d'idéal qui ne s'ouvrent qu'aux deux.
Les Sommets,
A Emmanuel des Essarts.
r* Lio, belle et sévère, a choisi son burin J Et sculpté le relief de leurs muscles dP airain ; Dans les plis droits et lourds de leur simple tunique. Elle a taillé les traits nobles du corps antique.
Elle donne à leurs bras un geste souverain Et sous leur front puissant met un regard serein. Elle gonfle leur cœur d'un vieux souffle héroïque Et pare leur maintien de majesté stoïque.
Elle leur dit à tous : « Vous êtes grands ainsi, Lutteurs à l'âme fière, ô travailleurs sublimes Dont le jarret nerveux ne fut jamais transi!
« Votre rêve divin va planer sur les cimes, Loin des fanges d'en bas où meurt la volonté, Dans l'air pur des sommets où. vit la liberté! »
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Les Sommets.
MM
riLS des brumes du Nord, tu lèves, anxieux, Ton front vers les splendeurs de la voûte infinie ; Comme un autre Titan qu'exalte le génie, Tu tentes, plein de foi, ? escalade des deux.
Mais quand tu vas poser dans l'azur radieux Tes pieds meurtris et las, tu chantes Vagonie De V Idéal sacré, puis ta sombre ironie Apostrophe en hurlant les Tyrans et les Dieux.
Tu ne te souviens plus des heures charmeresses Où l'amour le versait le vin de ses ivresses,
Et ton doute infernal a maudit le soleil!
Cependant le vautour n'a pu tuer ton âme :
Comme une apothéose, en ton linceul de flamme, La Grèce a salué ton glorieux sommeil ! .
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Les Sommets.
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A Eugène Arbeit.
T es hêtres par bouquets se mêlent aux sapins , ) Et l'odeur du muguet au parfum de la menthe. Sous des taillis épais de charmilles serpente Un lacis de sentiers où terrent des lapins.
Au bord de la forêt se croisent deux chemins Où de vieux chênes creux, quand vient la nuit tombante, Abritent le hibou dont. la voix se lamente Lugubrement, semblable à des soupirs humains.
A leur pied le berger, quand il fait de Forage,
Se réfugie avec son chien et ses brebis,
Comme vers des aïeuls tendant leurs bras amis.
A mi-peitte s'étend un coin de pâturage
Où Von entend, le soir, bien doucement beugler
Les vaches au poil roux qui veulent s'en aller.
Les Sommets.
A Dyonis Ordinaire.
T es hommes francs de la Comté ) Ont le poing fort et Vàme fière; S'ils ont au front la mine aiti)re, Ils ont au cœur la loyauté.
Sous leur froideur rit la bonté, Leur rudesse est hospitalière; Une verve primes autiste Mousse au fond de leur gravité.
Ils sont fidèles et tenaces.
Sous leurs dehors un peu bonasses,
Pétille le bon sens gaulois.
Sentencieuse est leur parole, Mais leur malice part et vole Comme les flèches d'un carquois.
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180 Les Sommets.