DEUXIEME PARTIE
CONSIDERATIONS PRELIMINAIRES
On a dit que le hoaii est la splendeur du vrai.
Or la bcaulé morale c'est la bonté. Il est beau d'être bon.
Pour èlre l)on avec intelligence il faut être juste.
Pour être juste il faut agir avec raison.
Pour agir avec raison il faut avoir la science de la réalité.
Pour avoir la science de la réalité il faut avoir conscience de la vérité.
Pour avoir conscience de la vérité il faut avoir une notion exacte de I être.
I/c(r(», la vérité, la raison et la justice sont les objets ronununs des reclierclies de la s<Mence et des aspirations di» la foi. I.a conception, soit rA^lle, soit hypothétique d'un pouvoir suprcuîc, ti^ansfonnc la justice en Providence et la notion divine, à vo [)oint de vue, devient acceFsibk la'M'ience elle-incnie.
La siMcncc étudie 1 être dans ses manifcslatioiis
lielles» la foi le suppose ou plulôl raclmet à priori dans sa généralité.
La science cherche la vérité en toutes choses, la foi rapporte toutes choses à une vérité universelle et absolue.
I^ science constate des réalités de détail, la foi les explique par une réalité d'ensemble (|ue la science ne |)eut constater, mais que Texistcnce même des détails semble la forcer de reconnaître et d'admettre.
La science soumet les raisons des personnes et des choses à la raison mathématique universelle; la foi cherche ou [)lutot suppose aux mathématiques elles-mêmes et au-dessus des mathématiques une raison intelligente et absolue.
La science démontre la justice par la justesse ; la foi donne une justesse absolue ù la justice en la subonlonnant ù la Providence.
On voit ici tout ce que la foi eniprunte à la science et tout ce que la science à son tour doit à la foi.
Sans la foi, la science est circonscrite par im doute absolu et se trouve éternellement [)arquée dans Tempirisnic hasardeux d'un scepticisme raisonneur; sans la science, la foi construit ses hypothèses au hasard cl ne peut que préjuger aveuglément les causes des effets qu'elle ignore.
La grande chaîne qui réimit la science à la foi c'est l'analogie.
La science est forcée de respecter une croyance dont les hy[)othcses sont analogues aux vérités démontives. La foi qui attribue fout à Dieu est forcée d'admettre la science connue une révélation naturelle qui, par la manifeslation partielle des lois de la raison éternelle, donne» une iVJielle
CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. I 07
(le proportion à toutes les aspirations et a tous les élans (le ràine clans le domaine de Tiiu^onnu.
C'est donc la foi seule qui peut doinier une solution aux mystères de la science, et cVst en revanche la scienc^e seule (pu démontre la raison d'être des mystères de la foi.
En dehors de l'union et du concours de ces deux forces vives de l'intelligence, il n'y a pour la science que sce|)ticisme et déses|)oir, pour la foi que témérité et fanatisme.
Si la foi insulte la science elle blasphème; si la science méconnaît la foi elle abdi(|ue.
Maintenant écoutons-les parler de concert.
L'être est partout, dit la science, il est multiple et variable dans ses formes, unique dans son essence et immuable dans ses lois. Le relatif démontre l'existence de Tabsolu. L'intelligence existe dans l'être. L'intelligence anime et modifie la matière.
— L'intelligence est partout, dit la foi. Nulle part la vie n*esl fatale puisqu'elle est réglée. La règle est l'expression d'une sagesse suprême. L'absolu en intelligence, le régulateur suprême des formes, l'idéal vivant des esprits, c'est Dieu.
— Dans son identité avec l'idée, l'être est la vérité, dit la .^ience.
— Dans son identité avec l'idéal, la vérité c'est Dieu, reprend la foi.
— Dans son idenlité \\\oc mes démonstrations, letre est la réalité, dit la science.
— Dans son idenliti' avec mes légitimes aspiralions, la réalilé cVst mon dogim*, dit la loi.
— Dans son identité avec le verbe, 1 être est la raison, dit la science.
— Dans son identité avec l'esprit de charité, la plus haute raison c'est mon obéissance, dit la foi.
— Dans son identité avec le motif des actes raisonnables, Telre est la justice, dit la science.
— Dans son identité avec le principe de la charité, la justice c'est la Providence, répond la foi.
Aoconl sublime de toutes les certitudes avec toutes les espérances, de l'absolu en intelligence et de l'absolu en amour. L'Esj)rit-Saint, Tesprit de charité doit ainsi tout concilier et tout transformer en sa propre lumière. N'estil pas l'esprit d'intelligence, l'esprit de science, l'esprit de conseil, Tesprit de force? Il doit venir, dit la liturgie catholi(|ue, et ce sei^ comme une création nouvelle et il changei^ la face de la terrece C'est déjà |)hilosopher que de se moquer de la philosophie, » a dit Pascal, faisant allusion à cette philosophie sceptique et douteuse qui ne reconnaît point la foi. Et s'il existait une foi (jui foulât aux pieds la science, nous ne dirons p:«s que se mocpier d'une foi pareille ce serait dire acte de véritable religion, car la religion qui est toute charité ne tolère pas la moquerie, mais ou aurait raiflon (le blâmer cet amour pour l'ignorance et de dire a ceHê foi téméraire : Puisque tu méconnais fa sœur, tu n'es pas la fille de Dieu !
Vérité, réalité, raison, justice, providence, lebsi>nllrs cinq niyons de l'étoile (lamboyante au centre de laquelle la science écrira le mot Etre, auquel la foi ujoutera Ig nom ineffable de Dieu. —