‹ Le clavier d'or: sonnetsChapitre 21 sur 23 · HH · texte numérisé non relu

HH

A Jules Breton.

T e poids des épis mttrs enorgueillit la terre ) Sur qui le soleil roi se penche, débonnaire. La mer des blés moutonne et couvre les sillons D'un ruissellement d'or, de joie et de rayons.

Voyant le pain sortir dans la chaude lumière, Le laboureur bénit la glèbe nourricière Qui paye à sa sueur un salaire en moissons , Et les enfants de l'homme éclatent en chansons.

Dans le chemin des champs s'avance un lent cortège;

Les filles du village ont des robes de neige

Et tiennent deux à deux des bluets dans la main.

Les paysans pieux entonnent un cantique;

Le prêtée fait descendre, en sa voix magnifique,

Le sourire de Dieu sur le travail humain.

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Les Sommets. 18 1

A Félix Gras.

\K ichel-Ange, sculpteur épique, mit trois ans J Pour faire son Moïse à la face sévère.

Or, en moins de six mois, son ciseau qu'on révère Eut achevé V ébauche et ses contours puissants.

Les membres et le torse, en reliefs saisissants, Déjà pouvaient trahir la force séculaire; Les rides et les plis, qu'un reflet sombre éclaire, Se creusaient, noirs et durs, en gestes menaçants;

La bouche s'apprêtait à lancer Vanathème;

Les cheveux courts, plantés ainsi qu'un diadème,

Dans un nimbe d'éclairs se tordaient sur le front.

Mais quand il fut à l'œil, cent fois sa pointe fine Retoucha la prunelle et le regard profond.

Afin d'y concentrer la colère divine.

•y 182 Les Sommets, T

Après une représentation d'Andromaque au Théâtre-Français, en 1878.

A Sarah Ëernhardt.

T es Grecques de Racine ont la beauté première J Que Phidias donnait aux amantes des Dieux.

Sous leur superbe chair, le sang pur et joyeux Fait vibrer la couleur rose dans la lumière.

Elles ont Vâme ardente et la pensée aitière.

Le feu qui les consume éclate dans leurs yeux. Sous le fouet du désir leur geste impérieux Courbe à leurs pieds les rois comme des chiens de pierre »

Chez elle le sublime est voisin de l'horreur : . Andromaque est la grâce et Phèdre est la fureur. Le monstre et r idéal sont issus de leur race.

Mais pour ressusciter ces femmes dans leur jour, Il faut Sarah Bernhart, quand sa voix chaude passe Des hoquets de la haine aux sanglots de l'amour.

Les Sommets.

JU

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Après sa représentation d'Horace, à Montbéliard,

le 11 octobre 1879

A Madame Agar.

pORNHiLLE et ses Romains sont de haute stature; /Leurs muscles sont d'acier et leurs poignets d'airain; Sous leur front large ils ont le vouloir souverain Qui commande à îhonneur et dompte la nature.

Ils ont, comme un granit, l'enveloppe âpre et dure. Et, semblables aux Dieux, le sourire serein.

La mort, pour ces héros, est la honte qui dure. Ainsi que leur fierté leur courage est sans frein.

La vertu dans leur sang est fille de la race, Et Camille en furie est bien la santr d'Horace, Mettant la haine immense au fond de son regard.

Mais pour galvaniser ta phalange sublime,

O vieux Corneille, il faut, dans l'éclat d'une cime,

Les gestes surhumains et les grands cris d*Agar!

Les Sommets.

if'éittan Ailmi

/insi qu'un joyau d'or envié des voleurs, V oiseau charmant qui vient du ciel de la lumière, Au berceau fut ravi par de blonds oiseleurs Poursuivant des amours au fond de la clairière.

Or, la cage était belle et couverte de lierre. Il fut esclave, mais la chaîne était de fleurs. Le sucre et les baisers firent sécher ses pleurs. Il oublia V espace au fond de sa volière.

Et voilà qu'au temps clair des rossignols aimés,

Le captif s'échappa dans les bois embaumés.

On crut qu'il reviendrait seul en ses chambres closes,

Mais, respirant Codeur enivrante des -roses,

Il eut la volupté joyeuse d'un réveil,

Et, libre, prit V essor en haut, vers le soleil.

Les Sommets.

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Tu cisèles le bronze et tu sculptes la pierre, Mais tu n'es pas de marbre et moins encor d'airain. Parce que tes beaux vers chantent dans un quatrain Comme les blancs piliers d'un temple de lumière;

Parce que tes bras forts dressent la tour altière Dans la pleine splendeur où monte le matin ; Parce que tu conquiers, d'un grand geste hautain. Les drames palpitants qui troublent la matière :

On te dit impassible et froid comme un tombeau, O toi, poète vrai, qui souffres la tortUre Implacable d'aimer tous les aspects du beau l

Car tout enfantement fait crier la nature :

Les boutons sont brisés avant dïèclore en fleurs, Et V œuvre du génie est fille des douleurs.

Les Sommets.

JU

A Charles BeaudeJaire.

A quelle acre mamelle as-tu tété le mal?

J Quel philtre meurtrier abreuva ta jeunesse? Quel amour monstreux et quel rut de faunesse Dans la lande souilla ton désir virginal?

Quel odieux serpent, quel succube infernal

Roula tes rêves blancs sous l'infâme caresse?

Quels ongles de faucon, quelles dents de tigresse

Ont pu déchirer Vaile à ton pauvre idéal?

O toi qui visitas le royaume des goules Et le pandémonium des marais ténébreux, O terrible sculpteur, qui cisèles et coules

Dans l'airain éclatant de ton vers vigoureux Les torses convulsés d'un peuple satanique :

As-tu conduit le Dante en ton enfer cynique?

Les Sommets.

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/vec le dieu Soleil et la déesse Aurore, Vous venez du pays féerique des couleurs.

Des perles, des rubis, des chansons et des fleurs, OU le rêve se berce en un verbe sonore.

Vos vers étincelanls, que V amour fit èclore, Gardent, comme vos yeux, V extase des vainqueurs; Car vous ave» vogué, magicien des cœurs.

Vers les bleus infinis que le poète adore.

Cherchant, nouveau Jason, r éternelle Beauté, Par delà F océan profond de la lumière, Vous ave» vu la gloire et trouvé la clarté.

Mais, ô grand exilé, de votre course altière, Dites, rapportez-vous aux terrestres maudits, Pour ètancher leur soif, de l'eau du paradis ?

Les Sommets.

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Oos (style fut trempé dans un creuset magique. J Sa fine pointe d'or, sertie en diamants,

Reflète les soleils et les enchantements,

Et met de clairs rayons dans sa prose rythmique.

Sa plume fut taillée en un palais féerique Par l'inspiration, mère aux secrets charmants, Qui chante les exploits des héros de romans Et préside aux tournois du carnaval lyrique.

Légère, sous ses doigts merveilleux, tour à tour Pinceau doux, fier burin, elle glisse à Ventour Des beaux corps que l'art voile au fond des draperies.

Elle se fait sorcière et séduit Albertus,

Puis change en un fumier d'ignobles chairs flétries

Celle en qui revivait la beauté de Vénus.

Les Sommets.

A Madame Ackermann.

T 'homme est toujours séduit par l'attrait du mystère.

J II appelle divin ce qu'il ne comprend pas;

Et les astres perdus qu'il contemple d'en bas

Lui semblent des èdens quil voudrait sur la terre.

Veau des puits crevassés jamais ne désaltère Son gosier haletant et son cœur triste et las; Sous la verge du sort, il est si faible, hélas! Que son rêve devient une foi salutaire.

Il vogue ainsi, bercé par ses illusions.

Sur le gouffre où le vent creuse de noirs sillons.

Comme le jeune enfant qui sourit à sa mère,

Quand celle-ci lui chante un vague air de sommeil,

Il tend aussi les bras à l'Idéal, chimère

Qui, lui fermant les yeux, lui promet un réveil.

iqo Les Sommets.

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fOÈTE doux et pur, ta Bretagne nC enchante, Ta Bretagne encor vierge ^ avec ses anciens us, Avec ses saints de pierre et ses enfants Jésus, Avec ses vieux Fardons, tradition touchante.

J'aime, au flanc de ses monts, sur ta roche penchante, Voir le pâtre debout et pensif, au-dessus Des rubans de bruyère et de genêts^ cousus Aux nappes de blé noir fleuri que l'aube argenté.

J'aime sa lande verte et ses âpres sentiers, OU la fille des champs, songeuse, le dimanche, Vient cueillir en bouquet la fleur des églantiers.

Et j'aime, sur sa grève ou F écume s'épanche, Voir tournoyer dans Vair brumeux les goélands. Ainsi qu'un vol craintif de larges flocons blancs.

Les Sommets.

t m im, f*

A Alexandre Tanchard.

T l te pèse de vivre, ô mon jeune poète, J Loin du bruit de la ville et de son air taré! Paris aurait-il donc, dans ton rêve enfiévré, Distillé pour toujours sa souffrance secrète.'*

Tu soupires après cette vie inquiète Dévorant les lambeaux de ton cœur altéré Et sur le pauvre amour que ton âme a pleuré Jetant son ironie implacable et muette!

Ahl crois-moi, ce n'est pas dans l'exil meurtrier Des cités sans soleil que ta belle jeunesse Retrouvera sa force et son espoir aliter!

Si tu veux que ta foi, comme ton sang, renaisse, Laisse aux pâles viveurs les lâches voluptés Et garde dans nos champs tes premières fiertés.

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Les Sommets.

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A Joséphin Soulary.

Dn ce noble poème où chante ta magie, J Comme un oiseau divin sur la terre exilé, OU rit le cher espoir du printemps étoile, OU tes rêves d'asur dorment dani F harmonie

Chaude de la jeunesse; où Vâcre nostalgie Des roses et des lys n'a pas encor troublé Les secrets de ton cœur, asile inviolé Que gardent saintement les ailes du génie;

OU la fleur est sourire et les regards rayons : J'entends les purs accords qui tombent de ta lyre, Comme un hymne de foi dans la paix des sillons*

Que ne puis- je abrittr avec toi mon délire, Comme en un temple ouvert à mon culte fervent, Maître, dans l'amour virginal d'une enfant/

Les Sommets.

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yous êtes, fen conviens, d'habiles ouvriers, Vous avez le secret de la forme choisie.

Vos doigts harmonieux, oiseaux de poésie, Egrènent la cadence et le rythme à vos pieds.

Vous ciselés la phrase, Ô maîtres joailliers 1 Votre caprice ailé caresse, enlace et plie Chaque rime rebelle en sa couche embellie.

Les mots de noble race, esclaves familiers,

Accourent à Venvi sur vos lèvres sonores.

Vous faites palpiter ^ineffables chansons Dans les fleurs, les flots bleus, les vents et les aurores.

Vo*us mettes des regards, des voix et des frissons

Da ns vos marbres païens : tnais, pour vous, homme et femme

Sont des jouets sans cœur et des pantins sans âme.

194 Les Sommets.

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A mon ami Georges Ebersoldt.

PN dit qu'il est ici des anges exilés Qui n'ont pu retrouver le ciel qui les vit naître, El cherchent, sans jamais pouvoir le reconnaître, L'amour pur qui berça leurs rêves envolés.

Ainsi que ces bannis toujours inconsolés, Je traverse le monde oà chacun a son maître, Sans trouver un séjour libre, pour nie permettre D'y pleurer votre aeur, paradis étoiles.

Sur le sombre chemin où soupire ma mère,

La soif de F infini brûle ma bouche amére

El laisse dans mon cântr V angoisse d'un remord.

Peut-être, oh! ri est-ce pas? la gloire et la jeunesse Ne valent pas la foi qui nous montre sans cesse La f aniline cCeau vive au delà de la ntortl

Les Sommets.

A M. Alfred Bovet.

T 'art est sacré! La Muse est un enfant des deux ) Dont \* verbe divin chante avec éloquence La grâce, la beauté, la force, l'élégance, La passion, le vrai, l'idéal glorieux.

Nous sommes les rêveurs, les amants radieux De la forme qui plaît, de V heureuse caêence, Du nombre ample et hardi déployé dans la stance, Du libre aller des vers, des mots harmonieux,

De la rime sonore, éclatante, élancée,

De Vinspiration, de faîtière pensée,

De la phrase nerveuse et du grand vers vibrant.

O femmes, ne railles pas les cris du poète

Qui secoue un instant votre langueur muette,

En ouvrant devant vous son pauvre cœur souffrant!

Les Sommets.

^ la ftin

foÉsiE, <5 ma reine, ô ma belle inspirée, Viens encore sourire aux chants harmonieux Dont f appris. le secret en te suivant aux cieux ! Viens me plonger encor dans Vivresse sacrée!

Emporté sur ton aile, ô ma blanche adorée, Je gravirai Vazur et les espaces bleus Pour suivre le chemin des soleils radieux Qui baignent de splendeurs ta pairie èthérée !

Fuyons la nuit mauvaise où rampent les esclaves Et laissons-les vomir sur nos rêves leurs baves : Leurs amours sont en bas, dans Vor et dans les femmes !

Dans Vair nauséabond de leur servilité,

Tu perdrais ta couronne et ta virginité :

Comme eux, nous risquerions d'y devenir infâmes!

Les Sommets.

$*im*t-l|teMfott

A Max Claudet.

/e groupe en mon sonnet les portraits de deux sœurs, Enfants de nom choisi, filles de belle race.

Je moule dans leurs chairs la force avec, la grâce, Et je mets à leur front le regard des penseurs.

Leurs contours délicats et leurs pleines rondeurs S'accusent nettement quand la robe se lace; Leur forme est large et pure et rien n y en prend la place, Ni les faux bourrelets , ni les rubans menteurs.

Puis je courbe à leurs pieds deux chevaliers superbes, Dont les visages francs ont cessé d'elfe imberbes, Et qui leur font la cour en chantant leurs exploits.

Quand ils ont échangé Vanneau de V alliance, Je leur dis, bénissant leur noble confiance : « Avec ces reines-là % vous serez vraiment rois. »

Mfc

-j 198 Les Sommets.

A Georges Rodenbach.

"Immobiles et froids , les sphinx sont étendus ) Dans un rêve éternel au seuil des solitudes. Trente siècles sur eux ont mis leurs lassitudes. Et leurs corps affaissés sont à demi perdus

Sous les sables brûlants qui lèchent leurs flancs nus. On ne voit pas le fond de leurs béatitudes, Car leurs yeux sont pesants comme les servitudes Que les rois entassaient dans ces temps inconnus.

Or, on dit que, parfois, quand les vents de I^ibye Tourmentent V horizon, leur paupière assoupie Brise le dur granit qui scelle leur sommeil.

Et qu'alors, fatigués de leur pose accroupie Et de la longue nuit où leur force s'expie, Ils se dressent d'un bond pour revoir le soleil.

Les Sommets.

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A Ernest Renan.

C eul, sous le calme azur des nuits de la Judée, y Quand ruisselle au mènith la grande mer lactée, Le Baptiste vaguait, sombre et silencieux, Ainsi qu'un exilé qui pleure en vain les deux.

Au matin, les pasteurs de l'antique Chaldèe, Voyant toujours songer cette âme tourmentée Du mal de l'infini, se disaient, anxieux :

« Sera-ce le lever d'un soleil glorieux,

« Avec V écroulement éternel des ténèbres ? »

De loin ils le suivaient dans les déserts funèbres,

Entouré de lions que caressait sa main.

Au jour, VApprivoiseur divin des noirs repaires Quittait V antre du fauve et montait au chemin Du Messie, enfouaillant la race des vipères.

Les Sommets.

$m U l^ien-^imé

A Madame de Pressensé.

Pans le suprême instant de sa lente agonie, Jésus, le saint martyr, élu des temps nouveaux, Meurtri, sanglant, ayant achevé ses travaux, A vu sa mère au pied du bois d'ignominie.

Le disciple dont Vàme à la sienne est unie, Près de Marie en pleurs éclate en longs sanglots, Cependant que le vent noir qui fouette les flots Balafre le soleil d'une horreur infinie.

Voyant leur désespoir, le grand Crucifié Laissa tomber ces mots d'ineffable pitié :

« Femme, voilà ton filsJ Homme, voilà ta mèrel »

Elle, se tournant vers le Bien- Aimé, sourit ; Mais Jean, toujours plongé dans sa douleur amère, Ne cessait de pleurer son frère Jésus-Christ.

Les Sommets.

fymmtil fottfmtt

A mon ami Louis Meunier.

Pher ange, je contemple, attendri, ton sommeil, Quand tu dors, souriant, sur le sein de ta mère. Toi, tu n'as pas encor la souvenance amére, Bi tu cours dans ton rêve après P oiseau vermeil.

Tu cueilles des fleurs d'or dans les champs du soleil ; Emporté vers l'azur par ta blonde chimère, Tu crois que le bonheur n'est jamais éphémère, Et ta sainte ignorance éclaire ton réveil.

Maints dissèqueurs savants de la machine humaine N'ont de foi qu'au néant où leur orgueil les mène; Sur un sophisme creux leur doute est affermi.

Pour nier le foyer, ils proscrivent la flamme. Moi % devant cette paix d'un enfant endormi, J'aime mieux croire à Dieu que de douter de Vâme.

202 Les Sommets.

-y 202 ijes oommeis. y

Quand la folle sourit, nous disons: « Pauvre femme! » I \Et nous ne pouvons pas regarder plus longtemps Ses yeux fixes coulés dans leurs grands trous béants; L'horreur de cette nuit épouvante noire âme.

Car nous nous figurons que quelque toile infâme Est tendue au travers de leurs reflets ardents ; Nous croyons qu'un esprit pervers loge dedans, Occupé sans repos à sa hideuse trame.

Nous n'osons plus penser et détournons nos pas. Ah ! bien triste est l'exil pour ces regards étranges Qui nous glacent oVeffroi % mais ne le savent pas !

Seuls les petits enfants^ gais comme les mésanges Et doux comme les fleurs , la suivent pas à pas. Les fous, ces innocents, ne font pas peur aux anges.

Les Sommets.

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T e fond dit paysage ' est des plus pittoresques. ) Des groupes d? arbres nus, sous le givre argenté, Comme des corau» blancs dorés par là clarté ; Dessinent sur Vazur d'étincelantes fresques.

Des enfants sérieux aux airs chevaleresques, Elèvent bravement, sous un chef respecté^ Un château-fort de neige, à grana^peine emporté Par les boulets prussiens et les balles tudesques.

Près de là, sur Vètang, des patineurs hardis

Se croisent, et, plus loin, d'élégants traîneaux fient

Vers la ville, frileux comme un essor de nids.

Des corbeaux enroués et perclus se profilent En noir sur les rameaux sveltes d y ùn peuplier ; En bas, un héron songe en dormàni sur un pied.

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204 Les Sommets.

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A Albert Giraud.

Tubal, musicien, et Tubal, forgeron, f Sont les enfants perdus de cette race altière. Leurs mains, dés te berceau, convoitent la matière; Ils ont sucé V audace au fatal biberon.

En entrant dans la vie, ils ont pour éperon L'implacable douleur, de larmes couiumiére.

Leurs yeux brûlés, grandis dans la pleine lumière, Ont la témérité superbe de Y aiglon.

Pour corriger la loi des premières genèses,

Ils jettent les métaux au fond de leurs fournaises,

Et quand ils ont taillé des socs dans leur airain,

Ils s'accordent autour d'un grand disque sonore ', El vonU pensifs, charmer le tigre souverain Qui hume Voir des bois vierges baignés d'aurore.

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Les Sommets.

A M. le Pasteur Charles Perdrizet.

T es murs sont froids et nus et la voûte est sévère. J Nul de ces ornements que Part prodigue ailleurs; Point de lustre doré, de cierges ni de fleurs. C'est un triste caveau plutôt qu'un sanctuaire.

A travers les vitraux du temple séculaire, Pénètrent dans la nef d'indécises pâleurs.

Un homme à cheveux blancs , aux doux regards songeurs. S'avance lentement vers la table de pierre.

Il pose avec respect ses. deux tremblantes mains Sur la vieille Bible, et, d'une voix qui s'altère, Il implore à genoux le Père des humains.

Et cette crypte obscure, où plane le mystère, Remplissant par degrés de cantiques pieux, S'élargit pour sa foi jusqu'au parvis des deux.

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2o6 Les Sommets.

A la mémoire de mon vénéré ami le Pasteur Alexandre Abry.

L repose. Le bruit de nos guerres sans fin Ne trouble plus sa paix dans la froide poussière; Les hymnes quHl entend vibrer dans la lumière Sur les- harpes du ciel chantent Vamour divin.

// dort. Les noirs soucis du terrestre chemin Ne traverseront plus l'essor de sa prière :

Un ange a recueilli les pleurs de sa paupière Dans f oasis où tend le pauvre espoir humain.

Reposes, tendre époux, en cette aube éternelle Où le festin de noce est la joie immortelle D'oublier notre nuit ainsi q*ue nos douleurs !

Dorme*, père chéri, dans l'aurore infinie Où le relie du juste avec Tâme dès fleurs Montent se perdre au sein de la pure Harmonie !

Mfc-

Les Sommets.

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T es chênes vigoureux plantés au haut des cimes J Etendent leurs bras forts au-dessus des chemins Où passent les espoirs et les regrets humains, Entre les deux profonds et les profonds abîmes.

Redressés sous l'effort des aquilons divins, Leurs fronts majestueux ont des gestes sublimes , Et leurs pieds qu'ont rongés mille ans les vers infimes Vont aspirer la sève éternelle aux ravins.

Leur frondaison abrite un monde d'harmonies,

Et, pareille à la lyre énorme des génies,

Vibre en puissants accords dans les airs radieux.

O chênes, vieux géants des forêts vénérables,

La foudre et le temps seuls vous savent vulnérables,

Et votre mort ressemble à la chute des Dieux t

j 208 Les Sommets.

A mon ami Charles Weisser.

C OUS tes arbres en deuil que F automne a jaunis, J Vous tombes par essaims, feuilles mélancoliques, Et formes sur le sol ces tristes mosaïques OU la gamme des ors se mêle aux tons brunis.

Mais revienne V avril aux rayons attiédis, Les bourgeons, délaçant leurs nouvelles tuniques, Tendront des parasols sur les fronts extatiques Des amants qu'un mystère arrête auprès des nids.

L hiver, comme la mort, fait des métamorphoses; Pauvres-mortes d'hier qui jonches le chemin, Votre humus nourrira les rameaux de demain !

Demain Vaube luira dans le réveil des choses, Demain l'amour mettra sa sève au cœur humain, Demain sur chaque tombe il fleurira des roses l

Les Sommets.

A Frédéric Mistral.

T s repos de la tombe a d'étranges douceurs, ) Pour les justes la nuit du cercueil est lumière, Et le soleil qui luit au fond du grand mystère Emplit Vceil froid des morts d'ineffables splendeurs.

Aussi bien que des vers le sépulcre a des Jleurs, Et les germes cachés dans F humaine poussière, Arrosés par la mort, cette nourrice austère, Ècloront dans un monde où tarissent les pleurs.

Plus la coupe fut pleine et longue la souffrance, Plus le réveil est doux; plus douce est V espérance, Quand approche le jour du printemps éternel.

Les âmes des élus, que ravit la tendresse, Reviennent sur la terre apporter V allégresse, Et le clos des cyprès est un jardin du ciel!

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t 210 Les Sommets. J

P'un faible lumignon la douteuse clarté Dessine autour des blocs sa lugubre aurèoîe\ , Immobile, à genoux, sans un bruit de parole, L ermite se prépare à la félicité.

Une vision passe en son front exalté ; Son âme jusqu'au ciel en extase s'envole.

Veau, par. gouttes tombant d'une fissure molle, Compte le temps qui va grossir Véternitè.

La grotte est la maison du saint anachorète;

Son chevet est la pierre oà repose sa tête, -

Quand son pauvre cerveau s'épuise et qu'il s'endort.

Il baise en s' éveillant un vieux christ qui se rouille, Se signe par trois fois, se courbe et s'agenouille A côté des yeux creux d'une tête de mort.

Les Sommets.

A mon ami Albert Savine.

Pans les vagues frissons d'un bocage perdu, Abel, le doux enfant au beau front ingénu, Repose en un berceau fleuri, plein d'ombre douce, Entouré de mystère et tapissé de mousse.

La verdure répand un parfum inconnu.

Bégayant, il s'éveille, et son bras rose et nu Se pend en se jouant à quelque Jeune pousse, Parmi les clairs rayons tombés de l'aube rousse.

Et tandis que son corps, sans crainte balancé, Se cambre, l'autre bras, fièrement élancé, S'efforce de saisir la gerbe de lumière.

Eve, les yeux en pleurs, regarde, et Gabriel, L'archange flamboyant, attache une aile altière Aux flancs de l'exilé qui cherche un autre ciel.

212 Le* Sommets.

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A mon ami Louis Juillard.

Quand Forage inclèment met sur nos pauvres têtes

\Le voile triste et lourd des fatales douleurs, Et que le deuil sinistre, ouvrier des tempêtes, Fauche les gerbes d'or et moissonne les fleurs;

Quand les flots menaçants ont hérissé leurs crêtes Et mêlé leur colère au hoquet de nos pleurs % Et que le vol fiévreux et craintif des mouettes A rayé le ciel gris de funèbres couleurs :

Nos âmes, ces débris qu*une barque ramène, Cherchent dans le lointain quelque lumière humaine Et s'égarent sans guide au milieu des écueils.

A tout souffle qui passe elles ouvrent leurs. voiles ; Revenant de la nuit farouche des cercueils, Elles ont oublié le pays des étoiles.

Les Sommets. 213

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A Vittor Hugo.

pBT homme à l'œil ardent, à la figure austère, / Suivait le dur chemin où montent les penseurs. Sous son front large et haut bouillonnait le cratère OU se trempent Vidée et la foi, ces deux sœurs.

Ainsi vont les élus sous le doigt du mystère, Seuls et tristes souvent y comme des précurseurs, Cherchant à consoler leur âme solitaire Par F espoir des sommets aux sereines douceurs.

Ainsi, quand tout autour de lui la foule ingrate Rampait dans la nuit louche oh le blasphème éclate, Il allait sous l'injure, inspiré, grave, allier;

Ici, semant le livre en des sillons df aurore, Là, jetant les bienfaits que l'amour fit èclore, Et frayant au progrès un lumineux sentier.

2i4 Les Sommets.

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A M ,le Rosalie Morel.

/LLONS, lâche monture, accélère ta course !

Oh ! que les pas sont lourds et tes sabots pesants ! La soif des eaux du ciel dévore tous mes sens; Mon gosier desséché voudrait boire à la source.

y ai regardé là-haut s'allumer la Grande-Ourse, Et près des tentes d'or de ces déserts béants, y ai vu jaillir votre onde, ô divins océans, OU s'abreuve le cœur sans prière et sans bourse !

Viens, emporte ma vie au chemin radieux,

Prends Faite des griffons et montons jusqu'aux deux !

Ne sens-tu pas l'air pur dilater tes narines?

Partons, volons, planons! Les souffles du bas lieu Étoufferaient le pouls de nos maigres poitrines : Allons nous abreuver aux oasis de Dieu!

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Les Sommets.

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T l s'élève du sol des effluves tor rides,

J Les airs sont embrasés et le ciel est d'airain;

La cavale halète et fait grincer son frein

Dans sa bouche ècumante. On lui lâche les brides.

Son pied docile et fort bat les sables numides ; De ses naseaux fumants des flocons sur son crin Pleuventy neige brûlante, et vers Vazur serein Le Kabyle aperçoit les oasis humides.

Cependant le fidèle et nerveux cheval blanc Vient aussi d'entrevoir des bouquets de verdure : Eloignez V éperon qui lui mordait le flanc 1

Il galope là-bas vers les palmiers ombreux, Gagne la tente et meurt sur le bord plantureux Où son maître en pleurant creuse sa sépulture.

Les Sommets.

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J^nce temps-là, l'Esprit cC En-Haut vint sur la terre, J Et du pur Évangile éclaira le mystère.

V homme trouva la foi, car il avait la paix.

La superstition et ses voiles épais

Firent place aux clartés de la science austère; Le monde eut un réveil immense et salutaire, Et les rois étaient morts et flétris pour jamais l Plus de sanglants bourreaux, de bûchers, de gibets t

Le prêtre , étant V amour, enseigna la justice; Vévêquefut un père et, plein d'humilité, Anathématisa l'infaillibilité.

Le soldat fut le peuple, étant le sacrifice; La loi fut la clémence, étant la liberté :

Dieu lui-même reçut son vrai nom, la Bonté.

Les Sommets.

A Clovis Hugues.

fRENONS IVztfe c?m Jfêw, enfourchons la Chimère ! Le griffon Idéal escalade les deux; Sur sa croupe emportés par bonds prodigieux, Nous volerons plus haut que le char du tonnerre.

Nos coursiers piafferont dans l'a sur débonnaire. Par delà le chemin du Jour harmonieux, Au fond du sanctuaire impassible des Dieux, Nous poursuivrons le Sphinx et son énigme amère.

V Absolu radieux nous donne un rendez-vous.

Sans casque, ni brassards, sans lance ni rapière, Nous allons conquérir un trône de lumière;

Sur la terre on dira que nous sommes des fous Et qu'un gouffre attend ceux qui violent les cimes : Qu'importe! nous croirons que nous sommes sublimes !

mÊtÊÊÊ^mmmmmmm

■ Jl-U !

Les Sommets.

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Au citoyen Barodet.

r\UE la voûte s'élève en pleine immensité,

\jQue les nefs soient d'aster et les frontons d'aurore, Que le lustre flamboie en large météore, Et que ? autel soit fait d'espace et de clarté!

Le grand-prêtre sera V auguste Vérité.

Les vagues, soulevant leur croupe qui se dore, Feront monter leur voix sur l'aquilon sonore Comme un chant solennel devant Vèternité.

Du fond des bois, du haut des monts, du sein des plaines, Se répandra V amour dont les choses sont pleines. La jungle, cet asile, et l'antre, ce saint Heu,

Entonneront le chœur que l'univers répète; Et Vhomme, symphoniste inspiré par la bête, Oubliera de tuer pour la gloire de Dieu.

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Les Sommets.

A M. Gréard, de l'Institut.

/'ai rêvé cette nuit qu'il me poussait des ailes Et que } rival heureux des douces hirondelles, Dans un corps délicat et fragile d'oiseau, Je traversais Vazur comme sur un vaisseau.

De mon vouloir puissant messagères fidèles , Elles me transportaient aux plages éternelles De cette mer sans bord, de l'océan sans eau Où le chœur des soleils a trouvé son berceau.

De V abîme des nuits perçant les sombres voiles, Mon vol vertigineux dépassait les étoiles :

y ai cru de mon désir être bientôt vainqueur. !

Mais, par delà les deux, mes ailes jamais lasses, Plus haut que Vinfini, plus loin que les espaces, N'ont pu sonder le vide immense de mon cœur !

Les Sommets.

A Anatole de la Forge.

T es grands semeurs d'idée ont d'étranges destins. J La foule , ramassant Pimpure calomnie Dans le cuvier rempli de boue et d'infamie, La leur jette à la face et hurle en leurs chemins.

Tous, apôtres hardis, soldats forts et sereins, Pionniers rayonnants, fiers martyrs qu'on renie, Passent, ayant au front le sceau pur du génie Sous le bandeau cruel qui déchire leurs mains.

Sur la terre du crime, ils vont, triste cortège, Exposés à l'outrage, au mépris sacrilège, Et montent le calvaire élevé sous leurs pieds.

Mais, saluant de loin la radieuse cime,

Ils entendent Jésus, Vutopiste sublime,

Qui leur crie : « En avant ! J'ai^ marqué vos sentiers ! »

Les Sommets.

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A mon vénéré ami Charles Contejean.

/sssz longtemps la force a gouverné la terre Au caprice brutal des tyrans et des Dieux / Assee longtemps le ciel sombre et mystérieux Sur les pas des chercheurs a lancé son tonnerre !

Jupiter est clément \ sa foudre est débonnaire, Et VOlympe sourit au Titan glorieux Qui du feu dérobé fait V esclave pieux % Fidèle messager de la pensée austère,

V homme explore le monde et conquiert l'univers. Pour te dompter, matière, Ô vieux monstre pervers, La science sereine asservit la machine, .

La cavale de fer qui ne lasse jamais, Ne voulant, pour bénir sa genèse divine, De roi que le travail, de reine que la paix !

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Les Sommets. ]

Au sculpteur Bartholdi.

T es enfants de ce siècle ont au front le vertige J De la gloire et dans F âme une audace sans frein. Chaque effort du génie est réveil d'un prodige, Et P homme, esclave-né, devient un souverain.

L'arbre humain est en sève et Von sent dans sa tige Robuste le frisson immense du matin, Car une lueur d'aube et de printemps, que dis-je ? Le grand soleil se lève en l'azur incertain,

O Maître, ton ciseau fait vivre dans la pierre Le rêve des Titans montant vers la lumière!

Le Dieu des temps futurs sourit dans ton airain.

Le jour où brillera ton phare au bord des ondes, Ta Liberté géante éclairant les deux Mondes, Une aurore luira dans ton rêve serein.

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Les Sommets.

A Félix Desvernay.

f*E géant de granit dresse dans la lumière J Sa silhouette énorme , et, sévère témoin Des temps qui ne sont plus et des bruits qui sont loin, Il rentre pour toujours dans son sommeil de pierre.

Car jadis il vivait, et Thèbes, grande et fier e, Et ses prêtres, venaient, levant vers lui la main, Implorer Osiris, qui fait germer le pain Et qui gonfle le Nil, mamelle nourricière.

Et maintenant, superbe en sa tranquillité,

Il regarde du haut de son éternité

Passer les rois de chair, ivres de gloire inique.

Peuples et pharaons, ô vieux monde englouti, Aves-vous déchiffré l'énigme fatidique Que son silence pose au seuil de Vinfini ?

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Les Sommets.

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TA tête de lutteur, ô fier maître Cladell Porte ta chevelure ainsi qu'une crinière :

Tel, parmi les chacals hurlant dans la poussière, Le chef d'un vieux lion assis sous le bleu ciel.

Tes yeux ardents et doux, qu'un beau rêve immortel Illumine parfois d!une espérance altière % Semblent deux clairs veilleurs fixés sur la lumière Profonde qui sourit en Vasur éternel.

Mais quels sont sur ton front, ivre encor de V audace Des Titans invaincus, ces sillons dont la trace Accuse la tempête et dénonce les flots ?

As-tu, comme le Christ que V amitié renie, Senti rouler ton âme aux ravins d'agonie Et ton grand cœur filtrer au fond de tes sanglots ?

Les Sommets.

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\Je sachant rien qu'aimer, vous ignorez la haine. ) Dans votre âme rayonne en clarté la douceur, Et vous ne pouvez croire à la louche noirceur Des esprits ténébreux que l'injustice entraîne.

Si vous cessez parfois d'être calme et sereine. C'est que le deuil a fait votre destin sans heur; Cest que vous regardez, sans que la mort vous prenne, Vers le ciel oit s'en va votre rêve obsesseur.

Mon frère vous sourit du sein de la lumière,

Et pour sécher vos pleurs, il vous promet, Ô mère,

La tendresse sans fin du baiser filial I

Le suprême sommeil que votre amour espère, Cest V hymen éternel dans les bras de mon père, C'est la paix de la tombe et le néant du mal !

Les Sommets.

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r\UAND je ? aurai sculpté dans mes vers un tombeau

\^Noble comme ton cœur et digne de ton âme; Quand ma tendresse aura, plus douce qu'un cinname, Embaumé ton sommeil dans un rêve plus beau;

Quand mon pieux poème aura chanté la flamme Où montait ton courage en portant son fardeau; Quand ton front, délivré du funèbre bandeau, Rayonnera plus pur sous le nom qu'on acclame;

Alors je prendrai Vurne où je garde tes pleurs, Où tremble encor P effroi de nos communs malheurs, Où votre amour sanglote, ô mon père, ô ma mère!

Et, lassé des tourments de cette vie amère, Mon bien-aimé, j'irai, comme on arrive au port, Me coucher près de toi dans la, paix de la mort!

T Les Sommets. 227 T

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Tu fus mon guide sûr, de bouche et de pratique, Tu me donnas pour règle unique le devoir.

Avec ce blason-là F honneur ne peut déchoir, La droiture du cœur fut ta marque héraldique.

Tu nommais mal le mal, laid le laid, noir le noir. Ta vertu fut chrétienne et non pas fanatique. Ta franchise abhorrait le zèle jésuitique Du dévot qui vous tue à grands coups d'encensoir.

Le travail fut ta loi, le pauvre fut ton frère ; Dieu seul fut ton espoir dans ce dédale humain. Fils pieux, foi gardé ta mémoire, ô mon père J

Et je sens que toujours tu me tiens par la main :

C'est travailler encore et c'est encore vivre

Que de laisser aux siens un noble exemple à suivre.

a 228 Les Sommets. j

A Eugène Tavernier.

C i la gloire n'est pas la vierge au front sacré J Rayonnant dans îa*ur % au-dessus de nos fanges; Si la gloire n'est pas le plus chaste des anges Berçant dans V idéal le Génie inspiré ;

Si c'est une catin au regard enfiévré Vendant son faux amour à des marchands étranges; Si c'est une bacchante installant ses vendanges Impures dans un temple oit VArt est -abhorré .-

Ami, fuis les appels de cette fille infâme Dont les baisers lascifs épuiseraient ton âme Et couvriraient ton nom d'un ignoble vernis !

Au lieu de suivre en bas, plein d'une audace amère,

La Vénus qui tuerait tes rêves infinis.

Plutôt te croire au ciel Pâmant d'une chimère !

Les Sommets.

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