‹ Le clef des grands mystèresChapitre 39 sur 123 · ETC · texte numérisé non relu

ETC

M. Madrolle. — Votre chagrin, monsieur! Veuillez vous expliquer, je ne vous comprends pas.

— Je regrelte vivement, monsieur, de vous voir comnietlre des fautes dans lescpielles je suis lonibé autrefois moi-même. Mais j*avaisdu moins alors Texcuse de Tinexjiérience et de la jeunesse. Votre brochure manque de portée parce qu'elle mantjue de mesure. Votre intention était sans doute de prolester contre des erreurs dans la croyance, contre des abus dans la morale ; et il se trouve que c'est la cn)yance même et la morale que vous attaquez. L'exaltation qui déborde dans votre petit écrit doit même vous faire le plus grand tort, et quelques-uns de vos meilleurs amis ont dû concevoir des inquiétudes sur Pétat de votre santé....

— Eh, sans doute! on a dit et on dit encore que je suis fou. Mais ce n'est pas d'aujouixl'hui (jue les croyants doivent subir la folie de la croix. Je suis exalté, monsieur, (Kirce (|ue vous le seriez vous-même à ma place, |)arce qu'il est impossible de rester fi oid en [ircsence des [)rodiges....

— Oh! oh! vous parlez de prodiges, ceci m'intéresse. Voyons, entre nous et de bonne foi, de quels prodiges s*agit-il ?

— Eh! de quels prodiges, sinon de ctMix du grand prophète Élie, revenu sur la lerre sous le nom de Pierre- Michel.

— J'entends; vous voulez dire Engcui* Viniras. J'ai entendu parler de ses icuvres. Mais fait-il vrainicnl <lcs miracles ?

Ici M. Madrolle fait un bond sur sa cliaisc, lèv(* les

M. JUadrolIe qui I étonna. I/auteur y soutenait hautement les paradoxes les plus inouïs dans le style désordonné des extatiques. La vie pour lui suflisait à Texpiation des plus grands crimes, puisqu'elle était la conséquence d'un arrêt de mort. Les hommes les plus méchants, étant les plus malheureux de tous, lui paraissaient offrir à Dieu une expiation plus sublime. 11 s'emportait contre toute répression et contre toute damnation. « Une religion qui damne, s'éeriait-il, est une religion damnée! » Puis il prêcliail la licence la plus absolue sous prétexte de charité, et s'oubliait jusqu'à dire que ïacte d'amour le plus imparfait et le plus répréhensible en apparence valait mieux que la meilleure des prières. C'était le marquis de Sade devenu prédicateur. Puis il niait le diable avec un emportement parfois plein d'éloquence.

« Concevez-vous, disait-il, un diable que Dieu tolère, » que Dieu autorise! Concevez-vous davantage un Dieu » qui a t'ait le diable et qui le laisse s'acharner sur des » créatures déjà si faibles et si promptes à se tromper! » Un Dieu du diable enfin, secondé, prévenu et à peine » surpassé dans ses vengeances par un diable de Dieu!... » Le reste de la brochure était de la même force. Le professeur de magie fut presque effrayé et se fît donner l'adresse de M. Madrolle. Ce ne fut pas sans qudque peine qu'il parvint jusqu'à ce singulier pamphlétaire, et voici quelle fut à peu près leur conversation :

Éliphas Lévi. — Monsieur, j ai reçu de vous «M brochure. Je viens vous remercier de cet envoi et ' en témoigner en même temps mon étonnement et chagrin.

MYSTÈRES DES lULLlXINÀTIONS^ ETC. 153

M. Madrolle. — Votre rliagrin, monsieur! Veuillez vous expliquer, je ne vous (Hïuiprends pas.

— J«» regrette vivement, inonsi(MU\ de vous voir (umiiiiellre des fautes dans lesquelles je suis tombé autrefois moi-même. Mais j'avais du moins alors Texeuse de Tinexin'rienee et de la jeunesse. Votre hrorhure maurpie de jK)rtée |»aree qu'elle mautjuei de mesure. Votre intentitm était sîuis doute de prolester eontn^ des erreui>^ dans la rniyaiîee, contre «les abus dans la morale; et il s(î trouve que c'est la en)yanee même et la morale que vousatta- (|ucz. L'exaltation qui déborde dans votre petit éerit doit mémf vous faire le plus grand t(u1, et (pielques-uns de vos nieilleui^ amis ont du (*oneevoir des in(|uiétudes sur l'état de votre simté...

— Kb, sans doute! on a dit et on dit encore quej(^ suis fou. .Mais (*e n'est pas d'aujourd'bui (pie les croyants doivent subir la folie de la croix. Je suis exalté, monsieur, iwrce que vous le seriez vous menu* à ma place, parce (|iril est im{K)ssible de rester fioid en présence des prodiges....

— Oli! oh! vous parlez ik prodiges, ceci m'inlérfise, Voyons, entre nous et de bonoe foi, 4( s agit-il ?

— Eh! de quels prodiges, iinn prophète Élie, revenu sur la lejTOi Mi(*hel.

— J*eiilendK; vous voulez entendu parler de ses leuvreâ* miracles ?

Ici M. iMadrolle fciit un

15& mrsTÈRES magnétiques.

yeux et les mains au ciel, vi tinil par sourire avec une coudcscoïKlance (\u\ rcssenihle à luje profonde pitié.)

— S'il lait des miracles, monsieur!

Mais les plus grands!...

Les plus étonnants!...

Les plus inconlcslables ! . . .

Les plus vrais minicles (pii se soient farts sur la lem depuis Jésus-(^hrisl !... Comment! des milliers d'iioslies ap[)araissent sur dc^s aulels m il n'y en avait aucune, le vin monte dansdescalir.es vides, el ce ifcst pas une illusion, c'est du vin , un vin délicieux... des musiques eélesles se l'ont entendre, des jKuiums delautro monde se répandent... et cnlin du sang... un vrai sang humain (des métlcciDS l'ont examiné!), un vrai sang, vousdis-jo. suinte et parfois ruisselle des hosties en y laissîUïl des caractères mystérieux ! Je vous dis là ce rpie j*ai vu, «y (pie j'ai entendu, ce que j'ai touché, ce que j'ai goùléîel vous voulez (jue je reste froid devant une autorité ecclésiastique (pii trouve plus comuK nie de nier tout (pic d'examiner la moindre chose!...

— Permettez, monsieur ; c'est en matière de religion surtout (pie l'autorité nepeul jamais avoir tort... En religion, le hicn c'est la hiérarchie, et le mal e'(\st l'anarchie; à quoi se réduirait en ciïel rinlhicnce du siicerdoee, à vous |)oscz en |)rincipe ([u'il faut en nxnrc au témoignage de sc^s sens plut()t (juaux (hrisions de l'Kglise? L'Église nVst-elle pas |>lus visibhî que tous vos miracles? Cm qui voient d(*s miracles et (pii ne voient pas l'Église sont bien plus à plaindre que (l(\s aveugles, car il ne leur rcst€ pas même la ressource de se laisser conduire.-

MYSTÈRES DES HALLUCINATIONS, ETC. i5S

— Monsieur, je sais comme vous ces choses-là. Mais >ieu ne peut pas être en désaccord avec lui-même. Il ne )eut pas permettre que la bonne foi soit trompée, et 'Église même ne saurait décider que je suis aveugle ]uand j'ai des yeux... Tenez, voici ce qu'on lit dans les lettres de Jean Huss, lettre quarante-troisième vers la fm :

« Un docteur m'a dit : En toute chose je me soumet- » Irais au concile, tout alors serait bon et légitime pour » moi. II ajouta : Si le concile disait (jue vous n'avez » qu'un œil, quoique vous en ayez deux, encore faudrait-il » dire que le concile n'a pas tort. — Quand le monde » entier, répondis-je, affirmerait une telle chose, aussi » longtemps que j'aurais l'usage de ma raison, je ne » pourrais en convenir sans blesser ma conscience. » Je vous dirai comme Jean Huss : Avant qu'il y ait une Église et des conciles, il y a une vérité et une raison.

— Je vous arrête, mon cher monsieur. Vous étiez catholique autrefois, vous ne Fêtes plus; les consciences sont libres. Je vous représenterai seulement que l'institution de rinfaillibilité hiérarchique en matière de dogme est bien aulrement raisonnable et bien plus incontestablement vraie que tous les miracles du monde. D'ailleurs, que ne doit- on pas faire pour conserver la {)aix! Croyezvous que Jean Huss n'eût pas été un ])lus grand homme s'il eut sacrifié lui de ses yeux à la i^oncorde universelle, plutôt que d'inonder l'Europe de sang! Oh] monsieur, que l'Église décide quand elle voudra que je suis borgne; je ne lui demande qu'une grâce, c'est de nu*

dire de quel œil, afin que je puisse fermer celui-là et

regarder de l'autre avec une orthodoxie irréprochable!

— J'avoue que je ne suis pas orthodoxe à votre manière.

— Je mVn aperçois bien. Mais venons aux prodiges! Vous les avez donc vus, louches, sentis, goûtés; mais voyons, exaltation à part, veuillez m'en raconter un bien détaillé, bien circonstancié, et qui surtout soit évidemment un miracle. Suis-je indiscret en vous demandant (^ela ?

— Pas le n)oins du monde ; mais lequel choisirai-je?il y en a tant!

Tenez, ajouta M. Madrolle après un moment de réflexion et avec un léger tremblement d'émotion dans la voix, le prophèle est à Londres et nous sommes ici. Eh bien! si vous demandiez par la pensée seulement au pro- [ïhète de vous envoyer immédiatement la communion, et si, à un endroit désigné par vous, chez vous, dans un linge, dans un livre, vous trouviez en rentrant une hostie, que diriez- vous ?

— Je déclarerais ce fait inexplicable par les moyens ordinaires de la critique.

— Eh bien ! monsieur, s'écrie alors M. Madrolle tout triomphant, voilà pourtant ce qui m'arrive souvent; i|uand je veux, c'est-à-dire quand je suis préparé et quand j'espère en être digne! Oui, monsieur, je trouve riiostie quand je la demande; je la trouve réelle, palpable, mais souvent ornée de petits cœurs mirac4ileia qu'on croirait peints par Raphaël.

Eliphas Lévi, qui se sentait mal à l'aise pour discuter des faits auxcpiels se mêlait une sorte de profanation des

choses les plus révérées, prit alors congé de l'ancien écrivain catholique et sortit en méditant sur Tétrange influence de ce Vintras, qui av.ut ainsi bouleversé cette vieille croyance et cette vieille tele de savant.

«Quelques jours après, le cabaliste Éliphas fut réveillé de grand matin par un visiteur inconnu. C'était un homme â cheveux blancs, tout habillé de noir, la physionomie d'un prêtre extrêmement dévot, en sonnne l'air tout à fait resf>ectable.

Cet ecclésiastique était muni d'une lettre de recommandation ainsi conçue :

« Cher maître,

» Je vous adresse un vieux savantqui veut baragouiner • avec vous l'hébreu delà sorcellerie. Recevez-le comme » moi-même (je veux dire comme moi-niruic je Tai » reçu), en vous en débarrassant le mieux (pie vous » pourrez.

» Tout à vous en la sacro-sainte Kabbale.

» Ad. Desbarrolles. »

— Monsieur l'abbé, dit en souriant Kliphas a|)rcs avoir lu, je suis tout à votre service et je n'ai ric^n a refuser à Tanii qui m'écrit, vous avez donc vu mon excellent disciple Desbaroll(»s?

— Oui, monsieur, et j'ai trouve en hii un linnum» bien aimable et bien savant. Vous cl lui, je vous crois di^nics de la vérité qui s'est n(Mi\clleni<Mit nianifrsttr [uiiirélonnants miracles et par les rcvélalions positives de l'arehange saint Michel.

— >Fonsieur, vous nous faites honneur. I^ cher Desbarrollcs vous a donc étonné jmr sa science?

— Oh ! certes, il possède à un degré bien remarquable les secrets de la chiromancie ; sur la seule inspection de ma main, il m'a pres(|ue raconté toute Thistoire de ma vie.

— Il en est bien capable. Mais est-il entré dans de gnmds détails ?

— Assez, monsieur, pour me convaincre de ses connaissances extraordinaires.

— Vous a-t-il dit cpicvous êtes Tancien curé de Mont- Louis, dans le <liocèse de Toui^s ? Que vous êtes le disciple le i)lus zélé de Textalique Kugène Vintras? El que vous vous nonuiicz Cliarvoz?

Ce fut un véritable coup de théàtie : le vieux prêtre, a chacune de ces trois i)hrases, avait fait un bond sur sa chaise. LorscjuMl entendit son nom, il pâlit et se leva couune si un ressort, en se détendant, Pavait poussé.

— Vous êtes donc vraim<'nt un magicien ? s'écria-t-il. Cliarvoz est bien mon nom, mais (*e n'est pas celui (|ue je porte ; je me fais a|)pelcr La-Paraz.. .

— Je le sais. La-Pamz est le nom de votre mère. Vous avez quitté, monsieur, une position assez enviable: celle d'un curé de canton et un bien charmant presbytère, |>our partager rexistence agitée d'un sectaire...

— Dites d'un grand prophète!

— Monsieur, je crois parfaitement à votre bonne foi. Mais vous me pernh»ttrez d'examiner un peu la niissioD et le caractère d(* voire prophète.

— Oui, monsieur, TexanuM», le grand jour, la lumière

MtSTÊRES DES HALLLXINATIONS. 159

de la science, voilà ce i\\\e nous demandons. Venez à Londres, monsieur, cl vous verrez! Les mirach^s sont en [KTmanenee.

— - Voulez-vous, monsieur, me donner d'alnml quelques délails exacîls vl consciencieux sur les miracles?

— Oli ! lanl qu'il vous |)laira.

Kt aussilot, le vieux prehiî de raconter des choses que tout le monde eut trouvées impossibles, mais qui Bfe firent |ias même sourciller W- professeur de haute magie.

Ainsi, [lar exemph^ :

In jour, Vintras, dans un aci'ès d'enthousiasme, prêchait devant S4>n autel hrlérodoxe; vin^^t-<'in<i personm^ assistaient à ce prèclu*. Lu calice vi<lt^ «»tait sur l'autel, mlice hien connu de Tabbé (iharvoz; il Tavait apporté iui-mcme <le son église de Mont-Louis, et il était parlai- (eiiH*iit nTtain <pie a' vasesa<'ré n avait ni conduits mystérieux ni double tond.

— Pour vous prouver, dit Vintras, <pic c'est Dieu luiinèiiie qui nrins|me, il me t'ait connaître que le calic*e va se remplir des ^tuittes de son san^^ s(mis les apparences «in vin, et tous vous pourrrz goûter le produit des vignes de Tavenir, du vin (|ue nous drvons boire aveu* le Sauveur dans \v royaume de S(»n [K^re...

— S:usi d'éltMinemeiit et de ciaiulc, ( onlinue Tabbé Cliarvoz, je m<»nte à i'anlcl, je prends \v r:\\'\ri\ jVn rêtsanie le fond : il était cnliéreuMMit vide. Je le rcnvtM'se devant tout le mondr, puis je resiens ni'agenoiiiib^r au |Med de l'autel, ten.uil le ealiet* entre mes ileiix niaiiis... Tout à eiMip un l<Ver bruit, eeliii <l une goiille d'ean <|iii serait tond»ée <lu plafond dans le raliee m' lit entemhv

distinctement, et une goutte de vin apparut au fond du vase.

Tous les yeux se tournent vers moi, on regarde le plafond, car notre simple chapelle était tendue dans une pauvre chambre ; il n'y avait au plafond ni trou ni fissure, on ne voyait rien tomber, et i)ourtant le biniît de la chutedes gouttes se multipliait plus rapide et plus pressé... et le vin montait du fond du calice vers le bord.

Quand le calice fut plein, je le promenai lentement sous les rcg-ards de rassemblée, puis le prophète y trempa ses lèvres, et tous, Tun après Tautre, goûtèrent le vin miraculeux. Aucun souvenir de saveur délicieuse quelconque ne saurait eu doiuier Tidée...

Kt que vous dirai-je, ajouta Tabbé Charvoz, de i^ prodiges de sang qui nous étonnent tous les jours. Des milliers dliosties blessées et sanglantes se réfugient sur nos autels. Les stigmates Sîicrcs apparaissent devant tons ceux qui veulent les voir. Les hosties, blanches d'alH)rd, se marbrent lentement de caractères et de cœurs ensanglantés... Faut-il croire (jue Dieu abandonne aux prestiges du démon les choses les plus saintes? ou plutôt w faut-il pas a<lorer et croire qu'elle est venue l'heure delà suprême et dernière révélation.

L'abbé Cbarvoz, en parlant ainsi, avait dans la voix cette sorte de treniblemcnt nerveux qu'Éliphas Lévi avait di^à reman|ué chez M. .Ma<lrolle. Le magicien secouait la tète d'un air pensif; puis tout à coup :

— Monsieur, dit-il à Tabbé, vous avez sur vous une ou plusieurs de ces hosties miraculeuses. Soyez bon pour me les montrer.

MYSTÈRES DES HALLUCINATIONS, ETC. I6l

— Monsieur. . .

— Vous en avez, je le sais ; pourquoi essayeriez-vous de le nier?

— Je ne le nie pas, (litTabbé (Iharvoz; mais vous me peimettrez de ne pas exposer aux investigations de Tincrédulité les objets de la croyance la plus sincère et la plus dévouée.

— Monsieur Tabbé, dit gravement Élipbas, Fincrédulité est la défiance d'une ignorance presque sûre de se tromper. La science n'est pas incrédule. Je crois d'abord i voire conviction, puisque vous avez accepté une vie de privation et même de réprobation pour cette malheureuse croyance. Montrez- moi donc vos hosties miraculeuses et croyez à tout mon respect pour les objets d'une sincère adoration.

— Eh bien! dit l'abbé Charvoz après avoir encore un peu hésité, je vais vous les montrer.

Alors il déboutonna le haut de son gilet noir et tira un petit reliquaire d'argent devant lequel il se mil à genoux avec des larmes dans les yeux et des prières sur les lèvres ; Éliplias se mît à genoux près de lui, et l'abbé ouvrit le reliquaire.

Il y avait dans le reli(|uaire trois hosties. Tune imilière, les deux autres presque en pâte et comme pétries avec du sang.

L'hostie entière |>ortait n son centre nn (^ciir en M'wi' des deux cotés; nn gnnneaii de sang monlé en ciriir, cl qui semblait s'être lonné dans l'Iioslic même d'inH^ manière inexplicsible. Le sang n'avait |ni èlrc appli(|n('' par dehors, car la coloration |)ar imhibition avait laissé hian-

162 MYSTÈRES XaGNÈTIOTES.

ehes les fiarcelles a«lliiTerite> ;i la surface extérieure. L'apparence du pliénomène était la jnème des deui cotés. Le maître de niagi«^ lut pris d*un tremblement involontaire.

(Jette émotion n*échappa pas au vieux ciu*c qui, ayant adoré encore une fois et serré son reliquaire, tira de sa poche un album et le remit sans rien dire à Eliphas. C'étaient des copies de tous les caractères sanglants obsenés sur les hosties depuis le commencement des extases el des miracles de Viutras.

Il y avait lu des cœurs de toules les sortes, des emblèmes de tous les genres. Mais trois surtout excitèrent au plus bout point la curiosité d'Éliphas...

— Monsieur Tabhé, dit-il à Charvoz, connaissez-vous ces trois signes?

— Non, fit ingénument Tabbé, mais le prophète assure qu'ils sont de la plus haute importance, et que leur signification cachée doit être connue bientôt, c'est-à-dire à la fin des temps.

— Eh bien, monsieur, dit solennellement le professeur de magie, avant même la tin des temps je vais vous les ex[)li(pier : ces trois signes cabalistiques sont la signature dudiabh'!

— (Vesl impossible! s'écria le vieux prêtre.

— Ola est, reprit avec Ibrce Éliphas.

Or, voi(*i cpiels étaient ces signes :

1« 1/éloilc du microcosme, ou le penlagramme magique. C'est rétoile à cin(| [U)ihtes de la maçonnerie occulte, rétoile dans la(|uelle Agri|)[)a dessinait la figure humaine, la léte dans la pointe supéricnue, les quatre membres

islesquatre autres. L'éloileflamboyanle qui, renversée, le signe hiéroglyphique du houe de la magie noire, Il la tête peut alors être dessinée dans Tétoile, les deux •nés en haut, à droite et à gauche les oreilles, la barbe bas. C'est le signe de Tantagonisme et de la fatalité, •st le bouc de la luxure attaquant le ciel avecî ses cori. C'est un signe exécré inérne au sabbat par les inii d'un ordre suf)érieur.

2r Les deux ser|)ents hermétiques, mais les têtes et les sues, au lieu de se rapprocher en deux demi-cercles 'allèles, étaient en dehors, et il n'y avait point de ligne ermédiaire représentant le caducée. Au-dessus de la î des serpents on voyait le V fatal, la fourche typhonne, le caractènî de l'enfer. A droite et A gauche les nbres sacrés III et VII relégués sur la ligne horizonj qui représente les choses [jassives et secondaires. Le 18 du caractère était donc celui-ci :

L'antagonisme est éternel.

Dieu, c'est la lutte des forces fatales qui créent tours en détruisant.

Les choses religieuses sont passives et passagères. L*audace s'en sert, la guerre en profite, et c'est par » que la disi^orde se per|>étue.

3* Enfin, le monogramme (cabalistique de Jehova, le !el le A«, mais renversés, ci* (pii forme, suivant lesdo4^irsde la science occulte, le (Jus cpouvaiilahir de tous blasphèmes, et signifie, de <|iiel(|iic manière (pion les e: • I^ fatalité seule existe : Dieu cl resprit ne sont [OS. La matière est tout, et l'esprit n'est rprniie llrtion le cette même matière en démence. Ln forme est plus

» que ridée, la femme plus que Thomme, le plaisir {dus » que la pensée, le vice plus que la vertu, la multitude » plus que ses chefs, les enfants plus que leurs pères» la » folie plus que la raison ! »

Voilà ce qu'il y avait d écrit en caractères de sang sur les hosties prétendues miraculeuses de Vintras!

Nous attestons sur Thonneur que tous les faits ci-dessus énoncés sont tels que nous les rapportons, et que nous-méme avons vu etexpli([ué les caractères, suivani la vraie science magique el les vraies clefs de la kabbale.

Le disciple de Vintras nous communiqua aussi la description et le dessin des vêtements pontificaux donm^, disait-il, par Jésus-Christ hii-mêmc au prétendu prophète pendant un de ses sommeils extatiques. Vintras a fait confectionner ces vêlements et s'en affuble pour faire ses miracles. Ils sont de couleur rouge. Il doit porter sur le front une croix en forme de lingam, avoir un bàlou pastoral surmonlé d'une main dont tous les doigis sonl fermés, à la réserve du pouce et de rauriculaire.

Or, tout cela est diabolique au [)remier chef, el ce n'est pas une chose véritablemeni merveilleuse que celte intuition des signes d'une science perdue? car c'est la haute magie qui, en a[)puyant Tunivers sur les deux colonnes d'Hermès et des Salomon, a partagé le monde métaphvsi(jue en deux zoni^s intellectuelles, l'une blanche et lumineuse renfermant les idées positives, Tautre noire et obscure contenant des idées nég-ative.^, et qui a donné à la notion synthéti(|ue de la première le nom de Dieu, à la synthèse de l'antre le nom du diable ou de Satan.

Le signe du lingam porté sur le front est, dans l'Iode,

la marque dislinclive des adorateurs de Shiva le deslnieteiir ; car ce signe étanl celui du grand arcane nnagique qui tient au mystère de la génération universelle, le perler sur le front c'est faire profession d*împudeur dogmati<|ue. Or, disent les Orientaux, le jour où il n'y aura plus de pudeur dans le uionde, le monde abandonné à la débauche, (|ui est stérile, fmira aussitôt faute de mères. La IKuleur est Tacceptation de la maternité.

La main aux trois grands doigts fermés exprime la négation du ternaire et Taifirmation des seules forces naturelles.

Les anciens hiérophantes, comme va l'expliquer notre s:ivant et spirituel ami Desbarrolles dans un beau livre qui est sous presse, avaient fait de la main humaine le réstmié de la science magique. L'index, pour eux, représentait Jupiter; le grand diMgt ou nuklius, Saturne; l'annulaire, Apollon ou le Soleil. Chez les Égyptiens, le grand doigt était Ops, l'index Osiris et l'annulaire Horus; le pouce représentait la force génératrice, et l'auriculaire Padresse insinuante. Une main montrant seulement le pouce et l'auriculaire équivaut, en langue hiéroglyphique sacrée, à raffirmation exclusive de la passion et du savoir-faire. C'est la traduction abusive et matérielle de cette grande parole de saint Augustin : « Aimez et faites ce que vous voudrez. » Kapprotiiez maintenant ce signe de la doctrine de M. Madrolle : l'acte d'amour le plus imparfaii et en apparence le plus coupable, vaut mieux que la meilleure des prières. VA vous vous demanderez quelle est cette force qui, indépendanunent do la volonté et du plus 011 moins de soienoe des hommes (ear Vintras est

i66 MYSTÈRES MAGNÉTIQUES.

un homme sans lettres et sans instruction), formule ses dogmes avec des signes enfouis dans les débris-de Tancien monde, retrouve les mystères de Thèbes et d'Eleusis, et nous écrit les plus doctes rêveries de l'Inde avec les alphabets occultes d'Hermès.

Quelle est cette force ? — Je vous le dirai. Mais j'ai encore bien d'autres prodiges à vous conter, et ceci, disons-nous, est comme une instruction juridique. Nous devons avant tout la compléter.

Cependant on nous permettra, avant de passer à d'autres récits, de transcrire ici une page d'un illuminé allemand, Ludwig Tieck.

w Si [)ar exemple, comme le rapporte une ancienne » tradition, une partie des anges créés ne tardèrent pas » à déchoir, et si ce furent précisément, comme on le » dit encore, les plus brillants, on peut bien entendre » simplement par cette chute qu'ils cherchèrent une route » nouvelle, une autre activité, d'autres occupations et » une autre vie que ces esprits orthodoxes, ou plus pas- » sifs, qui restèrent dans la région qui leur était assignée, » et ne firent aucun usage de la liberté, leur apanage » commun. Leur chute fut cette pesanteur de la forme » que nous appelons maintenant la réalité, et qui est une » protestation de l'existence individuelle contre la réab- » sorption dans les abîmes de l'esprit universel. C'est » ainsi que la mort conserve et reproduit la vie, c'est » ainsi que la vie est fiancée au trépas... Comprenex- » vous maintenant ce que c'est que Lucifer? N'est-ce pas » le génie même de l'antique Prométhée^ cette force qui » donne le branle au monde, à la vie, au mouvement

» même, et qui règle le ooiirs des formes successives ? » Celle force, par sa résistance , c(]uilibra le principe » créateur. C'est ainsi (pie les élohiui enfantèrent le » monde. Lorsque ensuite les hommes furent placés sur » I» leri'e, par le Seigneur, comme des esprits intermé- » diaircs, dans leur enlhousiasme (|ui les portait à sonder » la nature et ses profondeurs, ils se livrèrent à l'influence » de ce superbe et puissant génie, et lors(|ue avec un doux » ravissement ils se furent précipités dans la mort pour » y trouver la vie, ce fut alors (ju'ils commencèrent à » exister d'une manière vérilahle, naturelle, et comme il «* convient à des créatures.»

Cette page n'a pas besoin de commentaire, et explique assez les tendances de ce (|u on nomme le spiritualisme ou la doctrine spiritc.

Depuis longtemps déjù cette doctrine ou irette antidoctrine travaille le monde pour le précipiter dans une anarchie universelle. Mais la loi d'équilibre nous sauvera, et déjà le grand mouvement de réaction a commencé.

— Nous continuons le récit des phénomènes.

Un ouvrier se jïrésenta un jour chez Éliphas Lévi. C*était un homme d'une cinquantaine d'années, de grande taîllc, regardant en face et parlant d'une manière fort raisonnable. Interrogé sur le motif de sa visite, cet homme répond : « Vous devez bien U) savoir, je viens vous prier et vous supplier de luv rendre ce (pn» j'ai penhi.»

Nous devons dire, |)onrélre siinrrc, «lu'Kliphas ne savait rien de ce visiteur ni de ce qu'il [ïiiivait avoir perdu. .\assi lui répondit-il : Vous mê rvoyoA beaucoup plus sorcier que je ne le suis: je nt* sais ni qui vous éds ni

('c (jue VOUS cherchez; ainsi donc, si vous croyez que je puisse vous être hou ù (|uelque chose, il faut vous expliquer et préciser votre demande.

— Eh bien ! puisque vous voulez ne pas me comprendre, vous reconnaîtrez au moins ceci, dit alors Tinronnu en tirant de sa poche un petit livre noir et usé.

(rélail le grimoire du pa[)e Honorius.

In mot sur ce petit livre tant décrié.

Le grimoire d'Honorius se compose d'une constitutioD apocryphe d'Honorius 11 poiy* révocation et le gouvernement deses[)rils; plus, de quelques recettes superstitieuses... r/clait le manuel des mauvais prêtres qui exi> paient la magie noire pendant les plus tristes périodes du moyen âge. On y trouve des rites sanglants mêlées à des profanations de la messe et des espèces consacrées, des formules d'envoûtement et de maléfices, puis des pratiques que la slu[)idité seule peut admettre et la fourberie (conseiller. Enfin, c'est un livre complet dans soii genre ; aussi est-il devenu fort rare en librairie, et les amateurs le poussent* ils très haut dans les ventes publiques.

— Mon cher monsieur, dit l'ouvrier en soupirant, depuis l'âge de dix ans, je n'ai pas manqué une seule fois à faire mon service. Ce livre ne me quitte pas, et je me conforme rigoureusement à toutes les prescriptions qu'A renferme. Pouniuoi donc ceux qui me visitaient m'ontils abandonné? Eli, Eli, Lamma....

— Arrêtez, dit Éliphas, et ne parodiez pas les plus formidables paroles ({u'une agonie ait jamais fait entendre au monde ! Quels sont les êtres qui vous visitaient parla

MYSTÈRES DES IIALL13CINÀTI0NS, ETC. 16^

vertu de cet horrible livre? Les connaissez-vous î leur avez-vous promis quelcjne chose ? avez-vous signé un pacte?

— Non, interrompit le propriétaire du grimoire; je ne les connais pas et je n'ai pris avec eux aucun enga- {i^ement. Je sais seulement que parmi eux les chefs sont bons, les intermédiaires alternativement bons et mauvais ; les inférieurs mauvais, mais pas aveuglément et sans qu'il leur soit possible de mieux faire. Celui que j'ai évoqué et qui m est apparu souvent ap|)artient à la hiérarchie la plus élevée, car il était de belle mine, bien vctu et me donnait toujours des réponses favorables. Mais j'ai perdu une page de mon grimoire, la première, la plus importante, celle qui portait la signature autographe de l'esprit, et depuis il ne i^araît 'plus (juand je l'appelle.

Je suis un homme perdu. Je suis nu connue Job, je

n'ai plus ni force ni (*ourage. Oh ! maître, je vous en

cpiijiire, vous qui n'avez (pi'un mot à dire, iprun signe

à faire et les esprits obéiront, prenez pitié de moi et

' rendez-moi ce que j'ai perdu!

— Donnez-moi votre grimoire, dit Éliphas.

Quel nom donniez-vous à res[)rit (|ui vous apparaissait?

— Je l'appelais Adonaï.

— Et en quelle langue était sa signature?

— Je l'ignore, mais je sup|)ose (|ue c'était de Thébreu.

— Tenez, dit le professeur de hante magie après avoir

•meédeux mots hébreux au romnïcnccmeni et à lu lin

du livre. Voici deux signatures que les esprits des léoèbres ne contreferont jamais. Allez en paix, dormez bien et n'évoquez plus les fantômes.

L'ouvrier se retira.

Huit Jours après, il revint trouver Thomnie de science.

— Vous m'avez rendu l'espérance et la vie, lui ditil, ma force est revenue en partie, je puis, avec les signatures que vous m'avez domlées, soulager ceux qui souffrent et débarrasser les obsédés, mais /ut, je ne puis le revoir, et, tant que je ne l'aurai pas revu, je serai triste jusqu'à la mort. Autrefois il était toujours près de moi, il me touchait parfois et m'éveillait la nuit pour me dire tout ce que j'avais besoin de savoir Maître, je vous en supplie, faites que je le revoie.. .

— Qui donc?

— Adonaï.

— Savez-vous qui est Adona'P

— Non, mais je voudrais le revoir.

— Adonaï est invisible.

— Je l'ai vu.

— 11 n'a pas de forme.

— Je l'ai touché.

— Il est infini.

— 11 est ù peu près de ma taille.

— Les prophètes disent de lui que le bord de son vêtement, de l'Orient à l'Occident, balaye les étoiles do mutin.

— 11 avait un paletot fort propre et du linge très blanc.

— L'Écriture sainte dit encore qu'on ne peut le voir sans mourir.

— Il avait une bonne et joviale figure.

— Mais comment procédiez-vous pour obtenir ces apparitions ?

— Eh bien ! je faisais tout ce qui est marqué dans le grand grimoire.

— Quoi donc ! même le sacrifice sanglant ?

— Sans doute. •

— Malheureux ! mais quelle était donc la victime?

A cette question, Touvrier eut un léger tressaillement, il pâlit et son regard se troubla.

— Maître, vous savez mieux que moi ce que c'est, dit-il humblement et à voix basse. Oh! il m'en a coûté beaucoup; surtout la première fois, de couper la gorge d'un seul coup avec le coulcau magique .i cette créature innocente ! Une nuit je venais d'accomplir les rites funèbres, j'étais assis dans le cercle sur le seuil intérieur de ma porte et la victime achevait de se consumer dans un grand feu de bois d'aulne et de cyprès... Tout à coup, près de moi... je l'ai revu ou plutôt je l'ai senti passer... Tai entendu dans mon oreille une plainte déchiranle... on eût dit qu'elle pleurait, et depuis ce moment je croyais l'entendre toujours.

Éliphas s'était levé et regardait fixement son interlocuteur. Avait- il devant lui un fou dangereux capable de renouveler les atrocités du seigneur de Retz? Pourlant la figure de cet Homme était douce et honnête. Non, cela n'était pas possible.

— Mais enfin, cette victime... dites-moi nettement ce

172 VTSTKftES VJkG5tTIQCES.

que l 'était. Vous supposez que je le sais déjà, ei je le sais peut-èlre, mais j'ai des raisons pour vouloir que vous me le disiez.

— Celait, suivant le rituel magique, un jeune chevreau d'un an, vierge et sans défaut.

— L'n vrai elievreau?

— Sans doute. Croyez bien que ce n*était ni un jouet d'enfant, ni un animal empaillé.

— Éliph^s respira.

— Allons î pensa-t-il, cet homme n'est pas un sorcier digne du bûcher. Il ne sait pas que les abominable^ auteurs des grimoires, lorsqu'ils parlaient du chevreau vierge, voulaient dire un [R'iit enfant.

— Eh bien ! dit-il alors à celui qui le consultait, donnez-moi (les détails sur vos visions. Ce que vous me racontez minléresse au plus haut point.

Le sorcier, car il faut bien l'appeler par son nom, le sorcier lui raconta alors une série de faits étranges donl deux familles avaient éié témoins, et ces faits étaient précisément identiques aux phénomènes de M. Home: des mains sortant des murailles, des agitations de meubles, des a{)parilioiis phosphorescentes. Un jour, le téméraire apprenti magicien avait osé appeler Astaroth, et avait vu apparaître un monstre gigantesque ayant le corps d'un pourceau et une tête enipruntée au squelette d*un bœuf colossal. Mais tout cela était raconté avec un accent de vérité, avec une certitude d'avoir vu, qui excluait toute espèce de doute sur la bonne foi et lentière conviction du conteur. Éliphas, qui est artiste en magie, W émerveillé de cette trouvaille. Au xix* siècle, un v«i

sorcier du moyen âge, un sorcier naïf el convaincu ! un sorcier qui a vu Satan sous le nom d'Adonaï, Satan habillé en bourgeois et Aslîirolh sous sa vraie forme diabolique! quel objet d'art! quel trésor (rarcliéologie!

— Mon ami, <lit-il à son nouveau disciple, je veux vous aider à retrouver ce (|ue vous dites avoir perdu. Prenez mon livre, observez les prescriptions du rituel et revenez uie voir dans huit jours.

Huit jours après, nouvelle conférenc^e, et ici Touvrier déclare qu'il est l'inventeur d'ime mac^hine de sauvetage de lâ'plus grande im[)ortance pour la marine. La machine est parfiiitement combinée ; il n y mancpuî tprune chose... elle ne fonctionne pas : un défaut im|)crceptil)le est dans le mouvement. Quel est ce défaut? L'esprit de malice seul pourrait le dire. ' Il faut donc ahsoimnent révoquer ! . . .

— Gardez-vous-en bien, dit Éliphas; dites plutôt pendant neuf jours celte invocation c^abalislicpic (cl il lui remît un feuillet mamiscril\ ('ounncncez ce soir, (M revenez demain me dire ce que vous aiuez vu, i^ar ccWc nuit vous aurez une manifeslaliou.

Le lendemain notre homme ne man((na pas au rendez-vous.

— Je mesuis éveillé tout à coup, dit-il, vers une heure du matin. J'ai vu devant nuu) lit une ^zrande lumicrc, et dans cette lumière un bras (Vombre i\\\\ passait et n*|)as- 8ait devant moi comme pour me ma^niéliser. Alois. je mesuis rendonni, el, qii(*lqii(\s inslanis après. iiTt'hiiit éveillé de nouveau, j'ai n^vii la même luinièie, mais v\W avait changé de |)lace. Klle avait passé <le jJiaiieiie à droiN', et sur le fond lumineux j'ai iiistin<rué la sini(in(.4l(^ d'un

I7à MtSTÊRES MAGNÉTIQtES.

homme qui croisait les bras et qui me regardait.

— Comment était cet homme?

— A peu près de votre taille et de votre corpulence.

— C'est bien. Allez et continuez de faire ce que je vous ai dit.

Les neuf jours s'écoulèrent ; au bout de ce temps, nouvelle visite de Tadepte ; mais celte fois, tout radieux et empressé. Du plus loin qu'il vit Êliphas :

— Merci! maîlre, s'écria-t-il, la machine fonctionne, des personnages que je ne connaissais pas sont venus mettre à ma disposition les fonds qui m'étaient nécessaires pour achever mon enireprise, j'ai retrouvé la paix du sommeil, et tout cela grâce a votre puissance.

— Dites plutôt grâce â votre foi et à votre docilité, et maintenant, adieu, il faut que je travaille... Eh bien! pourquoi prenez-vous cet air suppliant, et que me voulez-vous encore ?

— Oh! si vous vouliez!...

— Eh bien, quoi? n'avez-vous pas obtenu tout ce que vous demandiez et plus que vous ne demandiez, car vous ne m'aviez pas parlé d'argent.

— Oui, sans doute, fit l'autre en soupirant, mais je voudrais bien le revoir !

— Incorrigible ! dit Éliphas.

Quelques semaines après le professeur de haute nuigie fut réveillé vers deux heures du matin par une doulw aiguë dans la tête. Pendant quelques instants il craignit une congestion cérébrale, il se leva, ralluma sa lampe, ouvrit sa fenêtre, se promena dans son cabinet d'étude, puis, calmé par l'air trais du matin, il se recoucha et

mrsrtnES DEâ RALLUCIN\tlONS, KtC, 175

s'endormit profondément, il eut alors un cauchemar; il vit, avec une apparence terrible de réalité, le géant à la tête de bœuf décharnée dont lui avait parlé louvrier mécanicien. Ce monstre le poursuivait et luttait contre lui. Lorsqu'il s'éveilla il faisait grand jour et quelqu'un frappait à la porte. Éliphas se lève, jette un vêtement sur lui et va ouvrir; c'était l'ouvrier.

— Maitre, dit il en entrant avec empressement et d'un air alarmé, comment vous trouvez-vous ?

— Très bien, répond Éli|)has.

— Mais cette nuit, a deux. heures du matin, n'avezvous pas couru un danger?

— Éliphas n'était pas à la question et ne se i^ppelait d^ plus son indis|>osition de la nuit.

— Un danger? dit-il; non, pas du moins que je sache.

— Vous n'avez pas été assailli par un fantôme monstrueux qui cherchait à vous étrangler! Vous n'avez pas •ouffert?

Éliphas se rappela.

— Oui, dit-il, certainement, j'ai eu un commencement l'apoplexie et un horrible rêve. Mais comment savezirous cela?

— A la même heure, une main invisible m'a frappé rudement sur l'épaule et m'a réveill/» on sursaut. Je rcm% alors que je vous voyais aux |)rises avci* Asiarolh. le me suis dressé sur mon séant et une voix nfa dit A l'^oreille : lAe-loi cl va au sccoiu's de ton maitre; il est •ndanger. Je me suis levé précipilaniment. Mais où liiltal-il courir d'abord? Quel (lanj:er vous nienaeail ? Klait- ^^ chez vous ou ailleurs ?l>a voix n'en avait rien dit.

J'ai pris le parti d'attendre le lever du soleil, et, dès qne j le jour a paru Je suis accouru, et me voici.

— Merci, mon ami, dit le magiste en lui tendant la main, Asiaroth est un mauvais plaisant, et j'ai eu seulement celte nuit un peu de sang porté à la tête. Maint^ nant, je vais parfaitement bien. Vous pouvez donc voik rassurer et retourner à votre travail.

Quelque étranges que soient les faits que nous venons de raconter, il nous reste à révéler un drame funèbre encore bien \)\us extraordinaire.

Il s'agit de Tévénement sanglant qui, au commenc^ ment de cotle année, a plongé dans le deuil et dans la stupeur Paris et toute la chrétienté; événement auquel personne n'a soupçonné que la magie noire ne iïit pas étrangère.

Voici ce qui est arrivé :

Pendant Thiver, au commencement de l'année de^ nière, un libraire fit savoir à l'auteur de Dogme et ritud de la haute magie qu'un ecclésiastique cherchait son adresse et témoignait le plus grand désir de le voir. Êliphas Lévi ne se sentit pas fout d'abord porté de confiance vers cet inconnu, au point de s'exposer sans précaution! ses visites ; il indiqua une maison amie où il devait se trouver avec son fidèle disciple Desbarrolles. A l'heure dilc et au jour marqué, ils se rendirent en effet cho Madame A... ., et trouvèrent recclésiastique qui déjà (1^ puis quelques instants les attendait.

C'élail im jeune homme assez maigre, au nez pointu el busqué, aux yeux bleus et ternes. Son front osseux e( saillant était plus large que haut : sa tête était allongées

MYSTÈRES DES HALLUCINATIONS, ETC. l79

— Dites tout, monsieur, je puis tout entendre et je iésire tout savoir.

— Eh bien ! si, comme je n*en doute pas, vous tournez au profit de la cliarité toute ractivilé inquiète que vous donneraient les passions du cœur, vous devez être souvent béni pour vos bonnes œuvres. \

L*abbé fit encore une fois ce sourire douteux et fatal qui donnait à son pâle visage une si singulière expression.

Il se leva et prit congé sans avoir dit son nom et sans que personne eût songé à le lui demander.

Ëliphas et Desbarrolles le reconduisirent jusqu'à Tescalier par égard pour sa dignité de prêtre.

Près de l'escalier, il se tourna et dit lentement :

— Avant peu, vous entendrez dire quelque chose... Vous entendrez parler de moi, ajouta-t-il en ap[)uyant sur chaque mot. Puis il salua de la tête et de la main, se retourna sans ajouter une parole et descendit l'escalier.

Les deux amis rentrèrent chez madame A...

^-> Voilà un singulier personnage, dit Éliphas. Il m'a semblé voir Pierrot des Funambules dans lin rôle de traître. Ce qu'il nous a dit en partant ressemble assez à une menace.

— Vous l'avez intimidé, dit madame A ... ; avant votre arrivée, il commençait à dire toute sa pensée, mais vous lui avez parlé de conscience et des lois de l'Église, il n'a plus osé vous avouer ce qu'il voulait.

— Bah ! que voulait-il donc ?

— Voir le diable.

— Croirait-il par hasard que je l'ai dans ma poche ?

— Non, mais il sait que vous donnez des leçons de

damne encore sévèrement tout ce qui se rattache à ces pratiques défendues.

Un pâle sourire, empreint d'une sorte d*ironie sarcastique, fut toute la réponse de Tabbé, et la conversation tomba.

Cependant le chiromancien Desbarrolles considérait attentivement la maui du prêtre; celui-ci s'en aperçut d une explication toute naturelle^ s ensuivit, Tabbé alors offrit de bonne gnice et de lui-même sa main a laxpérimcntateur. Desbarrolles trouva le sourcil et parut embarrasse. La main était humide et froide, les doigts lissées et spatules ; le mont de Vénus, ou la partie de la paume de la uiain qui correspond au pouce, d'un dcveloppeuK'iit assez notable, la ligne de vie courte et brisée, deseivix au centre de la main, des étoiles sur le mont de h lune.

Monsieur Tabbé, dit Desbarolles, si vous n'aviez pas une solide instruction religieuse, vous deviendriez facilement un dangereux sectaire, car vous êtes porté au wystiiîisme le plus exalté d'une part et de Tautre à renlétemeut le i)lus concentré et le moins conmiunicatif qui soit au monde. Vous cherchez beaucoup, niais vous imaginez davantage, etcouune vous ne couliez à personne vos imaginations, elles pourraient atteindre à des pi-oportioœ qui en feraient pour vous de véritables ennemis. Vosliabiludcs sont contemplatives et un peu molles, mais c'est une somnolence dont les réveils peuvent ctreù craindre. Vous êtes porté à une passion que votre état... Mai*» pardon, monsieur l'abbé, je crains de dépasser avec vous les bornes de la discrétion.

MYSTÈRES DES lULLlCINATIONS, ETC. 479

— Dites tout, monsieur, je puis tout entendre et je Icsire tout savoir.

— Eli bien! si, comme je n*en doute pas, vous tournez au |)roiit de lu charité toute Tactivilé inquiète que vous Juuneraient les passions du cœur, vous devez être souvent béni pour vos bonnes (cuvres. \

L*ubbé lit encore une fois ce sourire douteux et fatal |ui doimait à son [Kile visage une si singulière cx|»ression.

Il se leva et prit congé sans avoir dit son nom et sans i|ue |)ersonne eût songé à le lui demander.

Éliphas et Desbarix)lles le reconduisirent jusqu'à Tesealier |>ar éganl pour sa dignité de prêtre.

Près de Tescalier, il se tourna et dit lentement :

— Avant peu, vous entendrez dire quelque chose... Vous entendrez [larler de moi, ajouta-t-il en a|i[Miy:uit sur chaque mot. Puis il s;dua de la tète et de la main, se retourna sans ajouter ime parole et descendit 1 escalier.

I^sdeux amis rentrèrent chez madame A...

Voilà un singulier personnage, dit Éliphas. 11 ma seiiibh'^ voir Pierrot des Funambules dans un rôle de traître. Ce qu'il nous a dit en [partant ressemble assez a une menace.

— Vous l'avez intimidé, dit madame A...; avant votn^ arrivéis il counnen(;ait à dire toute sa |)cnsée, mais vous lui avez |»arlé dec<ms<Mcnce et des lois de lÉglise, il n'a plus osé vous avouer iv qu'il voulait.

— |{ah! <pie voulait-il don<' }

— Voir le diable.

— t>oirail-il p;ir hasard que je Tui djins m:) poche .'

— Non, mais il sait que vous donnez dos Icroiis de

180 MTSTÈBES MAGNÉTiQtES.

cabale et de magie, il espérait que vous Taideriez dans ses entreprises. Il nous a conté, à ma fille et î\ moi, que dans son presbytère, à la campagne, il avait déjà un soir fait une évocation à l'aide d un grimoire vulgaire. Alors, a-t-il dit, un tourbillon de vent a paru ébranler le presbytère, les poutres ont gémi, les boiseries ont craqué, les portes se sont agitées, les fenêtres se sont ouvertes avec fracas, et les sifflements se sont fait entendre à tous les coins de la maison. Il attendait alors la vision formidable, mais il n'a rien vu, aucun monstre ne s'est présenté, en un mot le diable n'a pas voulu paraître. C'est pour cela qu'il cherche le grimoire d'Honorius, car il espère y trouver des conjurations plus fortes et des rites plus efficaces.

— En vérité ! mais cet homme alors est un monstre... ou c'est un fou. ^

— Il doit être tout bonnement amoureux, dit Desba^ rolles. Il est travaillé de quelque passion absurde et n'espère absolument rien ù moins que le diable ne s'en mêle.

— Mais comujent alors entendrons-nous parler de lui?

— Qui sait ? Il compte peut-être enlever la reine d'Angleterre ou la sultane Validé.

La conversation en resla-là, et une année se passa tout entière sans que ni madame A. . ., ni Desbarrolles, ni Éliphas, entendissent parler du jeune prêtre inconnu.

Dans la nuit du premier au second jour de jan\ier de l'année 1857, Éliphas Lévi fut éveillé en sursaut par les émotions d'un rêve bizarre et funèbre. 11 lui semblait être dans une chambre délabrée et gothique assez semblable i la chapelle abandonnée d'un vieux château. Une porte

cachée par une draperie noire s'ouvrait sur cette chambre, derrière la draperie on devinait la lueur rougeatre des cierges, et d semblait à Éliphas que, poussé par une curiosité pleine de terreurs, il s'approchait de la draperie noire... Alors la draperie s'entrouvrit, une main s'étendit et saisit le bras d'Élipbas. Il ne vit personne, mais il cnlendit une voix basse (|ui disait à son oreille :

— Viens voir ton père qui va mourir!

Le magiste s'éveilla le cuHir palpitant et le front baigné • de sueur.

Que veut dire ce rêve? pensa-t-il. 11 y a longtemps que mon père est mort ; pourquoi me dit-on qu'il va mourir, et |)Our(iuoi cet avertissement a-t-il bouleversé mou cteur ?

1ji nuit suivante, le même rêve reparut avec les même circonstances, et Éli|)bas Lévi se réveilla encore une fois en entendant répéter à son oreille :

— Viens voir ton père qui va mourir!

Cette répétition de cauchemars impressionna péniblement Éliphas : il avait accepté pour le 3 janvier une invitation à diner dans une société joyeuse, il écrivit pour s'excuser, si^ trouvant |>eu <1isposé à la gaieté d'un banquet d'artistes. Il resta donc dans son cabinet d'études; le temps était couvert; à midi, il reçut la visite d'un de ses disci|)les en magie, M. le vicomte de M***. La |>luie alors tomim avec une telle abondaiuM* i|u'Élipl)as oiïrit an vicomte son para[)luie que (M*!ui-ci refusa d'accepter. Il s>nsuivil un débat de |)olitesse dont le résultat fut qu'Kliphas sortit pour reconduire le vicomte. Pendant qu'ils étaient dehoi^s, la pluie cessa, le vicoujte trouva une voi-

tnro, et Éliphas, au lieu de retourner chez lui, traversa machinalementle Luxembourg, sortit parla porte qui donne sur la rue d'Enfer, et se trouva en face du Panthéon.

Une double rangée d'échoppes improvisées pour la nenvaine de sainte Geneviève indiquait aux pèlerins le chemin de Saint-Etiennc-du-Mont. Éliphas, dont lecœur était triste et par conséquent disposé ù la prière, sui\Tt celte voie et entra dans Téglise. 11 pouvait être en ce moment ([uatnî heures de Taprès-midi.

L'église élait [)leine«le fidèles, et l'office se faisait avec un grand recueillement et une solennité exlraordinairc. Les bannières des paroisses de la ville et de la banlieue attestaient la vénération publique pour cette vierge qui a sauvé Paris de la famine et des invasions. An fond «le l'église, le tombeau de Sainte-Geneviève resplendissait de lumière. On chantait les litanies et la procession sortait du chreur.

A|)rès la croix accompagnée de ses acolythes et suivie des enfants de clueur, venait la bannière de sainte Geneviève ; puis marchaient sur deux raïigs les dames génovéfaines, vêtues de noir avec un voile blanc sur la tète, un ruban bhui au cou et la médaille de la légende, un ciiTge à la main suruionté d'une petite lanterne gothique, comme la tradition en donne un aux images delà sainte. Car, dans les anciens légendaires, sainte Geneviève est toujours re[)rés(Mitée une médaille au cou, celle que lui donna saintGermain d'Auxerre, et tenant un cierge que le démon s'efforce d'ctcîindre, mais qui est préservé du souffle de l'esprit immonde [)ar un |)etit tabeniaclc miraculeux.

Après les dames génovéfainçs venait le clcrgc, p«iî>

tachait sur un fond sombre où Ton dislingnait à peine un piédestal sans statue sur lequel étaient écrites ces deux paroles de la passion du Christ : Ecce homo, et plus loin, dans le fond, une peinture apocalyptique représentant les quatre fléaux prêts à s élancer sur le monde, et les tourbillons de Tenfer suivant les traces poudreuse du cheval pâle de la mort.

Devant rarchevêque, un bras levé, qui se dessinait en ombre comme une silhouette infernale, tenait et brandissait un couteau. Des sergents de ville s'avançaient l'épée à la main.

Et pendant que tout ce tumulte se faisait au bas de l'église, le chant des litanies continuait dans le cœur comme l'harmonie des sphères du ciel se perpétue toujours, attentive à nos révolutions et à nos angoisses.

Éliphas Lévi avait été porté dehors par la foule. II était sorti par la porte de droite. Presque au même moment la porte de gauche s'ouvrait avec violence, et un groupe furieux se précipitait hors de Téglise.

Ce groupe tourbillonnait autour d'un homme que cinquante bras semblaient tenir, que cent poings tendus voulaient frapper.

Cet homme, plus tard, s'est plaint d'avoir été maltraité par les sergents de ville ; mais, autant qu'on pouvait le reconnaître dans ce tumulte, les sergents de ville le protégeaient contre l'exaspération de la foule.

Des femmes couraient après lui en criant : Qu'on le tue !

— Mais qu'a-t-il fait? disaient d'autres voix.

— Le misérable ! il a donné un coup de poing à Tarchevêqué, disaient les femmes.

i8& MYSTÈRES llAG?(ÉnQCES.

Alors, ceux qui élaienl derrière Tarehevêque le virent tressaillir, et Ton entendit une interpellation faite à voix haute, sans éclat de voix toutefois et sans clameur. Qu'avait-on dit ? Il semblait que ee fut : A bas les déesses! mais on croymt avoir mal entendu, tant eeoiot paraissait déplacé et vide de sens. Cependant l'exclamation se renouvela deux ou trois fois, quelqu'un cria: Sauvez rarchevêque! d'.autres voix répondirent : Aux armes! la foule s'écarta alors en renversant les chaises cl les barrières, on se précipita vers les portes en criant. Celaient des pleurs d*enfant, des clameurs de femmes, et Éliphas, entraîné par la foule, fut en quelque sorte porté hors de 1 église; mais les derniers regards qu'il puty jeter furent fra[)pés d'un terrible et inclTaçable tableau.

Au milieu d'im (*crcle élargi par la frayeur de tous ceux qui rcntouraieiit, le prélat était debout, seul, appuyé toujours sur sa crosse et soutenu par la roideur de sa cha|)e (|ue les grands vicaires avaient lâchée et quii>endait alors jusqu'à terre.

La tête de l'archevêque était un peu renversée, ses yeux et (*clle de ses mains (jui ne tenait pas la crosse étaient levés vers le ciel. Son altitude élait celle qu'Eugène Delacroix a donnée à l'évèque de Liège, assîissiné par les bandits du Sanglier des Ardennes ; il y avait dans son geste toute l'épopée du martyre, c'était une acceptation et une oflrande, une prière pour son peuple et un pardon pour son bourreau.

Le jour tombait, el l'église commençait à s'assombrir. L'archevêque, les bras levés vers le ciel et éclaire par un dernier ravon venant des croisées de la nef, se dé*

lâchait sur un fond sombre où l'on distingnait à peine lin piédeslal sans slatuo sur lequel étaient écrites ces deux ^ pannes de la passion du Christ : Ecce homo, et plus loin, dans le fond, une peinture apocalypti<iue représentant les quatre fléaux prêts à s'élancer sur le monde, et les tourbillons de Tenfer suivant les traces poudreuse du cheval pale de la mort.

Devant rarcheve<|ue, un bras levé, cpii se dessinait en ombre comme une silhouette infernale, tenait et brandissait un couteau. Des sergents de ville s'avançaient Tépée à la main.

Et |)enda!it que tout ce tumulte se taisait au bas de l'église, le chant des litanies continuait dans le cœur comme Tharmonie des sphères du ciel se perpétue toujours, attentive à nos révolutions et à nos angoisses.

Éliphas Lévi avait été porté dehors par la foule. Il était sorti par la porte de droite. Presque au même moment la porte de gauche s'ouvrait ave(* violence, et un groui^e furieux se précipitait hors de Téglise.

Ce groupe tourbillonnait autour crun homme que cinquante bras semblaient tenir, que (;ent |K)ings tendus voulaient frapper.

Cet homme, plus tard, s'est plaint d'avoir été maltraite par les sergents de ville ; mais, autant qu'on pouvait le reconnaître dans ce tumulte, les sergents de ville le protégeaient contre l'exaspération (le la foule.

Des femmes couraient après lui en criant : Qu'on le lue !

— Mais(pra-tHl fail?disai(Mit d'autres voix.

— Le misi'rahle! il a donné un coup de p(ârig à Tarrhevéque, disaient les femmes.

186 irrstJ^.REs maonétiques.

Puis d'autres personnes sortaient de l'église, et les discours contradictoires se croisaient.

— L'archevêque a eu peur et s'est trouve mal, disaient les uns.

— 11 est mort, répondaient les autres.

— Avez-vous vu le couteau ? ajoutait un nouvel IWeN locuteur. 11 est long comme un sabre, et le sang ruisselait sur la lame.

— Ce pauvre monseigneur, il a perdu un de ses souliers, remarquait une vieille femme en joignant les mains.

— Ce n'est rien ! ce n'est rien ! vint alors crier une loueuse de chaise. Vous pouvez rentrer dans réglise: monseigneur n'est pas blessé, on vient de le déclarer en chaire.

La foule alors fit un mouvement pour rentrer dms l'église. •

— Sortez! sortez! dit cp ce moment même la voix grave et désolée d'un prêtre, l'office ne peut être continué. On va fermer l'église; elle est profanée.

— Comment va rarchevêque? dit alors un homme.

— Monsieur, répondit le prêtre, l'archevêque se meurt, et peut-être même, au moment où je vous parle, il est mort !

La foule se dispersa consternée, pour aller répandre cette funèbre nouvelle dans tout Paris.

Une (irconstnnce l)izarre se produisit pour Éliphas, et fit ime sorte de diversion à sa profoiKle douleur de ce qui venail de se passer.

Au moment du tumulte, une femme âgée et de l'exlé-

MYSTÈRES DE^ IIALMTlrfÀTIOÎÏS, ETC. 187

riciir le plus rest)oclablc lui avait pris le bras en réclamant sa protection.

Il se fil un devoir de repondre à cet appel, et lorsqu'il fui sorti de la foule avec cette dame :

— Combien je suis heureuse, lui dit-elle, d'avoir rencontré un homme qui s'afflige de ce grand crime dont se réjouissent en ce moment tant de misérables!

— Que dites-vous, madame, et comment peut-il exister des êtres assez dépravés |)our se n*jouir d'un si grand malheur ?

— Silence! dit la vieille dame, on nous écoule peut- ^re... Oui, ajoula-t-elle en baissant la voix, il y a des (fens qui scmt enchantés de ce qui arrive, et tenez, là, tout à l'heure, il y avait Urt hotnme d'ime mine sinistre, qui disait a la foule in(|uiète, lorsqu'on l'interrogeait, lui, sur ce (|ui venait de se passer. . . Oh ! ce n'est rien ! c'est une araignée qui est tombée!

— Non, madame, vous aurez mal entendii. La foule n'eut {)as enduré cet abominable pro|>os, et l'homme eùl été imméstialement arrêté.

— Plut à Dieu que tout le monde pensât comme vous, dit la dame.

Puis elle ajouta : Je me re<*ommande à vos prières, car je vois bien que vous êtes im homme de Dieu.

— Ce n'est peut -être pas l'avis <le tout le monde, répondit Kliphas.

— Et que nous importe» le monde? reprit la dame avec vivacité, il est menteur, il est calomninlour, il (sl in)[)ic! il dit du mal de vous, [)eut-cliv. Je lu* m'en ('lonnc p:is, et si vous pouviez savoir (*e qu'il dit de moi, vous

comprendriez bien pourquoi je méprise son gç

— Le monde dit du mal de vous? madame.

— Oui, certes, et le plus grand mal qui se puisse

— Comment cela?

— Il m'accuse de sacrilège.

— Vous m'effrayez. Et de quel sacrilège, s'i plaît?

— D'une indigne comédie que j'aurais jouée tromper deux enfants sur la montagne de la Saletfa

— Quoi ! vous seriez. . .

— Je suis mademoiselle de la Merlière.

— - J'ai entendu parler de votre procès, roateroo et du scandale qu'il a causé, mais il me semble qi tre âge et votre respectabilité devaient vous niettn bri d'une semblable accusation.

— Venez me voir, monsieur, et je vous présent mon avocat, M. Favrc, c'est un homme de talent voudniis gagner à Dieu.

En oaiisîuit ainsi les deux interlocuteurs étaient a rue du VicMix-l'olombicr. La dame remercia sono im[)n>visc (i renouvela l'invitation de venir la voir.

— Je tiu'licrai, dit Elipbas. Mais, si je viens, jeJe derai au portier madamoiselle de la Merlière.

— (jurdez vous-en bien, dit-elle, on ne me coad sous ce nom; deininuloz madame Dutruck.

— Dulnu'k, soit, madame, je vous présente lûk blement mes rivilités.

Kl ils se sépnrrrent.

Le pnuos dt^ l'assassin commença, et ESpha^* imt dans h's j(»uniau\ (|ue tnn homme était piéfcl

MYSTiSIEft DES HALLUCINATIONS, ETC. 489

fail partie du clergé de Saint-Germain-rAuxerrois, avait été curé de campagne, qu'il paraissait exalté rà la fureur, se ressouvint du prêtre pale qui cherun an auparavant le gi^imoire d'Honorius. Mais le lement que donnaient de ce criminel les feuilles pues déroutait les souvenirs du professeur de magie, [fet, la plupart des journaux lui donnaient des chenoirs... Ce n'est donc pas lui, pensait Eliphas. Ceant j'ai encore dans l'oreille et dans la mémoire cette ç qui serait maintenant expliquée pour moi par ce i crime :

Vous ne tarderez pas à apprendre quelque chose. it peu vous entendrez parler de moi.

! procès eut lieu avec toutes les affreuses péripéties eut le monde connaîl, et Taccusé fut condamne à

\ lendemain, Eliphas lut dans une feuille judiciaire k*it de cette scène inouïe dans les annales de la ^e; mais un nuage passa sous ses yeux lorsqu'il lut idroit du signalement de l'accusé : Il est blond. »

- Ce doit être lui, dit le professeur de magie, uelques jours après, une personne qui avait pu tracer jdience un croquis de profil du condamne, le faisait à Eliphas.

- Laissez-moi copier ce dessin, dit celui-ci tout pâlit d'épouvanle.

fit la ci)|)ie et la porla à son ami Desbarolles auquel il inda sans autres cx|)licatious :

- Connaissez -vous cette tcte ^

— Oui, fit vivement Desbarolles; attendez, c*estce prêtre mystérieux que nous avons vu chez madaïqe A..., et qui voulait faire des évocations magiques.

— Eh bien! mon ami, vous me confirmez dans ma triste conviction. L'homme que nous avons vu, nous ne le verrons plus, la main que vous avez examinée est devenue une main sanglante. Nous avons entendu parler de lui, comme il nous l'avait annoncé; car, ce prêtre pale, savez-vous quel était son nom?

— Oh! mon Dieu! dit Desbarolles en changeant de couleur, j'ai peur de le savoir.

— Eh bien! vous le savez, c'était le malheureux Louis Verger !

Quchjues semaines après ce que nous venons de raconter, Eliphas Lévi causait avec un libraire qui a pours|Hicialitéde collectionner les vieux livres desciences occultes.

11 était ([ucslion du grimoire d'Honorius.

(]'est maintenant un article introuvable, disait le marchand. Le dernier que j'ai i3u entre les mains, je l'ai cédé à un jeinie prêtre qui on oiVrait cent francs.

— Un jeune prêtre ! et vous rap|ielez-vous quelle était sa physionomie.

— Oh ! parfaitement. Mais vous devez bien le connaître, car il ma dit vous avoir vu, et c'était moi qui vinis l'avais adressé.

Ainsi, plus de doute, le malheureux prêtre a\ait trouvé le fatal grimoire, il avait fait révocation et s'élail préparé au meurtre par une série de sacrilèges, car voici en <pioi consiste révocation infernale suivant le grimoire d'Honorius.

MtST^RES DES 1IALLLC1NATI0N8, ETC. 191

(( Choisir un co(| noir (4 lui donner le nom de Tesprit ies ténèbres qu'on veut évoquer.

» Tuer le roq, en réserver la langue, le cœur et la première plume de 1 aile giuiehe.

9 Faire sécher la langue et le cœur et les réduire en poudrt\

» Ne pas manger de viande et ne |)âs boire di| \in ce jour-la.

» Le mardi, à Taubc du jour, dire une messe des anges.

» Tracer sur 1 autel même et avec la plume de coq lreiii|K''e dans le vin consacré des signatures diaboliiiues [celles dii crayon de M. Uome et des hosties sanglantes de Vintras).

« Le uîcrcredi, préparer un cierge de (*ire jaime ; se lever à nunuil, et, seul dans ime église commencer rolUce des morts.

« Mcicr à cet otïicc des évocations infernales.

« Achever roHice a h\ hieur d'un seul cierge qu'on éteindra ensuite, et demeurer sans himicre dans Tégiise ainsi pr(»l*anée Juscpiau lever du soleil.

« Le jeudi, mcler ù Tcniu bénite la poudre de la langue et du cœur du coq noir, et l'aire avaler le tout à un agneau mâle de neuf jours... »

Iji main se rcluse à écrire le reste. C'est un mclangc de pratiques abrutissantes et (raltcntats révoltants propres à tuer, ù janmis le jug«»nicnl et la conscience.

Mais |>our coniinuni(|iicr avec le rantoiiie du mal absolu, |Hjm' réaliser* le l'aiilomc au point de le voir cl de le toucher, ne taul-il pas ncccssaircnienl cire sans cunscieucc et sans jugement ?

192 MYSTÈRES MAGNÉTVQtES.

Voilà sans doute le secrel de cette incroyable perversité, de CCS fureurs meurtrières, de cette haine maladive contre tout ordre, toute magistrature, toute hiérarchie, de cette fureur surtout contre le dogme qui sanctifie h paix, Tobcissance, la douceur et la pureté sous l'emblème si touchant d'une mère.

Ce malheureux se croyait sûr de ne pas mourir. L'empereur, croyait-il, serait forcé de hii fidre grâce, un exil honorable Tatlcndait, son crime lui donnait une immense célébrité, ses rêveries étaient achetées au poids de l'or par les libraires. 11 devenait immensément riche, attirait l'attention d'une grande dame, et se mariait audelà des mers. C'est par de semblables promesses que le fantôme du démon poussait aussi jadis et faisait trébucher de crime en crime, Gilles de Laval, seigneur de Retz. Un homme capable d'évoquer le diable, suivant les rites du grimoire d'Honorius, a tellement pris la route «lu mal qu'il est disposé k toutes les hallucinations et à tous les mensonges. Ainsi Verger s'endormait dans le sang, pour rêver je ne sais quel abominable Panthéon ; et il se réveilla sur réchafaud.

Mais les aberrations de la perversité ne constituent pas une folie ; l'exécution de ce misérable La prouvé.

On sait quelle résistance désespérée il opposa aux exécuteurs. C'est une trahison, disait-il, je ne puis pas mourir ainsi ! Lue heure seulement, une heure pour écrire à l'Empereur ! L'Empereur doit me sauver. •

Qui donc le trahissait?

Qui donc lui avait promis la vie ?

Qui donc l'avait assuré d'avance d'une clémence im-

MYSTÈRES DES HALLlClNATlONS, ETC. 195

possible, puisqu'elle eut révollé la conscience publique?

Demandez tout cela au grimoire dllonorius !

Deux •choses dans celte hi^Joire si tragique se rapportent aux phénomènes de M. Homo : le bruit de tempête entendu par le mauvais jïrêtre lors de ses premières évocations, et le trouble qui Tempôeha de dire toute sa pensée, en présence d'Eliphas Lévi.

On peut remarquer aussi C3tte apparition d'un homme sinistre se réjouissant du deuil public et tenant un propos vraiment infernal au milieu de la foule consternée, apparition remarquée seulement par rcxtati(|ue de la Saletle, cette trop célèbre mademoiselle de La Mcrlière quiaTair^ au demeurant, d'une bonne et respcclable personne, mais fort exaltée et capable peut-être d'agir et de parler à sou insu sous rinduence d'une sorte de sonmambulisme ascétique.

Ce mot de somnambulisme nous ramène à M. Home, et nos récits ne nous ont pas fait oublier ce que le titre de ce travail promettait à nos lecteurs.

Nous devons leur dire ce que c'est que M. Home.

Nous allons tenir notre [)romcss(\

M. Home est un malade atteint (Tun somnambulisme contagieux.

Ceci est une assertion.

Il nous est resté une exjiliralion et une dcinonstmtion à tlonner.

t>lle explication et cette démonstration pour rivr roinplètes, demandaient un travail capable de remplir un Iîvkv

Ce livre est fait et nous le publitTons itrorliaineiiiriit.

19& MYSTÈRES MAGNETIQUES.

En voici le titre :

La raison des prodiges^ ou le diable devant la science (1).

Pourquoi le diable ? ,

— Parce que nous avons démontré par des faits ce que M. de Mirville avait avant nous incomplètement pressenti.

Nous disons incomplètement, parce que le diable est, pour M. de Mirville, un personnage fantastique, tandis que pour nous c'est Tusagc abusif d'une force naturelle.

Un médium a dit : L'enfer n'est pas un lieu , c'est on État.

Nous pourrions ajouter : Le diable n'est ni une personne ni une force, c'est un vice, et, par conséquent, une faiblesse.

Revenons pour un moment à l'étude des phénomènes.

Les médiums sont généralement des êtres malades et bornés.

lis ne peuvent rien foire d'extraordinaire devant les personnes calmes et instruites.

Il faut être habitué à leur contact pour voir et sentir quelque chose.

Les phénomènes ne sont pas les mêmes pour tous les assistants. Ainsi, où l'un verra une main, l'autre n'apc^ cevra qu'une vapeur blanchâtre.

Les pcrsormes impressionnables au magnétisme de M. Home éprouvent une sorte de malaise; il leur semble

(I) C'était le titre que nous voulions alors donner au livre <iue blions aujourd'hui.

MYSTÈRES DKS IIALLI'OINATIONS, ETC. l93

que le salon tournoie, et la température pour eux semble s'abaisser rapidement.

I-es prodiges ou les prestiges s'accomplissent mieux devant un petit nombre de témoins choisis par le médium lui-même.

bans une réunion de pei^sonnes qui verront les prestiges, il j)eut s'en trouver une qui ne verra absolument rien.

Panni les persoimes qui voient, toutes ne voient pas la même chose.

Ainsi par exemple :

lu soir, chez madame de B..., le médium fit apparaître unenfiuit que cette dame a perdu. Madame de B... seule voyait Teniimt, le comte de M... voyait une |)etite vapeur blanchâtre en forme de pyramide, les autres personnes ne voyaient rien.

Tout le monde sait que certaines substances, le hatchich [K\v exemple, enivrent sans oter Tusiige de la raison , et font voir avec une éloimaule impression de réalité des choses qui n existent i»as.

Une grande partie des phénomènes de M. Home appartient à une influence naturelle semblable à celle du hatchi(*h.

Voilà |M)urquoi le médium ne vciil opérer (pie devant un |M*tit nombre de personnes i\\\'\\ choisit.

Le reste de ces phéniMuriirs d(Ht ctrr ultribii»' à la puissance magnétique.

Voir qiielque rhose aviM* .M. IIoiih* n'est pas un iiKiico mssurant |K)ur la santé dr rchii (|iii voit.

Kt,quand même la Simté serait d'ailleurs cxci'ilinlr,

196 MTSTÈRES MAG5ÉTIÛUES.

cette \ision révèle une perturbation paf^sagère de Tappareil nerveux dans ses rapports avec l'imagination et avec la lumière.

Si cette perturb:ition était souvent répétée, la personne deviendrait sérieusement malade.

Qui sait combien la manie des tables tournantes a déjà produit de catalepsies, de tétanos, de folies et de morts violentes?

Ces phénomènes deviennent particulièrement terribles lorsque la perversité s'en empare.

C'est alors qu'on peut réellement affirmer Tintenention et la présence de l'esprit du mal.

Perversité ou fatalité, les prétendus miracles obéissent à une de ces deux puissances.

Pour ce qui est des écritures kabbalisliques et des signatures mystérieuses, nous dirons qu'elles se reproduisent par rintuilion magnétique des mirages de la pensive dans le fluide vital universel.

Ces reflets instinctifs peuvent se produire si le Verbe magique n'a rien d'arbitraire el si les signes du sanctuaire occulte sont Texpression naturelle des idées absolues.

C'est ce que nous démontrerons dans notre livre.

Mais pour ne pas renvoyer nos lecteurs de rinconiio à l'avenir, nous détacherons d'avance deux chapitres de (îct ouvrage inédit, l'un sur le Verbe kabbalistique, l'autre sur les secrets de la kabbale, et nous en tirerons des conclusions qm' compléteront d'une manière satisfaisante pour tous l'explication que nous avons promise des phénomènes de M. Home.

Il existe une puissance génératrice des formes; cette puissance, c'est la lumière.

l-a hunière crée les formes suivant les lois des mathémati(|ues éternelles, par Téfiuilibrc univei*sel du jour et de lombre.

Les signes primilifs de la pensée se tracent d'euxmêmes dans la lumière, qui est rinstrument matériel de la pensée.

Dieu, c'est l'àme de la lumière. La lumière universelle et infinie est pour nous comme le corps de Dieu.

La kabbale ou la haute magie, c'est la science de la lumière.

La lumière correspond avec la vie.

Le royaume des ténèbres, c'est la mort.

Tous les dogmes de la vraie religion sont écrits dans la kabbale en caractères de hunière sur une page d'ombre.

La |>age d'ouîbre, ce sont les croyan(»es aveugles.

Im lumière est le grjud médiateur plastique.

L*allianee de l'àme avec le corps est un mariage de lumière et d'ombre.

lui lumière est l'instrinncnt du Verbe, c'est l'écriture blanrhe de Dieu sur le grand livre de la nuit.

La lumière, c'est la source des pensées, et c'est en dlc qu'il faut clien*her l'origine de tous les dogmes religieux. Mais il n'y a qifun vrai do^nne, comme il n'y a qu'une pure lumière; Touibre seule est variée à rinfini.

La lumière, Tonibre et leur accord qui est la vision des êtres, tel est le [principe analogique des grands dogmes de la Trinité, de l'Incai nation et de la Rédemption.

108 MYSTÈRES MAGNCTigceS.

Tel est aussi le mystère de la croL\.

Voilà 00 qif il nous sera faeile de prouver par les mormnionls religieux, par les signes du Verbe primitif, par les livres initiés ù la kabbale, et enfin par Texplication raisonnoo de tous les mvstères au moven des elefs de k magie kabbalistique.

Dans tous les svmbolismes, en effet, nous trouvons les idoos d'antagonisme et dliarmonic produisant une notion triniiairc dans la oonoeplion divine, puis la personnification niylli()logi(iue des (juatre points oardinaux du ciel coni|)Ioto l(î soptonaire sacré, base de tous les dogmes et do tons les rites. Pom* s'en convaincre, il suffira de relin^ et do méditer le savant ouvrage de Dupuis, qui serait un grand kabbaliste s'il avait vu une harmonie de \vrités là où ses préoccupations négatives ne lui ont laissé apercevoir qu'un concert d'erreurs.

Nous n'avons pas à refaire ici son travail, que tout le monde connaît ; mais (*o qu'il importe de prouver, c'est (juc la réforme religieuse de Moïse était toute kabbalisti(]uc, et (|uo le cbristiimisme, en instituant un dogme nouveau, s'est rapproché tout simplement des sources primitives (hi mosaïsme, et que l'Évangile n'est plus qu un voile transparent jeté sur les mystères universels et naturels de l'initiation orientale.

Lu savant distingué, mais trop peu connu, M. P. Laronr, dans son livre sur les .Eloïm ou dieux de Moïse, a jcîc un grand jour sur cette cpieslion et a retrouvé dans les symboles de rÉgy|)te toutes les figures allégoriques do la Genèse. Plus récennnent, un autre eourageiiv f IuMvheur, d'une vaste érudition, M. Vincent de l'Yonne..

a piiblié un traite de ridolâlrie chez les anciens et les nîodernes, où il soulève le voile de la mythologie universelle.

Nous invitons les hommes d'études consciencieuses à lire (*es différents ouvrages et nous nous renfermerons dans IVlude s|»éciale do la kabbale chez les Hébreux.

I^ Ferbe^ o\\ la parole, étant, suivant les initiés de cettç science, la révélation tout entière, les principes de la haute kabbale doivent se trouver réunis dans les signe? mêmes qui composent Talphabet primitif.

Or, voici ce que nous trouvons dans toutes les grammaires hébraïques.

Il va une lettre principiante et universelle génératrice de toutes les autres. C'est le iod >.

Il y a deux autres lettres mères opposées et analogues entre elles ; Taleph K et le mem D, suivant d'autres le schin V.

Il y a se[»t lettres doubles, le beth 3, le ghimel a, le dalelh i, le Cîiph d, le phé ô, le resch i et le tau n.

Enlin il y a douze simples (\\\\ sont les autres lettres ; en tout, vingt-<leux.

I/unité est représentée d'une manière relative parTaleph, le ternaire est figuré soit par iod, mem, schin, soit par ale[»h, mem, schin.

Le septénain» par belh, ghimel, daleth, caph, phé, rpS4*h, tau.

Le duodénaire par les autn^s lettres.

Le duodénaire, c'est le ternaire innllipli** par quatre; el il rentre ainsi dans le symbolisme du se[>li'nairc.

Chaque lettre reprcsenle un nombre :

Chaque assemblage de lettres une série de nombres.

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