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CHAPITRE

LA VIE ET LA iMORT. — LA VEILLE ET LE SO MxMEIL

Le sommeil estime mort incomplète; la mort est un sommeil parlait.

La Daliire nous soumet au sommeil pour nous habituer a ridée de la mort, et nous avertit par les rêves de la persistance d'ime autre vie.

La lumière astrale dans laquelle nous plonge le sommeil est comme un océan où flottent d'innombrables images, débris des exisfen(»es naufragées, mirages et reflets de celles qui passent, pressentiments de celles qui vont naître.

Notre disposition nerveuse attire à nous celles de ces images qui correspondent à noire agitation, «n notre fatigue spéciale, comme un aimant promené panni des détritus métalliques attirerait et choisirait surtout la limaille de fer.

Les songes nous révèlent la maladie ou la santé, le calme ou l'agitation de notre méc^iateur plastique, et, par conséquent aussi, de notre aj)pareil nerveux.

Ils formulent nos [)ressentiments par l'analogie des images.

Car toutes les idées ont un double signe pour nous, relatif à noire double vie.

LA VIE ET lA MORT. - L\ VRILLE ET LR SOMMEIL. 129

Il existe une langue du sommeil dont il est inipossible dans l'état de veille de comprendre et même de rassembler les mots.

La langue du sommeil est celle de la nature, hiérogly- [>hîque dans ses caractères et seulement rhylhmée dans ;es sons.

Le sommeil peut être vertigineux ou lucide.

La folie est un état permanent de somnambulisme vertigineux.

Une commotion violente peut éveiller les fous aussi bien qu'elle peut les tuer.

Les hallucinations, lors(ju'clles entraînent Tadhésion de rintelligence, sont des accès passagei-s de folie.

Toute fatigue de Tesprit provoque le sommeil ; mais si la fatigue est accompagnée d'irritation nerveuse, le sommeil peut être incomplet et prendre les caractères du somnambulisme.

On s'endort parfois sans s'en apen*evoir au milieu <le h vie réelle, et alors, au lieu de iMMiser, on rêve.

Pourquoi avons-n(»us des réminiscences de choses qui ne nous sont jamais arrivées? C'est ((ue nous les avons rêvées tout éveillés.

Ce phénomène du somuieil involontaire et non senti, traversant tout y^coup la ^ie réelle, se produit frér|ueminenl chez tous ceux qui surexcitent leur organisme rieneux par des excès, soit de travail, soit de veiUeSy Koit de boisson, soit d*un éréthismc! quelconque.

Les monomanes dorment lors({u'ils se livrent à des ^des déi*aisonnables et n'ont plus conscience de rien :

ISO MYSTÈRES MAGNÉTIQUES*

Lorsque Papavoine fut arrêté par les gendarmes, il leur dit tranquillement (;es paroles remarquables :

— Vous prenez Cauirepour moi.

C'était encore le somnambule qui parlait.

Edgar Poë, ce malheureux homme de génie qui s'euivrait, a décrit d'une manière terrible le somnambulisme des monouianes. lantôt c'est un assassin qui entend et qui croit que tout le monde entend à travers les dalles du tombeau battre le cœnr de sa victime, tantôt c'est unempoisoTuieur qui, t\ force de se dire : Je suis en sûreté, pourvu (|ue je n'aille pas me dcnoneer moi-même, finil par rêver tout haut qu'il se dénonce et se dénonce eu etfet. Kdgar Poë lui-jnême n'a inventé ni les persoanages, ni les (i\its de ses étranges nouvelles, il les a révè tout éveillé, et c'est \)o\\t cela rju il leur donne si bîeo les couleurs d'une épouvantable reaUïé,

Le docteur Bricre de Hoismont^dans son remarquable envisage sur les Hallucinations^ raconte l'histoire d'uu Anglais, très raisonnable d'ailleurs, qui croyait avoir ren(»ontré un homme avec lequel il avait fait connaissance, (jui l'avait mené déjeuner ù su taverne, puis, raytfll invité ù visiter avec lui l'église de Saint-Paul, avait tenli de le [précipiter du haut de la tour où ils étaient monlà ensemble. * ^

Depuis ce moment l'Anglais était obsédé par CCTS conim (jue lui seul pouvait voir et qu1l rênixinlraît impurs loi'Sipril était seul et qu'il venait de bien dtûrr.

Les abîmes attirent ; l'ivresse a[>pcllc l'ivressé; UA»lie a d'invincibles attraits pour )a folie* Lor&i|u succombe au sommeil, il a en lioi r i-nr f.

La vie et la mort. — la veille et le sommeil. ISl

mit réveiller. H en est <le même des lialliieinés, des somnambules statiques, des mania(jues, des épileptiques et de tous eeux qui s'abandonnent au délire d'une passion. Il8 ont entenclu la musique fatale, ils sont entrés dans la dunse maeabre, et ils se sentent entraînés dans le tourbillon du vertifre. Vous leur parlez, ils ne vous entendent plus, vous les avcTtissez, ils ne vous comprennent plus, mais votre voix les importune; ils ont sommeil du sommeil de la mort.

\jA mort est un courant qui entraîne, un j^^ouflre qui absorbe, mais du fond duquel le moindre mouvement peut vous faire remonter. La toree de répulsion étant éfçale a celle de Tattraction, souvent au moment niéme d'expirer, on se rattach*» violemment à la vie, souvent aussi |>ar la même loi d'é(|uilit)n* on passe du sonmieil à la mort ; par complaisiuice \m\r le sommeil.

line nacelle se balance près des riv(»sdu lac. I/en- Tant y entre, Teau brillante de mille reflets danse autour de lui et ra|»|><'lle, la cliaine qui retient le bateau se tend et semble vouloir se rompre; un oiseau m(»r\Tilleux s'élance alors du riva^^e et plane en chantant sur les flots joyeux; Tenfant veut le suivre, il porte la main à la

liniN il dél^iclie Faimeau.^,

I/anliquilé ^tUff ^mé le mystère de la mort at-

•yjinir ririivail re[jrm*nlé dans h hhh d'ilvlas. Fati-

»éil*ttfje lofïpif' navigalion, llyhi!^ rst îîrnvé dans une.

fl««rte, il fi»pprn^*he dinie ioritatiu' |K*ur y puiseï' de

rr*;iii, un nnrJt^t* grtii;icuxJl^M|tt; il VHt( une nymphe

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de la sounH3

l'endort, les parfums du rivage Tenivrent, le voilà p«iché sur Teau comme un narcisse, donl un enfant en se jouant a blessé la tige ; la cruche pleine relombe au fond et Hylas la suit, il meurt en rêvant à des nymphes qui le caressent, et n'entend plus la voix d'Hercule qui le rappelle aux travaux de la vie, et qui pan?ourt tous les rivages en criant mille fois : Hyla§! Hylas!

Une autre fable, non moins touchante, qui sort des ombres de Tiniliation orphique, est celle d'Eurydice rappelée à la vie par les miracles de Tharmonie et de l'amour, Eurydice, cette sensitive brisée le joui* même de son mariage cl qui s'est réfugiée dans la tombe toute frémissante de pudeur! Bientôt elle entend la lyre d'Orphée, et lenteinent elle remonte vers la lumière; leste^ ribles divinités de TÉrèbe n'osent lui fermer le passage. Elle suit le poète, ou plutôt la poésie qu'elle adore... Mais malheur à Tamant s'il change le courant magnétique et s'il poursuit à son tour d'un seul regard celle qu'il dint seulement attirer! l'amour sacré, l'amour virginaK l'amour plus fort que le tombeau ne cherche que le dévouement et fuit éperdu devant l'égoïsme du désir. Orphée le sait, mais un instant il l'oublie. Eurydice, dans ses blanches parures de fiancée, est couchée sur le lit nuptial, lui sousises vêtements dé granîMliérophante; il est debout, la lyre à la main, la tcte couronnée du hnrier sacré, les yeux tournés vers l'Orient et il ebanie. D chante les llcches lumineuses <le Tamour ti^versant les ombres de l'ancien cbaos, les flots de la douce darté coulant de la mamelle noire de la mère des dieux, i h (|uelle se suspendent les deux enfants, Eih)s et Autàti. lu

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